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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 00:00

 

Les quatre Saints couronnés - Ars Quatuor Coronatorum

Première légende du métier de l’ère chrétienne.

Relaté Regius1390

La légende opérative ou le respect de l'engagement et du devoir jusqu'au sacrifice avant la légende d'Hiram.

Sancti Quattuor Coronati

"Voici comment sont appelés ces quatre sculpteurs tailleurs de pierre,

La légende qui les concerne est parvenue jusqu’à nous par de nombreuses voies de transmission parfois nébuleuses.

L’histoire de ces ouvriers martyrs, victimes de leur foi chrétienne et de leur savoir-faire devenu savoir-être opératif, anime le quotidien des carrières de pierre à l’époque du moyen-âge.

La période la plus ancienne donnant naissance à cette légende de métier se situe vers l’an 287 ou 298 voire même 300 ou 310. Dans tous les cas 354 au plus tard.

Quatres couronnés vers 1500

 

Le récit de Leurs vies n’a laissé que très peu de traces écrites et nous pouvons en quelques lignes faire une esquisse rapide de leur existence parmi les maîtres bâtisseurs du début de notre ère chrétienne.

Les légendes de transmissions verbales ont donné lieu à des variantes. On en connaît principalement trois… comme l’âge de l’apprenti…

Prenons la version la plus répandue[1][1] : la légende des quatre couronnés se situe en Pannonie au IVème siècle sous le règne de l’empereur romain d’orient nommé : Dioclétien.

Un texte en latin rédigé par Porphyrius employé au cadastre, nous conte l'histoire de quatre tailleurs de pierre chrétiens Simpronianus, Claudius, Nicotratus, et Castorius, puis plus tard un cinquième ouvrier nommé Simplicius se convertira et ralliera le groupe.

Ces Sculpteurs très habiles attirèrent l’attention de l'empereur, qui les remarqua et leur demanda de réaliser une statue du Dieu Esculape, le dieu de la médecine en mythologie romaine.

Malheureusement pour eux, ils refusèrent, car ce dieu païen était soupçonné d'incarner les puissances démoniaques de la Rome antique. Esculape était en effet représenté avec un bâton en forme d'axe et un ou deux serpents entrelacés. Le serpent, fût-il médicinal, représentait pour les chrétiens la tentation du récit de la Genèse, mais aussi le pouvoir de la vie et de la mort. Pour les premiers chrétiens, ce pouvoir n'était donné qu'a Dieu.

.esculape

Ils furent jugés et condamnés à mort; enfermés, vivant dans un cercueil de plomb que l'on précipita dans le Danube.

Les cercueils au nombre de cinq furent repêchés après six semaines, soit 42 jours plus tard par un fidèle chrétien appelé Nicodème.

Ce repêchage n’est pas sans rappeler le mythe Osirien du démembrement du corps jeté dans le Nil qui fut repêché par Isis et réuni à nouveau. Rassemblons, ce qui est épars, mes frères…

Pourquoi un tel châtiment ? Pourquoi un cercueil en plomb immergé ? Un élément purificateur pour l’eau peut-être ? Et la matière choisie : le plomb symbolisant la base de tout travail de transformation spirituel et alchimique, mais aussi pour le cercueil la retraite, la solitude, l’isolement…

Nous pouvons voir à ces trois aspects cercueil, plomb et eau, un système symbolique commun, et dans la descente et la remontée à la surface une vérité initiatique : Le cercueil est le réceptacle de l’homme en supplice. Rien ne peut sortir de cette boîte, ni le corps physique, ni l’esprit, ni l’âme. Le plomb est le symbole suspendu au bout du fil et qui s’enfonce comme le cercueil inexorablement vers les profondeurs abyssales, soit le centre de la Terre, le Nadir. Cette plongée au centre du liquide amniotique danubien et cet enfermement dans le plomb n’est pas sans rappeler notre tentative de plonger en nous même par l’acronyme V.I.T.R.I.O.L.

L’eau du Danube[2][2] traverse et irrigue les contrées les plus fertiles de l’Europe, c’est un fleuve mythique et porteur dans ses brumes des plus fabuleuses légendes. Ainsi les corps l’âme et l’esprit des suppliciés baignent dans le fleuve nourricier de la terre et leur légende sera porté sur toutes les rives d’Europe. Les cercueils vont ainsi franchir symboliquement la ligne de partage des eaux entre ce qui est en haut et ce qui est en bas, par l’intervention de Nicomède.

Nicomède sera le passeur entre l’état inférieur de la recomposition de l’être supplicié et sa libération à l’air libre ou plus précisément à la lumière C’est lui qui fait le passage entre le supplice de nature mystique et le sacrifice de nature initiatique. Il rejoint par un pont les deux rives du Danube : le profane extérieur au sacré intérieur. L’ouverture du cercueil libère l’esprit et l’âme des suppliciés qui ont respecté leur engagement de plonger au plus profond d’eux-mêmes.

Le subtil se dégage de l’épais. C’est ici le but principal de tout croyant : accéder à plus haut, à un état supérieur à l’existence physique en se sacrifiant à son « devoir ». C’est un authentique combat pour la liberté de conscience qui mérite le respect. Le terme « devoir » est tout à la fois professionnel et initiatique, il associe respect, fidélité et liberté de conscience. Le sommet de la voie n’est pas dans la corporification de l’être ni dans la corruption des convictions, mais dans la libération de l’esprit prisonnier de ce corps de matière.

Les anciens pensaient que la forme de la pierre taillée reflète la beauté et la sagesse de l’esprit qui l’avait taillé pour les chrétiens ou de l’esprit prisonnier de cette pierre pour les Celtes. C’est aussi dans un registre différent, le sens préchrétien du sacrifice du Christ supplicié sur la croix, soit le passage de la matière à l’esprit. C’est à l’évidence une légende qui annonce celle d’Hiram.

Le culte romain des quatre couronnés, malgré ses différentes versions est attesté par les calendriers et par les livres liturgiques qui restent les seules sources à peu près fiables.

Après cet abominable crime, l’empereur retourne à Rome et ordonne que tous les soldats aillent au temple d’esculape pour encenser l’autel de ce dieu. Ce Dieu ne fut pas choisi par hasard.

Quatre officiers subalternes (corniculari, titre militaire), convertis au christianisme, ne voulurent pas obéir un Dieu au serpent tentateur qui convainquit Adam et Ève d’enfreindre la Loi Divine et de s’emparer du fruit de la connaissance. Pour ce refus ils furent également punis de mort, ce qui au plan initiatique leur ouvrent littéralement la voie de la connaissance. La voie de la connaissance est représentée classiquement par le centre de la croix.

Le martyr des cinq maçons est supposé avoir eu lieu le 8 novembre de l’année 298 et celui des quatre militaires, à une date proche, en l’an 300.

Au total neuf martyrs furent, suivant certaines légendes, inhumés dans une même sépulture.

C’est en 310 que le pape Melchiades donne à ces derniers le titre de quatuor coronati, sous lequel on les désigne dans les plus anciens missels et dans les formulaires de dévotion populaire, ainsi que les cinq autres martyrs qui figurent nominalement et sous le titre de saints martyrs.

Au VII siècle le pape Honorius 1° érigea sur le mont Coelius, l’une des sept montagnes de Rome qui deviendra le mont Saint-Jean, au moyen de matériaux provenant des ruines du temple de Diane, une basilique, à la mémoire des quatre martyrs.

En 848, les restes mortels des neufs martyrs Cinq tailleurs de pierres et quatre sous-officiers, furent transférés dans cet édifice des quatuors coronati.

L’église plusieurs fois reconstruite existe encore, elle porte le nom d’église des quattro incoronati.

C’est en partant d’Italie, que la renommée des quatuor coronati se répandit en Allemagne ou elle fut légende de métier et en France.

D’après le martyrologue de du Saussay, les corps des cinq maçons furent transportés de Rome a Toulouse, et les reliques de l’un d’eux, Saint Claude, sont relatés dans une bulle papale de 1049, comme reposant dans l’église de Maynal dans le Jura en Franche-Comté. Ainsi, commence en Europe le culte et le commerce des reliques.

Ce qui nous intéresse dans le sacrifice des tailleurs et des Quatre militaires, c’est l’association dans un même sort de la voie initiatique artisanale, et de la voie initiatique militaire ou chevaleresque. Ces deux voies sont authentiques et se complètent en tant que voie initiatiques.

Par cet assemblage le mythe transporte une information précieuse : les quatre premiers tailleurs furent rejoints par un cinquième selon l’histoire. Ceci veut dire que l’homme sur le chemin des petits mystères doit dépasser le cap géométrique du quatre pour atteindre le cinq. Pour le compagnon bâtisseur, cela indique que l’étoile à cinq branches doit être tracée pour trouver l’image harmonieuse de soi. Cette harmonie intérieure est le point central de pierre taillée. Ce point central, ce cœur, se représente par la pointe de la pyramide surmontant la pierre. La mort sacrificielle est cette hache qui vient fendre le corps de matière pour en faire sortir l’esprit. La pierre ainsi éclatée fait apparaître l’étoile à cinq branches.

C’est ici le terme du cycle des petits mystères qui du cabinet de réflexion à donné la co-naissance des éléments constitutifs et dispersés de soi, jusqu'à la connaissance de soi. En effet la co-naissance est littéralement la naissance « à côté de soi » c'est-à-dire revivre sa naissance par les quatre éléments, alors que l’étoile à cinq branches caractérise la « connaissance de soi » par son centre unificateur.

Cette partie centrale ne peut être lue par le profane, car elle vit cachée au cœur de la pierre. Sa libération marque la fin du périple des petits mystères qui aboutira à la naissance d’un nouveau cycle : celui des grands mystères. Ce sera, pour les francs-maçons, le mythe d’Hiram qui viendra illustrer cette « re-naissance » dans une autre dimension et sur un autre axe.

La présence des quatre sous officiers qui seront eux aussi sacrifiés, complète l’idée de « fin » par la projection du corps vers la mort physique avec pour corollaire la vie spirituelle.

Dans l’esprit de la légende, le sacrifice des maçons et des militaires se confondent dans la mort.

Pour naître, il faut mourir.

Finalement nous avons le sentiment que le sacrifice devait aller jusqu’à son terme. Ce terme semblait souhaité par les victimes, au nom d’une fidélité au devoir. La finalité de ce devoir est de se trouver dans la proximité du divin. C’est ce qui ressort de l’Ancien Devoir catholique le Régius de 1390 :

« Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis »
.

« Plus cruellement il les punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,

Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort; »

L’initiation militaire, c’est l’usage de son corps dans un combat jusqu'à la victoire. La mort physique devient une victoire de l’esprit libéré. C’est le « sens de l’engagement » du militaire ou de l’art martial. C’est en parallèle aussi le « sens du devoir » ultime du maçon. La vie comme la mort sont conjuguées au quotidien.

Le savoir-faire du maçon trouve son équivalent dans la connaissance des armes et de leurs utilisations jusqu'à ce qu’elle porte un nom. Le tailleur fait corps avec son maillet et son ciseau comme le chevalier fait corps avec son arme. Le militaire est donc enterré avec son arme.

Ainsi les quatre militaires projettent leur corps aux quatre arêtes de la pyramide de la pierre cubique à pointe. C’est une projection jusqu'à sa pointe sommitale qu’ils touchent de leur tête. Le conjointement des quatre arrêtes fait l’élévation du centre de la pierre dans le feu de l’ascendance. C’est le sens ésotérique des pierres à feu… C’est ce sens profond que nous trouvons parfois représenté par cette couronne sur la tête des saints qui donne aussi l’auréole ou la flamme au-dessus de la tête. On trouve aussi la représentation du saint avec couronne et petite flamme.

Cette pyramide « couronne » littéralement le cube de l’art royal représenté lui-même par les quatre tailleurs à chaque angle et le cinquième non visible, comme il se doit, au centre du cube. Le carré et donc surmonté du triangle !

La représentation statuaire positionne quatre tailleurs aux quatre angles de la chasse "ouverte", le cinquième est invisible, mais forme l’axe, lieu d’élaboration du tout et de la manifestation. Le toit surmontant la chasse du fait de son éclatement sera représenté en triangle ou en pyramide ouverte. La pointe du haut correspondra l’axe du bas.

Quatres couronnés-FirenzeOrsanmichele03[1]

Ainsi les 5 sacrifiés et les 4 forment la pierre cubique à pointe dans les quatre arêtes montantes et dans l'axe.

Le nom des quatre couronnés était souvent donné à des groupes de métiers concernant l’art de bâtir, réunis en une seule corporation comprenant sculpteur, tailleur de pierre, maçon et autres.

En résumé, la légende des martyrs couronnés appuie la conclusion que les « quatre » furent les saints patrons de la partie la plus importante des métiers de la construction, durant la splendeur de la maçonnerie opérative médiévale et jusqu’à sa période de déclin.

L’affiliation aux saints patrons par les métiers est un mariage de l’organisation au mythe fondateur, par delà l’église. Cette fusion porte et justifie sous l’œil des béatifiés l’honorabilité et l’ancienneté de l’association des tailleurs de pierre. Cette légitimité immémoriale par l’ancienneté de la légende devient de "droit divin". Elle permet et donne une assise morale à l’édiction de règles de métiers qui du coup profitent de la légitimité du saint. Ainsi les quatre saints deviennent médiateurs célestes pour toute la profession.

 

La priorité de ce travail n’est pas de prouver et de confirmer l’exactitude des recherches déjà tant exploitées, mais de retenir le caractère symbolique de ces fidèles croyants et pratiquants du début du christianisme qui comme nous, francs-maçons et au-delà de l'exotérisme religieux, n’ont pas renoncés à leur liberté de conscience. On peut se sacrifier pour la liberté de penser, nos aînés nous l’on démontré voici 70 ans.

De nos jours plusieurs ouvrages maçonniques donnent en référence la légende des quatre corniculaires. Ces quatre sacrifiés sont représentés aux quatre angles du lieu d’élaboration des plans de l’édifice. C’est le lieu de la naissance de la forme. Ils constituent les quatre angles de l’édifice opératif. Cette conception se transporte jusque dans les règles du métier. Les quatre angles sont conçus comme un mode d’emploi corporatif et comprennent 4 parties.

-1) Le maître maçon dirige le chantier et il est à ce titre, responsable devant le seigneur du lieu.

-2) Il gère le personnel et le trésor pour les renvoyer « comptant » leur salaire. Il doit se comporter honorablement avec les autres ouvriers qui sont les apprentis et les compagnons.

-3) Un enseignement du Code du travail pour réguler les relations et la création d’un certain nombre d’articles moraux que nous retrouverons dans la Banhutte germanique, le Régius de 1390 et le Cooke de 1410.

-4) Enfin, une dernière partie porte sur l’assistance aux assemblées régionales, preuves d’une organisation dépassant les murs de la loge opérative.

Que dire de plus … nous reconnaissons bien nos repères maçonniques :

Suivant les versions iconographiques, Claudius est représenté avec une équerre pour la matière, Nicostratus un compas pour la mesure et l’esprit, Castorius une règle et livre ouvert, la règle étant le diminutif de la loi sacré figurant dans le livre exotérique, et Symphorius un niveau et un sceptre, le niveau pour l’égalité et la différence de niveaux (haut et bas) traversés par le sceptre du pouvoir royal à qui l’on doit allégeance. Le sceptre se divise donc en deux parties, la terrestre avec la canne axiale du compagnon et le céleste avec l’épée flamboyante qui remplace les deux doigts tendus vers le ciel. Ces deux parties forment un tout sceptral regroupant le haut et le bas dans la filière initiatique de l’art royal. (On trouve aussi la truelle et le livre fermé, le livre et la règle, l’équerre, le maillet et le ciseau)

Voilà pour moi une toute petite partie de notre salaire…juste pour quelques heures de labeurs… sur cette planche à retracer la découverte des origines opératives de la lumière. J’en conclus que les corporations et les loges maçonniques opératives par le choix de leurs saints patrons épousaient une connaissance initiatique sous-jacente. C’était leurs connaissances mythiques secrètes dans l’art royal, qui venait en appui de leur secret de métiers.

Notre travail de recherche ne finit jamais, nous francs-maçons du « Primigenius more majorem » nous réfutons tout empereur dictateur à l'image de Dioclétien. Nous n’avons d’autres certitudes que nos questions.

 

(…)

 

Extrait du Régius de 1390, traduction tirée des archives "instructions du 1er degré R.°.L.°.EDSJ" sur la notion de "Devoir" :

 

"Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie la radieuse,
Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent les quatre saints martyrs,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient d’aussi bons maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient de même,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils taillent une statue
Qu'on vénérera en son honneur.
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ

 

Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis
.
Ils aimaient bien Dieu pour son enseignement.
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps-là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement en la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas tailler des idoles,
Quelques bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré son courroux;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire en sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter promptement,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,

Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le Livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur suite est bien connue, Le huitième jour après la Toussaint.

 

(...)

 

V :.M :. Joe :.pra :. Tenue du 09 janvier 6013à l’O :. De st Maximin la Ste baume.

 

[1] [1]  Selon la version de Jacques de Voraigne : Les quatre couronnés furent Sévère, Séverin, Carpophore et Victorin qui, par l’ordre de Dioclétien, furent fouettés à coups d'escourgées de plomb jusqu'à ce qu'ils en moururent. D'abord leurs noms furent inconnus, mais longtemps après Dieu les révéla. On décida donc que leur mémoire serait honorée sous les noms de cinq autres martyrs, Claude, Castorius, Symphorien, Nicostrate et Simplicien, qui souffrirent deux ans après eux. Or, ces derniers martyrs étaient d'habiles sculpteurs qui ayant refusé à Dioclétien de sculpter une idole, et de sacrifier aux dieux, furent mis vivants, par ordre de cet empereur, dans des caisses de plomb et précipités dans la mer vers l’an du Seigneur 287. Le pape Melchiade ordonna d'honorer sous les noms de ces cinq martyrs les quatre précédents qu'il fit appeler les quatre couronnés, avant que l’on découvrît leurs noms; et l’usage en a toujours prévalu, même quand on eut su comment ils se nommaient réellement.

  [2] [2] Une autre version dit que les cercueils furent jetés à la mer ; une autre précise qu’ils furent suppliciés avec des scorpions (équivalent symbolique de la couronne d’épines, de la pointe de la lance ou de l’épée, mais aussi des crochets du serpent d'Esculape!) et leurs corps jetés aux chiens (symbole de fidélité) qui durant « cinq » jours restèrent à leurs pieds sans les dévorer, symbolisant le respect l’œuvre alchimique et de l'opération en cours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 23:07

 Cles de voute pierre du sommet pierre angulaire 001                                                                                      LE COOKE  (catégorie Anciens Devoirs)

Manuscrit datant de 1400 - 1410 (British Library, Cooke, Ms 23198)

 

Ce manuscrit est écrit en prose dans un dialecte du centre de l’Angleterre.

L’histoire (légendaire) du métier, avec une souche adamique et malgré une chronologie problématique, reste le point fort du texte.

Ce texte fait référence à la construction du temple de Salomon, dans la lignée de Bède le Vénérable (673-735) et qui sera amélioré dans sa reprise dans les constitutions de 1723. C’est sans doute ce manuscrit qui inspire une grande partie du travail historique de Georges Payne.

Euclide récemment redécouvert est aussi à l’honneur dans ce texte.

Les « Sept Arts Libéraux » c'est-à-dire non serviles comme les Arts mécaniques, sont à nouveaux détaillés. La Géométrie est particulièrement mise à l’honneur comme base de l’art du maçon, avec un rappel de son origine Egyptienne dans la mesure de la Terre. C’est une revue adaptée à l’art du maçon, du Trivium et du Quadrivium antique.

On retrouve les deux colonnes l’une de marbre l’autre de brique qui sont associées aux langages pythagoricien d’une part et hermétique d’autre part qui seront la base des développement futurs des langages maçonniques spéculatifs.

Pour toutes ces raisons, il est primordial de connaître ces textes fondamentaux car au-delà des règles du métier, ils sont la base oubliée de l’initiatique maçonnique, via l’aspect légendaire et pseudo historique.

Ils conservent un sens qui dépasse la lecture de l’historien, et il me semble que l'initiatique apparaît en filigrane.

E. : R. :

 

Grâces soient rendues à Dieu, créateur du ciel et de la terre et de toute chose qui s'y trouve de ce qu'il ait voulu engager sa glorieuse divinité dans la création de tant de choses utiles à l'humanité.

Car il fit toutes choses pour qu'elles fussent obéissantes et soumises à l'homme.

Car il créa tout ce qui est comestible et bon pour l'homme. De plus, il lui a donné la compréhension et la connaissance de diverses sciences et arts pour lui permettre de travailler afin d'arriver, en gagnant sa vie, à réaliser différentes choses qui plaisent à Dieu et lui procurent bien et confort.

Si je devais les énoncer ce serait trop long, mais je dois vous en exposer certaines, pour vous apprendre comment la science de la géométrie commença et qui en furent les inventeurs, ainsi que d'autres techniques comme il est dit dans la Bible et en d'autres livres.

Vous devez savoir qu'il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L'une d'elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c'est la science de la géométrie.

Les sept sciences ont les noms suivants :

La première qu'on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire.

La seconde est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté.

La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l'appelle communément l'art de la sophistique.

La quatrième s'appelle l'arithmétique, elle enseigne l'art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses.

La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes.

La sixième est la musique qui enseigne l'art de chanter selon des notes par la voix, l'orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument.

La septième est l'astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Nous voulons parler principalement de l'invention de la noble science de la géométrie et dire qui en furent les fondateurs. Comme je l'ai déjà dit, il y a sept sciences libérales, c'est-à-dire sept sciences ou arts qui sont libres et nobles par eux-mêmes, lesquels sept n'existent que par géométrie.Et la géométrie est, on peut le dire, la mesure de la terre. Géométrie vient de geo qui veut dire "terre" en grec et metrona qui signifie "mesure", c'est-à-dire mesurage de la terre.

Ne vous étonnez pas que j'aie dit que toutes les sciences n'existent que grâce à la géométrie, car il n'y a pas métier ou travail fait de main d'homme qui ne se fasse par la géométrie et la raison en est évidente, car si un homme travaille de ses mains il travaille avec un certain outil et il n'y a pas d'instrument concret au monde qui n'ait son origine naturelle dans la terre et à la terre ne doive retourner. Et il n'existe aucun instrument, c'est-à-dire d'outil de travail qui ne soit basé sur des proportions.

Proportion implique mesure, et l'outil ou instrument appartient à la terre. Or la géométrie est mesure de la terre si bien que je peux dire que les hommes vivent tous de la géométrie, car tous les hommes ici-bas vivent du travail de leurs mains.

Je voudrais vous donner bien d'autres preuves de ce que la géométrie est la science qui fait vivre tous les hommes intelligents, mais j'abandonne ici ce point qu'il serait long de développer car à présent je voudrais avancer dans mon sujet.

Vous devez savoir que parmi tous les arts du monde, en tant que métier d'homme, la maçonnerie a la plus grande réputation et forme la majeure partie de cette science de la géométrie, comme il est dit et noté dans les récits de la Bible et chez le Maître des Histoires . Et dans le Polychronicon , chronique qui a fait ses preuves, dans les traités connus sous le nom de Bède , le De Imagine Mundi , les Étymologies d'Isidore , et dans Méthode évêque et martyr.

Et bien d'autres encore disent que la maçonnerie est l'élément principal de la géométrie ce qui peut se dire car elle fut la première à être inventée comme il est noté dans la Bible au premier livre, celui de la Genèse, au chapitre 4 (Genèse 4, 17). En outre les docteurs précités s'accordent là-dessus et certains d'entre eux l'affirment plus ouvertement et plus clairement que ce n'est dit dans la Genèse.

La descendance directe d'Adam, au cours du 7e âge adamique avant le déluge comprenait un homme appelé Lamech, lequel avait deux femmes, l'une nommée Ada et l'autre Sella. Par la première femme Ada il eut deux fils, l'un appelé Jabel (Yabal) et l'autre Jubal (Yubal).

L'aîné Jabel fut le premier à inventer la géométrie et la maçonnerie. Et il construisit des maisons et son nom se trouve dans la Bible : il est appelé le père de ceux qui habitent sous des tentes, c'est-à-dire des maisons d'habitation.

Il fut le maître maçon de Caïn et chef de tous ses travaux quand il construisit la cité de Hénoch, qui fut la première cité à être jamais construite. Et elle fut construite par Caïn fils d'Adam, et il la donna à son propre fils Hénoch et donna à la ville le nom de son fils et l'appela Hénoch, mais elle s'appelle maintenant Effraym.

C'est là que pour la première fois, la science de la géométrie et de la maçonnerie fut pratiquée et mise au point comme science et art. Aussi pouvons-nous dire qu'elle fut la base et le fondement de toute science et technique. et cet homme Jabel fut aussi appelé Pater Pastorum.

Le Maître des Histoires ainsi que Bède, le De Imagine Mundi, le Polychronicon et bien d'autres disent qu'il fut le premier à partager le sol afin que tout homme pût savoir quel était son terrain personnel et y travailler comme à son propre bien. En outre, il partagea les troupeaux de moutons si bien que chacun sut quels étaient ses moutons, aussi pouvons-nous dire qu'il fut l'inventeur de cette science.

Et son frère Jubal ou Tubal, fut l'inventeur de la musique et du chant comme Pictagorasle dit d'après le Polychronicon, Isidore dit de même dans ses Étymologies au 6e livre : il y note qu'il fut l'inventeur de la musique, du chant, de l'orgue et de la trompe et qu'il inventa cette science en écoutant le rythme des marteaux de son frère, qui était Tubal-Caïn.

Tout comme la Bible, en son chapitre 4e de la Genèse, dit que Lamech eut de son autre femme, qui s'appelait Sella, un fils et une fille dont les noms furent Tubal-Caïn pour le fils et Naama pour la fille. Certains disent, suivant le Polychronicon, qu'elle fut la femme de Noé mais nous ne saurions l'affirmer.

Vous devez savoir que son fils Tubal-Caïn fut l'inventeur de l'art du forgeronet des autres arts des métaux, c'est-à-dire, du fer de l'acier, de l'or et de l'argent selon certains docteurs. Quant à sa s¦ur Naama elle inventa le tissage, car auparavant on ne tissait pas mais on filait et maillait les tissus et on se faisait les habits qu'on pouvait. Naama inventa l'art de tisser et c'est pourquoi on l'appela art de femme.

Or ces trois frères et s¦ur apprirent que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l'eau et ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées. Ils réfléchirent, et se dirent qu'il existait deux sortes de pierre dont l'une résiste au feu; cette pierre s'appelle marbre; et l'autre flotte sur l'eau - et on l'appelle lacerus .

Ainsi imaginèrent-ils d'écrire toutes les sciences qu'ils avaient inventées sur ces deux pierres ; au cas où Dieu se vengerait par le feu le marbre ne brûlerait pas et s'il choisissait l'eau, l'autre pierre ne coulerait pas.

Ils demandèrent à leur frère aîné Jabel de faire deux piliers de ces deux pierres à savoir de marbre et de lacerus et d'inscrire sur ces deux piliers toutes les sciences et techniques qu'ils avaient inventées. Il fit ainsi et acheva tout avant le Déluge.

