Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 22:56

« APPORT DE L' ŒUVRE DE RENÉ GUÉNON DANS LA DÉMARCHE DU FRANC-MAÇON » suivi de "CONTRIBUTION A LA VIE ET A L’ŒUVRE DE RENÉ GUENON"

"Permettez-moi d’offrir ce travail de recherche à celui qui m’a aidé à découvrir René Guénon, au TVF Cl.°. Grel.°.".

D’aucuns diront que René Guénon reste « une voix sans visage » dans notre univers maçonnique, tant l’œuvre de René Guénon est mieux connue que sa vie même de franc-maçon.

Né à Blois en 1886, René Jean-Marie, Joseph Guénon mourut au Caire en 1951 à l’âge de 65 ans, laissant 4 enfants à sa seconde femme Fatima. Il reste de lui une œuvre colossale composée de 350 articles et de 22 ouvrages. À ce jour une abondante littérature lui a été dédiée.

1986 fut l’année du centenaire de sa naissance. Ce fut l’année Guénon en France. À la Sorbonne, à Lyon, à Reims, furent organisés des séminaires sur sa vie et son œuvre. Mais le mystère Guénon demeure encore.

Baptisé catholique, initié à 21 ans dans une Loge Martiniste, René Guénon est exclu 4 ans plus tard de l’Ordre, à cause de ses positions contre les Hermétistes, entre autres sur le délicat sujet de la réincarnation. Exclu, mais ne reniant rien, il se tourne alors vers l’Islam et en 1930, il s’installe définitivement au Caire, où il obtient deux ans avant sa mort, la nationalité égyptienne. Devenu le Sheik Abdel-Wahed-Yahia, ce qui signifie en arabe « Le Serviteur de l’Unique Jean », ce Jean apôtre de la Maçonnerie est partie dans le refuge Soufi à la recherche de la perfection spirituelle. Dans l’Islam de l’époque, sa démarche fut essentiellement Maçonnique. Meurtri par les avatars de sa vie, René, celui qui renaît, s’est transcendé conformément à la tradition première, ésotérique, dans sa vocation Maçonnique qu’il n’a jamais abandonnée. Avec la Foi d’un Templier, c’est dans la charité et l’espoir que René Guénon a voulu rendre témoignage à la Lumière.

L’œuvre de René Guénon doit beaucoup à la démarche du franc-maçon, comme la Franc-Maçonnerie doit beaucoup à René Guénon.

Dans ce début de XXème siècle, tourmenté de conflits et de révolutions des idées, l’œuvre de René Guénon est inclassable et à contre-courant. Cette œuvre est avant tout métaphysique, placée volontairement par René Guénon au-*dessus des autres sciences. En ce sens on se situe forcément pour ou contre Guénon, à côté ou derrière Guénon, mais jamais au-dessus cependant ! À contre-courant de la pensée occidentale des temps modernes, René Guénon a voué sa vie entière à la défense de trois principes maçonniques qui sont chers aux francs-maçons réguliers. Tout dans l’œuvre de Guénon n’est que :

TRADITION, INITIATION, SYMBOLES

Ces trois axes de la pensée et de l’action de René Guénon composent la métaphysique Guénonienne, entièrement contenue dans la démarche maçonnique. Guénon oppose à la modernité décadente d’un Occident qui se veut le maître du monde, les fondements ésotériques de la force invisible et invincible des secrets, du secret, de la gnose, des mystères symboliques, des arcanes de la tradition oubliée depuis les Grecs et de beaucoup supérieure à la civilisation occidentale en plein psychodrame idéologique. La thèse Guénonienne cherche à réconcilier l’homme avec lui-même, avec les siens et la société qui l’entoure, avec la nature-mère, pour faire vaincre grâce à la recherche de la perfection spirituelle, le bien sur le mal.

En ce début des années 1900, l’Occident pragmatique n’emprunte plus les chemins de l’ésotérisme. Les empires coloniaux s’effritent. À l’inégalité des races se superpose celle des religions et du choc des économies développées et sous-développées. Les sciences confirment la suprématie du technologique sur le spirituel. L’Occident vit les années folles sous le signe de la quantité, caractérisée par la négation de tout ce qui est supérieur à l’homme en tant qu’individu ou communauté. La vulgarisation des grandes théories philosophiques met à mal les anciens fondements initiatiques. Le retard technologique des vieilles civilisations effraie. Le sort de la cohabitation planétaire des races est ainsi malheureusement réglé :

- La race noire est dite inférieure.

- La race jaune est vouée au surpeuplement et à la famine.

- La race blanche est voulue définitivement supérieure.

Pour René Guénon, la coexistence raciale est basée sur un autre schéma, beaucoup plus pacifiste, unitaire et égalitaire (fraternel). Pour lui chaque race n’est que l’adaptation des principes physiques humains, dans le temps et le lieu de vie ou d’émigration des peuples. Avec dans tous les espaces et dans tous les cas, à l’origine, la même identité culturelle, ésotérique :

- Animiste pour les noirs.

- Chamanique pour les jaunes.

- Monothéiste pour les blancs.

Guénon pense que l’ésotérisme est donc le principe même de la cohésion des peuples et que l’abandon de ce principe est responsable du chaos mondial. À sa manière, sans relation entre oppresseurs et oppressés, Guénon construit sur ces bases sa géographie de la sagesse, distincte de la théosophie grecque.

Dans ce monde qui a du mal à renaître de ses cendres, dès 1920, René Guénon apporte sa vision maçonnique planétaire. En réponse au « péril jaune » et à l’Apocalypse de 14-18, il publie de 1923 à 1927 :

- « Orient et Occident ».

- « L’erreur spirite ».

- « La crise du monde moderne ».

Les vérités énoncées par Guénon sont jetées à la face du monde, renvoyant dos à dos, philosophes, religieux, occultistes, politiques économistes, scientifiques, tous incapables d’apporter une réponse planétaire au désarroi humain des années folles en France et du Crash de 29 aux USA.

