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La franc-maçonnerie est un "arbre vénérable" aux racines profondes et nombreuses, symbolisant ses origines diverses de la franc-maçonnerie. Elle est le fruit d'une confluence de dimensions mythiques, opératives, aristocratiques et philosophiques. Nous tenterons de brosser un tableau succinct de ses racines. (Nous traiterons ce sujet sous forme d'un résumé à une note de synthèse en nos archives).

Les Racines Mythiques et la Tradition Primordiale

Toute société dite « initiatique » désire se relier aux traditions immémoriales. Il est entendu que bien souvent les preuves historiques font défaut, mais le but de ce passé mythique, est de se relier à l'origine des temps (« in illio tempore »). Les opératifs et spéculatifs se rattachent ainsi à des images archétypales tel le Temple de Salomon, permettant de s’intégrer dans une chaine de transmission proche de la "Tradition primordiale". Ce qui est très ancien est peu contesté et permet de « posséder légitiment » un accès aux symboles dits « universels ». Dans sa pratique rituelle la franc-maçonnerie fait appel aux grands mythes antiques (Mithra, Osiris, Éleusis, Thésée et Ariane), en les teintant de pythagorisme et de Gnose, voire d’une moraline de bon aloi. L’intérêt du mythe c’est qu’il met en œuvre des archétypes réutilisables dans les temps modernes par le truchement du Principe d’analogie* et des Lois de correspondances*. (*définition dans le livret N°4 de l'Apprenti au REP)    

Les Racines Opératives et la Transition vers le Spéculatif

L'émergence de la franc-maçonnerie spéculative s'explique par plusieurs théories. La théorie de la transition (Harry Carr) suggère qu'au XVIIe siècle, les loges écossaises ont admis des non-artisans ("maçons acceptés") comme Robert Moray et Elias Ashmole (membres de la Royal Society), pour leur influence, assurant ainsi la survie du "Craft"(le métier). Cette "perméabilité opportuniste" en Écosse a initié un changement fondamental. D'autres théories évoquent un simple emprunt des symboles opératifs ou l'existence de loges non-opératives pro-Stuart dès le XVIIe siècle. Un double phénomène de transition et d’emprunt est actuellement admis. Le "modèle du bâtisseur du Temple" est resté central. Le métier de la pierre ayant développé un "savoir-faire" et un "savoir-être" associés à un "grand dessein" : la construction du Temple de Salomon. Les Statuts de William Schaw (1598-1599) en Écosse ont rappelé la nécessité d’entretenir le lien mémoriel et le "devoir de mémoire" par la mnémotechnie et le système de question-réponse. Les confréries médiévales ont laissé des traces de "savoir-faire" et "savoir-être", associant la perfection de l'ouvrage à celle de l'ouvrier. Les "Old Charges" (Régius 1599, Cooke 1610) décrivent l'art initiatique de la géométrie et la naissance du "maçon libre et de bonnes mœurs". Le "savoir-faire" a progressivement évolué vers un "savoir-être de nature pseudo-aristocratique ou philosophique", rendant la maçonnerie attractive aux élites. L'écrit s'est imposé, formalisant les rituels opératifs. Les maçons acceptés ont transmis les secrets comme le "mot de maçon", le tuilage, le pas, la batterie, et les colonnes J-B, d'origine écossaise. Des manuscrits (Édimbourg 1696, Sloane 1700, Dunfries 1710) ont fixé des notions clés comme la "loge juste et parfaite", influençant le futur rituel moderne anglais et français.

Les Racines Aristocratiques et l'influence Universaliste des Lumières

L'aristocratie intellectuelle, ayant récupéré le symbolisme opératif, privilégiait les réunions "entre soi", s'inscrivant dans la tradition anglaise des clubs de solidarité. Les premières loges de 1717 cherchaient à s'unir pour l'entraide, le métier étant conservé pour sa force spéculative. L'intelligentsia, cultivant sciences expérimentales et hermétiques (comme Newton), visait un universalisme encyclopédique. Robert Boyle assigna à la Royal Society (1662) la mission de découvrir "la véritable nature de l’œuvre de Dieu". Cette préoccupation se retrouvera dans les rites maçonniques où Dieu devient le Grand Architecte de l'Univers, réconciliant factions religieuses et raison ("religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions"). Cette démarche fut aussi politique : unir les factions anglaises et assurer la supériorité culturelle des Hanovre sur les Stuarts et la France. Des membres de la Royal Society participèrent à la création de la Grande Loge spéculative de Londres (1717), dont les Constitutions d'Anderson (1723) formalisent l'emprunt du matériel opératif. Le maçon spéculatif travaille la matière brute symboliquement, allégorie de la perfectibilité humaine.