S'ils savaient bien que Dieu allait envoyer sa vengeance, ils ignoraient par contre, si ce serait par le feu ou par l'eau. Par une sorte de prophétie ils savaient que Dieu allait envoyer l'un au l'autre. Ils écrivirent donc leurs sciences sur les deux piliers de pierre. Certains disent qu'ils gravèrent les sept sciences sur les pierres, sachant qu'allait venir un châtiment.

De fait Dieu envoya sa vengeance si bien que survint un tel déluge et que toute la terre fut noyée. Et tous les hommes sur terre périrent sauf huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. De ces trois fils descend toute l'humanité. Ils avaient pour noms Sem, Cham et Japhet. Ce déluge fut appelé le Déluge de Noé car lui et ses enfants en échappèrent.

Et bien des années après ce déluge, on trouva les deux piliers et, suivant le Polychronicon, un grand clerc, du nom de Pictagoras trouva l'un et Hermès, le philosophe, trouva l'autre. Et ils se mirent à enseigner les sciences qu'ils y trouvèrent inscrites.

Toutes les chroniques et histoires, de clercs et la Bible surtout attestent de la construction de la Tour de Babylone. On en trouve le récit dans la Bible, Genèse chapitre 11. Comment Cham fils de Noé engendra Nemrod, comment celui-ci devint puissant sur terre et grandit tel un géant et quel grand roi il fut. Le commencement de son royaume fut le royaume de Babylone proprement dit, Arach, Archad, Chalan et le pays de Sennar. Et ce même Nemrod entreprit la tour de Babylone et il enseigna à ses ouvriers l'art de la maçonnerie à beaucoup de maçons, plus de soixante mille.

Et il leur accordait affection et protection, comme il est écrit dans le Polychronicon et chez le Maître des Histoires et en maints autres traités, sans compter le témoignage de la Bible au même chapitre 11 où il est dit qu'Assur, qui était proche parent de Nemrod, sortit du pays de Sennar et bâtit la ville de Ninive et plateas et bien d'autres encore.

Il est logique que nous exposions clairement de quelle manière les instructions du métier de maçon furent inventées et qui donna pour la première fois son nom à la maçonnerie.

Vous devez savoir ce qui est dit dans le Polychronicon et chez Méthode évêque et martyr : Assur était un noble seigneur de Sennar qui demanda au roi Nemrod de lui envoyer des maçons et des ouvriers spécialisés capables de l'aider dans la construction de la ville qu'il avait l'intention d'entreprendre.

Et Nemrod lui envoya trente centaines de maçons. Quand ils furent prêts à partir, il les convoqua pour leur dire « allez chez mon cousin Assur pour l'aider à construire une ville : mais veillez à bien vous conduire. Je vous donnerai donc des instructions à notre profit commun. Une fois auprès de ce seigneur veillez à être loyaux envers lui comme vous le seriez envers moi et faites loyalement votre travail et votre métier. Tirez-en un salaire raisonnable selon votre mérite. En outre, aimez-vous comme si vous étiez frères et restez unis loyalement. Que celui qui a un grand savoir l'enseigne à son compagnon. Veillez à bien vous conduire vis-à-vis de votre seigneur et entre vous. Que je puisse ainsi être remercié pour vous avoir envoyés et vous avoir appris le métier ».

Ils reçurent ainsi leurs instructions de celui qui était leur maître et seigneur, et partirent chez Assur bâtir la cité de Ninive dans le pays de plateas et bien d'autres villes qu'on appelle Cale et Jesen, qui est une grande ville entre Cale et Ninive.

C'est de cette manière que l'art de la maçonnerie fut pour la première fois présenté comme science, avec des instructions.

Les aînés qui nous précédèrent parmi les maçons firent mettre ces instructions par écrit : Nous les possédons maintenant parmi nos propres instructions dans le récit d'Euclide.

Nous les y avons vues rédigées à la fois en latin et en français. Mais il conviendrait que nous exposions maintenant comment cet Euclide s'intéressa à la géométrie, comme il est rapporté dans la Bible et en d'autres récits. Dans le 12e chapitre de la Genèse on nous dit comment Abraham vint au pays de Canaan, comment Notre Seigneur lui apparut et lui dit : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». Mais une grande famine survint et Abraham prit Sara sa femme avec lui et alla en Égypte, avec l'intention d'y rester tant que durerait la famine,. Abraham était un homme sage et un grand clerc. Il connaissait les sept sciences et enseigna aux Égyptiens la science de la géométrie. Or notre noble clerc Euclide était son étudiant et apprit sa science. C'est lui qui lui donna pour la première fois le nom de géométrie car on la pratiquait avant qu'elle ne fût nommée géométrie. Il est dit dans les Étymologies d'Isidore, au livre cinq, qu'Euclide fut l'un des inventeurs de la géométrie et qu'il la nomma ainsi. Car de son temps il y avait au pays d'Égypte un fleuve nommé le Nil, et il se répandait si loin dans les terres que les gens ne pouvaient y habiter. Alors Euclide leur apprit à construire de grandes digues et fossés pour se protéger de l'eau. Par la géométrie il mesura le pays et le partagea en lots. Il ordonna à chacun d'enclore son propre lot de digues et de fossés. Le pays alors abonda en toutes sortes de rejetons, en jeunes gens et jeunes filles. Il y eut telle foule de jeunes qu'ils ne pouvaient plus vivre à l'aise.

Les seigneurs du pays se rassemblèrent et tinrent conseil pour savoir comment aider leurs enfants qui n'avaient pas de subsistance convenable, comment s'en procurer pour eux-mêmes et leurs enfants si nombreux. Parmi l'assemblée se trouvait Euclide. Quand il vit que personne ne trouvait de solution il leur dit « Voulez-vous confier vos fils à mes directives et je leur enseignerai une science telle qu'ils en vivront noblement, à condition que vous me juriez de suivre les directives que je donnerai à tous. » Le roi du pays et tous les seigneurs y consentirent. Il était logique que tous consentissent à cette affaire qui leur était profitable et ils confièrent leurs fils à Euclide pour qu'il les dirigeât à son gré et leur enseignât l'art de la maçonnerie.

Il lui donna le nom de géométrie à cause du partage des terrains, comme il l'avait enseigné aux gens du temps de la construction des digues et fossés mentionnés ci-dessus pour se protéger de l'eau. C'est Isidore qui dit dans ses Étymologies qu'Euclide appelle cette technique la géométrie.

Ainsi notre noble savant lui donna un nom et l'enseigna aux fils des seigneurs du pays dont il avait la charge. Et il leur donna pour instruction de s'appeler mutuellement compagnons et pas autrement parce qu'ils étaient du même métier, de naissance noble et fils de seigneurs. En outre celui qui serait le plus expert serait directeur de l'ouvrage et on l'appellerait maître.

Bien d'autres instructions se trouvent inscrites au Livre des instructions. Ainsi ils travaillèrent pour les seigneurs du pays et construisirent des cités, châteaux, temples et demeures seigneuriales. Tout le temps que les enfants d'Israël habitèrent en Égypte ils apprirent l'art de la maçonnerie.

Après qu'ils furent chassés d'Égypte ils arrivèrent en terre promise qui s'appelle maintenant Jérusalem. L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon, que commença le Roi David. Le Roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui.

A la construction du Temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible au premier livre des rois chapitre cinq Salomon avait quatre-vingt mille maçons sur son chantier et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David son père avait données aux maçons. Et Salomon lui-même leur enseigna leurs coutumes, peu différentes de celles en usage aujourd'hui. Et dès lors cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions.

Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus secundus, c'est-à-dire Charles II. Et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux puisque selon la chronique il était du sang des rois.

Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi il accorda affection et protection aux maçons et leur donna des instructions et coutumes de son invention, qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna aux maîtres et compagnons de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'irait pas.

Peu de temps après arriva saint Adhabelle en Angleterre, et il convertit saint Alban au christianisme. Saint Alban aimait bien les maçons et le premier, il leur donna leurs instructions et coutumes pour la première fois en Angleterre. Il ordonna qu'on leur payât des gages suffisants pour leur travail. Il y eut ensuite un noble roi en Angleterre appelé Athelstan dont le plus jeune fils aimait bien la science de la géométrie. Il savait bien qu'aucun métier ne possédait la pratique de la science de la géométrie aussi parfaitement que celui des maçons, aussi leur demanda-t-il conseil et apprit-il la pratique de cette science correspondant à la théorie. Car il était instruit de la théorie. Il aimait bien la maçonnerie et les maçons et devint maçon lui-même. Et il leur donna les instructions et les noms en usage aujourd'hui en Angleterre et en d'autres pays. Il ordonna qu'on les payât raisonnablement.

Il obtint une patente du roi d'après laquelle ils pouvaient tenir une assemblée à leur convenance, quand ils verraient venu le moment opportun. On trouve mention de ces instructions, coutumes, assemblée et directives dans le Livre de nos instructions : je laisse donc ce point pour l'instant.

Bonnes gens, voici la cause et les circonstances des origines premières de la maçonnerie. Il arriva jadis que de grands seigneurs n'aient pas assez de revenus pour pouvoir établir leurs enfants nés libres, car ils en avaient trop. Ils délibérèrent donc sur le moyen d'établir leurs enfants et de leur montrer comment vivre honnêtement. Ils envoyèrent chercher de savants maîtres en la noble science de la géométrie afin que par leur savoir, ils leur montrent quelque honnête moyen de vivre.

Lors l'un d'eux, qui s'appelait Euglet , qui était fort subtil et savant inventeur, instaura une technique qu'il appela la maçonnerie. Cet art lui fournit l'honnête enseignement pour les enfants des grands seigneurs, à la demande des pères et au gré de leurs enfants.

Après un certain temps, quand ils eurent appris avec grand soin, ils ne furent pas tous capables de pratiquer l'art en question ; aussi le maître Euglet ordonna-t-il que ceux qui possédaient un meilleur savoir fussent honorés et il commanda qu'on appelât maître ceux qui étaient experts, afin qu'ils instruisent les moins habiles. Ils étaient appelés maîtres pour leur noblesse d'esprit et leur savoir. Néanmoins il commanda que ceux qui avaient moins d'esprit ne fussent pas appelés serviteurs ni sujets mais compagnons à cause de la noblesse de leur naissance.

C'est de cette façon que l'art en question commença en d'Égypte sous le magistère d'Euglet. Puis il se répandit de pays en pays, et de royaume en royaume.

Après bien des années, au temps du roi Athelstanqui fut jadis roi d'Angleterre, sur son ordre et celui d'autres grands seigneurs du pays, pour redresser de graves défauts trouvés chez les maçons, ils fixèrent une certaine règle entre eux.

Chaque année ou tous les trois ans comme le jugeraient nécessaire le roi et les grands seigneurs du pays et toute la communauté, des assemblées de maîtres maçons et compagnons seraient convoquées de province en province et de région en région par les maîtres. A ces congrégations les futurs maîtres seraient examinés sur les articles ci-après et mis à l'épreuve en ce qui concerne leurs capacités et connaissances, pour le plus grand bien des seigneurs qu'ils servent et le plus grand renom de l'art en question. En outre, ils recevront comme instruction de disposer avec honnêteté et loyauté des biens de leurs seigneurs, et ce, du haut en bas de l'échelle, car ils sont leurs seigneurs tout le temps qu'ils paient un salaire pour leur service et leur travail.

 

Article un : Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu'il sert, disposer de ses biens loyalement comme il le ferait des siens propres, ne pas donner une plus grande paye à aucun maçon que celle qu'il mérite, vu le manque de céréales et de vivres dans la région ; et n'accepter aucune faveur afin que tous soient récompensés d'après leur travail.

 Article deux : Tout maître sera prévenu de venir à cette congrégation afin d'y venir ponctuellement sauf s'il a quelque excuse. Cependant s'il est convaincu de rébellion à de telles congrégations ou de faute impliquant préjudice à son seigneur et tort à notre art, il ne doit avancer aucune sorte d'excuse, sauf s'il est en danger de mort et, bien qu'il soit en danger de mort, il doit informer de sa maladie, le maître qui préside au rassemblement.

 Article trois : Aucun maître ne prendra d'apprenti pour un stage inférieur à sept années au minimum parce que celui qui aurait un stage plus court ne serait guère capable d'être à la hauteur de son art, ni de servir loyalement son seigneur en s'appliquant comme un maçon doit le faire.

 Article quatre : Aucun maître, quel qu'en soit l'avantage, ne prendra d'apprenti né de sang servile, car son seigneur à qui il est asservi l'enlèverait à notre métier et il l'emmènerait avec lui hors de la loge ou de l'endroit de son travail ; ses compagnons risqueraient alors d'aller à son aide, de provoquer une altercation, et mort d'homme pourrait s'en suivre. Cela est interdit. Sans compter que son métier débuta avec des enfants de grands seigneurs de naissance libre, comme il est dit ci-dessus.

 Article cinq : Aucun maître ne donnera plus qu'il mérite à son apprenti pendant son apprentissage afin d'en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer quelque profit de son enseignement.

 Article six : Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d'apprenti à enseigner qui soit difforme, c'est-à-dire ayant quelque défaut qui l'empêche de travailler comme il le devrait.

 Article sept : Aucun maître ne doit être complice, apporter secours ou procurer aide et assistance à un rôdeur venu voler. À cause de ces expéditions nocturnes on ne saurait accomplir son travail et labeur de jour. Dans ces conditions ses compagnons pourraient se mettre en colère.

 Article huit : S'il arrive qu'un maçon excellent et compétent vienne chercher du travail et trouve un ouvrier incompétent et ignare, le maître du chantier doit accueillir le bon maçon et renvoyer le mauvais, pour le bien de son seigneur.

Article neuf : Aucun maître ne doit en supplanter un autre car il est dit dans l'art de la maçonnerie que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l'avantage de son seigneur, aussi bien que l'autre le commença dans l'intention de le finir lui-même.

 

Autres conseils.

Ces conseils viennent de divers seigneurs et maîtres de différentes provinces et congrégations de maçonnerie.

 Premier point.

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'art en question doit d'abord principalement aimer Dieu et la sainte Église et tous les saints et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

 Second point.

Il doit accomplir loyalement la journée de travail t pour laquelle il reçoit son salaire.

 Troisième point.

Il peut tenir secret l'avis de ses compagnons en loge et chambre et partout où maçons se retrouvent.

 Quatrième point.

Il ne doit faire aucune malfaçon dans l'art en question, ne porter préjudice, ni ne soutenir aucun règlement nuisible au métier ou à quiconque du métier. Au contraire il doit le soutenir en tout honneur autant qu'il le peut.

 Cinquième point.

Quand il recevra son salaire, qu'il le fasse humblement au moment fixé par le maître et qu'il remplisse les conditions de travail et de repos convenues et fixées par le maître.

 Sixième point.

Si quelque dispute surgit entre lui et ses compagnons il doit rester tranquille et obéir humblement aux ordres de son maître ou du responsable de son maître au cas où le maître serait absent, jusqu'au prochain congé et s'arranger alors avec ses compagnons, en dehors d'un jour de travail, si non, ce serait préjudiciable à leur travail et au bien du seigneur.

 Septième point.

Qu'il ne convoite pas la femme ni la fille de ses maîtres ni de ses compagnons sauf dans les liens de mariage et n'entretienne pas de concubines, de crainte des disputes qui pourraient survenir.

 Huitième point.

S'il lui arrive de devenir responsable sous l'autorité de son maître, qu'il soit un intermédiaire loyal entre son maître et ses compagnons, qu'il s'active pendant l'absence de son maître pour l'honneur du maître et le bien du seigneur qu'il sert.

 Neuvième point.

S'il est plus savant et plus subtil que son compagnon qui travaille avec lui dans sa loge ou dans quelque autre endroit et qu'il s'aperçoit qu'il risque de blesser la pierre sur laquelle il travaille par manque de science, il peut lui apprendre comment faire et il peut corriger la taille. Il lui en touchera un mot et l'aidera pour le plus grand bien de leur mutuelle affection et afin que l'¦uvre pour le seigneur ne soit pas abîmée.

Quand le maître et les compagnons, prévenus, se sont rendus à de telles congrégations, en cas de besoin, le shérif de la région ou le maire de la cité ou le conseiller de la ville où se tient la congrégation devra être compagnon et associé au maître de la congrégation pour l'aider contre les rebelles et faire prévaloir les lois du royaume.

Tout d'abord les nouveaux qui ne furent jamais instruits auparavant reçoivent des instructions suivant lesquelles ils ne doivent jamais être voleurs ni complices de voleurs, qu'ils doivent loyalement accomplir leur journée de travail et gagner le salaire qu'ils recevront de leur seigneur ; qu'ils rendront des comptes véridiques à leurs compagnons dans les affaires qui le requièrent et leur accorderont attention et affection comme à eux-mêmes.

Ils doivent être loyaux au roi d'Angleterre et au royaume et observer de toute leur force les articles mentionnés ci-dessus. Après quoi on s'enquerra de savoir si un maître ou compagnon, prévenu, à contrevenu à l'un de ces articles, ce qui, dans l'affirmative, devra alors être discuté.

C'est pourquoi il faut savoir que si un maître ou compagnon, convoqué à l'avance à de telles congrégations, se révolte et refuse de venir ou bien s'il a enfreint l'un des dits articles, et que cela peut être prouvé, il devra abandonner son art de maçon et renoncer à son métier. S'il a l'audace de continuer, le shérif de la région où on risque de le trouver au travail doit le mettre en prison, confisquer tous ses biens et les remettre au roi jusqu'à ce que le pardon royal lui soit octroyé et manifesté. C'est principalement pourquoi ces congrégations sont prévues afin que chacun, du haut en bas de l'échelle, soit bien et loyalement servi en cet art de maçonnerie par tout le royaume d'Angleterre.

 

Amen ainsi soit-il.

 

 

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 01:00

MozartNous proposons trois études autour du Frère Mozart. Trois aspects sont abordés à commencer par sa vie profondément marquée par la franc-maçonnerie; puis nous rentrerons dans les arcanes de la Flute enchantée et de ses trois notes. Ceci est un travail modeste mais commun aux loges françaises et italiennes de la GLSREP.

 

Mozart, franc-maçon compositeur

Il a 11 ans en 1767, malade de la variole, le docteur Wolff, franc-maçon connu le guéri. Pour le remercier, il compose une mélodie et l’offre au docteur Wolff. Cette composition porte un titre faisant apparaître l’importance de la fraternité : An die Freude.

En 1768, par l’intermédiaire de Thun, il fait la connaissance du célèbre docteur Mesmer grand spécialiste du magnétisme, franc-maçon lui aussi .
En 1773, un franc-maçon important, von Gebler considéré comme une lumière de son siècle, commande à Wolfgang deux chœurs et cinq entractes pour accompagner un drame héroïque : Thamos roi d’Egypte (Thamos, König in Aegypten). Préfiguration de ce que sera un jour la Flûte enchantée (Die Zauberflöte).

Ainsi, Mozart, de 11 à 17 ans se trouvent continuellement au contact des francs-maçons et de leur mode de pensée.
Le 14 décembre 1784, Wolfgang entre enfin en franc-maçonnerie. Il attend, seul dans un cabinet de réflexion, où sont posés quelques symboles qu’il reconnaît. 
Il distingue à peine, dans la pénombre, les marques des principes fondamentaux. Il est venu pour chercher la Lumière.
Bien qu’il soit seul dans cette recherche, il expliquera par la suite, dans ses divers échanges de correspondance, combien cette escale l’aura marqué, et comme elle lui aura permis de différencier l’essentiel du dérisoire, la dissonance opposée à la noblesse        de     L’âme.
Ils seront nombreux à s’illustrer dans cette quête ; d’ailleurs, n’appelle-t-on pas cette ère « siècle des Lumières »?

On lui apporte un document vierge ; Wolfgang en rédige le contenu testamentaire, dont les références suggestives et opératives se retrouveront dans son testament musical, composé en triptyque par la Flûte enchantée, la Clémence deTitus et le Requiem.

Son initiation le marquera à jamais. Mozart meurt à son ancienne vie, laissant la place à Wolfgang, l’apprenti Maçon. Émerveillé, il découvre alors ce qu’est le Secret maçonnique.
Mozart découvre le mystère maçonnique par les allégories et les symboles de sa Loge. Il retrouve une doctrine, une Tradition ancestrale d’une grande richesse et adogmatique :

Les numériques : Lumières, Batteries, Escaliers, Âge, Années, Heures.

Les géométriques : Triangles, Carrés, Pentagones, Hexagones…
Pratiques : Outils, Colonnes, Épées…
Décoratifs : Couleurs, Tabliers, Sautoirs, Bijoux…
Conceptuels : Références, Origines, Formules, Lettres…

La découverte du Rituel, de la tradition et du symbole va porter Mozart vers la Lumière. La compréhension des arcanes initiatiques ensemence sa production musicale. Celle-ci est enrichie par les nouveaux symboles auxquels il a désormais accès.


Il est cependant condamné au silence durant quelque temps ; le temps de passer au grade de Compagnon.
Le 7 janvier 1785, Wolfgang est promu au grade de compagnon à la  Loge   de     Zur  Wahran    Ein   Trash.

Le 10 janvier, il achève le quatuor à cordes en la majeure (K464) dont l’andante se réfère au rituel de réception maçonne.
Mozart n’a déjà plus que quelques années à vivre, il n’ignore rien de ses fragilités.

 Le 10 janvier 1785, Wolfgang compose le quatuor à cordes en la majeure (K464) dont l’andante se rapporte au rituel de réception.
Le 13 janvier de la même année, Mozart, le surdoué, est élevé au grade de Maître.

Quatre jours plus tard, il compose un quatuor à cordes en ut majeur (K465) qui se réfère au grade de compagnon.
Le 11 février 1785, Haydn se présente à la porte du Temple, il frappe trois coups à son tour et demande à être reçu…
S’en suit un voyage initiatique, dont la teneur et les impressions resteront à jamais, aux yeux de Mozart, indicibles aux profanes.

Le partage des secrets de l’initiation se fera entre les deux Frères.
En mars 1785, Mozart termine le concerto en ut majeur (K 467) dont une partie est fortement maçonnique. L’andante fait allusion au grade de Maître.

6 avril 1785, Wolfgang voit Léopold son père effectuer son initiation maçonnique. Le père et le fils se retrouvent sur les colonnes. Une nouvelle complicité va les unir à jamais. Wolfgang ignore qu’il ne reverra jamais son père.
Au fil des mois Wolfgang participe aux tenues régulières et compose de nombreuses œuvres destinées à être jouées lors des réceptions des loges.
Il compose des odes funèbres à l’occasion du décès de frères, il s’impose l’écriture d’une cantate (K 429) destinée aux fêtes de last Jean d’été qui ne fut pas achevée. Haydn sont ami pour toujours, ne fréquente plus les loges, car son option religieuse est contradictoire du libertinage régnant aux agapes de cette époque.

Dès l’été de l’année 1791, Mozart voit son état de santé empirer. Il est victime du syndrome de Schoenlein-Henoch, qui le mène vers une  mort  lente   et   douloureuse.

À son décès, ses frères se réunirent en tenue funèbre. L’oraison funèbre  met en exergue le niveau de fraternité régnant dans la loge :

« Le Grand Architecte de l’Univers vient d’enlever à notre Chaîne fraternelle l’un des maillons qui nous étaient les plus chers et les plus précieux. Qui ne le connaissait pas ? Qui n’aimait pas notre si remarquable frère Mozart ? Il y a peu de semaines, il se trouvait encore parmi nous, glorifiant par sa musique enchanteresse l’inauguration de ce Temple.

Qui de nous aurait imaginé qu’il nous serait si vite arraché ? Qui pouvait savoir qu’après trois semaines, nous pleurerions sa mort ? C’est le triste destin imposé à l’Homme que de quitter la vie en laissant son œuvre inachevée, aussi excellente soit-elle. Même les rois meurent en laissant à la postérité leurs desseins inaccomplis.

Les artistes meurent après avoir consacré leur vie à améliorer leur Art pour atteindre la perfection. L’admiration de tous les accompagne jusqu’au tombeau.

Pourtant, si des peuples pleurent, leurs admirateurs ne tardent pas, bien souvent, à les oublier. Leurs admirateurs peut-être, mais pas nous leurs frères !

La mort de Mozart est pour l’Art une perte irréparable. Ses dons, reconnus depuis l’enfance, avaient fait de lui l’une des merveilles de cette époque. L’Europe le connaissait et l’admirait.

Les Princes l’aimaient et nous, nous pouvions l’appeler : “mon frère”.

Mais s’il est évident d’honorer son génie, il ne faut pas oublier de célébrer la noblesse de son cœur.

Il fut un membre assidu de notre Ordre. Son amour fraternel, sa nature entière et dévouée, sa charité, la joie qu’il montrait quand il faisait bénéficier l’un de ses frères de sa bonté et de son talent, tels étaient ses immenses qualités que nous louons en ce jour de deuil.

Il était à la foi un époux, un père, l’ami de ses amis, et le frère de ses frères. S’il avait eu la fortune, il aurait rendu une foule aussi heureuse qu’il l’ait désiré. »

Par le Tri\de recherche « Les Écossais de Janas »

 

La Flûte enchantée et son message symbolique

 

Dans notre microcosme, chaque aspect de cette réalité peut avoir pour symbole un personnage de cette œuvre. Nous le voyons déjà à la signification de leur nom :

TAMINO et PAMINA seraient l’homme et la femme consacrés au dieu égyptien MIN (dieu de la fécondité en haute Égypte)

PAPAGENO (perroquet) qui répète tout sans réfléchir et qui reproduit simplement les actes de la vie quotidienne.

SARASTRO serait l’équivalent de ZOOROASTRE (prophète iranien) et représente l’ordre et la morale.

MONOSTATOS celui qui n’évolue pas en esprit et reste au rang primaire

La Reine de la Nuit représente les forces obscures.

 

Étant des chercheurs de vérité, nous sommes donc des Tamino errant dans le monde chaotique du domaine de la reine de la Nuit. Ce qui ressemble bien à notre monde sans harmonie avec toutes ses contradictions.

Dans ce monde règne notre instinct vital le plus ordinaire, nous nous trouvons démunis et sans arme.

Cet instinct vital est représenté par le serpent, symbole de la tentation, de l’habitude et des instincts soumis.

Tamino, lorsqu'il est attaqué par le serpent crie au secours comme nous pouvons le faire et l’on se confie à d’autres forces.

Ainsi les 3 servantes voilées représentent la force d’aspiration de notre cœur à renverser le cours établi des choses

 - La puissance de compréhension qui émane de notre être

 - La volonté d’agir.

 

Pourquoi les servantes sont-elles voilées ?

 

Symboliquement, nos pouvoirs naturels sont aussi voilés aux yeux du monde. Les servantes ayant vaincu le dragon essaient de séduite Tamino et apparaissent 3 tentations :

-         le pouvoir

-         l’occultisme

-         le mysticisme

Voilà quelques messages qu’essaie de faire passer MOZART ;

 

Revenons à d’autres symboles :

Le chiffre maçonnique 3 est omniprésent dans les personnages secondaires et dans les décors :

-         3 profanes

-         3 dames

-         3 garçons

-         3 prêtres

-         3 temples

-         3 portes

 

Ainsi que le chiffre 18 représenté par le nombre de prêtres et l’âge de Pamina.

Dans les décors 2 corps célestes (Soleil et Lune) représentent les 4  Éléments.
Sarastro et Tamino, masculins sont associés au soleil, à l’or et au feu ; la Reine et Pamina à la nuit, l’argent et l’eau.