La démarche critique de Guénon est d’autant plus difficile, que face à Freud (ꝉ en 1939) Bergson (ꝉ en 1941), Jung(ꝉ en 1961), ou Bachelard (ꝉ en 1962) il fait figure de « Symboliste » au sens littéraire de l’un de ses derniers avatars du Spleen cher à Baudelaire (ꝉ en 1867), Rimbaud (ꝉ en 1891) ou Mallarmé (ꝉ en 1898). Longtemps ses contemporains verront en René Guénon un illuminé, un héritier tardif du Romantisme. Ils diront que René Guénon est à la Maçonnerie ce que Wagner est à la musique classique, lyrisme et leitmotiv….

Non ! René Guénon est plus que cela. Il est cette fleur d’arrière-saison, bizarre et maladive, ésotérique, dont les pollens porteront loin les floraisons nouvelles d’un idéal de la Tradition planétaire, puisé tout entier dans sa démarche maçonnique.

C’est cet apport de Guénon que nous traiterons en trois parties :

  1. René Guénon témoigne de la Tradition maçonnique dans son œuvre.
  2. René Guénon restaure dans la Franc-Maçonnerie les valeurs de l’initiation.
  3. René Guénon rappelle et rénove la réalité vivante des symboles maçonniques.

1°/ RENÉ GUÉNON TÉMOIGNE DE LA TRADITION MAÇONNIQUE DANS SON ŒUVRE.

Sept ouvrages affirment chez Guénon l’existence d’une tradition perpétuelle et unanime. Tradition révélée par la Franc-Maçonnerie, certaines religions et les rites ancestraux, Tradition véhiculée par la langue universelle des symboles dans les sociétés initiatiques.

C’est ce que Guénon nomme la Tradition primordiale, principielle, proche du principe unique et originel. Il y voit la réalité d’une connaissance perdue, formulée dans le Vedânta Hindou, vérité des vérités.

C’est sur ces bases que René Guénon publie en :

- 1921 Introduction Générale à l’Étude des doctrines Hindoues (sa thèse).

- 1924 Orient et Occident.

- 1927 La crise du monde moderne.

- 1929 Saint Bernard (la règle des Bénédictins des XI-XII siècles).

- 1945 Le règne de la quantité et les signes du temps.

- 1954 Aperçus sur l’ésotérisme Chrétien.

- (1973) Aperçus sur l’ésotérisme Islamique et taoïste (articles de revues).

Sept ouvrages fondamentaux pour les francs-maçons. Dans ses écrits, Guénon vise la réintégration de l’être, la réintégration du microcosme dans la vie totale, dans le cosmos, par une mise en correspondance de l’homme et de l’Univers.

René Guénon se garde bien de donner à l’homme le pain qui sanctifie. Au contraire, il lui propose le levain de la Tradition qui permet de dresser, de se lever, de s’élever, pour atteindre la signifiance du monde. À aucun moment Guénon n’entame la polémique sur la Foi exotérique, nécessaire mais selon lui insuffisante à elle seule ; alors que l’ésotérisme représente la plénitude de la Tradition, à l’état pur et parfait. Tradition présente dans le passé et que fait renaître l’initiation dans sa chaîne ininterrompue.

Car si cette tradition est en chacun de nous, elle ne vient pas spontanément à l’esprit. Elle n’est ni achevée ni constituée. Elle se révèle par la démarche initiatique appliquée à l’esprit. « Elle pousse comme la plante qui grimpe, comme la femme qui accouche » dira Guénon.

Pour Guénon, la part de la Tradition dans l’histoire des grandes découvertes est des inventions est considérable. La science et le progrès technique ne serait rien sans l’Écriture, symbole des langages, et les signes symboliques, géométriques, mathématiques, signifiés par la Grande Triade, ternaire, ou le Yin-Yang du Yi King, binaire à l’image du langage de nos ordinateurs………

La tradition n’innove pas, elle est seulement le renouveau, tels les printemps de l’Alliance nouvelle avec le Grand Architecte. René Guénon disait « Suivre la Tradition, c’est rénover la parole. À Dieu l’éternité, à l’homme le moment, au franc-maçon l’avenir. Par la simple transmission, la tradition est là, dans le ressourcement ininterrompu ». Guénon en fixe l’unique condition. La condition d’avoir compris : quoi transmettre ? Comment transmettre ? Et à qui transmettre ?

René Guénon impose la Règle et rappelle à l’Ordre la Franc-Maçonnerie irrégulière. Il lutte contre les dérives modernistes ou philosophiques. Il ressource la Franc-Maçonnerie régulière dans la pratique des symboles et l’Orientalisme relevant des principes réels et cachés, actifs, accessibles au fur et à mesure de son propre avancement. C’est pour lui la seule démarche qui puisse favoriser la maturation, l’amélioration et la non-manipulation des consciences. À l’homme occidental, vivant dans la modification permanente et la virtualité des médias, il oppose l’homme oriental sage et coutumier.

René Guénon fait le constat qu’après le Moyen-Age, en Occident, seul le Compagnonnage opératif et la Franc-Maçonnerie s réfèrent à la Tradition première. L’Église et la religion se sont écartées des bases ésotériques ancestrales. Sans Tradition les civilisations sont mortelles. Seul l’Orient possède encore les traces de cette sagesse civilisatrice dans ce qui convient de nommer l’ésotérisme jaune : Bouddhisme, Hindouisme, Taoïsme. Alors que dans les trois grandes religions du « Livre » : Judaïsme, Christianisme, Islam, l’ésotérisme n’est plus guère à présent que dans la Kabbale ou le courant mystique de l’Islam Soufi.

Toute l’œuvre de René Guénon puisera aux trois sources du Tao, de la Kabbale et du Soufisme. Il y puisera son ésotérisme de la tradition première. C’est une tradition visuelle faite de mots, de signes, de motifs, de symboles, faits eux-mêmes d’insertion de chiffres et de sensations….