Le Mixage Anglo-Écossais et l'Émergence de l'Écossisme en France

Un "mixage" des théories de transition et d'emprunt est probable, car un lien réel avec la racine opérative et un "chaînage ancestral" sont jugés indispensables à la légitimité initiatique de la franc-maçonnerie. Sans cela, elle se réduirait à un simple "club philosophique". La motivation des loges fut d'abord le rassemblement de gentilshommes partageant une culture et un idéal universaliste, puis l'intrigue politique et le mystère. En France, la franc-maçonnerie se développe avec les exilés Stuart et les commerçants, notamment via la Mère-loge Écossaise de Marseille (1751). Ces loges revendiquaient une filiation écossaise, offrant une alternative à la Grande Loge de Londres et au futur Grand Orient français. Le REP témoigne de cette pensée "écossaise" Stuartiste, mêlant rites "modernes" et "anciens". Les Mère-loges françaises, souveraines, développent des hauts grades sans ingérence administrative, rattachant leur filiation (de désir) à l'Écosse. De nombreux hauts grades "écossais" se répandent en France (Bordeaux, Lyon, Marseille), qualifiés d'"écossais" par le souvenir du "mot de maçon" écossais, l'implantation Stuartiste et la lutte pour l'indépendance Ecossaise face à l’ennemi « Anglais » (perfide Albion). L'"Écossisme" désigne la prolifération de grades après le Maître, prolongeant la légende d'Hiram en reprenant par les grades d’exil, l’histoire des Stuarts exilés sur le continent. Cette prolifération est motivée par une quête d'indépendance et une expérience initiatique plus profonde, intégrant des influences hermétiques, alchimiques, chevaleresques et gnostiques. Le Rite Ecossais Primitif  actuel reflète cette richesse avec la légende d'Hiram, l'idéal chevaleresque (Chevalier de Saint-André) et la recherche ontologique (Écuyer Novice, Chevalier du Temple). Jusqu'en 1760, plus de 200 hauts grades foisonnaient en France, avant que les "régulateurs" du Grand Orient avec l’intervention de Roëttiers de Montaleau en les classant en 4 familles d'ordres en 1784 et bientôt 5.

La Cristallisation des Rites et les Dynamiques "Anciens" versus "Modernes"

Dès 1760, des "régulateurs" furent élaborés par la Grande Loge et le Grand Orient pour ordonner les hauts grades, le système "moderne" français prédominant pour les trois premiers degrés. Un conflit majeur opposa les "Modernes" anglais (1717) aux "Anciens" (Écossais et Irlandais catholiques, 1751), moins pour la "déchristianisation des rituels" que pour le mauvais accueil des maçons irlandais et écossais (roturiers et artisans) par les loges anglaises (élitistes et aristocratiques). Laurence Dermott joua un rôle clé dans la cristallisation de cette opposition, menant à l'Union de 1813 et la création de la Grande Loge Unie d'Angleterre, où les "Anciens" semblent avoir prévalu (le Rite Émulation est qualifié d'"ancien"). La GLUA imposera des "Landmarks" en 1929 pour la reconnaissance internationale. Malgré l'implantation initiale de loges régimentaires Stuartistes "anciennes" en France (1688) seront pleinement continentales adoptant pour partie la rituélie moderne. En effet la France resta fidèle aux rituels "modernes", inspirés des constitutions d'Anderson (1723, 1738) et à la traduction du Baron de La Tierce (1742).