Papageno, homme oiseau, à l’air tandis que Monostatos le Maure représente la Terre.

 

Sur le déroulement de l’initiation :

-         L’évanouissement de Tamino serait la mort symbolique

-         Les 3 garçons servent de comité préliminaire

-         L’inaptitude de Tamino d’entrer dans le temple est une simulation de l’interrogatoire avec les yeux bandés

-         Tamino et Papageno doivent rester sous l’orage par une nuit sombre rappelant le cabinet de réflexion puis sont interrogés sur leur motivation

-         Ensuite il y a l’épreuve du silence. Tamino parvient à rester muet, tandis que Papageno ne sait se retenir de parler

-         En cette dernière phase d’initiation, pour la purification des 4 éléments, ceux-ci ayant été représentés précédemment sauf l’air, et c’est Tamino qui joue de la flûte qui est son voyage aérien.

 

Dans la partition aussi, par la tonalité en mi bémol majeur (3  bémols à la clef) pour l’ouverture qui commence par 3 accords  0 -00 – 00 

Au second acte, la batterie répétée 3 fois  00-0   et à l’apothéose finale la batterie parfaite 0-0-0.

 

Dans le final, « Die Strahlen der sonne » reprend aussi cette tonalité et termine par 3 accords finaux.

Les instruments à vent sont aussi très présents. Dans le livret, il y a plusieurs fois l’association des 3 vertus maçonniques : vertu, discrétion, sagesse, force, patience et bienfaisance ainsi que le secret qui est le pont fondamental en Loge.

 

Cette œuvre est un cheminement et une initiation semée d’épreuves dont se sortent Tamino et Pamina. Ils suivent leur chemin en progressant vers la connaissance, la vérité et la lumière. Ce sera le triomphe de la raison, de la maîtrise de soi et de la sagesse sur les forces obscures.

Ce cheminement des ténèbres vers la connaissance et la lumière évoque l’opposition entre la pensée moderne de l’époque et l’obscurantisme de l’Église

 

Les personnages dépeignent bien ce courant :

La Reine de la Nuit, symbole du monde des ténèbres est égoïste et animée d’une volonté de puissance et les 3 servantes par la cupidité.

D’un autre côté, Sarastro illustre la grandeur d’âme et la générosité, et ce dans la lumière du soleil.

Ce qui sous-entend que seulement les personnes aux cœurs purs, nobles et courageux pourront surmonter toutes les épreuves initiatiques.

Papageno, homme du commun, par son bavardage et sa superficialité échouera dans sa quête.

 

Cette œuvre nous rappelle l’état d’esprit des Loges de l’époque, fréquentées que par la bonne société.

On notera tout de même que Sarastro agisse comme un despote, certes éclairé, mais il a tout de même enlevé Pamina, il décide du destin des 2 héros principaux et choisit les futurs initiés, il gracie la Reine de la Nuit. Nous sommes dans un système de castes propres à l’époque avec un chef au sens absolu du terme, des exécutants à l’échelon inférieur (les prêtres) et l’esclave (Nonostatos).

 

À cette époque ainsi, les femmes avaient peu de droits. Sarastro et les prêtres l’affirment à plusieurs reprises. À la Reine de la nuit, ainsi qu’aux 3 servantes sont attribués les défauts caricaturaux dont on affublait le sexe féminin.

Avons-nous beaucoup changé ?

 

J’ajouterai qu’il était osé à cette époque de démontrer qu’une femme avait autant d’aptitude qu’un homme à recevoir la Lumière

 

Gil\ Isn 

 

 

 

 

 

 

Mozart-flute.JPGLA FLUTE ENCHANTEE

 

Une aventure musicale au cœur de l’homme.

 

Travaux de la RL « Acacia di Scozzia »à l’O. d’ASTI.

 

Le présent d’honneur offert  par la  Respectable Loge italienne à la Respectable Loge mère d’ 0llioules est un  prétexte à cette longue étude. Le tableau reproduit en couverture de cet ouvrage représente une synthèse de la symbolique maçonnique dans la Flûte enchantée. Il est ici commenté dans ses détails symboliques.

 

 

Più che un’Opera, il Flauto Magico di W.A.Mozart, rappresenta un viaggio aldilà della semplice percezione fisica del suono.

 

Plus qu’une Oeuvre musicale, la Flûte enchantée, est un voyage qui outrepasse la simple écoute du son.

 

Molti, tra gli spettatori che affollavano le rappresentazioni al Theater auf der Wieden di Vienna, vi vedevano solo una bella favola per bambini, una farsa per divertire la plebe.  Solo alcuni, ieri come oggi, compresero il mistero cosmico nascosto fra le note dell’Opera.

 

Les nombreux spectateurs qui comblaient le Theater auf der Wieden de Vienne, y voyaient seulement un conte pour enfants, pour faire rire le peuple. Seulement quelques-uns, hier comme aujourd’hui, réussissent  à comprendre le mystère cosmique caché parmi les notes de l’Oeuvre.

La rappresentazione si svolge su due piani: la prima sul palcoscenico, con i cantanti, gli attori, i musici, le scenografie; la seconda si svolge nell’immaginazione dello spettatore che rivive in maniera del tutto personale la vicenda.

 

I dû piano sono rappresentati nel quadra di Andrea dal pavimento a scacchi : lo spettatore comune rimane in una sola casella, bianca o nera, mentre colui che conosce il simbolo riesce a entrare e uscire nelle due dimensioni.

 

La représentation se déroule sur deux plans : le premier sur la scène, avec les chanteurs, les musiciens, les acteurs, etc., le second se déroule dans l’esprit et l’imagination du spectateur qui vit d’une façon toute personnelle la magie du conte.

 

Les deux plans sont représentés dans le dessin du F. : Andrea (voir couverture) par le pavé mosaïque : le spectateur ordinaire reste, d’habitude, dans un seul plan : c’est à dire la musique, le conte, la lettre. Mais celui qui connait le message du symbole réussit à jouer sa partie aux deux plans en se voyant lui même sur la scène, allant et venant du blanc au noir.

L’Opera si apre con un’Ouverture dal respiro grandioso, mitico : è il respiro del Demiurgo che crea i Mondi, le Stelle, le Galassie. La tonalità dominante è in  MIb.magg.,  la tonalità chiave di tutto il Flauto Magico. Un gruppo di cinque accordi solenni, ieratici, ci introducono magicamente in un nuovo universo,  con un ritmo fugato, incalzante. I cinque accordi sono raggruppati in una figura ternaria:                        

  -0- o0 –o0 -       . Lungo – corto-lungo -  corto-lungo

 

Le début de l’Opéra s’ouvre avec une Ouverture de grande envergure, de longue haleine ; mythique est le souffle du Démiurge, créateur des Mondes, des Galaxies, des Étoiles.

La tonalité dominante est mi-bémol Maj. La tonalité-clef de la totalité de la Flûte enchantée.

Cinq accords, solennels, majestueux, sacrés, nous introduisent magiquement dans un Nouveau Monde avec un rythme fugué, très entraînant. Les cinq accords sont rassemblés de façon ternaire : 0-o0-o0. Long- bref long – bref long.

 

Così, l’intera Opera si apre all’insegna del numero Cinque, che simbolicamente esprime l’Uomo e la natura umana, all’insegna del pentalfa pitagorico.  Il numero Cinque contiene il numero Due e il numero Tre: il principio femminile e quello maschile.  Concetto rivoluzionario pey il secolo dès Lumi, doue  la donna procède di pari paso, anche iniziaticamente, con l’Uomo.

 

L’Opéra  s’ouvre ainsi sous l’influence du nombre cinq. Le nombre de l’Homme et de la nature humaine : le pentagramme pythagoricien.

Le nombre cinq contient le nombre deux et le trois : c'est-à-dire le principe féminin et le principe masculin.

Une conception révolutionnaire pour l’époque des Lumières, où la Femme marche à côté de l’Homme, dans le même dans le chemin initiatique.

 

L’Uomo da solo non può superare le terribili prove della purificazione dell’Essere.  Da solo non potrà risorgere, rigenerato a nuova vita senza il ricorso alla dimensione del Femminino.

Pamina è guidata dall’Amore, la sua forza deriva direttamente dal mondo dello Spirito, e per mezzo di essa guida, protegge, e indirizza il giovane Principe attraverso le dure prove che lo aspettano per diventare Uomo Perfetto.

 

L’Homme, tout seul, est incapable de surmonter les terribles épreuves de la purification de l’Être,

tout seul il pourra ne pas s’élever à une nouvelle vie sans s’adresser à la dimension du Féminin.

Pamina est conduite par l’Amour et sa force vient-elle directement du monde de l’Esprit ? Cette force la conduit, protège et dirige le jeune Prince parmi les dures épreuves qu’il doit surmonter pour devenir Homme parfait.

 

Il giovane Principe Tamino viene da un lontano Paese dell’Oriente, dove sorge il Sole. E’ arrivato nel Paese delle Tenebre, dell’Oscurità, il Regno della Regina Astrifiammante, la potente Dea delle forze occulte della Terra.  Il suo canto fa rabbrividire ogni essere vivente del suo Regno.

 

Le jeune Prince Tamino vient d’un Pays lointain de l’Orient, où se lève le Soleil.

Il est arrivé dans le Pays de Ténèbres, d’Obscurité : Le Royaume de la Reine de la Nuit, la Déesse à l’Étoile scintillante, la puissante déesse aux  forces cachées de la Nature. Son chant fait frémir de peur chaque être vivant.

 

Il sou Regno è in mezzo alla  pénombre, illuminât dalla Luna e dalle Stelle.

 La magica e plaida Luce della Luna fa apparier le sembianze occulte Deslis anime, dominai dalle passion.

Ecco  perché, sul pavimento a scacchi del quadro,   la Regina  appare sotto l’aspetto inquietante, maestoso, terribile di una mantide religiosa.

Son Royaume est caché par la pénombre, éclairée par la Lune et les Étoiles.

 La magie de la lumière lunaire découvre les ressemblances cachées dans l’âme dominée par les mauvaises passions.

C’est pour ça que sur le pavé mosaïque on voit la Reine de la Nuit sous l’aspect à la fois terrible et à la fois inquiétant et majestueux d’une mante religieuse.

 

La mantide religiosa accetta il proprio sposo fino all’inseminazione, e  poi diventa cibo. Che sia stato questo il destino del Re….???

Chi era lo sposo  della Regina?  Probabilmente un dio solare, il Re della Luce, una potenza che garantiva l’equilibrio  fra Luce e Tenebre.  Il simbolo della sua potenza era il  settemplice disco Solare, mediante il quale governava i cicli di luce e di energia. Inspiegabilmente il Re si avala e sta pey mordre.

La Regina vuole subito  impossessarsi del Cerchio di Luce , ma il Re lo lascia al Gran Sacerdote degli Iniziati, Sarastro, che lo indossa solo come simbolo di Potenza . Rimarrà solo un simbolo virtuel  final a que dû nuovi iniziati, maschio e femmina, guidai dal’Amore ristabiliranno nuovamente l’êta Dell’oro, l’equilibrio Dell’asticot Ordine scaturito dal CAO.   Saranno i due giovani amanti: Pamina e Tamino che vinceranno una volta per sempre l’eterno conflitto.

 

La mante religieuse, jusqu’à l’union, accepte son époux, mais après il devient sa nourriture.

Peut-être est-ce là le sort du Roi……..???

 

 

 

Mais qui était l’époux de la Reine ? Probablement un dieu solaire, le Roi de la Lumière, une Puissance qui assurait l’équilibre entre Lumière et Ténèbres. Le symbole de sa Puissance était le septénaire Cercle solaire, parmi lequel il gouvernait le cycle de Lumière et de l’Énergie. Mais inexplicablement le Roi devient malade et proche à mourir.

La Reine veut avoir le Septénaire Cercle solaire, mais le Roi le donne au Grand Maître des initiés, le Savant Sarastro, qui le portait seulement comme symbole virtuel de Puissance. Et restera un symbole jusqu’à ce que deux initiés, mâle et femelle, conduits par l’Amour, rétabliront de nouveau l’Âge d’Or, l’équilibre de l’Ancien Ordre sorti du Chaos. Ce sont Pamina et Tamino, les deux Amoureux, le couple qui va vaincre le conflit éternel.

 

Quando il Serpente del Chaos primordiale irrompe sulla scena il Principe cade sopraffatto dalla paura, sconvolto dalle forze che il Drago ancestrale scatena intorno a sé. Il Serpente risale dagli abissi della Terra e nella Terra ritornerà scacciato dalle Tre Dame, le Ministre della Regina, che taglieranno il suo corpo in Tre Pezzi, un pezzo per ogni Dama, con le lance d’argento, il metallo lunare.

 

Lorsque le Serpent du Chaos primordial entre en scène, le jeune Prince tombe au sol frappé par la puissance et la force que le Dragon ancestral porte en lui.

Il remonte des abîmes de la Terre et à la Terre il retournera déplacé pour les Trois Dames, ministres de la Reine. Les Trois Dames couperont le Serpent en trois morceaux, un pour chacune, avec des lames d’argent, le métal lunaire.

 

 

 

Le tre Dame sono curiosamente rappresentate come tre grandi lumache velate, di fronte ad un principe molto piccolo-

Esse rappresentano le forze primordiali della Terra, intrise di humus e di forza che lentamente tutto distrugge ma che lentamente tutto fa di nuovo ricrescere.  Tale il simbolismo del numéro Tre, que apparait net ter pezize del Serpente, n’elle  ter Lame d’argent, n’elle ter dame stase.

 

Les trois Dames sont curieusement représentées comme trois grandes limaces voilées, face à un prince très petit.

Elles représentent la force primaire de la Terre, qui lentement détruit, mais qui aussi bien lentement fait renaître.

Voilà le symbolisme du nombre trois, dans les trois morceaux du Serpent, dans les trois lames d’argent, et dans les mêmes trois Dames.

 

I ter Fanciulli sono rappresentati Côme ter Piccoli Lucciole que scendono dal’alto. Le loto qualité non-sono terrienne Côme quelle d’elle Lumache, sono la qualité solaire, delco Spirito : Essi sono Giovani e Forti , Belli  e Saggi….

Con queste qualità aiuteranno il giovane Principe a superare le paure e i pericoli del suo viaggio.

 

Les trois garçons sont représentés comme trois petits vers luisants qui descendent du Ciel. Leurs qualités ne sont pas terrestres comme celles des limaces. Ils ont des qualités solaires, les qualités de l’Esprit : ils sont : « Jeunes et forts, beaux et sages »

 

Avec les qualités de l’Esprit, le jeune Prince pourra surmonter tous les obstacles, les périls et les risques du chemin parmi les quatre Éléments.

 

 

Il viaggio tra i quattro elementi è il percorso naturale che l’individuo deve compiere per nascere, crescere, morire e rinascere. Questo viaggio non inizia e non termina, è un’esperienza in continua evoluzione circolare, interrotto dalle forze velate delle passioni terrene solo quando si è sopraffatti dalla paura e dallo smarrimento di Sé, quando manca il coraggio per fare fronte all’esistenza.

Ma riprende il suo ciclo quando il Sé è rigenerato dall’Amore e guidato da “Forza, Bellezza e Saggezza”

 

Le voyage parmi les Éléments est le parcours naturel que l’Homme doit faire pour naître, croître, mourir et renaître.

Ce voyage qui, ni ne commence ni ne s’achève : est une expérience unique, en évolution circulaire continue. Il est arrêté par les seules forces voilées des passions terrestres, quand le Soi se perd dans la peur et l’angoisse, par le manque de courage pour faire face à la vie.

Mais le cycle recommence quand le Soi est renouvelé par l’Amour et conduit par « Force, Beauté et Sagesse ».

 

 

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 23:18

Le Frère de la Tierce

L’acquisition récente par la respectable Loge « Les Écossais de Saint-Jean » à l’Orient de Hyères, d’un diplôme maçonnique de la célèbre Loge l’Union fondée à Francfort sur Maine en 1742 par le Marquis de La Tierce, est le prétexte idéal pour étudier l’apport du Marquis de la Tierce, tant à l’Ordre qu’aux idées maçonniques, dans une période charnière qui est celle du milieu du XVIIIe siècle.

 

Pour l’anecdote, le diplôme concerne un certain Huguenin, reçu en 1782 au grade « d’apprenti et compagnon », signé du Maître de loge Frédéric Chrétien Pascha. Le terme Pascha mériterait quelques éclaircissements à l’issue de la paix avec les Turcs. Au plan sigillographique, le cachet symbolise l’œil et l’oreille sur un fond de deux harpes signifiant les cinq sens et l’harmonie des sons et des sphères. On décrira la ruche traditionnelle de l’option française, le maillet et le compas en haut à gauche, l’équerre et la truelle en haut à droite, le niveau en bas à gauche (place du premier surveillant en entrant à gauche), le fil à plomb (du second surveillant) à droite en bas. Le salut par trois fois trois, appuie le ternaire au carré dans ses origines fraternelles et symboliques. Le tout est fait main sans impression de modèle.

 

Acquis de haute et fraternelle luttent, contre le musée du Grand Orient, dont nous remercions le fair-play de ses représentants et l’attitude qui sied aux historiens de l’Ordre. (Photos et copies disponibles sur simple demande à l’archiviste de la Loge. (www.ecossaisdesaintjean.org )

 

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Le marquis Louis-François de La Tierce fait parti ces hommes éclairés qui ont su le moment venu, faire un acte décisif, créant une dynamique irréversible sur le plan des idées et de l’institution. Son apport loin d’être secondaire, nous semble sous-estimé. L’éventualité qu’il fût le « rédacteur-nègre » de la* troisième version (1738) des Constitutions dites d’Anderson n’est pas à négliger. Sa discrétion toute diplomatique s’associe à une conviction inébranlable dans l’idée d’un progrès possible pour l’humanité. Cette conviction progressiste pour l’époque est secondée par ses convictions réformistes et sa formation d’ingénieur. Loin d’être assujetti au génie français, il opte très tôt pour l’idéal anglais propagé par la très intellectuelle et rosicrucienne Royale Society. Au plan politique, son cœur est au côté des Tsars et de la Tsarine, sa conscience professionnelle reste au service de la Prusse.

 Il est un de ces aventuriers religieux et maçons, tout comme le chevalier Ramsay, qui partage l’idée de Leibniz, de concilier les dogmes de l’église disloquée par les schismes. Tout comme ,Desagulier son ami, il est huguenot et sa famille a subi la révocation de l’Édit de Nantes.

 Né en 1699 dans la province du Brabant, il appartient aux deux siècles, celui des discordes religieuses et politiques et celui des lumières. Ingénieur de formation, n’ayant aucune perspective au Royaume de France à cause de sa religion, il devient précepteur des enfants de Lord Stafford en Angleterre, précepteur en Prusse puis chargé d’affaires diplomatiques, pour les micros États allemands. Grand admirateur du Tsar puis de la Tsarine Catherine, il finira sa vie en écrivant une ode à sa gloire. Le marquis de la Tierce restera un Hanovrien convaincu, dans la filiation du protestant Georges 1er, ce qui le

 distingue fortement des francs- maçons Stuartistes.

 Toutefois, aucun esprit partisan ne dicte sa conduite.

 Au contraire, il tend vers une forme d’œcuménisme qui se fonde sur une certaine idée du christianisme des origines. Le christianisme premier semblait une solution pour dépasser les concurrences entre les églises. « Unir ce qui est épars » sans en prononcer l’expression semble être son credo. L’illustration de cette tendance se situe dans le choix du nom de la loge de Francfort sur Maine appelée « L’UNION » qui se dote de statuts dès le 29 mars 1742, après quelques tenues de mise au point. Les feux sont allumés le 27 juin 1742. Celle-ci est loge fille de la loge française L’UNION de Londres, qui dépend de la grande loge d’Angleterre. Cette loge londonienne, classée dans les « modernes » fut celle de l’initiation des deux cofondateurs le Marquis et Philippe Steinheil. Celle-ci obtient ses patentes le 8 février 1743. Le Marquis y occupera le poste de 1er Surveillant. Il s’agit donc d’une maçonnerie calquée

 sur les idées universalistes fondées sur la tolérance. Cette loge se situe dans le sillage de la grande loge de Londres de 1717, qui marque une rupture avec l’intolérance religieuse et les excès, tout en marquant sa loyauté à l’électeur de Hanovre et sa dynastie.

 De la Tierce, fit un séjour londonien de 1732 où il fut initié à 1736. Il fut chargé de traduire le « Book of the Constitutions » de 1723. Il répondait ainsi à un vœu consécutif à son initiation. S’agissant de sa promesse, il dépassa le cadre de la traduction simple pour adapter à sa façon les constitutions d’Anderson dans un but de diffusion auprès des profanes. Il faut savoir qu’il avait terminé ce travail en 1736 en le soumettant à l’approbation de sa loge londonienne. Intitulé « Histoire, Obligations et Statuts de la très Vénérable Confraternité des francs-maçons, tirez de leurs archives et conforme aux traditions les plus anciennes », son manuscrit ne fut pas immédiatement publié, pour laisser à son ami Anderson le soin de publier en premier, sa dernière version de 1738. Plus qu’une traduction, nous pensons qu’il fut l’auteur inspiré, en sous-main, de la dernière version et qu’il reçu rémunération pour la tâche brillamment accomplie. Laissant la priorité à son donneur d’ordre, il ne publia son ouvrage à Amsterdam qu’en 1742, soit 6 années après l’achèvement de l’œuvre et l’approbation de celle-ci par la loge française L’UNION de Londres, elle-même dépendante de la Grande Loge.

Les différences entre les deux versions s’expliquent par l’esprit continental du marquis, fondé sur une démarche plus scientifique et historique que son modèle Andersonien. Il enrichit l’ensemble du texte d’origine d’une connotation technique et historique plus appuyée, donnant à l’ensemble une crédibilité indéniable pour l’époque.

Le texte Andersonien de 1723 qui sert de référence a pour but principal de projeter une image originale de Dieu dans ses rapports à l’humanité, conséquence des troubles politiques religieux et sociaux ayant affecté l’Angleterre durant la seconde moitié du XVIIe siècle. De La Tierce ampute

 pour partie, l’essence du relativisme Andersonien. L’édition de 1742 transforme le message du pasteur unitarien en un instrument de combat dont le but est de promouvoir un projet personnel, celui de la construction d’un Temple de la Fraternité conçu dans le cadre d’une chrétienté primitive qui serait partagée par tous les grands esprits du monde. La tolérance religieuse dépasserait les clivages imposés par les réformes et par les schismes.

Le Marquis exprime donc un point de vue qui est personnel et légèrement différent du texte d’origine.

La franc-maçonnerie est depuis le XVIIIe siècle une contribution originale à l'histoire des idées, un fait culturel producteur d'un discours lumineux, porteur de sens, replaçant à tort ou à raison l’homme, son bien-être et son statut au centre des préoccupations des penseurs éclairés. Les penseurs sont nombreux, citons John Locke qui inspira Montesquieu, les néoplatoniciens, les membres de la Royal Society et Leibniz. Cette nouvelle place qu’on lui fait au détriment des idées reçues et du conformisme est due pour l’essentiel aux Lumières de quelques penseurs. C’est le siècle qui voit briller des esprits plus éclairés et des hommes de bien tels que le marquis de la Tierce, Desaguliers ou le pasteur Anderson ou encore le Chevalier Ramsay. Ces derniers marquent le cheminement de la pensée maçonnique. Il nous semble qu’il existe bien des points communs entre les additions du marquis au plan historique et « Les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence » de Montesquieu.

Cette pensée s’est déjà impliquée au cours des années jacobites dans le tourment de la politique et du parti pris pour les Stuarts ou pour les Hanovre. Cet écartèlement se traduira par des loges dites Écossaises et d’autres dites Anglaises puis par des qualificatifs d’anciens et de modernes. Bref la maçonnerie spéculative est née d’un savant dosage d’ostracisme et de course aux adhésions des loges, derrière un discours universaliste.

Notre Marquis de La Tierce ne fait pas exception à l’ambiance du moment ou à défaut d’éclectisme, l’œcuménisme semble poindre à l’horizon. La logique du Marquis repose sur la vertu et la raison qui doivent contrôler et limiter les passions, moteurs d’ambitions, et l’injustice dans ses excès.

Il admet les maux nécessaires telles l’injustice et l’inégalité dans une limite harmonieuse comme l’harmonie des sphères repose sur des forces antagonistes.

Rassembler tous les maçons au-delà de leurs opinions religieuses est un argument de vainqueur. C’est celui du pasteur Anderson qui se place sous la protection des Hanovre. La fuite de l’intelligentsia catholique Stuartiste laisse la place vacante. Pour faire bonne figure tout en maîtrisant la bienveillance royale tant du palais que par ses satellites tels la Royal Society, la grande loge de Londres qui deviendra la Grande Loge d’Angleterre tente une percée continentale.

La percée se fait par l’ouverture de relation de confiance avec le pouvoir royal de Louis XVI notamment par l’approche du Cardinal de Fleury en vue de minorer ou d’étouffer la place des loges jacobites en royaume de France. On dit que ces dernières sont des lieux de conspiration depuis que Louis XVI les accueille dans le sillage des exilés. Ces activités loin de déplaire au pouvoir royal dans un premier temps, deviennent embarrassantes dans la politique extérieure française. 

En partant de l'analyse de deux des textes fondateurs de la franc-maçonnerie, à savoir Les Constitutions d'Anderson et Le Discours de Ramsay, le marquis met en place des idées qui seront celles de la franc-maçonnerie universelle (le libre arbitre, la liberté de pensée, la tolérance, la fraternité) sans rien sacrifier des thèmes identitaires (les symboles, les mythes, l'initiation),

Pour cette époque on remarquera que le discours maçonnique a imprégné la société lettrée du XVIIIe siècle, puis a influencé les mentalités de toutes les composantes de la société. Chacun veut devenir franc-maçon.

C’est l’époque des salons littéraires et politiques de la bonne société qui viennent amplifier comme un phénomène de mode une franc-maçonnerie naissante.

L'expansion du mouvement maçonnique tout au long du Siècle des Lumières a été remarquable. La qualité de son recrutement et la quantité de loges, a notamment contribué au rayonnement des idées que développe ici le marquis de La Tierce

On remarquera que la gravure sur la page de Garde montre Hiram tendant les futurs plans du Temple à Salomon. Cette image diffère de la grandiloquence de l’édition Andersonienne de 1723 où l’on voyait la pompe des grands protecteurs de la franc-maçonnerie hanovrienne. L’image fait donc état du troisième grade, celui de maître en la personne d’Hiram. Notons au surplus, la présence des outils opératifs et d’une sphère prise sur le modèle copernicien qui inspire ces messieurs de la Royal Society. On met donc en avant le régime plus que l’obédience, on veut rechercher les sources premières plutôt que leurs implications politiques ; bref on prend quelques distances avec la soumission à l’état centralisateur, sans remettre en cause l’habituelle loyauté du maçon face au pouvoir.

Le titre dans sa longueur fait état d’une dimension à l’échelle de l’homme et non de l’institution. On y relève l’union des frères dans une confraternité, ce qui semble indiquer un état plus hétérogène au profit d’une universalité œcuménique, plutôt qu’une fraternité cohérente et monolithique. L’institution passe après l’homme et non l’inverse.

Nous sommes dans une démarche d’affiliation plus que de soumission, ce qui est dans l’air du temps au plan politique où les États Nations composent avec le contrepouvoir des états principautés. Le marquis de La Tierce élabore un modèle plus proche, plus confraternel que fraternel.