Mais la sagesse de Guénon n’est en rien Confucéenne. La raison, la politique et le dogme n’y ont pas de place. René Guénon ne déduit rien du Sacré. Il l’induit par l’Initiation, par cette Alchimie qui rend sage l’homme assoiffé de sagesse, comme rendent fou, les valeurs sociales progressistes d’une société moderne assoiffée de pouvoirs, de vitesse et de richesses.

Pour Guénon, chaque homme est le monde en réduction, dans ses équilibres et ses déséquilibres et c’est la Tradition qui donne la clé des chemins pour choisir entre le Bien et le Mal. C’est la Tradition qui permet donc d’accéder à la connaissance qui libère du Mal.

Mais la sagesse de Guénon n’est en rien la philosophie idéale de Platon. Elle n’est pas dans la pensée complexe faite de raison. La sagesse Guénonienne est tout entière contenue dans les activités simples et spontanées du jeu des mots, des signes, des chiffres, des coïncidences……..de l’intuition.

L’Ascèse Guénonienne consiste à s’élever non pas pour rien, mais pour le Rien, le vide, l’anéantissement en Dieu, le non-être, l’extinction des désirs aveugles dans le mystère du silence. Le symbolisme maçonnique est son Himalaya.

Guénon lit dans le livre de la nature humaine, dans le langage du cœur et des pratiques secrètes : « on ne comprend que ce que l’on sait faire » disait-il. Sans nier la Foi et l’exotérisme, avec la conscience christique, sans opposition à la religion, aux religions, nous l’avons vu, Guénon croit plus à l’inspiration qu’à la simple révélation.

L’intuition est pour Guénon le centre de la puissance de la volonté humaine. Elle est cet œil unique situé entre les sourcils. Elle est l’énergie vitale, universelle du Verbe, du monosyllabe « AUM » gravé sur sa bague en or portée jusqu’à sa mort et dont il disait à sa femme, être gravée au nom de Dieu.

« La Métaphysique rattache René Guénon à son maître invisible verdoyant et immortel, véritable Graal taillé dans l’émeraude contenant le breuvage de l’immortalité, le soma védique » (Frédéric TESSIER).

Installé dans la Tradition islamique, Guénon se veut le maillon entre l’Orient et l’Occident. Il se veut le maillon unificateur, en référence au rôle historique et civilisateur de l’Islam, qui transporte, qui transmet des existants anciens en les faisant vivre à nouveau. Ce qui représente bien le sens étymologique du mot Tradition : « faire passer à un autre, livrer, transmettre ».

Mais au-delà, Guénon démontre que la Tradition ne se borne pas à la conservation des éléments anciens maintenus dans leur état ancien.

L’humanité évolue, son équipement spirituel évolue aussi et agit sur l’héritage transmis, selon les époques, selon les lieux.

La Tradition est double, elle a un principe passif : CONSERVER. Elle a un principe actif : TRANSMETTRE.

Inséparable des aspects humains du moment, en référence à sa source, la Tradition n’est pas une nouveauté sans ancêtre, ni postérité, où chaque propagateur serait le père et où il y aurait autant de courants que de penseurs…….

La Tradition est une et universelle, elle n’est pas une philosophie. Seule la Tradition peut transmettre le Sacré, symbolisé, spirituel, suprahumain. L’affirmation de René Guénon est on ne peut plus claire : « c’est par l’initiation que la tradition transmet le Sacré ».

2°/ RENÉ GUÉNON RESTAURE DANS LA FRANC-MAÇONNERIE LES VALEURS DE L’INITIATION.

L’initiation est au sens strict chez Guénon « le passage de l’état de nature profane à celui de culture, à celui d’initié, faisant accéder aux savoirs ésotériques, puis divins et fondant définitivement l’être humain en développant la fraternité identitaire ». Guénon écrit abondamment cette fraternité initiatique, présente dans la démarche maçonnique, distinctement des sacrements ou des enseignements religieux ou de toutes autres instructions dominicales…

Sept ouvrages fondamentaux de Guénon font le point sur l’initiation véritable :

- 1921 « Le Théosophisme, histoire d’une pseudo-religion »

- 1923 « L’erreur Sprite »

- 1925 « L’homme et son devenir selon le Védânta »

- 1929 « Autorité spirituelle et pouvoir temporel »

- 1939 « La métaphysique orientale »

- 1946 « Aperçus sur l’initiation (tomes 1 et 2)

- (1952) « Initiation et réalisation spirituelle ».

Guénon rappelle les principes de l’initiation vraie, comme passage d’un état réputé inférieur à un autre état dit supérieur, voire suprahumain. Ce passage s’effectue par des phénomènes de désintégration et d’intégration qui se font toujours dans le même ordre.

Sélection – Purification – Procession – Initiation, dont le candidat doit sortir vainqueur des étapes suivantes :

- Lutte avec la mal, les ténèbres, la mort symbolique.

- Passage à travers une porte étroite.

- Fustigations, signes mystiques, exhibitions rituelles.

- Epoptie, jeux scéniques, délivrant l’enseignement secret et les signes de reconnaissance.

- Résurrection initiatique.

- Serment de garder les secrets. Attribution d’un nouveau nom.

- Cérémonie de clôture. Banquet. Puis retour à la vie publique.

C’est un ensemble de passages graduels pour passer du concret au secret abstrait, rituel et spi-rituel.

Bien que Guénon reste discret sur ce point, en franc-maçon qu’il est, la pratique extatique n’est pas exclue pour lui de l’initiation, de même que l’initiation des femmes. Le soufisme auquel il appartient en est l’exemple concret.

Au Caire, le passé hermétiste de Guénon n’a pas manqué de le rapprocher de certains Marabouts. Guénon a vraisemblablement vu pratiquer des rites initiatiques magiques, intégrant la transe rythmique et l’extase sous l’effet des drogues. Ce type d’initiation conduit à la désintégration symbolique du corps du candidat, qui dépecé, décharné, réintroduit ses chairs en lambeaux à l’intérieur d’un nouveau corps. Ainsi « cloné » le nouvel être devient l’homme véritable : Chamane ou Marabout.