Le développement Continental et le Génie Français

La France, sous Louis XIV, accueillit dès 1688 environ 50 000 exilés Stuart (écossais, irlandais, anglais), dont des nobles et chevaliers, Jacques II résidant à Saint-Germain-en-Laye. Robert Ambelain "réveilla" le Rite Écossais Primitif (REP) en 1985, s'appuyant sur des transmissions et un état de la Grande Loge de France (Futur GO) reconnaissant la loge Stuartiste "La Bonne Foi" à Saint-Germain-en-Laye des 1688, regroupant des partisans Stuart comme le Chevalier de Ramsay. Il s’agissait de francs-maçons officiers et bas-officiers partisans du roi Jacques II en France. Ambelain la qualifia de "Mère Loge Stuartiste" liée à la mythique Mère Loge d'Hérédom de Kilwinning. Le rite "écossais" du "mot de maçon", issu des Statuts de Schaw, fut la source d’inspiration du rite moderne de la Grande Loge de Londres (1717) et fut pratiqué en deux grades par les exilés à Saint-Germain-en-Laye. Le "Early Grand Scottish Rite" désigne l'adaptation des rituels opératifs aux maçons acceptés. La chronologie des premières loges militaires françaises est controversée (ex: loge "la Parfaite Égalité" du Walsh Infanterie, 1688, antériorité contestée pour "La Bonne Foi"). Ces rites "primitifs" étaient probablement irlandais et écossais, se développant en mode "francisé" moderne. Le terme "primitif" désigne des rituels "anciens" adaptés ou imités des opératifs, pratiqués en deux degrés jusqu'à l'apparition du grade de Maître (1730-40). L'absence de preuves écrites laisse cependant des incertitudes sur ces premières implantations. Des historiens comme Étienne Gout et André Combes suggèrent des fondations par des militaires et nobles irlandais dès 1725-1726 à Paris (taverne "Louis d'argent"). Les rituels d'exil étaient probablement écossais de type "ancien", la "francisation" sur base "moderne" (Constitutions 1723-1737) venant après cette première vague. Le rite moderne fut dominant en France, adapté avec des influences "anciennes" écossaises et irlandaises. La première Grande Loge de France fut créée en 1728 par le duc de Wharton, partisan Stuartiste. Les trois premiers Grands Maîtres sont des stuartistes convaincus. Le rite dit "moderne" fut l’axe de développement du REP, du Rite Écossais Philosophique, du Rite Écossais Rectifié, de Misraïm et des rites égyptiens. Seule "La Parfaite Union de Namur" fut un rite "ancien" direct de la Grande Loge d'Écosse. Un rite "écossais" en France n'implique pas toujours une pratique ancienne ou un lien historique direct avec l'Écosse. L'adaptation "à la française" fut dominante, comme le REP et la Mère loge de Marseille (1751) qui mêlaient rituélie moderne et éléments anciens (piliers, acclamation « Houzza »). La Mère Loge Écossaise d’Avignon (1774) et la Mère Loge Écossaise de France (Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social) furent cruciales pour le Rite Écossais Philosophique et le futur REAA (1804). Le lien à l'Écosse réside plus dans le mythe et le sens initiatique antérieur à 1717 que dans le formalisme.  La forme écossaise se fondit dans le moderne jusqu'au retour du rite "ancien" avec le REAA en 1804 (via Charleston, USA). Ce système, enrichi par l'influence irlandaise aux Amériques, revint avec 33 degrés et des premiers degrés marqués par les "anciens".

Ainsi, le double mixage des filières (transition/emprunt, modernes/anciens) fut enrichi du "génie français" inspiré du Siècle des Lumières et produira l'Écossisme. La France, par sa diversité rituelle, est la "fille aînée de la franc-maçonnerie".

Conclusion

La franc-maçonnerie est une institution aux racines entrelacées, puisant dans des traditions mythiques, des pratiques opératives et des aspirations aristocratiques et philosophiques. Les racines mythiques, via la Loi d'analogie, confèrent une légitimité initiatique intemporelle. Les racines opératives ont fourni le cadre symbolique et structurel, évoluant du "savoir-faire" au "savoir-être" par un processus pragmatique d’une pseudo-transition. Les racines aristocratiques ont apporté l'élan universaliste et des motivations politiques, faisant de la maçonnerie un creuset pour les idéaux des Lumières et la réconciliation après la période des luttes partisanes. En France, un "mixage" créatif des influences anglo-écossaises conduira à une "francisation" et à l'émergence de l'Écossisme, caractérisé par une prolifération de hauts grades et une quête d'autonomie et de profondeur initiatique. Les conflits "Anciens" versus. "Modernes" ont façonné l'orthodoxie, mais la France a maintenu une diversité rituelle unique. La franc-maçonnerie est donc le produit d'une confluence de forces historiques, sociales, philosophiques et politiques. Le Rite Écossais Primitif tel que pratiqué au sein de la GLSREP incarne cette synthèse, héritier des premières loges régimentaires écossaises et irlandaises qui ont mêlé pratiques "modernes" et "anciennes". La France fut un acteur central de son histoire.

BR

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE

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