L’idée d’une faute et d’une chute de l’homme face à Dieu est reléguée au second plan. Le mythe d’Abel et l’épisode de la tour de Babel sont dissimulés derrière des faits et des réalisations plus valorisantes pour le genre humain. Ce genre humain a toujours été fraternel, c’est ce qu’il tente de démontrer dans son exercice historique. Il rappelle à la rescousse de la confraternité, les grands sages d’humanité comme Confucius, Platon, Thalès, Pythagore, Aristote, etc.

On s’oriente ainsi vers une religion primitive qui outrepasse les schismes. On fait référence à Moïse, Noé. Le Noachisme n’est pas très loin.

La tolérance reste le fond contemporain de son exposé moral.

Sur un plan plus social, c’est l’idée de progrès dans l’esprit « Newtonien » qui domine, annonçant le positivisme du siècle suivant. Cette option n’a rien d’étonnant de la part d’un ingénieur témoin des immenses pas découlant des sciences et techniques, notamment en Angleterre. Nous retrouvons cet esprit encyclopédiste chez Ramsay et dans la Royal Society.

L’ordre de la nature bien faite par Dieu s’impose aux idéologues comme une évidence. La machine du monde est bien faite malgré sa dureté. Ceci constitue une ouverture vers un Déisme de base qui fera florès.

C’est la communication et les échanges, physiques, technologiques, commerciaux et idéologiques qui sont facteurs de paix et de progrès, dans le respect des coutumes et des usages locaux. C’est ici le relativisme de la confraternité, dans le respect identitaire, qui prévaut, à l’égal de la théorie des climats que développera son frère Montesquieu. À cet égard la voie est similaire à une forme de mondialisation, dans la sphère chrétienne cependant.

Pour l’essentiel, le texte d’origine est maintenu dans sa partie disciplinaire qui conforte l’idée de l’universalité de la règle maçonnique. Enfin, le texte d’origine est largement augmenté du discours de Ramsay, dont La Tierce intègre au dispositif Andersonnien les caractères chevaleresques qui donneront de nombreux développements dans les hauts grades naissants.

Conclure sur une telle entreprise n’est possible que si l'on met en perspective le domaine des idées et la tradition. Ce sont, pour l’essentiel les fruits du progrès qui sont à partager. Une morale progressiste se fait jour sous l’influence bien comprise des lumières. On s’éloigne sans doute un peu plus de l’idée traditionnelle que d’autres maçonneries « Écossaise et primitive » vont remettre à l’honneur. Le progrès ne sera plus l’objet du discours, seul restera ce qui fait la franc-maçonnerie traditionnelle : l’initiation dans ses états les plus profonds et non pas ses développements sociaux et superficiels.

Le texte d’Anderson était plus prudent. Situé à la frontière des traditions opératives anciennes dont les textes étaient encore présents à l’esprit des rédacteurs de 1723, ce n’est plus le cas en 1736 lorsque le Marquis s’attelle à l’adaptation des Constitutions.

Il n’a lu aucun des Anciens Devoirs ni aucun manuscrit ancien qui fait état de la tradition. Cet esprit moderniste éloigné des outils opératifs se confirme dans l’ouverture universaliste du discours de Ramsay. La tradition chevaleresque s’invite et surpasse dans la tradition opérative. Sur le fond, l’unité finale des trois initiations pouvait être développée, il ne manquait que l’initiation sacerdotale. Mais cette option ne fut même pas défendue, démontrant l’ignorance par l’auteur du fond traditionnel de toutes les initiations. De ce point de vue, Désaguliers et Anderson avaient été plus prudents. On assiste donc à un mélange de modernité et de tradition qui fait de la franc-maçonnerie de l’époque un prodigieux creuset d’hommes et d’idées.

En 1743 décède le chevalier Ramsay et Désaguliers. Le Cardinal Fleury disparait et Walpole n’a plus l’influence modératrice auprès de Georges II. Frédérique II et la Prusse montent en puissance. La guerre de succession d’Autriche trouble le jeu. Apparaît la notion d’État Nation. En France les descentes de police se font plus nombreuses, le Duc d’Antin disparaît laissant l’Ordre dispersé entre les hauts grades et de nouvelles obédiences. Une page se tourne et dès 1750, le Marquis de La Tierce l’universaliste chrétien, dépassé par ces mouvements tectoniques, s’absente du paysage maçonnique.

Les Lumières du siècle se confrontent avec difficulté à la lumière initiatique traditionnelle. La Franc-maçonnerie, qu’elle soit « ancienne » ou « moderne » se confronte à des réalités géopolitiques pour lesquelles elle n’est pas conçue, c’est un grand et difficile moment dans l’histoire de la franc-maçonnerie.

Eri\Rom\

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 11:39

 

                  L’Écossisme est à l’origine un mouvement qui se caractérise par une multiplication des grades, au-delà de celui de Maître Maçon.

Ramsay et son Discours donne à penser que la maçonnerie spéculative sort du pré carré de l’institution des bâtisseurs, pour s’ouvrir à d’autres horizons dont la valeur initiatique est incontestable. Il constate plus qu’il ne révèle, que les francs-maçons ont d’autres sources et d’autres développements à faire valoir.

C’est ainsi que s’est inscrite dans le patrimoine maçonnique l’idée d’un Ecossisme dont on voit à la fois les origines politiques liées notamment aux Stuarts et à leur errance politique, mais aussi un glissement progressif d’un esprit politique vers un esprit philosophique de la franc-maçonnerie.

 

L’Ecossisme est par sa dénomination et ses origines, liée à l'Écosse qui fit du suivisme lorsque la Grande Loge d’Écosse est fondée en 1736. Une génération de retard pour affirmer son existence dénote une forme d’attentisme suspect pour ceux qui sont censés défendre une idée. L’imitation du modèle anglais est alors à l’ordre du jour. Le mot « écossais » avait échappé à l’Écosse pour devenir, en quelque sorte, un qualificatif maçonnique, péjoratif, forgé en Angleterre pour désigner voir dénigrer, une maçonnerie « d’élite », associée au Maître Écossais.

 

Le terme Écossais échappe aux Écossais eux-mêmes pour revenir dans leur giron. Le prestige du terme est lié à l’histoire mythique et à la personnalité même de Ramsay qui à la suite d’Anderson lui-même pasteur Ecossais fait la promotion du terme à son insu et de manière purement générique, au point que l’idée franchie le Chanel pour se retrouver entre les mains des LL Jacobites et Stuartistes. Cependant l’histoire des rites écossais, dont le Rite Écossais Primitif est précurseur, est l’aboutissement du mouvement dit Écossais qui apparut en Angleterre entre 1733 et 1735. Quelques écrits attestent de l’existence de "Scotch Masons" (Maçons Écossais) dès cette période . Accepter cette antériorité revenait à reconnaître l’origine opérative et spirituelle de l'Écosse. Sur l’aspect opératif, il ne reste que deux éléments et non des moindres : la truelle et la reconstruction du temple. La chevalerie y rajoute l’épée qui pour le coup est une croix.

 

Les premiers Maîtres Écossais apparaissent à la Grande Loge en 1743 en France. En 1744, l’Abbé Pérau relève qu’ils « ont leurs cérémonies et leurs secrets à part » et « se présentent sous le titre de maître écossais », « et revendiquent droits et privilèges »

 

« L’Ecossisme est écossais par son père, le baronnet Ramsay, né à AYR en Écosse en 1686 » . Cette citation marque l’intérêt des fameux discours pour les contemporains qui en mal de justifications historiques, vont alimenter une controverse qui aboutira à la multiplication des hauts grades. Abordant la fondation légendaire de l’Ordre en Terre sainte, lors des Croisades et leurs croisés suivant la parole de Saint Bernard. On est ici très loin des bâtisseurs de cathédrales, des Rose-Croix et même des Templiers. Il ne peut être question directement des Templiers pour des raisons d’opportunité politique. Ramsay chantre de L'Écossisme sans le savoir, est surtout le premier à évoquer les glorieux ancêtres de la maçonnerie « tenant une truelle d'une main et de l'autre une épée. » Ramsay apparaît comme le créateur des hauts grades. « La truelle et l’épée » sont tirées de la Bible et qui devait former la trame essentielle du 6em grade de la Loge mère Écossaise de Marseille en 1751 : Chevalier de l’Epée , surnommé de l’Orient ou de l’Aigle, qui se réuni deux fois l’an aux équinoxes de Mars et Septembre. L’affaire biblique est reprise et dupliquée en autant de grades que de prétentions. La bible est et demeure le voile de fond de toute légendaire maçonnique, c’est L'Écossisme qui vient s’y abreuver.

 

L’Ecossisme vient souligner par son contact originel avec l’Orient la résurgence d’une tradition commune et ancestrale qui lie Orient et Occident . Il nous semble que les hauts grades qui sont la suite de la légende d’Hiram font le part belle à l’ésotérisme chrétien, ravivé par l’esprit chevaleresque. Le grade de maître, et de maître écossais passe sur ce pont qui relie l’ancien et le Nouveau Testament. Ainsi, la légende d’Hiram trouve différents développements. Le secret de la parole perdue, prononciation du nom du divin que l’on trouve sous la voûte secrète du temple de Salomon en est un exemple. De même, les 4 grades dit supérieurs de la Loge mère de Marseille de 1751, ainsi que les grades supérieurs du REAA, où la vengeance d’un crime utile, la reconstruction du Temple et enfin le pardon dans la réalisation supérieure, caractérisent un l’état graduel et ascensionnel d’accomplissement et de sagesse.

 

À ce titre L'Écossisme est autre chose que l’évocation d’un pays mythique où naissent dans les brumes de la lande, légendes et nobles aspirations. Dans la suite des légendes du Grall du moyen âge, et sous l’influence résiduelle d’une série de mouvements initiatiques parcellaires, comme les Fidèles d’amour ou les Rose-Croix. L'Écossisme est telle une colonne de marbre, marquant le centre occidental de la Pensée initiatique. Les grades ainsi élaborés sont à étudier avec le plus grand sérieux. L’aspect pittoresque et théâtral d’une lecture légère éloigne l’importun.

Le sens initiatique reste entier.

 

E.:R.:

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 10:06

 

 

regius-1-.gifManuscrit LE REGIUS 1390 (OLD CHARGES)

 

 

Avec le Ms le Cooke de 1410, il est le plus ancien texte connu de la Maçonnerie opérative anglaise, poème écrit vers 1390 en 794 vers de 8 pieds chacun.
(Traduction du texte publié en 1840 par Halliwel)

On retiendra l’aspect professionnel du texte. On y fait état des devoirs et des obligations, justifiant sa qualité d’Ancien Devoir.

On retiendra la légende du métier et le passage sur les Quatre couronnés, la tour de Babel et les 7 Arts libéraux constituant d’après nous l’échelle initiatique des maçons du Moyen-Âge.

Ce texte est à l’évidence catholique romain par ses références à la Sainte Eglise, à Marie. Il constituera la base de référence des constitutions des maçons spéculatifs.

 

Ici commencent les statuts de l'art
De Géométrie selon Euclide.

Celui qui voudra lire et chercher
Pourra trouver écrite dans un vieux livre
L'histoire de grands seigneurs et grandes dames,
Qui, certes, avaient beaucoup d'enfants;
Mais n'avaient pas de revenus pour en prendre soin,
Ni en ville, ni à la campagne ou dans les bois;
Ils tinrent ensemble conseil pour eux,

Et décidèrent pour leur bien,
Comment ils pourraient mieux mener leur vie
Sans inconfort, ni souci ni lutte;
Et encore pour la multitude qui viendra

Ils envoyèrent chercher de grands clercs,
Pour leur enseigner alors de bons métiers;

Et nous les prions, pour l'amour de notre Seigneur,
Pour nos enfants de trouver un travail,
Pour qu'ils puisent ainsi gagner leur vie,
Tant bien qu'honnêtement en toute sécurité.
En ce temps-là, par la bonne géométrie,
Cet honnête métier qu'est la bonne maçonnerie
Fut constitué et crée ainsi,
Conçu par ces clercs ;
Sur la prière de ces seigneurs ils inventèrent la géométrie,

Et lui donnèrent le nom de maçonnerie,
A ce plus honnête de tous les métiers.
Les enfants de ces seigneurs s'appliquèrent,
A apprendre de lui le métier de géométrie,
Ce qu'il fit très soigneusement;

A la prière des pères et des mères aussi,
Il les mit à cet honnête métier.
Celui qui apprenait le mieux, et était honnête,
Et surpassait ses compagnons en attention,
Si dans ce métier il les dépassait,
Il devait être plus honoré que le dernier,
Le nom de ce grand clerc était Euclide,
Son nom se répandait fort loin.
Pourtant ce grand clerc ordonna
A celui qui était plus élevé dans ce degré,
Qu'il devait enseigner les plus simples d'esprit
Pour être parfait en cet honnête métier;
Et ainsi ils doivent s'instruire l'un l'autre,
Et s'aimer ensemble comme soeur et frère.

Il ordonna encore que,
Maître doit il être appelé;
Afin qu'il soit le plus honoré,
Alors il devait être nommé ainsi;
Mais jamais maçons ne doivent appeler un autre,

Au sein du métier parmi eux tous,
Ni sujet ni serviteur, mon cher frère,
Même s'il est moins parfait qu'un autre;
Chacun appellera les autres compagnons par amitié,
Car ils sont nés de nobles dames.

De cette manière, par la bonne science de géométrie,
Commença le métier de la maçonnerie;
Le clerc Euclide le fonda ainsi,

Ce métier de géométrie au pays d'Egypte.
En Egypte il l'enseigna tout autour,
Dans diverses pays de tous côtés;
Pendant de nombreuses années, je croix,
Avant que ce métier arrive dans ce pays.

Ce métier arriva en Angleterre, comme je vous dis,
Au temps du bon Roi Athelstane,
Il fit construire alors tant manoir que même bosquet,
Et de hauts temples de grand renom,
Pour s'y divertir le jour comme la nuit,
Ce bon seigneur aimait beaucoup ce métier,
Et voulut le consolider de toutes ses parties,
A cause de divers défauts qu'il trouva dans le métier;

Il envoya à travers le pays
Dire à tous les maçons du métier,
De venir vers lui sans délai,
Pour amender ces défauts tous
Par bon conseil, autant que possible.
Une assemblée alors il réunit
De divers seigneurs en leur rang,
Des ducs, comtes, et barons aussi,
Des chevaliers, écuyers et maintes autres,
Et les grands bourgeois de cette cité,
Ils étaient tous là chacun à son rang;
Ils étaient là tous ensemble,
Pour établir le statut de ces maçons,
Ils y cherchaient de tout leur esprit,
Comment ils pourraient le gouverner;

Quinze articles ils voulaient écrire,
Et quinze points ils y ont crées,

Article 1.

Le premier article de cette géométrie;-
Le maître maçon doit être digne de confiance
A la fois constant, loyal et vrai,
Il ne l'aura alors jamais à regretter;
Tu dois payer tes compagnons selon le cours,
Des victuailles, tu le sais bien;
Et paie les justement, et de bonne foi,
Ce qu'ils peuvent mériter;
Et évites soit par amour soit par crainte,
D'aucune des parties d'accepter des avantages;
Du seigneur ni du compagnon, qui que ce soit,
D'eux tu ne prends aucune sorte de paiement;
Et en juge tiens toi intègre,
Et alors aux deux tu rendra leur bon droit;
Et véritablement fais ceci où que tu ailles,
Ton honneur, ton profit, sera le meilleur.

Article 2.

Le second article de bonne maçonnerie,
Comme vous devez ici l'entendre particulièrement,
Que tout maître, qui est maçon,
Doit assister au rassemblement général,
Pour que précisément il lui soit dit
Le lieu où l'assemblée se tiendra.

Et à cette assemblée il doit se rendre,
Sauf s'il a une excuse raisonnable,
Ou qu'il soit désobéissant à ce métier
Ou s'abandonne au mensonge,
Ou qu'il soit atteint d'une maladie si grave,
Qu'il ne puisse venir parmi eux;
Cela est une excuse bonne et valable,
Pour cette assemblée, si elle est sincère.

Article 3.

Le troisième article est en vérité,
Que le maître ne prenne aucun Apprenti,
Sauf s'il peut lui assurer de le loger
sept ans chez lui, comme je vous dis,
Pour apprendre son métier, qui soit profitable;
En moins de temps il ne sera pas apte
Au profit du seigneur, ni le sien
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

Article 4.

Le quatrième article ceci doit être,
Que le maître doit bien veiller,
A ne pas prendre un serf comme Apprenti,
Ni l'embaucher pour son propre profit,
Car le seigneur auquel il est lié,
Peut chercher le 'Apprentis où qu'il aille.
Si dans la loge il était pris,
Cela pourrait y faire beaucoup de désordre,
Et un pareil cas pourrait arriver,
Que cela pourrait chagriner certains, ou tous.

Car tous les maçons qui y seront
Se ensemble se tiendront réunis.
Si un tel dans le métier demeurait,
De diverses désordres vous pourrez parler:
Alors pour plus de paix, et honnêteté,
Prenez un Apprenti de meilleure condition.
Dans d'ancien écriture je trouve,
Que l' Apprenti doit être de naissance noble;
Et ainsi parfois, des fils de grands seigneurs
Ont adopté cette géométrie qui est très bonne.

Article 5.

Le cinquième article est très bon,
Que l' Apprenti soit de naissance légitime;
Le maître ne doit, sous aucun prétexte,
Prendre un Apprenti qui soit difforme;
Cela signifie, comme vous le verrez
Qu'il ait tous ses membres entiers ensemble;
Pour le métier cela serait grande honte,
De former un homme estropié ou un boiteux,
Car un homme imparfait de telle naissance
Ne serait que peu utile au métier.
Ainsi chacun de vous peut comprendre,
Le métier veut un homme puissant;
Un homme mutilé n'a pas de force,
Vous devez le savoir depuis longtemps.

Article 6.

Le sixième article vous ne devez pas manquer
Que le maître ne doit pas porter préjudice au seigneur,
En prenant au seigneur pour son Apprenti,
Autant que reçoivent ses compagnons, en tout,
Car dans ce métier ils se sont perfectionnés,
Ce que lui n'est pas, vous devez le comprendre.
Ainsi il serait contraire à bonne raison,
De prendre pour lui égal salaire à celui des compagnons.
Ce même article dans ce cas,
Ordonne que son Apprenti gagne moins
Que ses compagnons, qui sont parfaits.
Sur divers points, sachez en revanche,
Que le maître peut instruire son Apprenti tel,
Que son salaire puisse augmenter rapidement,
Et avant que son apprentissage soit terminé,
Son salaire pourrait s'améliorer de beaucoup.

Article 7.

Le septième article que maintenant voici,
Vous dira pleinement à tous ensemble,
Qu'aucun maître ni par faveur ni par crainte,
Ne doit vêtir ni nourrir aucun voleur.
Des voleurs il n'en hébergera jamais aucun,
Ni celui qui a tué un homme,
Ni celui qui a mauvaise réputation,
De crainte que cela fasse honte au métier.

Article 8.

Le huitième article vous montre ainsi,
Ce que le maître a bien le droit de faire.
S'il emploie un homme du métier,
Et qu'il ne soit pas aussi parfait qu'il devrait,
Il peut le remplacer sans délai,
Et prendre à sa place un homme plus parfait.
Un tel homme, par imprudence,
Pourrait faire déshonneur au métier.

Article 9.

Le neuvième article montre fort bien,
Que le maître doit être sage et fort;
Qu'il n'entreprenne aucun ouvrage,
Qu'il ne puisse achever et réaliser;
Et que ce soit aussi au profit des seigneurs,
Ainsi qu'à son métier, où qu'il aille,
Et que les fondations soient bien construites,
Pour qu'il y ait ni fêlure ni brèche.

Article 10.

Le dixième article sert à savoir,
Parmi tous dans le métier, grands ou modestes,
Qu'aucun maître ne doit supplanter un autre,
Mais être ensemble comme des frères,
Dans ce singulier métier, tous quels qu'ils soient,
Qui travaillent sous un maître maçon.
Ni doit il supplanter aucun homme,
Qui s'est chargé d'un travail,
La peine pour cela est tellement forte,
Qu'elle ne pèse pas moins de dix livres,
A moins qu'il soit prouvé coupable,
Celui qui avait d'abord pris le travail en main;
Car nul homme en maçonnerie
Ne doit supplanter un autre impunément,
Sauf s'il a construit de telle façon,
Que cela réduit l'ouvrage à néant;
Alors un maçon peut solliciter ce travail,
Pour le sauver au profit des seigneurs
Dans un tel cas, si cela arrivait,
Aucun maçon ne s'y opposera.
En vérité celui qui a commencé les fondations,
S'il est un maçon habile et solide,
A fermement dans l'esprit,
De mener l' oeuvre à entière bonne fin.

 

 

Article 11.

L'onzième article je te le dis,
est à la fois juste et franc;
Car il enseigne, avec force,
Qu'aucun maçon ne doit travailler de nuit,
A moins de s'exercer à l'étude,
Par laquelle il pourra s'améliorer

Article 12.

Le douzième article est de grande honnêteté
Pour tout maçon, où qu'il se trouve,
Il ne doit pas déprécier le travail de ses compagnons,
S'il veut sauvegarder son honneur;
Avec des paroles honnêtes il l'approuvera,
Grâce à l'esprit que Dieux t'a donné;
Mais en l'améliorant de tout ton pouvoir,
Entre vous deux sans hésitation.

Article 13.

Le treizième article, que Dieu me garde,
C'est, que si le maître a un Apprenti,
Il l'enseignera de manière complète,
Et qu'il puisse apprendre autant de points,
Pour qu'il connaisse bien le métier,
Où qu'il aille sous le soleil.

Article 14.

Le quatorzième article par bonne raison,
Montre au maître comment agir;
Il ne doit prendre Apprenti,
A moins d'avoir diverses tâches à faire,
Pour qu'il puisse pendant son stage,
Apprendre de lui diverses points.

Article 15.

Le quinzième article est le dernier,
Car pour le maître il est un ami;
Pour lui enseigner qu'envers aucun homme,
Il ne doit adopter un comportement faux,
Ni suivre ses compagnons dans leur erreur,
Quelque bien qu'il puisse y gagner;
Ni souffrir qu'ils fassent de faux serments,
Par souci de leurs âmes,
Sous peine d'attirer sur le métier la honte,
Et sur lui-même un blâme sévère.

Divers statuts.

Dans cette assemblée des points furent adoptés en plus,
Par de grands seigneurs et maîtres aussi.
Le premier point veut que celui qui voudrait connaître ce métier
et l'embrasser,
Doit bien aimer Dieu et la sainte église toujours,
Et son maître aussi avec qui il est,
Où qu'il aille par champs ou par bois,
Et aimes aussi tes compagnons,
Car c'est ce que ton métier veut que tu fasses.

Second point.

Le second point ,
Que le maçon travaille le jour ouvrables,
Aussi consciencieusement qu'il le pourra,
Afin de mériter son salaire pour le jour de repos,
Car celui qui a vraiment fait son travail,
Méritera bien d'avoir sa récompense.

Troisième point.

Le troisième point doit être sévère,
Avec l'apprentis, sachez le bien,
Le conseil de son maître il doit garder et cacher,
Et de ses compagnons de bon gré;
Des secrets de la chambre il ne parlera a nul homme,
Ni de la loge quoi qu'ils y fassent;
Quoi que tu entendes ou les vois faire,
Ne le dis à personne où que tu ailles;
Les propos dans la salle, et même au bosquet,
Gardes les bien pour ton grand honneur,
Sans quoi cela tournera pour toi au blâme,
Et apportera au métier grande honte.

Quatrième point.

Le quatrième point nous enseigne aussi,
Que nul homme à son métier sera infidèle;
Aucune erreur il n'entretiendra
Contre le métier, mais y renoncera;
Ni aucun préjudice il causera
A son maître, ni a son compagnon;
Et bien que l' Apprenti soit tenu au respect,
Il est toutefois soumis à la même loi.

Cinquième point.

Le cinquième point est sans nul doute,
Que lorsque le maçon prendra sa paie
Du maître, qui lui est attribué,
Humblement acceptée elle doit être;
Cependant il est juste que le maître,
L'avertisse dans les formes avant midi,
S'il n'a plus l'intention de l'employer,
Comme il le faisait auparavant;
Contre cet ordre il ne peut se débattre,
S'il réfléchit bien c'est dans son intérêt

Sixième point.

Le sixième point doit être bien connu,
De tous grands et modestes,
Car un tel cas pourrait arriver;
Qu'entre quelques maçons, sinon tous,
Par envie ou haine mortelle,
S'éclate une grande dispute.
Alors le maçon doit, s'il le peut,
Convoquer les deux parties un jour fixé;
Mais ce jour-là ils ne feront pas la paix,
Avant que la journée de travail soit bien finie,
Un jour de congé vous devez bien pouvoir trouver,
Assez de loisir pour placer la réconciliation,
De peur qu'en la plaçant un jour ouvré
La dispute ne les empêche de travailler;
Faites en sorte qu'ils en finissent.
De manière à ce qu'ils demeurent bien dans la loi de Dieu.

 

Septième point.

Le septième point pourrait bien dire,
Comment bien longue vie Dieu nous donne,
Ainsi il le reconnaît bien clairement,
Tu ne coucheras pas avec la femme de ton maître,
Ni de ton compagnon, en aucune manière,
Sous peine d'encourir le mépris du métier;
Ni avec la concubine de ton compagnon,
Pas plus que tu ne voudrais qu'il couche avec la tienne.
La peine pour cela qu'on le sache bien,
Est qu'il reste Apprenti sept années pleines,
Celui qui manque à une de ces prescriptions
Alors il doit être châtié;
Car un grand souci pourrait naître,
D'un aussi odieux péché mortel.

Huitième point.

Le huitième point est, assurément,
Si tu as reçu quelque charge,
A ton maître reste fidèlement soumis,
Car ce point jamais tu ne le regretteras;
Un fidèle médiateur tu dois être,
Entre ton maître et tes compagnons libres;
Fais loyalement tout ce que tu peux,
Envers les deux parties, et cela est bonne justice.

Neuvième point.

Le neuvième point s'adresse à celui,
Qui est l'intendant de notre salle,
Si vous vous trouvez en chambre ensemble,
Servez vous l'un l'autre avec calme gaieté;
Gentils compagnons, vous devez le savoir,
Vous devez être intendant chacun à votre tour,
Semaine après semaine sans aucun doute,
Tous doivent être intendant à leur tour,
Pour servir les uns et les autres aimablement,
Comme s'ils étaient soeur et frère;
Nul ne se permettra aux frais d'un autre
De se libérer pour son avantage,
Mais chaque homme aura la même liberté
Dans cette charge, comme il se doit;
Veille à bien payer tout homme toujours,
A qui tu as acheté des victuailles,
Afin qu'on ne te fasse aucune réclamation,
Ni à tes compagnons à aucun titre,
A tout homme ou femme, qui que ce soit,
Paies les bien et honnêtement, nous le voulons;
A ton compagnon tu en rendras compte exacte,
De ce bon paiement que tu as fait,
De peur de le mettre dans l'embarras,
Et de l'exposer à un grand blâme.
Toutefois bon comptes il doit tenir
De tous les biens qu'il aura acquis,
Des dépenses que tu auras fait sur le bien de tes compagnons,
Du lieu, des circonstances et de l'usage;
De tels comptes tu dois rendre,
Lorsque tes compagnons te les demandent.