Le sens étymologique d’Extase : « sortir de soi » est donc éminemment plus positif dans ce cas que dans celui du dédoublement de la personnalité qui chez Freud est assimilé, à la même époque, à la schizophrénie.

Chez Guénon, l’initiation n’est donc pas un état second, mais bien un moyen, pour découvrir le caché derrière le manifesté. Initier c’est changer l’âme humaine pour une nouvelle, suprahumaine, par le rite, le rythme ou l’extase, afin de pouvoir participer à des cérémonies sacrées, qui fondent l’archétype humain et le dépasse à la fois.

Pour Guénon, l’individu vrai, est un homme initié, rituellement façonné et intégré dans l’Univers, par sa mise en relation avec le sacré. Tout dans le cosmos, dans le social, est le signe ou le symbole d’une autre réalité. L’initié doit participer à la construction du monde, sans chao, ni désordre.

Ainsi rattaché au fondateur, l’initié constitue un maillon de la chaîne initiatique qui, de proche en proche, assure la continuité quasi matérielle, nécessaire à l’essence même de la Tradition perpétrée. De la sorte sont délivrés les mystères cachés de la Tradition ésotérique. Tout le monde ne bénéficie pas de l’initiation, tout le monde ne croit pas non plus à l’ésotérisme. On ne naît pas initié, on se fait initier. Quel intérêt auraient les épreuves de l’initiation si le succès et les résultats étaient assurés pour tous et avec les mêmes effets ?

3°/ RENÉ GUÉNON RAPPELLE ET RÉNOVE LA RÉALITÉ VIVANTE DES SYMBOLES MAÇONNIQUES.

Convenons-en avec Guénon, qu’une âme sans symbole, aussi pleine soit-elle, est une âme vide, intellectuellement, spirituellement morte.

Sur le plan de l’analyse des symboles, l’œuvre de René Guénon est dense, particulièrement détaillée et documentée, inaccessible à la lecture rapide et superficielle. Mais Guénon le dit, il n’a que faire des lecteurs pressés et superficiels… Son étude du symbolisme est universelle. Il la doit aux sources disponibles dont il a pu et dont il a su bénéficier. On peut dire que Guénon accède à une véritable science des symboles, dépoussiérant leurs origines, apportant de nouvelles significations, infirmant des sens erronés, questionnant encore de nos jours et pour longtemps les vérités établies.

Dès 1925 dans l’ésotérisme de Dante, dans les premiers chapitres, Guénon donne le ton :

- Sens apparent et sens caché.

- Rapprochements maçonniques et hermétiques.

- Dante et le Rosicrucianisme.

- Voyages extra-terrestres dans différentes traditions.

- Les trois mondes.

- Les nombres symboliques, les cycles cosmiques…

Puis suivront six ouvrages :

- 1931 : Le symbolisme de la Croix.

- 1932 : Les états multiples de l’être.

- 1946 : La grande triade (primauté du ternaire Ciel-Terre-Homme).

- 1948 : Principes du calcul infinitésimal.

- 1962 : Symboles fondamentaux de la science sacrée.

- (1970) : Formes traditionnelles et cycles cosmiques.

Lamark ( ꝉ 1829) et Darwin ( ꝉ 1882) ont fondé la science naturaliste, sortant l’évolution du vivant de son âge de la pierre. De descriptives, les sciences deviennent interprétatives. Elles s’intéressent à ce que l’humain possède en plus de l’animal : son cerveau évolué permettant la conscience du « moi ». Fort heureusement, l’athéisme scientifique et le marxisme agnostique n’effleureront même pas la réflexion Guénonienne respectueuse des religions. Les courants athées et psychanalytiques seront sans effet sur la pensée d’un Guénon, bien à l’abri dans son refuge Soufi.

À l’hypertrophie freudienne du « moi, je », Guénon répondra par la « toute-puissance du Soi », de l’Être pur, du non-être, dans le principe taoïste de la Grande Unité. Guénon affirme et réaffirme la responsabilité de l’Être dans l’alternative du choix volontaire du dépassement de soi, ou au contraire, de celui de l’indifférence de l’homme au sacré qui l’entoure. Par-là, Guénon est en rupture avec la maçonnerie agnostique et les antéchrists modernes. Refuser le sacré, oublier les symboles, c’est pour lui nier la divinité.

Pour Guénon, les symboles sont les signes qui mènent à la Divinité. Ils sont le sacré manifesté, rendant visible ce qui ne l’est pas. Guénon aime à rappeler le sens étymologique du mot symbole : « ce qui joint, ce qui rapproche, ce qui sert à reconnaître, à se reconnaître … ». Interpréter le symbole c’est se demander simplement de quoi il est le symbole. Grâce à sa culture et sa connaissance des langues : du Latin, du Grec, de l’Hébreu, du Sanskrit, de l’Arabe, Guénon excelle dans les interprétations symboliques et découvre des sens jusqu’alors jamais élucidés. Son œuvre incarne tous les thèmes de la maçonnerie spéculative, des plus simples aux plus complexes, empruntés aux grandes civilisations traditionnelles.

Pour Guénon, les symboles demeurent la boussole infaillible du franc-maçon. Dans le grand principe de la construction universelle, il démontre le sens du tétragramme ALLAH pour lequel la composition hiéroglyphique traduit :

- Le A initial par la Règle.

- les LL par l’Équerre.

- Le A final par le Compas.

- Le H de fin par le triangle dans le Cercle !

Il ne peut y avoir plus brillante démonstration sur l’universalité des symboles. Léo Taxil peut se retourner dans sa tombe, Satan n’est pas franc-maçon.

Les sept ouvrages de René Guénon, cités plus haut et consacrés au symbolisme métaphysique sont sa contribution à la Maçonnerie universelle.