Dixième point.

Le dixième point montre la bien bonne vie,
Comment vivre sans souci ni dispute;
Si le maçon mène une vie mauvaise,
Et dans son travail il est malhonnête,
Et se cherche une mauvaise excuse
Il pourra diffamer ses compagnons injustement,
Par de telles calomnies infâmes
Attirer le blâme sur le métier.
S'il déshonore ainsi le métier,
Vous ne devez alors lui faire aucune faveur,
Ni le maintenir dans sa mauvaise vie,
De peur que cela ne tourne en tracas et conflit;
Mais ne lui laissez aucun sursis,
Jusqu'à ce que vous l'ayez contraint,
A comparaître où bon vous semble,
Où vous voudrez, de gré ou de force,
A la prochaine assemblée vous le convoquerez,
A comparaître devant tout ses compagnons,
Et s'il refuse de paraître devant eux,
Il lui faudrait renoncer au métier;
Il sera alors puni selon la loi
Qui fut établie dans les temps anciens.

Onzième point.

Le onzième point est de bonne discrétion,
Comme vous pouvez le comprendre par bonne raison;
Un maçon qui connaît bien son métier,
Qui voit son compagnon tailler une pierre,
Et qu'il est sur le point d'abîmer cette pierre,
Reprends-la aussitôt si tu le peux,
Et montre-lui comment la corriger,
Pour que l' oeuvre du seigneur ne soit pas abîmé,
Et montre-lui avec douceur comment la corriger,
Avec de bonnes paroles, que Dieu te prête;
Pour l'amour de celui que siège là-haut,
Avec de douces paroles nourris son amitié.

Douzième point.

Le douzième point est d'une grande autorité,
Là où l'assemblée se teindra,
Il y aura des maîtres et des compagnons aussi,
Et d'autres grands seigneurs en grand nombre;
Il y aura le shérif de cette contrée,
Et aussi le maire de cette cité,
Il y aura des chevaliers et des écuyers,
Et aussi des échevins, comme vous le verrez;
Toutes les ordonnances qu'ils prendrons là,
Ils s'accorderont pour les faire respecter,
Contre tout homme, quel qu'il soit,
Qui appartient au métier beau et libre.
S'il fait quelque querelle contre eux,
Il sera arrêté et tenu sous garde.

Treizième point.

Le treizième point requiert toute notre volonté,
Il jurera de ne jamais voler,
Ni d'aider celui dans cette mauvaise profession,
Pour aucune part de son butin,
Et tu dois le savoir ou alors pécher,
Ni pour son bien, ni pour sa famille.

Quatorzième point.

Le quatorzième point est excellente loi
Pour celui qui sera sous la crainte;
Un bon et vrai serment il doit prêter là,
A son maître et ses compagnons qui sont là;
Il doit être constant et fidèle aussi
A toutes ces ordonnances, où qu'il aille,
Et a son seigneur lige le roi,
De lui être fidèle par-dessus tout
.
Et tous ces points ci-dessus
A eux tu dois être assermenté,
Et tous prêteront le même serment
Des maçons, de gré ou de force.
A tous ces points ci-dessus,
Ainsi que l'a établie une excellente tradition.
Et ils enquêteront sur chaque homme
S'il les met en pratique de son mieux,
Si un homme est reconnu coupable
Sur l'un de ces points en particulier;
Qu'on le recherche, quel qu'il soit,
Et qu'il soit amené devant l'assemblée.

Quinzième point.

Le quinzième point est excellente tradition,
Pour ceux qui auront là prêté serment,
Cette ordonnance qui fut arrêtée par l'assemblée
De grands seigneurs et maîtres dont on a parlé;
Pour ceux qui soient désobéissants, je sais,
A la présente constitution,
De ces articles qui y furent édictés,
Par de grands seigneurs et maçons ensemble,
Et si leurs fautes sont mises au jour
Devant cette assemblée, tantôt,
Et s'ils ne veulent pas s'en corriger,
Alors ils doivent abandonner le métier;
Et jurer de ne plus jamais l'exercer.
Sauf s'ils acceptent de s'amender,
Ils n'auront plus jamais part au métier;
Et s'ils refusaient de faire ainsi,
Le shérif se saisira d'eux sans délai,
Et les mettra dans un profond cachot,
A cause de leur transgression,
Il confisquera leurs biens et leur bétail
Au profit du roi, en totalité,
Et les y laissera aussi longtemps,
Qu'il plaira à notre lige le roi.

L'art des quatre couronnés.

Prions maintenant Dieu tout-puissant,
Et sa mère Marie radieuse,

Afin que nous puissions garder ces articles,
Et les points tous ensembles,
Comme le firent ces quatre saints martyres,
Qui dans ce métier furent tenus en grand honneur,
Ils étaient aussi bons maçons qu'on puisse trouver sur la terre,
Sculpteurs et imagiers ils étaient aussi,
Car c'étaient des ouvriers d'élite,
L'empereur les tenait en grande estime;
Il désira qu'ils fassent une statue
Qu'on vénérera en son honneur;
En son temps il possédait de tels monuments,
Pour détourner le peuple de la loi du Christ.

Mais eux demeuraient ferme dans la loi du Christ,
Et dans leur métier sans compromis;
Ils aimaient bien Dieu et tout son enseignement,
Et s'étaient voués à son service pour toujours.
En ce temps là ils furent des hommes de vérité,
Et vécurent droitement dans la loi de Dieu;
Ils n'entendaient pas de fabriquer des idoles,
Quelque bénéfices qu'ils puissent en retirer,
Ni prendre cette idole pour leur Dieu,
Ils refusèrent de le faire, malgré sa colère;
Car ils ne voulaient pas renier leur vraie foi,
Et croire à sa fausse loi,
L'empereur les fit arrêter sans délai,
Et les mit dans un profond cachot;
Plus cruellement il les y punissait,
Plus ils se réjouissaient dans la grâce de Dieu,
Alors quand il vit qu'il ne pouvait plus rien,
Il les laissait alors aller à la mort;
Celui qui voudra, trouvera dans le livre
De la légende des saints,
Les noms des quatre couronnés.
Leur fête est bien connue, Le huitième jour après la Toussaint.

Ecoutez ce que j'ai lu,
Que beaucoup d'années après, à grand effroi
Le déluge de Noë eut déferlé,
La tour de Babel fut commencée,
Le plus gros ouvrage de chaux et de pierre,
Que jamais homme ait pu voir;
Si long et si large on l'entreprit,
Que sa hauteur jeta sept miles d'ombre,
Le Roi Nabuchodonosor le fit construire
Aussi puissant pour la défense des hommes,
Que si un tel déluge surviendrait,
Il ne pourrait submerger l'ouvrage;
Parce qu'ils avaient un orgueil si fier, avec grande vantardise
Tout ce travail fut ainsi perdu;
Un ange les frappa en diversifiant leurs langues,
Si bien qu'ils ne se comprenaient plus jamais
l'un l'autre.

Bien des années plus tard, le bon clerc Euclide
Enseigna le métier de géométrie partout autour,
Et il fit en ce temps-là aussi,
Divers métiers en grand nombre.
Par la haute grâce du Christ au ciel,
Il fonda les sept sciences;

Grammaire est la première, je le sais,
Dialectique la seconde, je m'en félicite,
Rhétorique la troisième sans conteste,
Musique la quatrième, je vous le dis,
Astronomie est la cinquième, par ma barbe,
Arithmétique la sixième, sans aucun doute,
Géométrie la septième, clôt la liste,
Car elle est humble et courtoise,

En vérité, la grammaire est la racine,
Chacun l'apprend par le livre;
Mais l'art dépasse ce niveau,
Comme le fruit de l'arbre vaut plus que la racine;
La Rhétorique mesure un langage soigné,
Et la Musique est un chant suave;
L'Astronomie dénombre, mon cher frère,
L'Arithmétique montre qu'une chose est égale à une autre,
La Géométrie est la septième science,
Qui distingue le vrai du faux, je sais
Que ce sont les sept sciences,
Celui qui s'en sert bien peut gagner le ciel.

Maintenant mes chers enfants, ayez bon esprit
Pour laisser de côté orgueil et convoitise,
Et appliquez vous à bien juger,
Et à bien vous conduire, où que vous allez.

Maintenant je vous prie d'être bien attentifs,
Car ceci vous devez savoir,
Mais vous devez en savoir bien plus encore,
Que ce que vous trouvez écrit ici.
Si l'intelligence te fait défaut pour cela,
Prie Dieu de te l'envoyer;
Car le Christ lui-même nous l'enseigne
Que la sainte église est la maison de Dieu,
Elle n'est faite pour rien d'autre
Que pour y prier, comme nous le dit l'Ecriture,
Là le peuple doit se rassembler,
Pour prier et pour pleurer leurs péchés.

Veille à ne pas arriver à l'église en retard,
Pour avoir tenu des propos paillards à la porte;
Alors quand tu es en route vers l'église,
Aie bien en tête à tout instant
De vénérer ton seigneur Dieu jour et nuit,
De tout ton esprit et de toute ta force.
En arrivant à la porte de l'église
Tu prendras un peu de cette eau bénite,
Car chaque goutte que tu toucheras,
Effacera un péché véniel, sois-en sûr.

Mais d'abord tu dois ôter ton capuchon,
Pour l'amour de celui qui est mort sur la croix.
Quand tu entreras dans l'église,
Elève ton coeur vers le Christ, aussitôt;
Lève alors les yeux vers la crois,
Et agenouille toi bien à deux genoux,
Puis prie-le alors de t'aider à oeuvrer,
Selon la loi de la sainte église,
A garder les dix commandements,
Que Dieu donna à tous les hommes;

Et prie-le d'une voix douce
De te garder des sept péchés,
Afin que tu puisse ici, dans cette vie,
Te garder loin des soucis et des querelles;
Et que de plus il t'accorde la grâce,
Pour trouver une place dans la béatitude du ciel.

Dans la sainte église abandonne les paroles frivoles
De langage lascive et plaisanteries obscènes,
Et mets de côté toute vanité,
Et dis ton pater noster et ton ave;
Veille aussi à ne pas faire de bruit,
Mais sois toujours dans tes prières;
Si tu ne veux pas prier toi-même,
Ne gêne aucun autre en aucune manière.
En ce lieu ne te tiens ni assis ni debout,
Mais agenouille toi bien sur le sol,
Et quand je lirai l'Evangile,
Lève toi bien droit sans t'appuyer au mur,
Et signe-toi si tu sais le faire,
Quand on étonne le gloria tibi;
Et quand l'évangile est fini,
A nouveau tu peux t'agenouiller,
Sur tes deux genoux tu tomberas,
Pour l'amour de celui qui nous a tous rachetés;

Et quand tu entends sonner la cloche
Qui annonce le saint sacrement,
Vous devez vous agenouiller tous jeunes et vieux,
Et lever vos deux mains au ciel,
Pour dire alors dans cette attitude,
A voix basse et sans faire de bruit;
"Seigneur Jésus sois le bienvenu,
En forme de pain comme je te vois,
Désormais Jésus par ton saint nom,
Protège-moi du péché et de la honte;
Accorde-moi l'absolution et la communion,
Avant que je m'en aille d'ici,
Et sincère repentir de mes péchés,
Afin, Seigneur, que je ne meure jamais dans cet état;
Et toi qui est né d'une vierge,
Ne souffre pas que je sois jamais perdu;
Mais quand je m'en irai de ce monde,
Accorde-moi la béatitude sans fin;
Amen! Amen! Ainsi soit-il!
A présent douce dame priez pour moi."

Voici ce que tu dois dire, ou une chose semblable,
Quand tu t'agenouille devant le sacrement.
Si tu cherches ton bien, n'épargne rien
Pour vénérer celui qui a tout crée;
Car c'est pour un homme un jour de joie,
Qui une fois ce jour-là a pu le voir;
C'est une chose si précieuse, en vérité,
Que nul ne peut en dire le prix;
Mais cette vision fait tant de bien,

Comme Saint Augustin le dit très justement,
Ce jour où tu vois le corps de Dieu,
Tu possédera ces choses en toute sécurité:-
A manger et à boire à suffisance,
Rien ce jour-là ne te manquera;
Les jurons et vaines paroles,
Dieu te les pardonnera aussi;
La mort subite ce même jour
Tu n'as nullement à la craindre;
Et aussi ce jour-là, je te le promets,
Tu ne perdras pas la vue;

Et chaque pas que tu fais alors,
Pour voir cette sainte vision,
Sera compté en ta faveur,
Quand tu en auras grand besoin;
Ce messager qu'est l'ange Gabriel,
Les conservera exactement.
Après cela je peux passer maintenant,
A parler à d'autres bienfaits de la messe;
Viens donc à l'église, si tu peux,
Et entends la messe chaque jour;

Si tu ne peux pas venir à l'église,
Où que tu travailles,
Quand tu entends sonner la messe,
Prie Dieu dans le silence de ton coeur,
De te donner part à ce service,
Que l'on célèbre dans l'église,

Je vous enseignerai de plus,
Et à vos compagnons, apprenez ceci,
Quand tu te présenteras devant un seigneur,
Dans un manoir, un bosquet, ou à table,
Capuchon ou bonnet tu dois ôter,
Avant d'être près de lui;
Deux ou trois fois, sans nul doute,
Devant ce seigneur tu dois t'incliner;
Tu fléchiras le genou droit,
Tu auras ainsi l'honneur sauf.

Ne remets pas ton bonnet ou capuchon,
Jusqu'à ce que tu en auras la permission.
Tout le temps que tu parleras avec lui,
Tiens le menton haut avec franchise et amabilité;
Ainsi, comme le livre te l'enseigne,
Regardes-le en face avec amabilité.
Tes pieds et mains tiens les tranquilles,
Sans te gratter ni trébucher, sois habile;
Evite aussi de cracher et de te moucher,
Attends pour cela d'être seul,
Et si tu veux être sage et discret,
Tu as grand besoin de bien te contrôler.

Lorsque tu entres dans la salle,
Parmi les gens bien nés, bons et courtois,
Ne présume pas trop de grandeur pour rien,
Ni de ta naissance, ni de ton savoir,
Ne t'assied pas et ne t'appuie pas,
C'est le signe d'une éducation bonne et propre.
Ne te laisse donc pas aller dans ta conduite,
En vérité la bonne éducation sauvera ta situation.
Père et mère, quels qu'ils soient,
Digne est l'enfant qui agit dignement,
En salle, en chambre, où que tu ailles;
Les bonnes manières font l'homme.

Fait attention au rang de ton prochain,
Pour leur rendre la révérence qui convient;
Evite de les saluer tous à la fois,
Sauf si tu les connais.
Quand tu es assis à table,
Mange avec grâce et bienséance;
Veille d'abord que tes mains soient propres,
Et que ton couteau soit tranchant et bien aiguisé,
Et ne coupe ton pain pour la viande,
Qu'autant que tu en mangeras,
Si tu es assis a côté d'un homme de rang supérieur, Au tient.

Laisse le se servir d'abord de la viande,
Avant d'y toucher toi-même.
Ne pique pas le meilleur morceau,
Même s'il te fait grande envie;
Garde tes mains nettes et propres,
Pour ne pas souiller ta serviette;
Ne t'en sers pas pour te moucher,
Et ne te cure pas les dents à table;
Ne plonge pas trop tes lèvres dans la coupe,
Même si tu as grande envie de boire,
Cela te ferait larmoyer.
Ce qui serait alors discourtois.

Veille à ne pas avoir la bouche pleine,
Quand tu te mets à boire ou à parler.
Si tu vois un homme qui boit,
Tout en écoutant tes propos,
Interromps aussitôt ton histoire,
Qu'il boive du vin ou de la bière,
Veille aussi à n'offenser aucun homme,
Si bien parti que tu le voies;
Et ne médis de personne,
Si tu veux sauver ton honneur;
Car de tels mots pourraient t'échapper,
Qui te mettraient dans une situation gênante.

Retiens ta main dans ton poing,
Pour ne pas avoir à dire "si j'avais su",
Dans un salon parmi de belles dames,
Tiens ta langue et sois tout yeux;
Ne ris pas aux grands éclats,
Ne chahute pas comme un ribaud.
Ne badine qu'avec tes pairs,
Et ne répète pas tous ce que tu entends;
Ne proclame pas tes propres actions;
Par plaisanterie ou par intérêt;
Par de beaux discours tu peux réaliser tes désirs,
Mais tu peux par là aussi te perdre.

Quand tu rencontres un homme de valeur,
Tu ne dois pas garder bonnet et capuchon;
A l'église, au marché, ou au portail,
Salue le selon son rang.
Si tu marches avec un homme d'un rang
Supérieur au tien,
Reste en retrait de lui d'une épaule,
Car cela est bonne éducation sans défaut;

Lorsqu'il parle, tiens-toi tranquille,
Quand il a fini, dis ce que tu veux,
Dans tes paroles sois discret,
Et à ce que tu dis fais bien attention;
Mais n'interrompe pas son histoire,
Qu'il en soit au vin ou à la bière.
Que le Christ alors par sa grâce céleste,
Vous donne et l'esprit et le temps,
Pour bien comprendre et lire ce livre,
Afin d'obtenir le ciel en récompense.

Amen! Amen! Ainsi soit-il!
Disons nous tous par charité.

 

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 20:47

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Ce que doit savoir un Maître Maçon (par Papus 1910)                  

 

 

Nous publions ce texte car nous estimons qu’il contient certains propos qui témoignent d’un passé riche en controverses. C’est une bonne occasion pour chaque lecteur d’exercer son esprit critique, en tenant compte des circonstances historiques de l’époque.

Trop souvent nous constatons des attitudes ostraciques qui sont rien d’autre que des réflexes identitaires ou politiques. La franc-maçonnerie est diverse et il faudrait en prendre acte une bonne fois pour toutes, en acceptant l’autre dans sa différence. Il y a autant de maçons sincères dans une obédience que dans l’autre et nombre de loge dite « libres » font un travail initiatique à faire réfléchir ceux qui pensent être « plus » que les autres. Un peu de modestie et de sagesse rendraient les relations inter-obédiencielles plus franches et fraternelles.

Nous ne sommes pas loin de penser que la régularité du maçon, en plus de la chaîne de transmission, est plus une affaire de « bon cœur » que de réactions ostraciques, car le cœur est le réceptacle de la transmission et le centre de tout rayonnement.

Au-delà de ce constat, ce texte remet en avant des valeurs parfois oubliées qui donnent une dimension et une profondeur au grade de maître qui n’a rien de superficiel. Adapté vers 1740 sur le continent ce troisième degré de la franc maçonnerie spéculative suppose à la fois un certain nombre de pré-requis étudiés en profondeur au deuxième degré mais aussi un changement d’état de l’initié, en ce sens qu’il passe des petits mystères au grands mystères. Bref ce degré ne peut être acquis à l’ancienneté comme une simple formalité mais doit couronner un cheminement dans l’éveil du maçon. A défaut de cet avancement dans l’éveil, il y a fort à parier que le nouveau maître glissera vers un déphasage. Cette croissance trop rapide se traduira souvent par l’émergence de problèmes comportementaux en loge, l’énergie de ce dernier étant toute préoccupée à pérorer plutôt qu’à travailler. Décidément, seul le labeur fait le maçon de métier, seule la répétition du geste fait le tour de main de l’artisan et seule la persévérance fait l’œuvre.

L’autre question qui se pose, est de savoir si la franc-maçonnerie est une science au sens de l’algèbre ou des mathématiques. Nous ne le pensons pas. Le savoir symbolique n’est pas une science, c’est une connaissance à la fois intuitive et analogique, qui relie l’image à sa représentation intime au-delà de toutes logiques rationalistes.

En conséquence, nous parlerons plutôt de sensibilisation à un corpus de formes signifiantes que d’acquisition d’une science. C’est la base même de la connaissance initiatique que de  situer son champ opératoire au-delà des frontières du raisonnement scientifique, sans le nier pour autant.

Un dernier mot pour l’auteur, Papus (Dr Gérard d’Eucausse 1860-1916) qui a fait partie de la grande aventure de la franc-maçonnerie et des sociétés initiatiques de la fin du XIXeme siecle au début du XX ème siècle. Il fut décrié par certains, porté aux nues par d’autres. Occultiste, théosophe, fondateur influent de différents ordres et auteur de plus de vingt ouvrages. Mais qu’importe, ce fut une époque formidable à la jonction de la tradition redécouverte et réadaptée confrontée à un modernisme échevelé. Cette période préserva la transmission de certaines traditions qui parfois dans des applications excessives, connurent des rajouts et des additifs et qui obtinrent d’un certain succès.

A chacun de se faire une opinion.

 

 

 

 

Les Rites Maçonniques

 

Les Maçons peuvent se diviser en deux catégories le Maçon qui cherche à s'instruire et à comprendre et le Maçon indifférent.

Ce dernier a vu dans la Franc-Maçonnerie un moyen d'arriver ou d'être assisté. Pour lui c'est une société comme une autre, plus commode, voilà tout.

Le Maçon qui cherche, au contraire, se rend vite compte qu'il existe des enseignements qui nécessitent une cause. Il réfléchit à tout ce qui frappe ses regards dans les loges, aux paroles qu'il entend, au rituel qu'on exécute devant lui et il découvre alors qu'il doit exister une Science de la Maçonnerie comme il existe une science mathématique qui utilise l'algèbre.

Quelles sont donc les données de la Science Maçonnique ?

Si l'on se cantonne dans le domaine de l'histoire, on se rend compte que les premiers centres d'études maçonniques élevées ont été créés en France par des Alchimistes, des Mystiques, des adeptes des Sciences Occultes: Illuminés d'Avignon, Rose-Croix, Théosophes Chrétiens et Martinezistes. Ceux-là ont adapté à la Maçonnerie la Science Secrète dont ils détenaient la tradition.

Les Eléments de cette Science se retrouvent dans les Symboles, Chiffres et Nombres symboliques, Ternaire, Quaternaire, Septenaire, etc.

Dans les Figures : Triangles, Étoile Flamboyante (Pentagramme), Sceau de Salomon (Hexagramme), Tableau des Loges.

Dans les Légendes : Légende d'Hiram, Légende de Salomon, Inri, Histoire de J.-B. Molay.

Dans les Outils : Maillet, Niveau, Règle, Équerre, Compas, Pierre cubique, Épées, Poignards, etc.

Dans les Paroles : Mots de Passe Hébraïques et Latins et Paroles dans la Langue Profane de l'Initié.

Dans les Signes: Signes et Attouchements de chaque grade.

Dans les Décors et Bijoux : Dans les Bannières.

Dans la Langue écrite avec des caractères secrets suivant les grades.

Tout cet ensemble suppose et nécessite une Science Particulière dont l'étude doit constituer l'initiation aux vrais mystères de la véritable Maçonnerie.

Il faut cependant se souvenir que la Maçonnerie s'est trouvée mêlée à une foule d'événements politiques. Comprenant l'utilité possible de cette admirable association, certains hommes d'État ou même de simples ambitieux ont voulu utiliser cet Ordre en vue d'un but tout à fait étranger aux applications sociales de la Science Maçonnique. De là l'abandon des études symboliques et la transformation de la Franc-Maçonnerie en une société d'action politique, avec enseignement philosophique à tendances matérialistes. Les Loges qui suivent cette voie ont une tendance forcée à abandonner des études symboliques qui n'ont plus aucune utilité pour leurs membres et à méconnaître les hauts grades où ces études doivent être poursuivies.

D'autre part, et ceci est surtout visible à l'étranger, les Maçons rattachés aux anciennes formules n'ont pas abandonné les recherches spéciales concernant la Science Maçonnique pure.

C'est de ces diverses tendances que sont dérivée les systèmes maçonniques différents pour le genre d'instruction, pour le travail et même pour le rituel d'initiation.

 

En Style Maçonnique ces systèmes sont appelés Rites et ces Rites peuvent se diviser en trois genres principaux dont les autres sont dérivés par fusion ou adaptation.

 

1° Les Rites d'études philosophiques élémentaires d'action politique immédiate' On méprise ou on ne comprend pas tout ce qui sort de cette action et on abandonne toute étude de Science Maçonnique pure. Les grades sont réduits en nombre, les épreuves physiques et autres abandonnées et le rituel des hauts grades ignoré. La tendance de ces rites est la transformation de la Maçonnerie en société profane.

Le Grand Orient de France ou Rites Français Moderne, quelques Grands Orients de l'Etranger se rattachent à .se système.

 

2°... A côté de ces Rites transformateurs du symbolisme traditionnel il en existe d'autres où la hiérarchie et les hauts grades sont scrupuleusement conservés. La succession des grades représente en effet l'histoire des traditions secrètes dans la société profane depuis Salomon jusqu'aux Alchimistes en passant par les Croisés, les Templiers et tous les persécutés de l'Eggrégore Papal. De plus, la hiérarchie de l'Enseignement en Maçonnerie Bleue, Maçonnerie Rouge, Maçonnerie Noire et Maçonnerie Blanche directrice permet un développement rationnel de la Science Maçonnique étudiée successivement dans les Loges, dans les Chapitres, les Aréopages et régularisée dans son enseignement par la Direction Générale ou Suprême Conseil.

Ces Rites appartiennent au Système Écossais, qui n'a d'Écossais que le nom, mais qui est connu universellement sous cette appellation.

Nous citerons parmi les Rites rattachés à ce système Écossais.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Morin réformé par Pike.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Cerneau.

Le Rite Primitif et Originel de la Franc-Maçonnerie.

Le Rite National Espagnol, Rite Ancien et Primitif, etc. Le Rite Universel Mixte.

Le mot ancien ou primitif indique généralement le rattachement au système Écossais, alors que le mot moderne indique le rattachement au système précédent.

 

3°... Certains Maçons rattachés à des sociétés de Rose-Croix ou s'adonnant d'une manière spéciale à l'étude de la Science Maçonnique, ont voulu approfondir cette Science en y adaptant des grades kabbalistiques et mystiques.

Ce genre de Maçonnerie a toujours été réservé à une élite et souvent ne comprend que des hauts grades laissant aux autres rites le soin de préparer les initiés futurs.

Le plus connu de ces Rites est le Rite de Misraïm, puis le Rite Memphis, fondés tous deux en vue d'un but spécial. Ils ont souvent formé des Puissances unies sous le nom Memphis-Misraïm. Ce rite est à 90 grades ou 96 grades.

Généralement les membres des Suprêmes Conseils à l'étranger sont initiés aux trois Rites et sont pourvus des grades 33e, 90e,96e.

Le Rite Swedenborgien et les Ordres d'Illuminés Chrétiens se rattachent à ces Rites spéciaux.

Qu'on note ici que nous faisons seulement oeuvre d'historien. Nous montrons l'existence et la situation de chaque genre de Rîtes, sans vouloir rien juger. Le chercheur impartial doit d'abord constater sans aucun parti pris, laissant à chaque lecteur intelligent le soin de conclure en toute indépendance.

Beaucoup de Maçons français ignorent ces données fondamentales de toute organisation Maçonnique. On fait de plus beaucoup d'efforts pour leur cacher des choses aussi simples. Enfin chaque Rite a la singulière prétention d'être seul régulier. De là des querelles et des excommunications sans fin. Nous allons maintenant pouvoir en parler aussi clairement que possible...

Il est évident que chaque puissance Maçonnique constituée et possédant quelques Loges ou Chapitre verra toujours d'un très mauvais oeil la naissance ou l'arrivée dans son lieu d'action d'une puissance nouvelle ou venant d'ailleurs. Oubliant brusquement tous les enseignements de fraternité, de tolérance et de vérité enseignés dans les discours officiels, on va se conduire avec la nouvelle création exactement commune Église se conduit avec une nouvelle Église. Appel à l'irrégularité, excommunication majeure ou mineure, défense aux Frères de fréquenter les nouveaux venus, enfin tout ce qu'on reproche aux sectaires religieux.

Cependant l'étude impartiale de l'histoire nous montre qu'un Rite correspond toujours à une nécessité politique ou philosophique. C'est ainsi que si la France était en ce moment abandonnée à ses directions Maçonniques, elle serait vite rayée du nombre des contrées pouvant être considérées comme faisant des travaux Maçonniques sérieux.

Que vaut donc l'excommunication d'un Rite à l'égard d'un autre ?

Exactement ce que vaut l'excommunication d'une Église à l'égard d'une autre.

Les Réformés sont irréguliers pour les catholiques, qui eux-mêmes ainsi que les Réformés sont irréguliers pour les orthodoxes et tous s'accablent de documents historiques pour affirmer leur seule régularité.

Or, il est triste de voir des hommes à la raison éclairée, qui devraient ne plus se laisser influencer par les préjugés, se laisser aller à leurs passions aveuglantes et se conduire comme des sectaires cléricaux.

Et ce qu'il y a de comique dans cette aventure, c'est que ceux qui parlent d'irrégularité sont obligés de jeter un voile discret sur leurs propres origines, car l'histoire n'a pas les complaisances des fabricants de Rituels et elle remet cruellement à leur véritable place les excommunicateurs d'aujourd'hui qui furent souvent, sinon toujours, les irréguliers d'hier.

Ainsi le Grand Orient de France détient le record de l'irrégularité. (Ndlr: Nous ne partageons pas ce point de vue). Il a été formé par Lacorne et une série de FF. expulsés de la Maçonnerie, pour raisons graves. Il a été constitué en violation de tous les statuts généraux de la Maçonnerie et de tous les serments antérieurs et solennels, des FF. constituants. Or, comme les demi-mondaines devenues femmes honnêtes par un mariage sur le tard, il n'y a pas de Puissance maçonnique plus disposée à parler de l'irrégularité des autres que le Grand Orient de France et ses dérivés comme la Loge suisse Alpina.

Le Rite Écossais ancien et accepté de Morin réformé par Pike est également irrégulier dans ses origines ainsi que l'ont démontré les FF. appartenant au Rite Écossais ancien et accepté de Cerneau. Le Rite de Morin n'a pas de charte régulière à son origine et le prétendu document de Frédéric Il est, de l'avis de Albert Pike lui-même, une douce plaisanterie pour ne pas dire un faux.

De même la Grande Loge d'Angleterre, la Puissance la plus difficile en matière d'origine maçonnique, n'a jamais pu produire ses patentes de constitution qui n'existent pas.

Eh bien ! cela n'empêche aucunement chacune des Puissances que nous venons d'énumérer de posséder dans leur sein des hommes de très grande valeur au point de vue de la Science maçonnique. Si nous présentons ces déductions historiques sur la régularité, déductions éclairées par les savantes études de notre F. Teder, ce n'est pas pour mépriser des FF. de bonne foi et très instruits. C'est pour montrer que les francs-maçons doivent leur origine à des initiés qui ont trouvé bon de rester des supérieurs inconnus et qui ont constitué des rites sans donner de chartes, pour conserver leur plan.

Il faut être de notre époque où un homme se fait lui-même quelqu'un sans avoir besoin d'ancêtres (Self Made Man), il faut avoir le courage de reconnaître les hommes de valeur dans la Maçonnerie universelle sans vouloir discuter la valeur historique de chaque rite du moment qu'il initie les FF. dans les règles habituelles et qu'il possède un certain nombre de loges.

Il existe, d'après les recherches de l'illustre F. Villarino del Villar, trois cent mille maçons rattachés aux Puissances maçonniques qui se disent régulières et deux millions de FF. rattachés aux autres Puissances.

Il nous semble nécessaire de dresser en toute impartialité un tableau de toutes ces Puissances maçonniques sans nous mêler de juger les uns ou les autres. Ensuite il sera possible de chercher un moyen d'union qui respecte l'autonomie de chaque rite. Il en est ainsi des États-Unis d'Amérique où la constitution de chaque État est respectée, ce qui n'empêche pas la puissance effective de la Fédération. Il en est ainsi en Suisse. Il doit en être de même dans la franc-maçonnerie où chaque rite est un État autonome aussi petit soit-il. Les États-Unis d'Europe doivent être précédés de la Constitution de la Fédération maçonnique universelle.

Or une Fédération ne peut s'établir que sur le respect d'autrui.

La franc-maçonnerie a toujours été la grande initiatrice des réformes politiques et sociales. Elle a détruit pour ses membres les frontières et les préjugés de races et de couleurs, elle a présidé à la destruction des parchemins individuels et des statuts corporatifs qui écrasaient' l'intelligence du pauvre, elle a soutenu une lutte séculaire contre l'obscurantisme sous toutes ses formes.

Le moment est venu pour elle de sortir de la période des querelles mesquines et des rivalités individuelles. La Fédération des rites précédera la Fédération des Puissances de l'Europe et nous respecterons tous les rites qu'ils soient avec nous ou contre nous. L'œuvre à laquelle nous appelons aujourd'hui nos FF. demande bien trop de temps et d'efforts collectifs pour que les individus comptent pour elle.

Nous aurons tous disparu du plan physique depuis longtemps sans doute, lorsque les FF. qui viendront cueilleront sur nos tombeaux la branche d'acacia et la présenteront à la première assemblée fédérale des Puissances maçonniques, en disant: Debout et à l'ordre, mes FF., voilà le plan d'Hiram qui s'accomplit. Les ouvriers sont classés selon leur genre de travail et ils vont réaliser une partie du Grand oeuvre de l'humanité terrestre.

 

 

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 21:46

Les premières loges régimentaires en France, naissance du Rite écossais Primitif.

 

Au risque de déplaire aux derniers maçons qui croient dur comme fer à la naissance de la Franc-maçonnerie en 1717, l’étude historique des loges régimentaires, démontre la présence d’une Franc-maçonnerie primitive dès 1688 sur le territoire français.

Cet aperçu historique se limite à l’arrivée des loges régimentaires accompagnant la famille Stuart en exil à Saint Germain en Laye. On a ainsi qualifié cette période de « maçonnerie de Saint Germain ».

Nous n’étudierons pas la période révolutionnaire et napoléonienne où les Loges régimentaires furent utilisées pour une propagande liée à la conquête territoriale. Celle-ci allait de pair avec la conquête des esprits éclairés. Les lumières de la République et le progrès libérateur des peuples, étaient le sel de la Franc maçonnerie de cette époque…

 

La lutte contre les abus sur les champs de bataille, contre les égorgeurs, dépouilleurs de soldats blessés ne fut pas qu’une légende. Nombre de combattants eurent la vie sauve en faisant au moment adéquat le signe de détresse.

Cette maçonnerie des armes était bien plus qu’une assemblée frivole d’officier et bas officiers. Il y était question des usages au combat, des méthodes et des techniques qui en ces moments critiques, étaient susceptibles de sauvegarder des vies. La voie guerrière est initiatique.

L’art de la guerre se retrouvait ramené au dualisme d’un pavé mosaïque, avec pour auditeur ceux qui risquaient leur vie. L’acte guerrier porte la mort comme moyen et le respect de soi comme finalité. Cet art était proche de la chevalerie, dont on sait qu’elle avait de hauts buts et constituait une voie initiatique à part entière. La finalité des Loges militaires dépassait le combat lui-même. C’est une aristocratie de pensée qui s’élaborait peu à peu, sur les colonnes improvisées des loges sans Orient.

 

L’affectio sociétatis que nous trouvons aujourd’hui dans nos loges symboliques était de même nature dans ces loges provisoires, bien que d’intensité moindre. Les Loges se tenaient en tout lieu de fortune, arrière taverne, ou tente dans un campement. La peur du lever du jour marquant les premières manœuvres sur le champs de bataille, était une épreuve à laquelle il fallait se préparer. La loge devenait alors un lieu intense de recueillement et d’introspection au rythme des heures symboliques.

Les frères d’arme fusionnaient dans un égrégore sans pareil.

Peut il exister pareille intensité dans une loge civile de nos jours ? Qu’aurions nous donc à enseigner à nos frères, de plus intense que ce qu’ils allaient endurer ?

Vraiment les maçons spéculatifs d’aujourd’hui font pâle figure face à un bas officier Stuartiste du XVIIIème siècle, pour lequel la mort n’était pas qu’une potentialité.

 

Les tenues se déroulaient suivant un cérémonial identique à la maçonnerie de métier dont elle procédait. Elles se prolongeaient par le partage du pain et du vin.

Les maçons acceptés, militaires de leur état, avaient déjà importé les rituels communs, des villes et villages ou ils furent initiés. L’initiation par la transformation de la matière, épousait fort bien l’initiation par les armes. Ainsi, les concepts de transformation de soi par l’acte de bâtir le temple de Dieu sur terre, rejoignaient le don de soi et de sa vie sur le champ de bataille.

La traversée du champ de bataille valait bien la traversée du pavé mosaïque. Lieu de vérité ultime ou les vivants croisent ceux qui vont mourir, où le combattant et son arme ne font qu’un, comme le tailleur de pierre devient la pierre elle-même. La vie de l’un ne vaut que par la mort de l’autre, comme la case blanche n’existe que par la présence des cases noires.

 

 Un homme du rang pouvait y être initié, mais on assistait plutôt à une fréquentation par les bas-officiers et officiers soit dans une même loge, soit en deux loges.

La rituellie restait simple et efficace. On traçait à la craie ou au charbon le tableau de loge qui portait en lui tout les symboles, on l’entourait de trois flambeaux, on dressait un autel sommaire sur lequel étaient déployés la Bible, le compas et l’équerre.

Avec ou sans cornemuses, les Frères des régiments Ecossais ou Irlandais entraient après que les trois flambeaux furent allumés par le maître de cérémonie, car il faut rappeler que la lumière artificielle n’existait pas et les flambeaux préalablement allumés sécurisaient l’entrée des Frères.

Ils prenaient place sur deux colonnes, au Nord les apprentis entrés, au Sud les compagnons.

Il n’y avait que deux grades.

 

Le grade de Maître arriva vers 1730 et la légende d’Hiram fut interprétée dans ces Loges jacobites comme une allégorie politique de la déchéance et du retour des Stuarts au pouvoir. Autrement dit, la décapitation de Charles 1er en 1649, fait que l’on pleure le « maître » perdu et l’on espère sa résurrection par le fils Charles II, incarnant la parole perdue et retrouvée en sa personne, grâce au soutient et à la perspicacité de ses partisans, les enfants de la veuve.

Le maître de Loge était, soit nommé à vie, soit élu en fonction de ses qualités.

L’inspection des colonnes était croisée conformément aux usages militaires du croisement des feux, le premier surveillant placé au Nord et le second placé au Sud.

La tenue était brève mais recherchée pour l’effet psychologique de cet égrégore de veillée d’arme.

Les décors étaient à dominante rouge et les tabliers bordés de rouge couleur de l’Irlande. Bien plus tard, vers 1750, on assistera dans les loges militaires et civiles à une francisation par la couleur bleue se substituant à la rouge et parfois par le non croisement de l’inspection des colonnes.

 

Aux engagements physiques des loges régimentaires et répondrons les engagements politiques des loges jacobites. Ce qui les unissaient aux maçons de l’autre bord était l’idée d’une fraternité que nous retrouvons intacte dans les rituels jacobites devenus Rite Ecossais Primitif.

Les loges régimentaires stationnant en garnison durablement, essaimaient dans une version civile entraînant dans leurs sillages des Frères plus ou moins acquis à la cause des Stuarts. Lesdites loges « civilisées » recevaient naturellement les officiers et bas officiers d’autres régiments mais aussi les exilés politiques et économiques d’Angleterre d’Ecosse et d’Irlande. On devine leurs sentiments vis-à-vis du pouvoir Orangiste qui règne sur la grande Ile. On comprendra que ces loges ont en partage, la notion de fraternité, teintée de reconquête du trône. Pour autant les loges jacobites recevaient en leurs sein des maçons orangistes de passage, démontrant que la fraternité n’était pas un vain mot, dans la mesure ou elle pouvait faire avancer la cause.

 

C’est ainsi qu’est née en Royaume de France à l’époque de Louis XIV une franc maçonnerie Jacobite supportant l’idée de reconquête Stuartiste du pouvoir. Elle précède de plusieurs décennies la maçonnerie Orangiste structurée en 1717 et 1723 en Grande Loge de Londres.

Derrière cette antériorité est sous-tendue l’opposition entre les loges dite Ecossaises attachées aux anciennes traditions et les loges Anglaises soumises aux constitutions novatrices de 1723. La terminologie Ecossaise et Anglaise et donc moins liée à une appartenance géographique qu’au maintient ou non des anciennes traditions.

Dès 1730 apparaîtra l’opposition entre les Anciens et les Modernes. Les deux systèmes vont générer des loges Ecossaises attachées à la tradition des anciens devoirs et des loges Anglaises mieux structurées car regroupées derrière la Grande loge de Londres qui deviendra la Grande Loge d’Angleterre.

Les Anciens tenteront leur propre Grande Loge derrière Laurence Dermott. En terre de France la tendance écossaise perce par le biais des loges Jacobites. Elle se structure de manière informelle derrière le système loge-mère, loge-fille. La loge mère de Marseille fit ainsi concurrence au système anglais de Grande Loge importé en France.

 

Pour conclure cette approche historique des loges régimentaires et de leurs effets dans le monde maçonnique français, il est indéniable que nous avons jusqu’au milieu du XVIIIème siècle trois vecteurs maçonniques. Le premier repose sur les Loges Jacobites de militaires et d’exilés, le second passe par les loges de rite écossais qui par affinité se superpose au Jacobites, et enfin les loges de rite Anglais francisées qui ont l’avantage d’une organisation plus ou moins centralisée leur donnant poids et efficacité par l’attraction de la « reconnaissance ». Le fond de commerce d’une obédience, depuis cette époque, demeure la reconnaissance obédientielle, qui donne l’aspect de la régularité. Cette trouvaille fit le bonheur du système anglais de Grande Loge et laissa la portion congrue aux loges dites libres qui sans être irrégulières au plan initiatique, le devinrent au plan administratif.

C’est donc la superposition des loges de rite Jacobite et d’une option rituelle écossaise qui produit ce Rite Ecossais Primitif.

Nous vous invitons à relire le résultat des recherches historiques de Gustave BORD publiées en 1908 dans « La Franc-maçonnerie en France » TI « Les ouvriers de la révolution , 1688-1771 »

Nous avons conservé la pagination et les abréviations d’origine, pour favoriser le travail des chercheurs.

E. : R. :

 

 

III  LOGES MILITAIRES 

 

 Les L.*. militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régiments français avant 1759. Il est probable qu'elles ne se sont pas formées spontanément et qu'avant leur organisation officielle à l'O.-. des  régiments, de nombreux officiers fréquentaient les L.'. civiles. Les régiments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la f.'.;m,'. n'eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des  L.'. militaires qui n'étaient à l'O.'. d'aucun régiment. Ces L.. eurent  un rôle important dans le développement de l'ordre ; le nom de la plupart d'entre elles n'est pas parvenu jusqu'à nous. Avant 1771, je n'ai relevé que Saint-Jean de la Gloire et Saint-Alexandre, et cependant il me paraît certain qu'il en exista un nombre relativement considérable.  Entre 1760 et 1769, je trouve leurs traces en Normandie, en Touraine, à  Moulins, à Libourne, à Toulouse, en Provence et en Lorraine. 

 Il est curieux de constater qu'aucune de ces LL.'. ne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leurs pouvoirs ?  

D'après les L.-. qu'elles ont contribué à installer, il n'est pas douteux  qu'elles étaient d'origine ou tout au moins de tendances jacobites ; l'O.-.  de Bouillon a peut être aussi joué un rôle plus considérable qu'on ne  l'a indiqué jusqu'ici dans le développement de la f.-.-m.-. française.

 

 DILLON 

 D'après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l'armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l'exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le régiment de Dorrington ; un grand nombre d'officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV  avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second  régiment composé des membres les plus distingués de l'émigration  jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcashel, au  grade de colonel, le 18 juin 1690. André de' Lee lui succéda, le 28 juil-  let 1694. Quatre ans plus tard, le régiment passa au service de la France.  Un autre membre de la famille Lee fut appelé à le commander, le  26 octobre 1704. Il ne fut remplacé que le 16 septembre 1733 par François, comte de Bulkeley, auquel succéda son fils Henri, le 7 mars 1754. C'est sous le nom de Bulkeley que le régiment figura brillamment à Fontenoy à côté de la Maison du roi.

 

 490

 Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon ; le 1er juin  1784, à Charles-Joseph Augustin, vicomte de Walsh-Serrant, et le  10 mars 1788, au chevalier Théobald Dillon. C'est sous le nom de Dillon  que ce régiment est plus connu dans l'histoire, en raison du rôle brillant  joué par son l 01' bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l'Indépendance américaine (1779-1783). Son passé n'avait pas été moins  glorieux. A Malplaquat, à Denain comme à Detlingen, Fonteuoy et 

Laufeldt, il avait été « mordant sur l'anglais ». Devenus sujets du roi de France, leur dévouement à leur nouvelle patrie fut à toute épreuve. 

 En 1791, le régiment de Dillon devint le 87ème d infanterie et, le 5 février 1792, son colonel fut Thomas Keating. En 1794, le 1er bataillon fut le noyau de la 157" demi-brigade, et le 2e bataillon celui de la 158". 

 Est-ce que le régiment de Dillon eut une L.'. ? Je n'ai pu en trouver une preuve positive. Etant donnée la composition delà Bonne Foi constituée à l'O.*. de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette L.-.  soit sortie du régiment de Dillon, qui n'avait du reste à cette époque  aucune attache particulière avec Saint-Germain. Cependant je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de F.-.-M.'. :  

Lally, lieut.-col. du 25 juillet 1708 ; Linche, cap. des grenadiers  (1705), retiré en 1734 ; Macdonald, cap. en pied du 3 déc. 1701,  retiré en 1734 ; Gaydon, aide-major 1701, major 1er janvier 1709 ;  Glasco, cap. en pied 1709, retiré en 1734 ; Jean Bourke, cap. en pied  1712, retiré en 1734 ; Mac Carthy, cap. 1703, retiré 1734 ; Lally,  aide-major 1728 ; O'Toolle, lieut. grenadiers, 1709 ; Henry Dillon,  fils du lieut.général, cap. 1730 ; Arthur et Charles Maunery ; Jean  Bourke de Glinke ; Patrice Heguerty ; O'Neil ; Edouard et Richard  Butler; Filz Gérald; Arthur Dillon ; Talbot deTyrconnel, etc.  

De 1760 à 1780 figurent ; Bartholomew Radclyffe, lord Derwenwater, fils de Charles Radclyffe, le 1er grand maître. 

 De 1780 à 1790, le comte Dillon, mestre de camp et colonel du régiment ; le chevalier Théobald Dillon, colonel en second; Barthélémy  Dillon, lieutenant-colonel ; le capitaine Thomas Dillon ; les lieutenants  James et Denis O'FarelI ; le capitaine Charles Nugent ; le capitaine baron O'Neill et les sous-lieutenants Henry, Joseph et John  O'Neill ; le capitaine et le lieutenant Shée et des Barry ; Blake ;  Coghlau ; Darcy ; Fitz Gérald ; Filz Maurice ; Hussey ; Mahony ;  O'Rcilly ; Plunkelt ; Sheldou ; Thompson ; Warren et Worth.  

On peut admettre avec M. de Loucelles qu'à Saint-Germain était  installée la L -. Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand  maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi ses  membres les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de  Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort ; André-Louis Hector et  Louis Drummond, ses descendants; Jacques Drummond, duc de Perlh,  son fils et son petit-fils ; le comte de Hamiltoii ; les Dillon ; Ramsay ;  les Radclyffe ; Alexandre deMontgommery, comle d'Eglington ; Alexandre,  comte de Home ; Georges de Leslie ; Richard Talbot, duc de Tyrconnell ; Jean, baron de Dartfort et comle de Cary] ; Gérard, comte de  Lally-Tollendal et son fils Thomas-Arthur ; les lords Bolingbroke,  Clancarly, Clare, Greffin, Mac Carthy, Middlelon, d'Ormond, etc. 

 Je ne puis cependant admettre avec M. de Loucelles que le rite d'Hérodom de Kilvining avait son centre à Saint-Germain dont le 

 

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château aurait été le véritable château de Kilvining, ce dernier n'étant  pas hypothétique. Dans le second volume, nous nous expliquerons longuement sur ce rite. Le château de Kilvining existait bien réellement et fut pendant longtemps un centre maçonnique très remuant. Tout au plus peut-on admettre, sans preuves positives, mais avec quelque vraisemblance, que la L.'. Mère de Saint-Germain usurpa les pouvoirs de celle de Kilvining, en datant de ce dernier Orient des pièces en réalité écrites à Saint-Germain. 

 Ce qui est bien certain, c'est qu'en 1771 il n'y avait pas en France dix L.-. tenant régulièrement leurs pouvoirs de la G.-. L.*. d'Angleterre  et qu'il n'y avait de rite écossais qu'en France et en Allemagne.

 

 WALSH 

 LA PARFAITE ÉGALITÉ 

 En 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d'Angleterre, forma à Saint-Germain en Laye un régiment sous le titre de Royal Irlandais, Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes  Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à  Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonel lord William Dorrington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d'Ormond, qui  avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu'en 1698, il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu'entretenu par Louis XIV. Le27 février 1698, il fut incorporé dans l'armée française sous le nom. de son colonel, qui était  toujours lord Dorrington. Jusqu'à la formation des demi-brigades, ce  régiment prit tour à tour le nom de ses divers colonels : Rooth (Michel  Lesley, comte de), le 12 décembre 1718 ; Roolh (Charles-Edouard  Lesley, comte de), le 28 mai 1733 ; Roseommon- (Robert Dillon, comte  de), le 19 août 1766 ; Walsh-Serrant (Antoine-Joseph-Philippe, comte  de), le 11 avril 1770 : Walsh i Charles-Joseph-Augustin, vicomte de),  le 10 mars 1788; et O'Neill (Jean), le 8 janvier 1792. En 1791, il avait  formé le 92e régiment d'infanterie.  

Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne L.'. reconnue par le  G.-. O.*. de France. En effet, le 13 mars 1777, le G.'. O.-. admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la G.'. L.'. de France. 

 Comment fut-elle installée à l'origine et de quelle puissance maçonnique tenait-elle ses pouvoirs ? Elle ne figure sur aucune des listes de L. '.  reconnues par les Grandes L.'. anglaises, et tout porte à croire qu'elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement, qui  constituèrent la L. . de leur propre autorité. C'est du reste de cette  façon que se formèrent la plupart des L.’. françaises- antérieures à 1743.  Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu'elle n'en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu'à partir de 1752, mais il est possible qu'elle l'ait porté antérieurement. Avant cette date, je relève parmi ses membres :  

Michel Lesley, comte de Rooth (1718) ; Charles-Edouard Lesley,  comte de Rooth (1727-1733) ; Arthur Dorrington, lieut.-col. 1710, chev.  Saint-Louis ; Dassigny, Français né en Bourgogne, cap. 1698 ; Nagle,  cap. 1698 ; Butler, cap. et chev. Saint-Louis, 1702 ; O' Calaghane, cap.,

 

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blessé en 1701 ; Clayton (cap. en 1707) ; Heasse (cap. 1707) : O'Dono-  ghane (cap. 1707 ; Mac Carthy. cap. 1701, en pied 1709 ; Wyndham,  cap. 1703, en pied 1710 ; Cusarque, cap. réformé 1709, aide-major  et cap. 1710 ; Dorrington; (1714); Weyer (1708) ; Dunne (1708); Geoghe-  ghane (1709) ; Reyly ; Keating ; Cohelane, Fitz Patrice ; Calaghane ;  Purcell ; Cusaque ; Hobbes ; Martin ; O'Ogheren ; Tilline ; Florence et  Guillaume Hurly ou Hurty ('?). 

 De 1752 à 1777, je n'ai pu relever le nom d'aucun membre.  En 1777, son vén.-. est le capitaine d'Arcy ; le chev. Walsh, capitaine,  est secrétaire, et son député au G.-. O.". est Woulf, officier d'infanterie,  rue Neuve-des-Bons-Enfants. Elle se composait de 17 membres. Un  brevet du 7 septembre 1777, daté de Bapaume, contient les signatures  de Jean O'Brien, chev. O'Connor, Shield, Narey, Swietniamn, Mac  Carty, Roche, chev.de Keating, Nagle, Ch. Walsh, Plunkett, Nugent. 

 En 1785, son vén.'. est le sous-lieutenant Hennery, son secrétaire le  1er lieutenant Begg.  

En 1788 et 1789, son vén.-. est Walsh, capitaine commandant, et son  secrétaire Barbior, sergent-major. 

 Sur un brevet donné à l'île d'Oléron le 1er juin 1787, je relève les  noms de F. Walsh, vén.-., Mac Carthy, Bulkeley, O'Brien, Kavanagh,  O'Flyn, Ch. de Keating, Keating, Tobin, O'Rurday, Galhvey et Barry. 

 Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j'aie tout lieu de croire que les L.' persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central.  

Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d'ordre et, en 1794, par l'amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades.  

Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d'infanterie une L.'. sous le titre  de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l'ancienne  Parfaite Égalité à l'O.'. du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92° n'avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791. 

 Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que probable que ces régiments eurent leurs L.'. Celles-ci néanmoins n'ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu'à 1771, je relève les noms d'un certain nombre d'initiés.

 

 ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743 

 Le colonel comte de Drummond, duc de Perth ; Louis Drummond de  Melfort ; Colbert Castlehiel ; Stuart ; David Nairne ; Haie ; Macdonald  de Glengary ; Mac Grégor de Glengile ; Macdonald de Clauvonald ;  Cameron de Locheil ; Mac Pherson ; Guillaume Douglas ; Moorc ;  Perkins et d'Ostove.

 

 LALLY, créé par ordonnance du 1" octobre 1744 

 Lally, colonel ; Dillon ; Glascoe ; Bourke ; Ryan ; Fitz Gérald ;  Butler ; Michel Lally ; Lee ; Brown ; Fermor ; Hughes Heguerty ; Wogan  et Macnemara.

 

  493 

 O'GILWY, créé le 28 janvier 1747 

 Mylord O'Gihvy, colonel ; Jean Macdonald ; David Carnegie ; Brown ;  Buchanan ; Thomas de Sotheringham ; Duncan Mackintosch ; Jean  Menziès de Pitfodels ; Thomas, Guillaume et David O'Gihvy. 

 

 ALBANY, créé le 20 octobre 1747 

 Le colonel baron de Locheil ; le lieutenant-colonel Gluny de Mac  Pherson ; Archibald O'Gihvy ; Cameron de Glenkengy ; Frager de Fair-  lield ; Petergraham ; John Alexandre de Cameron ; Blairfetty ; James  Cameron ; Thomas Nayrne ; Robert Graham Garrig ; James Sterbury ;  John Drummond ; James Macdonald ; Jacques Graham Arth. 