Guénon y définit le symbole des symboles, comme étant pour lui la Croix formée de quatre segments, au centre desquels se réintègre l’unité, point de départ des quatre directions signifiant le « je suis », « la voie », « la vérité », « la vie » - englobant macrocosme et microcosme, dépassant et renforçant le symbole de la croix sacrificielle du Golgotha.

René Guénon prouve que c’est par le symbole que l’âme se détache du corps. À la fin de sa vie Guénon répétait à qui voulait bien l’entendre : « seul l’esprit est à nous, et paradoxalement c’est par le corps que nous pensons nous libérer ».

À ce stade, rappelons-nous mes Frères, les dernières phrases de la présentation du tableau de <Loge au 1er grade du Rite français :

« Ces quelques indications n’épuisent pas le sens des symboles que vous présente ce tableau. C’est par vos propres méditations que vous pénétrerez toujours plus profondément ce sens, ou pour mieux dire, qu’il pénétrera toujours plus profondément en vous. Car nos symboles n’expriment pas des idées abstraites, mais bien des réalités vivantes, qui doivent prendre racine dans votre âme et y croître. N’oubliez jamais que c’est là le résultat essentiel que vous devez attendre du travail maçonnique ».

Quoi de plus Guénonien que ces quelques lignes … ?

EN CONCLUSION :

Les trois termes qui résument le mieux l’apport de René Guénon à la démarche maçonnique sont : Tradition – Initiation – Symboles.

Un mot résume la pensée métaphysique de René Guénon : ÉSOTÉRISME, et notamment l’ésotérisme hindou. Sachant pertinemment qu’un non-Indien ne peut devenir hindou, Guénon se voue à l’Islam ou plus exactement au Soufisme.

Mais Guénon vivra dans la conscience du monosyllabe « AUM » qui signifie en Sanskrit « la conscience suprême, celle sui illumine et domine », il restera sa vie durant avec beaucoup d’humilité, le serviteur de l’Unique. Jean.

Dans l’œuvre immense de René Guénon, l’ouvrage qui le définit le mieux est celui qu’il publie à la charnière de sa vie, en 1929, un an après la mort tragique de sa première femme et un an avant de s’installer définitivement au Caire. Dans cet opuscule de 100 pages, intitulé « LE ROI DU MONDE », René Guénon cache mal sa nostalgie Templière, lui qui fut en 1911, en lutte avec les hermétistes et le célèbre Papus, lui qui fut chassé et contraint de dissoudre l’Ordre du Temple Rénové, qui devait lui servir pour lutter contre les infidèles de la Contre-Initiation. Exclu, Guénon poursuivra à sa manière sa quête du Graal, en fidèle Franc-Maçon, sans jamais faillir ni à son honneur maçonnique ni à sa foi d’initié.

Sur le plan de la démarche, l’œuvre de Guénon est une incomparable source d’action et de réflexion pour les francs-maçons. André Gide disait : « les livres de René Guénon sont remarquables et m’ont beaucoup instruits. Mon seul regret est de ne pas les avoir lu plus tôt ».

Tous les Guénoniens ne sont pas francs-maçons. Tous les francs-maçons ne sont pas Guénoniens. Et tous les Guénoniens ne sont pas sulfureux – beaucoup s’en faut. Cependant, on a coutume de dire en Maçonnerie que l’œuvre de Guénon est intemporelle, que ses sources sont tout aussi secrètes qu’intarissables et que, sur ces trois points, les véritables Guénoniens sont voués au silence.

(…)

R.°.L.°. « Les Ecossais de la Sainte Beaume »

Daniel NAP.°.

CONTRIBUTIONS A LA VIE ET A L’ŒUVRE DE RENE GUENON.

Guénon est perçu comme un auteur brillant, mais complexe, froid, peu humain aux yeux de certains, sans trop d’attention pour la féminité. Son oeuvre, purement métaphysique, volontairement complexe, est voulue ainsi, pour en écarter le lecteur pressé, guère attentif. Tout le récit de Guénon reste lié à l’étude des premiers principes ésotériques, au savoir absolu, qu’il nomme connaissance principielle. Sa recherche repose sur l’intuition portée par l’intellect.

René Guénon nous a laissé une oeuvre colossale composée de 350 articles, 17 livres et 9 ouvrages posthumes tirés de notes diverses. L’ensemble de son oeuvre met en lumière trois éléments chers au sacré : la Tradition - Le Symbolisme - l’Initiation. Au cours de ces recherches, nous avons tenté de déceler l’image de René Guénon, ses motivations profondes, sa destinée, sachant que l’œuvre entière est indissociable des évènements vécus par l’auteur à son époque.

René Jean-Marie Joseph Guénon est né à Blois le 15 novembre 1886 dans une famille catholique et bourgeoise, d’origine vigneronne. Son père est architecte-expert auprès d’une importante société d’assurances. Guénon est fils unique, de santé fragile il est nerveux, sensible, intellectuel. Long, mince avec de grands yeux clairs, fixes et pénétrants, il est maladif frêle et blanc « comme un portrait du Gréco » disait-on. Il aime sa région chargée d’histoire, dans le prestigieux passé des châteaux de la Loire.

René Guénon fait de brillantes études à Blois où il passe avec succès en 1903 le baccalauréat de philosophie à 17 ans. Puis, il s’inscrit à Paris à l’université pour y préparer une licence de mathématiques-physique. En 1906, après le décès de son père, il est malade et cesse ses études. C’est alors qu’attiré par la métaphysique, il s’inscrit à l’école Hermétique, rue Séguier à Paris, école que dirige le célèbre occultiste Papus, le Docteur Gérard Encausse. En 1907, à 21 ans, René Guénon est initié dans un ordre Martiniste. Il fréquente le Grand Orient de France. Du 7 au 10 juin 1908 il est nommé par Papus, secrétaire du Congrès Spiritualiste et Maçonnique qui se tient à Paris dans la salle des sociétés Savantes. Remarqué de ses pairs, il devient responsable de la revue officielle de l’école Hermétique le Voile D’Isis, dans laquelle il va publier ses premiers articles.

Entouré de nombreux amis, en loge Martiniste, René Guénon utilise l’écriture automatique avec médium interposé, pour centrer ses recherches sur les textes ainsi obtenus. Lors d’une séance que Guénon n’oubliera jamais, l’entité se révélant au médium n’est autre que l’apparence de Jacques de Molay, dernier Grand Maître Templier, envoyé au bûcher en 1314 par Philippe le Bel. Le message traduit est on ne plus clair. Il ordonne à René Guénon de créer l’Ordre du Temple Rénové. Fin 1908 Guénon fonde cet Ordre, accédant aux documents des Templiers détenus par Papus et ses amis. Guénon est chargé de la rédaction des rituels de l’Ordre. Autant dire que cet épisode devient déterminant dans l’œuvre de Guénon et certainement, dans sa destinée. Cosmologie, langages, symboles, traditions n’ont plus de secret pour un René Guénon avide de savoirs, déchiffrant le latin, le grec, l’hébreu, le sanskrit et l’arabe. De culture universelle Guénon accède à la Kabbale, au Taoïsme, au Soufisme.

Guénon est entier, virulent. Son combat contre le dogme est sans concession. Aussi se trouve-t-il rapidement en lutte contre les hermétistes. À cause de cela, Papus le fait exclure de l’école hermétique et de la loge martiniste. En 1911 Guénon doit dissoudre l’Ordre du Temple Rénové dont il conservera cependant tous les documents. À 25 ans isolé, déçu, René Guénon se confie à un ami Soufi Egyptien qui lui propose l’initiation islamique. En 1912 Guénon reçoit la Baraka, et voit dans sa démarche bien plus un idéal Templier de rapprochement entre l’Orient et l’Occident, qu’une conversion à l’Islam pour oublier les hermétistes ou le Catholicisme. D’ailleurs, la même année lors d’un séjour à Blois, en visite chez sa mère, Guénon rencontre et épouse à l’église Berthe Loury, une institutrice de 29 ans. Lui en a à peine 26. Le couple s’installe à Paris, Ile Saint-Louis, au troisième étage d’un petit appartement de l’ancien Archevêché. L’intérieur est coquet, Berthe joue du piano, tandis que Guénon lit, écrit, prise les gravures Hindoues, les objets symboliques. Sans enfant, le couple élève une nièce de 4 ans, que Guénon considère comme sa propre fille.

Nous sommes en 1913, Guénon fréquente le Loge Thébah à la Grande Loge de France. Il écrit de nombreux articles vendus à vil prix à des revues peu recommandables. Ainsi trouvera-t-on des articles de Guénon dans la Revue Antimaçonnique, d’inspiration taxilienne et dans le journal d’Action Française de Charles Mauras. Dans ces articles Guénon ne s’engage pas, il écrit sous des pseudonymes.

En 1914, Guénon, de santé fragile est réformé. Il n’ira pas à la guerre, donne des leçons particulières à des enfants de familles aisées. Marqué à cause des atrocités du conflit militaire, Guénon recherche un emploi plus actif. En 1916, il obtient un poste de professeur remplaçant de Philosophie dans un lycée. L’année suivante, au retour du titulaire, il est nommé à Sétif en Algérie. Après l’année effectuée à Sétif et le décès de sa mère en 1917, Guénon tente l’Agrégation de Philosophie. Il échoue. Se disant peu pédagogue, il abandonne définitivement l’enseignement public. En 1921 il trouve un poste de bibliothécaire à l’Université de Paris. Il a 35 ans et rencontre beaucoup de visiteurs étrangers. Profitant du temps libre, la guerre à restreint toutes les activités, usant à loisir de la bibliothèque, Guénon présente en 1921 une thèse de doctorat intitulée : Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues. Chose rare, la thèse sera refusée par le doyen de l’Université, tant elle rompt avec les interprétations habituelles. En effet, le dégât de la Grande Guerre passé, nul n’est prêt à voir un occident décadent, corrompu, tel que le représente Guénon et encore moins prêt à imaginer que la solution puisse venir d’Asie, en cette époque de grande peur du péril jaune.

Farouche, Guénon va cependant dénoncer la crise européenne, sociale, économique, politique, religieuse, spirituelle...

Le monde lui semble à la dérive, s’appuyant sur une religion qui n’apporte plus rien, ayant elle-même perdu ses bases traditionnelles depuis fort longtemps. Il ressent le danger face à l’essor du spiritisme à la mode, venu d’une Amérique pleurant et appelant les âmes de ses morts. Ce courant spirite, prônant dogmatisme, prédications, réincarnations, soulevés parallèlement à l’émoi du cataclysme humain de 14-18, est en lutte contre les valeurs traditionnelles défendues par René Guénon.

C’est en homme isolé, courageux, combatif, que Guénon publie en 1923 L’Erreur Spirite, en 1924 Orient et Occident, en 1925 L’homme et son devenir selon le Védânta, et L’ésotérisme de Dante, puis en 1927 Le Roi du monde et La crise du monde moderne, soit six ouvrages en cinq ans. Révélé grâce à ses publications, dont certaines sont à gros tirages, Guénon est perçu comme un auteur brillant, mais complexe, froid, peu humain aux yeux de certains, sans trop d’attention pour la féminité. Son oeuvre, purement métaphysique, volontairement complexe, est voulue ainsi, pour en écarter le lecteur pressé, guère attentif. Tout le récit de Guénon reste lié à l’étude des premiers principes ésotériques, au savoir absolu, qu’il nomme connaissance principielle. Sa recherche repose sur l’intuition portée par l’intellect.