 Il est possible que ces divers initiés aient fait partie de L.'. civiles,  ou du grand groupement de Saint-Germain, en admettant que ce dernier  ait réellement existé (1).

 

VIVARAIS 

 PARFAITE UNION 

 Le premier régiment français qui eut une L.-., reconnue par la suite  officiellement par le G.*. O.-., fut le régiment de Vivarais. Cette L.*.  avait pour titre distinctif : la Parfaite Union ; elle fut constituée le  15 avril 1759. Elle avait alors pour maître son colonel, le chevalier de Lanps, et on voit figurer parmi ses membres : 

 Maucler, lieutenant-colonel ; Maumusson, major; Beaudiau ; Dutilly ;  Gualy ; Pagny et Vauconcourt.  

En 1775, elle se composait de quinze membres, parmi lesquels : Dupred, vén.-. ; Roux, Lamarque et Seguin. Lamarque était son dépulé  au G.-. O.-.  

De 1777 à 1789, Dupred, sous-lieutenant de grenadiers, fut son vén.'.,  et Charles de Roux, chev. de Saint-Louis, capitaine commandant, fut  son secrétaire.  

De 1779 à 1790, nous voyons figurer parmi ses membres :  

Les capitaines : d'Auffrery ; de Borda ; chev. de Borda ; de Laroque ;  de Montels et de Saint-Just ; 

 Les lieutenants ; de Castanet ; Deshous ; d'Hardivilliers ; Laffitte de  Pelleport et Vandoeuvre;  

Les sous-lieutenants : Bonnefoux ; Cyvoct ; Duboys de la Motte ; de  Gevaudan ; Lahaye ; La Pujade ; Montrond ; Perdigau et Solage. 

 Le régiment de Vivarais devint, en 1791, le 71e régiment d'infanterie, et en 1794, ses deux bataillons servirent de noyau aux 131e et 132e demi- brigades. 

 (1) Tout en remerciant ici la haute personnalité écossaise qui a bien voulu me signaler une partie de ces noms, je regrette que des raisons de famille ou des raisons de parti l'aient empêché de me fournir la liste entière. Il faut espérer que, par la suite, mon travail sera complété et que l'on publiera l'intégralité des documents sur le rôle de Charles- Edouard en Ecosse en 1745 et 1746, et en France en 1748. 

 

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Il ne me paraît pas que la L.*. du régiment de Vivarais se soit  reformée en 1801.

 

DAUPHIN-DRAGON 

 PARFAITE UNION 

 C'est également sous le litre distinctif de Parfaite Union que, le 5 mai 1760, fut constituée la L.*. de Dauphin-Dragon. La grande L.'. renouvela ses constitutions, le 29 août 1772, et le G.'. O.'. le 29 février 1776. 

 Avant 1771, figurent parmi ses membres ; le colonel comte de Canisy- d'Hervilly ; le lieutenant-colonel du Bâtiment ; le major Buzelet et les capitaines Marion et chev. de Tudert. 

 En 1776, celte L.'. ne comprenait pas moins de 30 membres. A celte époque, son vén.-. était le capitaine chevalier de Champeaux, chevalier  de Saint-Louis. Son secrétaire était Kalekgraler, quartier-maître tréso-  rier. Ces officiers occupaient encore ces fonctions en 1785.  

En 1788, le vén.'. était le lieutenant-colonel comte de Rocheret, brigadier dos armées du roi, et le secrétaire Wirion, quartier-maître  trésorier.  

En 1789, le vén.'. était le lieutenant Desvieux, et le secrétaire de la  Hais, quartier-maître trésorier. 

 Depuis 1788, le député au G..'. O.’. était le capitaine de dragons  Lambert, demeurant au Vieux Louvre.  

Parmi ses membres de 1779 à 1790 : le capitaine de Beaupuy ; les lieutenants de Bermont et de Rigault ; les sous lieutenants Abzac,  Baillas, Devieux et Lucet.  

En 1791, Dauphin-Dragon fut dénommé 7° régiment de dragons. Lors du réveil des L.'., en 1801, il ne me paraît pas que celle de ce régiment  ait été tirée de son sommeil.

  

HAINAULT  

MONTMORENCY-LUXEMBOURG  SIGISMOND-LUXEMBOURG 

 La L.-. du régiment de Hainaut fut, avant 1771, laplus importante L.-.  mil.-, de France. C'est avec des éléments sortis de son sein, et avec le concours de la L.-. des Mousquetaires et de celle des Amis Réunis, que fui  formé le G.-. O.-. Son vén.-., le duc de Luxembourg, fut le véritable  artisan de cette organisation. 

 Cette L.’. fut constituée par la G.-. L.-. de France le 1er juin 1762, sous le titre de Montmorency-Luxembourg. Ses pouvoirs furent renouvelés le 13 décembre 1773, par le G.'. O.-. Au moment de sa création, 

son colonel, le marquis de Montmorency-Royan, en était le vén.-., et  parmi ses membres figuraient le lieutenant-colonel de Saint-Eloy ; le  major de Saporta ; le commandant de Gand et les capitaines chevalier  de Chollet et de Saulnier. 

 En 1772, elle se composait, d'après son tableau, de : Ven.-., Anne-Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg et Châtillon-sur-Loing,  adm.gén. del'ordre; ler Surv.-., Anne Paul-Emmanuel de Montmorency,

 

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 chev. de Luxembourg, fils du précédent, cap. g. des corps, m. de camp  de cavalerie ; 2e surv.’., le Prince de Rohan-Guémené, cap. com. comp.  gens d'armes duroi,m.de camp cavàl. ; orateur, Paul-Etieune-Augustede  Beauvilliers, comte deBuzançois, G. d'Espagne de lr 0 cl., col. inf.; secret.'.,  duc de Lauzun, cap inf. corp. g. fr., puis duc de Biron ; trésorier,  Pierre-Catherine Giraud-Destour, chev. Saint-Louis, lieut.-col. inf. ;  maître d'hôtel, Adrien-Jean-Charles, chev. de Launcy, col. inf., off.  maj. garde française, frère du gouverneur de la Bastille, m.*, cérém.'.,  Louis J.-B. de Seignelay, brig. armées du roi, col. rég. Champagne ;  G. expert, marquis de Filz-James, brig. arm. du roi, col. inf. ;  membres : vicomte d'Adhemar ; marquis de Barbantane ; S. A. R. de  Bourbon, prince de Condé ; comte de Chabot ; duc de Coigny ; de la  Faye ; chev. de Durfort ; duc de Fronsac ; marquis de Gamaches ;  marquis de Laval ; prince de Ligne ; duc de la Trémouille ; prince  de Montbazon ; prince de Nassau ; comte d'Osmont ; comte d'Ouessant ;  comte de Périgny ; prince Piguatelli ; comte de Rouault ; vicomte de  Rouault ; Varenne de Béost. 

 En 1773, son cadre d'officiers était modifié de la façon suivante : vén.,  Anne-Ch. Sigis. de Montmorency, duc de Luxembourg : orat.'.,. comte  de Buzançois ; 2e surv.-., prince de Rohan-Guémené ; 1e 1' surv.-., Anne-  Paul Emmanuel de Montmorency, chev. de Luxembourg ; secret., duc  de Lauzun ; m.-, céréni.-., marquis de Seignelay; m.-, d'hôtel, chev. de  Launey ; trésorier, Giraud-Destours ; grand expert, marquis de Fitz-  James ; membres : duc de la Trémouille ; vicomte de Rouault ; comte  de Périgny ; Varenne de Béost.  

En 1775, nous voyons figurer une nouvelle recrue, le chev. de Jerningham. 

 En 1776, elle comprenait 36 membres. Son vén.-., jusqu'en 1789, fut  le capitaine des grenadiers de la Faye ; son secrétaire, le lieutenant  Barbier ; son député au G.'. O.'. le comte de Buzançois, colonel d'infanterie, demeurant rue Saint-Dominique.  

De 1779 à 1790, figurent parmi ses nouveaux membres :  

Les capitaines de Barre, de Borassol, Deschamps, de Saviny et de  Valleron ; 

 Les lieutenants de Clery, Donnadieu, du Coudray. Icard et deValory j  les sous-lieutenants André, Bouché, chev. d'Icard, Lafon, Perier et  Villaret. 

 Depuis le lc,'juin 1763, à la L.-. des officiers la G.*. L.*. avait adjoint  une L.-. de bas-officiers, sous le titre de Sigismond-Luxembourg. Les  constitutions de cette L.-. furent renouvelées par le G.'. O.'. le 13 décembre 1773. Moins prospère que la L.-. des officiers, cette L.-. en 1776  ne comprenait que 11 membres. Son vén". jusqu'en 1785 fut le sergent  de la Faille et son député le comte de Buzançois.  

En 1788 et 1789, elle eut pour vén. -. le capitaine chev. de Goussencourt, pour secrétaire le sergent Auguste Baude, et pour député au G..’.  O.’. Mercier, négociant.  

En 1791, le régiment de Hainaut devint le 50e d'infanterie, et en 1794 il contribua à la formation des 99' et 100e demi-brigades. 

 Le 17 juillet 1804, le 50e d'infanterie, qui n'avait du reste aucun lien de  sang avec la régiment de Hainaut, fit constituer sa L.-. sous le litre de:  les Enfants de Bellone.

 

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 LOGE MILITAIRE, SANS ORIENT FIXE  SAINT-JEAN DE LA GLOIRE  

Cette L.’. fut constituée le 15 août 1762 en faveur du chev, de Thélins  par une puissance inconnue. Elle figure à tort parmi les L.-. lyonnaises  parce qu'elle fonctionna longtemps à Lyon, où elle vint s'établir en 1765.  En fait celte loge ambulante élait à l'Orient géométrique terrestre (longi-  tude et latitude) de l'endroit ou avait lieu la tenue. Ses vén.-. furent :  le chev. de Thélins (1762); de Mont-Verdun (1763); de Magny (1765-7). 

 Le 29 juin 1785, l'abbé Comte d'Apremont, chanoine et comte de Lyon,  fut exclu de cette loge à la suite de propos irrévérencieux tenus par lui  contre la f.’.m.’. 

 Le 17 janvier 1766, Bacon de la Chevalerie, orateur de la L.'., prononça l'oraison funèbre d'un membre de cette L.-., Bayde Thélins, cap.  de dragons au rég. d'Autichamp. 

 Le 17 juin 1767, le vén.’. Magny prêta son obligation entre les mains du Président de la M.-. L.’. de Lyon.  

On ne trouve, pas traces de cette L.*. après cette époque.

  

SAINTONGE  

SAINT-CHARLES DES AMIS RÉUNIS  

La L.'. du régiment de Saintonge fut constituée par la G.'. L.’. le  2 juin 1763, sous le titre de Saint-Charles des Amis Réunis. 

 Ses pouvoirs furent renouvelés le 10 décembre 1772 par le même pouvoir, et le 4 avril 1774 par le G.'. O.-.  

De l'époque de sa fondation, nous ne connaissons qu'un de ses membres, son colonel, le chevalier de Bérenger, qui en était probablement le vén.-. 

 En 1776, elle se composait de 25 membres. Son vén.-. était le capitaine  de Berlaymont, son secrétaire était le sergent-major Dupont, et son  député (jusqu'en 1789) l'abbé Pingre, de l'abbaye de Sainte-Geneviève.  Parmi ses membres : Labouisse, Gardel et Weide.  

De 1777 à 1785, son vén.-. est le sergent-major Gardel. En 1788, il est remplacé par le lieutenant de Reste, et en 1789, par le porte drapeau Duperrier. 

 De 1779 à 1790, figurent parmi ses membres : 

 Les capitaines Desbières ; de Courvol ; Dejames ; Dolomieu ; de  Margueril ; du Rozel et Villefrauche ;  

Les lieutenants Champtiers ; Denis ; Desprcs ; Dejames et Tassin ;  

Les sous-lieutenants Cabassolles ; Ducluzeau ; Duponceau ; Dupont;  Lafferre et Lecomle. 

 En 1791, le régiment de Saintonge devint le 82e régiment d'infanterie et en 1794 participa à la formation des 151* et 152e demi-brigades.  

Parla suite, le 82° ne semble pas avoir eu de L.’.

  

MARINE  

LA MARINE  

LaL.’. du régiment de la Marine fut constituée par la G.’. L.-. 1°  20 avril 1764 et reconstituée par le G..’. O.-. le 8 juillet 1784.

 

497 

 Elle avait pour titre : la Marine 

Les renseignements sont peu nombreux sur son compte. Les procès-verbaux du G.'. O.-. ne sont pas suffisamment clairs pour que je puisse affirmer, que les ff.-. Gucheneu, Bolle, d'Orvillier, de Souville et de Martinet, qui demandèrent des certificats en 1775, appartenaient à cette  L.’. 

 J'ai constaté seulement qu'en 1785, cette L.’. avait pour vén.'. le capi-  taine de vaisseau Dorsin, pour secrétaire le commissaire des ports Bru-  jas, et pour député au G". O.-. Claude-François de Paule Boucault, grand maître des eaux et forêts.

  

ROYAL-ROUSSILLON  

UNION FRATERNELLE  

C est le 21 mai 1765 que l'Union fraternelle fut constituée par la  G..’. L.’. à l'O. . du Royal-Roussillon. Ses titres, renouvelés par le même pouvoir le 28 février 1773, furent reconnus par le G..’. O.’. le 16 novembre 1775. 

 Nous ne savons rien do sa composition avant 1775. A cette date, deux de ses membres demandent des certificats au G.-. O.*., les ff.". Bonneville et Perylhe. 

 En 1776, elle se compose de 20 membres ; Soulier, un de ses officiers, est vén.-., le sergent Lauuay est secrétaire, et Leblanc, député au G.*. O.*.  

L'année suivante, le lieutenant Damey de Saint-Bresson est vén.*.  et le chirurgien major Imbert, secrétaire. 

 En 1785, le vén.-. est le capitaine Despret, le secrétaire, le chirurgien-  major Gaujeart, et le député, Hurel, ancien payeur des renies. Ce dernier reste en fonction jusqu'en 1790. 

 En 1788 et 1789, le maréchal de camp, comte de Ligniville, est vén.'.  et le capitaine trésorier Vuillemin, secrétaire.  

De 1779 à 1790, nous relevons parmi ses membres :  

Les capitaines Denneillet, Rigault et Partyet ;  

Les lieutenants Bernier ; Herbert ; Muzard et Polieu ; .  

Les sous-lieutenants Bezanne ; Daspe ; Fayolle ; Lariyièrc et Livet.  

Royal-Roussillon devint, en 1791, le 546 régiment d'infanterie, et forma en partie, en 1794, les 107e et 108e demi-brigades. 

 Le 4 juillet 1802, sous le titre de Guerriers généraux, le G.-. O.*. 

constitue une L.*. à l'O.-. du 54° d'infanterie, qui n'avait pas de liens de  sang avec Royal-Roussillon. 

 

 GÉNIE 

 UNION PARFAITE DU CORPS DU GÉNIE 

 D'après le tableau de la G.*. L.-. de France de 1779, l'Union parfaite  du corps du génie, à l'Orient de ce régiment à Mézières, aurait été constituée le 3 juin 1764, avec Bezier de Buis comme vén.-. Les almanachs du G.-. O.*. ne font remonter sa constitution primitive qu'au 3 juin 1765,  avec renouvellement par la G.*. L.*. le 29 août 1772, et par le G.*. O.*.  le 11 août 1774.  

 

498

D'après un brevet de Rose-Croix (nom du titulaire effacé) daté de Mézières, 3 octobre 1775, à cette époque figuraient parmi ses membres : de Gangolff ; Diebold ; baron de Reinach ; Finnan ; Pieresne ; de  Grandvilliers ; Decou ; Devergnes C.-. S.-. P.*. et R.-. -f- ; Portemps,  S. . D. . R.-.-f  

En 1775, Muraire de Favas, Sol de Beauclair et de Neurisse demandent des certificats au G.-. O.-. 

 En 1776, elle se compose de 28 membres ; son vén.-. est Grandvillers,  capitaine au régiment suisse d'Eptingen et un de ses officiers, de Vergennes, est secrétaire. Le député est Bazin, médecin du duc d'Orléans. 

 En 1777, le vén.'. est Muraire de Favas, et le secrétaire Bressaut, l'un et l'autre officiers au corps du génie.  

De 1785 àl790, le vén. . est Perdigan, chev.'. de Saint-Louis, chef de  brigade au corps d'artillerie. 

 On peut constater que, tout au moins dans cette L.-., des officiers étrangers au régiment qui orientait la L.-. pouvaient non seulement en faire  partie, mais encore présider à ses travaux.

 

 MOUSQUETAIRES 

 SAINT-ALEXANDRE 

 L'historique de la L.-. de la lre compagnie des mousquetaires est compliqué et obscur, et cela est d'autant plus regrettable, que le rôle de cette L. . a été très important. 

Elle avait pour titre Saint-Alexandre, et aurait été constituée par un pouvoir que j'ignore le 14 juin 1766, puis suspendue la même année. La  G.. L.-. la reconstitua le 18 mai 1772, ainsi qu'il résulte de la patente  suivante.  

A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS  ET A LA PROPAGATION DE L'ART ROYAL 

 D'un lieu très régulier, très fort et très éclairé Où régnent le Silence, la Paix et l'Egalité  A tous les chers frères, maîtres des L.'. régulières  Répandues sur la surface de la terre.  

Salut, Force, Union,  

Sous le bon plaisir du Très Respectable Grand Maître de toutes les  L.-. régulières de France, 

 Notre très cher et très illustre Frère  S. A. S. LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH D'ORLEANS, duc de Chartres, prince du  sang. 

 Nous son substitut général, vén.*. maîtres et officiers dignitaires delà  G.-. L.*. de France, séante à l'Orient de Paris, régulièrement assemblés  entre l'équerre et le compas, déclarons à tous les maçons éclairés que,  sur la requête à nous présentée par les frères y dénommés, résidents en  la ville de Paris tendant à ce qu'il nous plut leur accorder des constitutions pour la fondation à perpétuité d'une L.'. régulière, sous le titre 

 

499   

distinctif de Saint-Alexandre L.-. militaire, à la charge par eux d'observer et faire observer tous les règlements généraux et particuliers faits et  à faire par notre Respectable G.-. L.-. Vu la dite requête, nous avons  par ces présentes, érigé et constitué, érigeons et constituons dans la  dite ville de Paris une L.-. régulière sous le titre distinctif de L.-. militaire de Saint-Alexandre, pour y exécuter les travaux de l'Art Royal,  conformément aux statuts et réglements de notre dite G.-. L.*., ratifiant  . et approuvant autant que besoin seroit les travaux précédemment par elle faits de bonne foy, établissons au gouvernement de la dite L.'. le cher frère baron Desclauzel, pour vén.-. maître, le cher frère Paul Dounons pour premier surveillant et le cher frère Jos. Jac. Dalesme pour  second surveillant, lesquels trois officiers avec les autres membres,  feront ensemble et par voie de scrutin, la nomination des autres  officiers, et de suivre et exécuter, faire suivre et exécuter les statuts et  réglements de notre dite G.-. L.-. dont nous leur avons fait remettre un exemplaire par notre secrétaire général. Si mandons à tous nos chers frères maîtres de L.*. et autres de reconnaître la sus. L.*. de  Saint-Alexandre L.-. militaire pour régulière, de recevoir et accueillir  comme bon frère tout porteur d'un certificat d'icelle. En foy de quoi nous lui avons fait expédier les présentes constitutions faites et données  au Grand Orient de Paris, l'an de la grande lumière cinq mil sept cent  soixante-douze, le dix-huitième jour du mois de May, de nous signées,  contresignées par notre Secrétaire général et scellées et timbrées des  sceaux et timbres de notre dite G.-. L.'. par notre Grand Garde des  Sceaux et Archives et contrescellées des armes du Sérénissime Grand  Maître et du V. F. Substitut général pour lad. L.*. prendre rang du  quatorze juin mil sept cent soixante-six, date de ses constitutions primitives. 

 Vu par nous Pair de France, brigadier des armées du Roy, Montmorency-Luxembourg adm gén. des LL.*. rég. de France. Lafin,  Puisieux, Baudson, J. P. Le Lorrain, Huit, Bruneteau, Or.*. ; Lexcom-  bart; Guillot, Très.-. ; Labady ; Duret, G.-, des Se.-. Timb.-. et Archives ;  Daubertin, secret, gén. 

 (En bas du brevet un pout avec les trois lettres L. D. P. [Lilia destrue  pedibus). Flottant au fil de l'eau, une tête, un sceptre et une couronne.)  

Bien que les compagnies de mousquetaires existassent encore en 1772, la L.-. Saint-Alexandre ne fut pas constituée à l'Orient d'une des deux compagnies, la patente ne stipulant aucun Orient.  

Lorsque le G '. O.*. renouvela ses titres, le 2 juillet 1774, en l'autorisant à prendre rang du 14 juin 1766, il est probable qu'il ne désigna  pas d'Orient fixe.  

M. Magon, dans un intéressant travail sur la franc-maçonnerie dans l'Ardèche (p. 44), nous donne d'après un brevet un tableau probablement complet de la L.*. en 1766. Elle procédait alors à ses travaux à Villeneuve-de-Berg. 

 C'est ce tableau que nous reproduisons. 

 Vén.-. ad vitam : Desclauzel, Alexandre-Henri, mousquetaire, G. Ecos,  chev.*. d'O.*. élu sup. R.+  ; 1er surv.-. : de Tavernol, Simon-Pierre,  baron de Barry, G.-. M.*. Ecossais, m.*, delà L.*. Saint-Jean des Amis  Réunis de Toulouse ; 2e surv.-. : de Laforest, François-Guillaume-Bar-  thelémy, prince chev.*. d'O.-. de lad. L.'. de Toulouse ; orat.-. : Guiton

 

 500

 Charles-François, maître particulier des eaux et forêts, m.-, de la L.-.  Amitié de Toulouse, affilié le 9 sept. 1766, reçu parfait le 2 oct. ; secrétaire : Delière, Joachim, avocat, m *. de la L '. Saint-Jean d'Ecosse de  Nîmes, affilié le 9 septembre 1766 ; trésorier : de Malmazet, Jean-André,  de Saint-Andéol, viguier royal, réhab. le 9 sept. 1766, reçu m.-, le 16, parfait le 2 oct. ; 1er cons. expert : Dubois de Saint-Jean, Marc, M.-, de  la L.*. Saint-Jean d'Avignon, affilié le 16 sept. 1766, reçu parfait ledit  jour, élu le 2 octobre ; 2e expert : de Gruber, Georges, allemand, off.  leg. Soubise, comp. de.milit. cid.. à Givet, affilié le 31 décembre 1766,  reçu m;*, le 13 janvier 1767, parfait le 28 mars 1767 ; subst.  secret : de Bastide, Louis-Joseph, avocat parlera., m.-, de la L.*.  de l'Amitié de Toulouse, affilié le 2 octobre 1766, reçu parfait ledit  jour ; Fr.". Terrible : Perrotin de Marcillac, Joseph-Jacques, off.  milit. reçu le 16 sept. 1766, maître le 31 décembre 1766 ; maîtres comp.  appr. ': Poullain de Roissy, Louis-René, chev.,lieut. Conty infant., reçu le  2 oct. 1766,. m.-. le 19 ; Peuchenier,. François-Simon, Dr en médecine ;  de Larrivière, Joseph, chev., off. de la légion de Soubise; Solenu, Jean-  Jûllien, off. lég. Soubise ; de Malmazet de Saint Andéol, Joseph-Guil-  laume) off. rég. Soissonnais ; le Tourneur, Jean-Jacques, cap. aide-maj., lég. Soubise ; Dubois Maurin, Pierre, avoc. au Parlem. ; f.-. servant :  Louis Tortillac, perruquier.

 

 D'autre part, lorsque le duc de Luxembourg, Savalète de Lange et  Bacon de la Chevalerie parviennent à réconcilier la L.-. Saint-Alexandre  avec celle des Amis Réunis, les frères des deux L.'. se réunirent le  21 juin 1773, dans le local des Amis Réunis, et nous voyons signer au  procès-verbal le vén.*. Desclauzel et les frères Waldahong, Flaxenville,  de Barrés, Moncrif, Monceaux, D'ounous, Detaffin, de la Fontenelle,  Balinghen, de Lorière, chevalier de Loriîre, Rossanne, Dyel de Tinqui-  ville, de Madiane, de Stone, des Isnards, Lanery, Beauval, Darquiau (?),  de Gonard, de Chaulnes, Dugon, Le Langrenière, chevalier de Rossane,  Dulau, de Pelissier, de Latour, Autour, Radet, Cahouet et P. R. Gaudrez.  - Cette loge disparut probablement vers 1780.

 

 TOUL 

 HENRI IV  UNION puis SULLY  

Le 3 août 1766, deux L.-. furent constituées à l'Orient du régiment de  Toul-artillerie ; la première, sous le titre de Henri IV, était destinée aux  officiers; la seconde, l'Union, était réservée aux bas-officiers.  

Lorsque le G.-. O.-. reconstitua la première de ces L.-. le 13 décembre  1776, il l'autorisa à prendre rang du 25 novembre précédent, tout en rappelant ses travaux de 1766. En 1777, elle comptait 46 membres. Je n'ai pu relever que quelques noms des membres de cette importante L.*. 

 De 1777 à 1790, elle eut pour vén.*. le chef de brigade de Tournay,  pour secrétaire le lieutenant de Saussin et pour député au G.-. O.-. le  Dr Tissot. 

 La L,-. l'Union subit à peu près les mêmes vicissitudes que Henri IV. 

Le G.'. O.-. en la reconstituant, le 15 mai 1777, ne lui donna rang qu'à partir du 7 avril précédent et sous le titré do Sully. Pendant toute la

 

501 

 durée de ses travaux, cette L *. eut pour député au G.'. O.*. le marquis  d'Havrincourt, maréchal de camp et commandant de Royal Etranger  Cavalerie ; et pour secrétaire le sergent-major Jean. Son vén.*. en 1777  était le sergent Compagnon, et de 1785 à 1789 le chevalier de Malaviller,  officier au régiment. En 1777, cette L.*. avait 23 membres. En 1785, elle n'en avait que 17, sans compter son vén.*. et son secrétaire : Descburs,  Cauterac, Carbonnel, Dupuy, Poissonnier des Perrières, Montlezun,  Masson, Rousseau, Mathieu, Montauzon, Fontcrouget, Ruffy, Cabas,  Pelletier, Lnllemand, Salvat et Labadie. 

 En 1791, le régiment devint le 7° d'artillerie. Ces L.*. ne semblent pas  avoir été reconstituées après la Révolution.

  

FLANDRE  

PARFAITE UNION  

Cette L.'.fut constituée par la G.'.L.'.lé 1" octobre 1766 et renouvelée par le G.-.0.-.le2 mail776. Avant 1771, elle compta parmi ses membres : le colonel comte de Rougé (1761-1767) ; le colonel de Croy, duc d'Havre  (1767-1784) ; le lieutenant-colonel de la Blachette ; les aides-majors de  Ravel, de Mayeur, de Loras et de Montpellier ; les sous-aides-majors de  Capdeville, Chevalier de Sagarigue, de Berrey, de Montplaisir, le  quartier-maître Thollon et les capitaines de la Roche, Mazade, Durbau,  de Veaux et du Sauzet. 