Le 15 janvier 1928, René Guénon perd sa femme Berthe, foudroyée par une méningite cérébro-spinale. Pour des raisons morales, Guénon ne peut conserver la garde de sa nièce âgée de 14 ans, qui rejoint sa famille. À 42 ans René Guénon se retrouve seul. Sa vie bascule dans le désespoir affectif. À la fin de l’année 1928 il accepte la proposition de ses éditeurs, les frères Chacornac, de fonder une maison d’édition pour reprendre et continuer ses propres publications. Après un court séjour dans le midi, le 5 mars 1930 René Guénon part pour le Caire afin de rechercher pendant plusieurs semaines des documents sur l’Islam. Les recherches s’avèrent plus longues que prévu. Malheureusement le projet de nouvelle maison d’édition, soutenu par une richissime veuve américaine, échoue, celle-ci s’étant remariée en France à un hermétiste, hostilement farouche aux thèses guénoniennes. René Guénon n’a plus les moyens de retourner à Paris. Il restera vingt années au Caire, jusqu’à sa mort.

En 1930, René Guénon n’existe plus. À 44 ans il devient le Sheikh Abdel Wahed. Yahia, ce qui signifie en arabe : le Serviteur de l’Unique. Jean.

En France on publie deux ouvrages de Guénon écrits en 1929 : Autorité spirituelle et pouvoir temporel, et Saint Bernard. L’anti-traditionalisme bat son plein. La contre initiation que redoute Guénon est en marche, elle est menée par l’un de ses anciens amis Marquès-Rivière, qui publie : La trahison spirituelle de la Franc-Maçonnerie. Le même Marquès-Rivière sera l’organisateur de l’exposition antimaçonnique sous l’occupation allemande et réalisera pour la propagande nazie, le film de désinformation : Les forces occultes. En réponse à ces antéchrists, Guénon fait éditer deux publications, Le symbolisme de la croix en 1931, et Les états multiples de l’être en 1932, signalé plus tardivement comme son meilleur ouvrage.

En juillet 1934, à l’âge de 48 ans Guénon épouse au Caire, Fatima Ibrahim, la fille d’un ami musulman. En 1936 les Frères Chacornac transforment le Voile d’Isis en une revue ésotérique et spiritualiste qui s’appellera désormais Études Traditionnelles. Ils confient à René Guénon la direction de la nouvelle revue, dans laquelle celui-ci publie de nombreux articles sur le symbolisme. En 1939, malgré un état de fatigue gênante, Guénon reçoit chez lui au Caire des écrivains, des journalistes. Parfois il demeure couché plusieurs mois, comme paralysé, avec de singulières marques sur le corps. Guénon invoque ses vieux rhumatismes et des sorts jetés sur lui par la magie noire... Il rencontre des magnétiseurs, se livre à la psychométrie, se coupe à certains moments de toute vie sociale. La même année il publie La Métaphysique Orientale. La Seconde Guerre mondiale interrompt ses activités, en limitant l’acheminement du courrier. Retiré, Guénon lit, traduit des textes arabes. En 1944 naît sa première fille Khadija.

Dès la fin de la guerre, en 1945-46, Guénon réactionnaire ne peut rester insensible aux malheurs causés par le second conflit mondial. Il publie quatre ouvrages fondamentaux : Le règne de la quantité et les signes des temps. Les principes du calcul infinitésimal. La grande Triade, et Aperçus sur l’Initiation, qui sera le dernier ouvrage publié de son vivant. La métaphysique guénonienne s’installe en France chez les initiés et s’impose aussi dans les pays voisins en Angleterre, en Allemagne. Guénon sera plébiscité par André Gide, prix Nobel de Littérature, mais restera insensible aux éloges, au succès de ses ouvrages.

En 1947 naît sa deuxième fille Leïla. En France La Grande Loge crée un Atelier appelé La Grande Triade, en l’honneur de René Guénon. Elle y accueille les guénoniens purs et durs, et connaît de multiples affrontements dans la vocation de ce lieu, chargé de représenter le lien entre l’Orient et l’Occident. Bien qu’hésitant, Guénon ne se rendra pas dans cet Atelier.

En 1949 naît le troisième enfant de René Guénon, un fils Ahmed. Guénon obtient la nationalité Egyptienne qu’il a sollicitée depuis longtemps. Dimanche 7 janvier 1951 à 23 heures, René Guénon décède à l’âge de 64 ans et demi. Sa femme enceinte, accouchera cinq mois plus tard, le 17 mai 1951 d’un fils appelé du nom de son père Abdel Wahed. Un docteur ami de Guénon dira : - On ne s’explique pas de quoi mourut René Guénon, aucun organe n’était particulièrement atteint, si ce n’est son âme qui partit mystérieusement...

René Guénon fut enterré le 8 janvier 1951 au cimetière de Darassa près du Caire.

C’est par la force des évènements de son époque, de sa vie tragique, que Guénon adhère à l’Islam dans le soufisme égyptien. Dans l’Islam le Soufi est un mystique musulman, qui rend gloire à Dieu dans la recherche de la perfection spirituelle. À la manière des chants, des danses, chez les Derviche hurleurs ou tourneurs, l’être entier du Soufi s’identifie à la parole prononçant sans cesse la prière en boucles répétées, qui font en sorte que la pratique rituelle rentre toujours plus profondément en lui, jusqu’à l’extase. Chaque confrérie de Soufi, nommée Tarikah, possédant pour ce voyage extatique, un rituel particulier.

Guénon initié à l’Islam dès l’âge de 26 ans n’a aucun mal à adhérer à ces principes et à se transformer en Soufi. Toutefois le soufisme est composite, il a conservé dans ses strates certaines croyances pré-islamiques de caractère magique en plus de l’apport chiite, correspondant à une interprétation mystique du Coran. Au nom de la tradition originelle, en devenant Soufi, Guénon entre totalement dans le personnage-clé du soufisme, ou plutôt est totalement enveloppé par l’identité de ce personnage appelé Marabout. Ce terme signifiant en arabe : homme vivant dans un couvent fortifié.

C’est en Soufi-Marabout que Guénon, le réformé de 14-18, fait sa guerre sainte contre l’infidèle, contre les antéchrists de la contre-initiation. C’est dans l’idéal essénien templier que Guénon, retiré dans son ermitage du Caire auprès de son épouse Fatima, prépare techniquement et spirituellement sa lutte dans la voie, la voix, de Dieu. À l’image des Soufis, Guénon se réfère au prophète Ali, marié à Fatima la fille de Mahomet. Les vies de René Guénon recèlent de nombreux symboles actifs. En martyr ou en saint homme, en soldat du Temple, Guénon a assimilé toutes les représentations au sens de la tradition première universelle, mère des religions. Vieillissant, fragilisé, il s’est adonné aux rites utilisés par les Soufis en terre d’Islam. Il a pratiqué l’incantation haletante et répétitive pour l’accomplissement de l’extase, en expérimentant aussi le jeûne prolongé menant aux vertiges hallucinatoires. Il s’est quelquefois meurtri volontairement les membres de marques profondes et douloureuses sous l’emprise du narguilé, notamment vers la fin de sa vie. Mais toujours, Guénon-Wahed s’est dépassé dans la lutte contre son corps malade, contre le dogme, contre les intégrismes, contre les Nations ou le pouvoir nationaliste établi avec la complicité des légistes dociles et corrompus.

Guénon s’est dépassé dans sa lutte contre les dérives de la surproduction ruineuse, contre celles du progrès excessif, menant aux guerres apocalyptiques avec les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki des 6 et 9 août 1945.

R.°.L.°. « Les Écossais de la Sainte Beaume »

Daniel NAP.°.

Partager cet article

Repost 0
Published by écossaisdesaintjean - dans PLANCHES

Présentation

  • : Le blog de ecossaisdesaintjean
  • Le blog de ecossaisdesaintjean
  • : Site de publication et de recherche en franc maçonnerie. Le symbolisme et l'histoire y sont étudiés ainsi que la rituelie comparée. le Rite ecossais Primitif et son symbolisme y sont décrit. Le blog est ouvert, les planches de différents rites sont acceptés
  • Contact

La Revue du Maçon (RDM)

La Revue Du Maçon (RDM) publie regulièrement les morceaux d'architectures et les planches sur les thèmes des symboles , des mythes et de la tradition, véritables bases de toutes démarches initiatiques. Le franc-maçon éclairé en son for intérieur par la valeur et le sens universel des symboles est alors apte à agir dans son environnement.

"La recherche symbolique reste la valeur de base de toute démarche humanisante".

http://www.glsrep.org/article-la-revue-du-ma-on-123848203.html

Rechercher

">

Commander la Revue Du Maçon

commandez la RDM 

Etudes Récentes

  • L'acclamation écossaise - deuxième partie
    L’acclamation écossaise : Sémiotique élargie de la geste acclamative commune : Dans la suite de notre première partie, il convient d’entrevoir dans l’acclamation écossaise autre chose qu’un mot à traduire. Sans doute l’acclamation possède bien plus qu’un...
  • L'acclamation écossaise- Premiere partie.
    L’acclamation écossaise : Le souffle clanique et l’essence en partage Bien des auteurs maçonniques ont écrit sur la signification de l’acclamation écossaise et ses différentes variantes. Leur démarche était de rechercher un sens lié à l’origine étymologique...
  • Le Centre, l'Agarttha.
    L’Agarttha ou le centre du monde Du Centre et des centres : Si les mythes sont éternels, c’est qu’ils fondent une réalité « cachée ». Cette réalité cachée que nous cherchons dans le monde n’est nulle part ailleurs que dans les tréfonds de notre conscience,...
  • L'apport de Guenon à la demarche du franc-maçon
    « APPORT DE L' ŒUVRE DE RENÉ GUÉNON DANS LA DÉMARCHE DU FRANC-MAÇON » suivi de "CONTRIBUTION A LA VIE ET A L’ŒUVRE DE RENÉ GUENON" "Permettez-moi d’offrir ce travail de recherche à celui qui m’a aidé à découvrir René Guénon, au TVF Cl.°. Grel.°.". D’aucuns...
  • La Voûte Etoilée
    La Voûte Étoilée (...) Ainsi, l’une de nos premières tâches au sein de notre Temple, fut de construire la Voûte et, avec le recul, le début de beaucoup d’interrogations fussent-elles conscientes ou inconscientes. Plusieurs possibilités s’offraient à nous,...
  • Le Cabinet de Reflexion
    Le décorum du Cabinet de Réflexion Seule et immobile, l’ambiance est alors propice à l’introspection. Ce cabinet, qui se trouve sous terre et dans une semi-obscurité, représente un caveau dans lequel va mourir le vieil homme et, de par la présence de...
  • La symbolique des outils de l'Apprenti
    Approche symbolique des outils de l’Apprenti « J’aime penser que le chemin parcouru compte plus que les buts à atteindre ». C’est la raison pour laquelle j’ai décidé, pour commencer ce travail, de me replonger quelque peu en arrière dans le cheminement...
  • René Guénon- La crise du monde moderne.
    « La Crise du Monde Moderne » de René GUENON, notes de lectures (Il s ’agit ici de notes prises au cours de la lecture de "La Crise du Monde Moderne" de René Guénon. Ces notes peuvent aider à comprendre le sens général de l’œuvre mais n ’ont pas pour...
  • Les métaux : de l'avoir à l'être.
    LES MÉTAUX - L’ABANDON DES MÉTAUX I.- C’est aujourd’hui la présentation de ma deuxième planche. Il m’a été demandé de travailler sur « LES MÉTAUX - L’ABANDON DES MÉTAUX ». J’ai d’abord cru que cela allait être relativement… aisé, avant de me rendre rapidement...
  • LE SYMBOLE CLE D’ACCÈS A L’ÉVEIL.
    Selon René Guénon, la FM est un réceptacle de diverses voies et influences spirituelles se rattachant à LA Tradition primordiale. En effet, Toutes les voies spirituelles conditionnées par le lieu et l’époque où elles interviennent se rattachent à Une...