 En 1775, elle comptait en plus : Damoiseau de Paysac, d'Haindel,  Massé, de la Fite de Courteil, de Villiers d'Autertre, de Serein, Duménil,  Turfa, Desmartin, Descorbillac, de Belliers, de Signerand d'Ercé, chevalier de Vienne, de Fournas, de Cingal, de Caudaux, Duvallon de  Beaumont, Dosteing, du Quemmelet, de Christonde Muissement et Loquet, 

 En 1776, elle n'a plus que 26 membres, et de cette époque à 1790 elle a pour vén.*. le capitaine Massé, le lieutenant de Brem (capitaine  en 1784) pour secrétaire et pour député au G.-. O.-. le savant Lalande. 

 De 1779 à 1790, on voit figurer comme nouveaux membres : 

 Les capitaines Bonneval, Habas, Formigier et Ramé; 

 Les lieutenants Gérard, Joucla-Lenoir et Lenoir. 

 Les sous-lieutenants Joubert, Charmôille, Cantineau, Quinçarnon, 

Moucheron, Laurent et Desbancs.  

De 1784 à 1790, le régiment de Flandre eut pour colonel Thibault, comte de Lusignan, qui joua un rôle important dans la F.-. M.-. 

 Nous retrouverons le régiment de Flandre à Versailles pendant les journées des 5 et 6 octobre, où son rôle fut plus que singulier. Accusé  faussement d'avoir, lors du banquet du 1er octobre, foulé aux pieds la  cocarde tricolore, le régiment ne fit rien pour protéger le château, et  son attitude fut plutôt favorable aux émeutiers. 

 En 1791, le régiment de Flandre devint le 19e d'infanterie et en 1794 son second bataillon contribua à la formation de la 38e demi-brigade.

 

LA SARRE  

LA PURETÉ  

Le régiment de la Sarre fit constituer sa L.\ sous le titre de Pureté par la G.-. L.-., le 15 novembre 1767. Le G.. O.'. renouvela ses constitutions le 6 avril 1775.  Vue 536 sur 591

 

502

En 1775, figurent parmi ses membres 'Merleval, le comte de Bry, Monteissier, Courlon de Cissey et Magne. 

 En 1776, elle a 49 membres: son vén.*. est le lieutenant Vernhes et  son secrétaire le porte-drapeau de Solme.  

L'année suivante, le lieutenant de Bertrin est vén.". et Vernhes,  secrétaire. 

 De 1785 à 1789, le capitaine en second de Merleval est vén.*. et le capitaine de Solme, secrétaire.  

De 1776 à 1790, cette L.-. avait eu pour député au G.-. O.*. le comte  de Saisseval, capitaine d'Orléans-infanterie, officier d'honneur du  G.'. O.-.  

De 1779 à 1790, figurent parmi ses membres :  

Les capitaines Dulac, Duplessis et Mehée :  

Le quartier-maître André ;  

Les lieutenants Baillet, Calonne, Dalidou, d'Aubarède, Lamothe et  Lessart ; 

Les sous-lieutenants Baillet, Descafres, Jaquemart et Le Brun. 

 En 1791, la Sarre devint le 51e d'infanterie et en 1794 il contribua à former les 101e et 102* demi-brigades.  

Bien que les listes du G.-. O.-. ne mentionnent pas de L.-. au 51e,j'ai  trouvé un cachet de l'époque impériale avec la mention suivante : L.-.  des Amis Réunis à l'O.-. du 51e régiment.

  

AUVERGNE  

CONCORDE  

La L.'. du régiment d'Auvergne fut constituée le 1" juin 1769. Ses titres furent renouvelés par la G.-. L.-. le 12 mars 1772, et par le  G.-. O.-. le 20 juillet 1775. Nous n'avons trouvé aucune trace du tableau  de ses fondateurs. 

 En 1775, deux de ses membres, Chaumont et Rault de Ramsault,  demandent des certificats au G.-. O.-. L'année suivante, la L '. ne com-  prenait pas moins de 27 membres. Le chevalier de Blaire, capitaine au régiment, en était le vén.-. ; son secrétaire était le lieutenant chevalier  de Bordenave. 

 En 1788 et 1789, le capitaine de Tressan était vén.-., Chardor secrétaire, et Sedillot de Persieux, chirurgien de la duchesse de Bourbon,  député au G.-. O.-. 

 De 1779 à 1792, figurent parmi ses membres : le vicomte de Laval,  colonel ; le marquis de Lameth, colonel en second ; le major Menou ;  les capitaines Chaffroy, Chambarlhac, Desforets, Lajante et Vanembras;  les lieutenants Barvillc, Beaumont, Gohin et Richard ; les sous-lieu-  tenants Léonard Bord, Darçon. Dubouquet, Chamouroux, Bickler,  Magny, Prustet et Saint-Vincent ; les sous-officiers Chapotot, Déjardin,  Desplanches, Maréchal, Masson, Miné, Simon, Sollier, Vellon. 

 En 1791, le régiment d'Auvergne devint le 17e d'infanterie, et en 1794 son second bataillon servit de noyau à la 34e demi-brigade.  

Le 5 décembre 1802, la Concorde sortit de son sommeil. La L.*. fut reconstituée à l'O.*. du 17e d'infanterie, sous le titre d'Emulés d'Assas.  Son vén.'. fut un ancien sergent du régiment d'Auvergne, le quartier-maître Sollier.

 

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Published by écossaisdesaintjean - dans HISTOIRE
22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 21:26

 

Les précurseurs de la Franc maçonnerie par Gustave Bord.

 

Nous avons entamé un cycle d’étude des auteurs pré-maçonniques et des historiens de l’art Royal. Dans ce cadre, il nous semblait évident d’étudier le Tome I de « La Franc maçonnerie en France » écrit en 1908 par Gustave Bord.

Nos thèmes d’études utilisent le fond documentaire des loges composant le GLSREP. C’est une édition originale qui nous sert de support, nous avons aussi accès aux notes et instructions de Robert Ambelain sur l’histoire du Rite Ecossais primitif, rite générique qui veut assembler les premiers rites pratiqués sur le continent.

 

Etudié en tant qu’historien de la franc maçonnerie, Gustave Bord se situe à la croisée des deux siècles marquant l’age d’or de la Franc maçonnerie spéculative. C’est en effet entre la fin du XIXème et le début du XXème que la société Française sera marquée par l’influence de la Franc maçonnerie spéculative.

Royaliste convaincu, attaché au fond traditionnel et religieux d’une France des siècles passés, pourfendeur de l’illusion égalitaire et de l’électoralisme à tout prix, notre historien prend ouvertement parti, sans faux semblant. C’est cette transparence que nous apprécions en le relisant, même si, sur de nombreux points, il nous semble difficile de le suivre.

Les références de ses sources sont rarement citées, ce qui nous laisse peut de marge d’appréciation. On pense qu’il travaillait à partir d’un fonds documentaire personnel ou appartenant à de vielles familles qu’il n’a pas voulu impliquer dans ses attaques.

Loin d’être un historien dépassé ou ringard, il rivalise dans ses exposés avec nos meilleurs contemporains qui ont l’avantage des outils numériques et universitaires. Sa proximité temporelle et son implication royaliste loin d’être des obstacles valorisent ses analyses, en lui donnant compétence certaine sur les thèmes traités.

Anti-révolutionnaire patenté, on imagine dans le début du XXème siècle les débats qui furent les siens, notamment sur la laïcité et sur la séparation de l’église et de l’état. Tenant d’un rétablissement de la monarchie en France, c’est en fin connaisseur de la chose royale qu’il abordera l’arrivée de la franc maçonnerie jacobite en France, souche trés probable du Rite Ecossais  que nous appelons Primitif. Ce rite fut reveillé dans sa forme actuelle par Robert Ambelain en 1985 au bout d'une longue chaîne de transmission. Mais la connaissance réelle des premiers rituel en deux degrés est assez peu connue. Il faut pouvoir les reconstituer.

Son abord négatif de la Franc Maçonnerie semble oublié, lorsqu’il se lance dans ses recherches sur les loges Jacobites. Son point de vue sur les auteurs pré maçonniques est plus assujetti à son parti pris mais réveille en nous un sens critique et salvateur qui nous permet de vérifier l'interet de nos analyses.

Avec Bord nous devons refaire notre parcours de conviction, et nous assurer à chaque fois de la rigueur de nos raisonnements sur l'existence de loges régimentaires sur le royaume de France dès 1688.

Voilà donc un auteur anti-maçonnique honnête et bienveillant avec nos consciences de maçons. Il nous oblige à rester « à l’écoute » d’arguments qui ne sont pas toujours les nôtres. Le chapitre ci-dessous transcrit porte sur le precurseurs de la franc-maçonnerie.  

 

Er :. R :.

 

 

CHAPITRE PREMIER ; LES PRÉCURSEURS

  

Le problème. — Les sources des doctrines maçonniques.— Les penseurs : les alchimistes. — La pierre philosophale. — L'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus. — Les principaux alchimistes ; leurs protecteurs et leurs adversaires. — Les kabbalistes : Raymond Lulle ; Thomas Morus ; Paracelse ; les Socins ; Andréa ;  Robert Fludd ; le chancelier Bacon ; Pierre Bayle ; Swedenborg ; Willermoz.

 

Qu'est-ce que la franc-maçonnerie ? — Ce problème a été souvent posé ; presque toujours on y a répondu de façons différentes, et la multiplicité des solutions a fait la confusion et le mystère, au profit des maçons et au plus grand dommage de ceux qui les attaquent.  

On a voulu personnifier la maçonnerie dans une succession de grands maîtres inconnus, connaissant 

seuls le secret de l'Ordre et seuls le dirigeant. Cette société, d'après les uns, aurait eu le même but caché et la même organisation mystérieuse depuis son origine; d'après les autres, l'Ordre n'est qu'une société de  secours mutuels et de bienfaisance.

 

P1     

Les deux affirmations sont également fausses lorsqu'on les rapporte à toutes les époques de la maçonnerie ; elles sont la source de multiples erreurs.  

Pour trouver la solution du problème, essayons d'abord de le poser. 

 N'y eut-il qu'une espèce de franc-maçonnerie ? Son but fut-il toujours le même ? A-t-elle eu successivement un ou quelques chefs connaissant seuls le secret du but de la société ?  

Nous démontrerons que deux maçonneries se succédèrent : l'une, la plus ancienne, composée de gens de métier, de constructeurs, et que nous appellerons corporative ; l'autre, celle qui la remplaça, composée d’amateurs de philosophie et de sciences, que nous appellerons spéculative (1). 

 La substitution ne se fit pas brusquement de la première à la seconde forme : pendant plusieurs années des hommes influents s'introduisirent dans la première pour s'y livrer avec sécurité à leurs études souvent entachées d'hérésies ; d'autres voulurent la dominer pour en faire profiter leur parti politique, qui fut pendant les premiers temps celui des Stuarts. Ces maçons, connus sous le nom de maçons acceptés, lorsque la substitution de l'ordre à la corporation aura lieu, donneront naissance à deux courants différents : la maçonnerie jacobite et la maçonnerie anglaise. Ces deux soeurs ennemies,  qui auraient dû représenter des adversaires irréconciliables, après avoir poursuivi des buts opposés, se  trouveront confondues, plus tard, par la puissance  du dogme fondamental de la Maçonnerie qui aura subsisté malgré eux, parce qu'une idée est plus forte que  

(1)   Les Anglais appelle la première opérative. Nous avons adopté le mot corporative, qui nous paraît plus complet, car il suffit à exprimer que ces travailleurs opéraient en corporation.

 

 P3  

les hommes et les conduit fatalement lorsque cette idée  est vraiment puissante. Or, on ne pourra pas nier que, si l'idée maçonnique de l'Egalité des hommes est socialement détestable, elle n'en est pas moins forte et que le maçon lui-même n'a souvent qu'un abri bien précaire lorsqu'il a déchaîné l'orgueil de l'homme sous prétexte d'égalité et que le cyclone passe sur l'humanité terrifiée. 

 Aussi bien, à celui qui les attaque, comme au maçon dont sa propre lumière a brouillé les yeux, je puis dire, après avoir étudié le problème sans haine pour les hommes : le dogme maçonnique est une chose grave, une pensée dangereuse, qui conduit les sociétés aux pires cataclysmes ; ne cherchez pas dans le maçon, tantôt un ennemi de caste ou de nationalité, tantôt un ennemi politique ou religieux, car il renferme en même temps tous ces dangers. La f :.m :. n'est pas représentée par un homme, ni une classe d'hommes, mais par une idée néfaste, la plus terrible qu'on puisse  imaginer : l'idée de l'égalité. Tuez l'idée ; tuez-la d'abord en vous où elle a pénétré, et vous serez surpris de voir le lendemain que la f :.-m :. n'existe plus.  

Les maçons furent au XVIIIème siècle les prêtres et les soldats du dogme égalitaire. Sous le souffle de cette idée ils ont exercé leur sacerdoce et livré leurs combats, pour la plupart inconsciemment. L'idée implacable les a entraînés jusqu'au bord de l'abîme où doivent succomber les sociétés modernes, car le dogme de l'égalité est par essence destructeur de toute idée sociale. Leurs adversaires, envahis eux-mêmes par cette idée, n'ont pas osé jusqu'ici les attaquer sur ce terrain, qui est le véritable terrain de lutte. Il faut le reconnaître nettement, franchement, il n'y a plus aujourd'hui que deux adversaires en présence : les anarchistes

 

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égalitaires et ceux qui veulent vivre en société avec les  hiérarchies nécessaires. Envisagée sous ce point de vue, l'idée égalitaire domine donc l'histoire de la f :.-m :.comme, elle domine les destinées des nations modernes.  

La f :.-m :. telle qu'elle fonctionna pendant les premières années du XVIIIème siècle, peut être considérée comme un équipage de savants, vrais ou faux, d'abstracteurs de quintessence, de kabbalistes et de  spirites, qui, s'étant réfugiés sur un navire dont l'équipage ancien ne trouvait plus à s'occuper, se firent accepter par le capitaine, peu à peu s'emparèrent de la  manoeuvre et se substituèrent à l'ancien équipage. Si les hommes disparurent, leurs usages persistèrent, le nom du navire ne fut pas changé, et de la sorte une f-m. de penseurs se substitua à une franc-maçonnerie de  constructeurs maçons. 

 Au moment du renouvellement de l'équipage, les nouveaux venus étaient les représentants des libres penseurs de l'époque, des empiriques, précurseurs des hommes de science et des kabbalistes précurseurs  des philosophes. Cette catégorie de curieux avait existé de tous temps, car à toutes les époques il y eut des hommes qui cherchèrent à expliquer les phénomènes de la nature et à deviner le secret de Dieu.  L'homme, dès son berceau, voulut connaître les causes de son origine, le but de son existence et sa destinée après sa mort. Il voulut goûter au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, entrer en lutte avec la Divinité, et résoudre un problème dont il ne pouvait  poser l'équation. Si les sciences firent chaque jour des progrès, et si l'on parvint peu à peu à déchirer le voile

 

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mystérieux qui entourait certains phénomènes naturels, tels que nous les voyons, on peut dire que les mystères  qui enveloppent le berceau et la tombe de l'homme, sont encore aujourd'hui aussi cachés qu'à l'aurore de  l'humanité. 

 Des hommes luttèrent désespérément, à la recherche de la vérité intangible, s'exaspérèrent, blasphémèrent et se révoltèrent contre le Grand Inconnu, contre Celui qui est. Dans tous les temps il y eut des sectes secrètes, qui prétendirent comprendre les lois qui régissent l'univers ; les uns croyaient véritablement posséder le secret ineffable ; les autres, les habiles, faisaient  de leurs mystères un appât pour la foule, prétendant  ainsi la dominer et la conduire ; tout au moins avaient-  

ils trouvé le moyen de l'utiliser à leur profit.  

Cette lutte est, comme nous l'avons dit, vieille  comme le monde ; à travers le temps et à travers les  peuples, elle exista sans discontinuité ; pour nous en  tenir aux temps modernes, au XVIème siècle les lutteurs  s'appelèrent les réformés, fils des omniscients du moyen  âge. A ce titre ils furent les précurseurs de la f-m. On peut donc dire que la secte des francs-maçons incarne depuis le XVIIIème siècle les sectes recherchant le secret éternel de l'humanité, de ces gens qui, ne pouvant comprendre et définir Dieu, las de le chercher  en vain, trouvèrent plus commode de magnifier la  matière et de déifier l'homme. 

 Envisagée sous ce point de vue, la f-m est une secte fort ancienne, la plus ancienne même qui fût sur la terre ; sectaires en lutte acharnée avec l'homme résigné qui se contente du travail, de l'amour, de la foi et de la prière, les francs-maçons représentent, au  point de vue chrétien, l'orgueil de l'homme, l'esprit du  mal, la révolte contre Dieu.

 

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 Un f-m homme d'esprit, de science et de bonne foi, car je prétends qu'il en existe, avec lequel je discutais ces problèmes décevants, en matière de conclusions,  me tint le discours suivant :  

— Je ne discute ni ne critique vos dogmes et vos croyances de catholique ; ils me sont indifférents. Que ceux qui y croient les pratiquent, c'est ce qu'ils ont de  mieux à faire ; ils ne viendront jamais parmi nous ; ils  s'imaginent être avec les bons anges, soumis à la grande  force de l'Architecte de l'Univers que vous appelez Dieu ;  ils sont convaincus que nous sommes les adeptes des  démons, Lucifer, Asmodée ou Belphégor ; soit, je l'ad-  mets et je prendrai les arguments qui vont suivre dans  vos propres croyances, dans vos livres saints. Or qu'enseignez-vous ? que les démons sont des anges  déchus et qu'au jugement dernier ils seront vaincus  par les bons anges, milice de votre divinité. Ce jour- là, ils redeviendront de bons anges et votre Dieu, que vous dites magnifique et plein de miséricorde, leur pardonnera leurs méfaits passés ; il pardonnera également, sans cela il serait injuste, à tous ceux qui auront été  entraînés par les démons ; donc le résultat sera le  même pour nous que pour vous ; nous jouirons de la  gloire éternelle et de la contemplation de Dieu ! Seulement vous aurez joué un métier de dupes, et nous aurons été des gens avisés. 

 Alors que vos bons anges vous enseignent la résignation et l'humilité, la sanctification de la bonne souffrance pour mériter de franchir la porte de votre Paradis des petits et des humbles, nos démons nous  conduisent au même séjour de délice, par des chemins  jonchés de roses sans épines, la tête haute ; c'est après  une lutte d'égal à égal que nous prenons d'assaut votre  Paradis. Tout au plus serons-nous obligés d'attendre

 

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pour y entrer le jour du grand jugement; mais d'ici là,  il est à croire que le démon qui nous aura conduits  dans ce monde nous protégera dans l'autre. Et, si la mort terrestre est l'anéantissement de l'être humain, comme beaucoup le croient, nous aurons été plus habiles que vous en évitant des souffrances inutiles. 

 Aussi, ne cherchons-nous pas à recruter parmi vous des adeptes ; impassibles, nous attendons que ceux qui n'ont pas trouvé dans la pratique de vos croyances le bonheur, la consolation, la paix ou la satisfaction, viennent à nous. Ceux-là, laissez-les-nous ; ils nous appartiennent ; nous n'en ferons pas des humbles, mais des hommes libres, heureux à notre façon qui deviendra la leur. Quel droit oserez-vous invoquer pour y mettre obstacle ? 

-Je conviens, lui répondis-je, que le problème ainsi posé peut convaincre ceux qui ne croient pas et les entraîner dans votre sillage ; mais pour cela il faudrait nous entendre sur ce que nous appelons Dieu ; pour vous, c'est un simple Architecte de l'Univers ; pour moi, c'est le Créateur de toute chose. Votre Dieu, par définition, est la négation du mien. La puissance du vôtre est limitée puisqu'il se borne à utiliser la matière qu'il n'a pas créée, qu'il est même impuissant à créer. Enfin, puisque vous invoquez les textes des livres saints, ou avez-vous lu que, après avoir été terrassé, le démon  deviendra un bon ange ? Vous le déduisez par un raisonnement spécieux, en invoquant l'esprit de miséricorde d'un Dieu auquel vous ne croyez pas, oubliant ainsi qu'il est aussi un Dieu de justice. Je préfère demeurer avec le poète, ce devin de l'au-delà, qui fait gémir sa lyre en nous enseignant qu'on n'est un homme  que lorsqu'on a souffert et lorsqu'on a pleuré. Pour concevoir le bonheur il faut pouvoir le comparer à ce

 

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qui n'est pas le bonheur, et ne le supprimerait-on pas  en supprimant la souffrance ? Enfin, il resterait à prouver qu'il suffit d'être initié pour ne connaître ni les peines ni les larmes.  

Voilà ce que pensent encore de nos jours les f.m. qui ont gardé les traditions du passé de leur ordre. Je conviens que le plus grand nombre ne soulève plus le  problème de l'humanité primitive et des destinées  d'outre-tombe, que ses soucis se bornent à assurer le  présent et, en agissant ainsi, il croit faire preuve de la  sagesse d'un homme raisonnable et pratique. La plupart voient dans la maçonnerie une société d'admiration mutuelle, susceptible de favoriser avec sécurité l’épanouissement de leurs ambitions politiques, littéraires ou commerciales. En cela ils sont différents de leurs ancêtres, qui, eux, avaient souvent pour excuse la sincérité et le désintéressement de leurs convictions.  

C'est la mentalité de ces derniers que je me bornerai à étudier, et l'on pourra comprendre, je l'espère, et  excuser dans une certaine mesure,les hommes de bonne  foi et d'intelligence plus qu'ordinaire qui se passionnèrent pour l'Art Royal. En dehors des dupes, il y eut des coupables, et souvent même en faveur de ces derniers on peut invoquer les circonstances atténuantes.  

Pour comprendre clairement ce qu'était la secte philosophique des f.-m. à son origine, il nous faudra remonter quelque peu en arrière, et étudier les divers savants empiriques qui eurent la faveur des premiers  maçons non constructeurs.  

Si l'on examine les discours, les formules, les adages et les doctrines des initiés du XVIIIème siècle,

 

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on  arrive à déterminer assez facilement à quelles écoles ils ont façonné leurs mentalités, car, tout au moins au  début, tous n'eurent pas les mêmes convictions, très  peu poursuivant le même but.  

Suivant leur tournure d'esprit, leurs aptitudes et leurs aspirations, les uns furent des penseurs, kabbalistes ou théosophes, les autres des savants, alchimistes ou astrologues ; ceux-ci furent des artistes, ceux-là des politiciens.  

En analysant les correspondances maçonniques et les travaux de loge, voici quels sont les principaux ancêtres qu'on peut leur attribuer.  

Les précurseurs intellectuels directs de la f-m furent les alchimistes et les kabbalistes, en donnant à  ce premier mot son sens le plus complet. Pendant le XVIème siècle, en effet, le maçon cherche, comme l'alchimiste, la pierre philosophale, la panacée universelle, et l'arbre de la science du bien et du mal révélant le mystère de la création : c'est à eux aussi bien qu'à Bacon qu'il emprunte la légende symbolique du Temple de  Salomon et celle d'Hiram ; les allures des plus fameux  d'entre eux, Saint-Germain et Cagliostro, ressemblent singulièrement à celles du Cosmopolite, du Philalèthe et de Lascaris. 

 L'alchimie était, suivant l'alchimiste, une science, un art ou une supercherie. Son objet était d'opérer la transmutation des métaux vils en métaux nobles. Lorsque cette science prit naissance, vers le VIème siècle, à Byzance, l'état des connaissances chimiques pouvait permettre de poursuivre de semblables recherches. L'alchimiste supposait que les métaux étaient formés des mêmes éléments, étaient, comme aurait dit un chimiste du XIXème siècle, des corps

 

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 isomères et que, par conséquent, des manipulations  physiques pouvaient changer leur état chimique. La grande erreur des alchimistes fut d'affirmer que la chose était possible parce qu'il n'était pas déraisonnable d'admettre qu'elle pouvait être. C'est ainsi qu'ils emprisonnèrent leur science et qu'après avoir donné à la chimie un essor incontestable, ils la paralysèrent en la  spécialisant. Si, en cherchant une chose, ils en trouvèrent une autre et firent en quelque sorte malgré eux  et au hasard progresser la chimie, il n'en est pas moins  vrai qu'ils furent un obstacle sérieux au développe-  ment rapide et méthodique de cette branche des  sciences. 

 Vers le VIIème siècle, de Grèce l'alchimie fit des adeptes en Egypte et, de là, les Arabes la transportèrent en Espagne, où elle fut longtemps en honneur. Peu à peu cette science avait envahi l'Occident, et au XVème siècle elle était cultivée dans toute la chrétienté. Au XVIème et au XVIIème, c'était une véritable folie; il y avait des souffleurs dans toutes les classes de la société, et la  légende de la fortune fantastique de Nicolas Flamel  avait bouleversé toutes les cervelles. 

 Aux recherches matérielles on avait joint bientôt des combinaisons métaphysiques, et alors un philosophe était aussi bien celui qui recherchait la pierre philosophale que celui qui étudiait l'âme humaine. Le langage de ces fous qui, par hasard, trouvaient des choses raisonnables, était composé d'allégories et de paraboles ne voulant rien dire ou simplement ineptes, ou de logogriphes qui ne cachaient pas de mots.  

Cependant les plus remarquables d'entre les abstracteurs de quintessence s'expriment plus clairement, tels  Salmon et Philalèthe.  De leurs théories il ressort qu'ils considéraient les

 

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 métaux comme des corps composés des mêmes éléments, dans des proportions et des conditions de formation différentes. Ils naissent, disent-ils, comme des êtres organisés, par la conjonction des semences mâles et femelles. L'or pur absolu est la semence mâle; le mercure des philosophes est la semence femelle. L'alchimiste réunit ses produits dans un récipient nommé Athanor, maison du poulet des sages ou oeuf philosophique, et au bout de six mois de chauffage intense il obtient la poudre noire qu'il nomme Saturne, tête de corbeau, ténèbres cimmériennes... En continuant à souffler, la poudre devient blanche ; c'est avec celle-ci, qu’on appelle petite pierre philosophale, petit magistère ou teinture blanche, qu'on obtient l'argent. En chauffant encore, la matière devient verte et enfin rouge ; c'est la véritable pierre philosophale, grand magistère ou grand élixir', transformant immédiatement en or pur, quelque faible que soit la dose employée, des volumes considérables de tout vil métal en fusion sur lequel on la  projette.  

Et il ne faut pas se tromper sur la signification des mots, sous peine de rencontrer des contradictions inadmissibles. Ainsi, ces mêmes alchimistes qui donnent la recette que nous venons de décrire pour faire de l'or, prétendent d'autre part que tous les métaux sont un composé de mercure et de soufre, ce qui ne concorde  pas en apparence avec les recettes qu'ils donnent ; il  faut ajouter que le soufre et le mercure des alchimistes  n'ont aucun rapport avec ces corps tels qu'on les définit  vulgairement. Le mercure est la métalléité, l'éclat, la ductilité des métaux, et le soufre leur élément combustible. 

 Plus tard les astrologues introduisent leur science dans l'alchimie, et les principaux métaux se sont

 

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 trouvés sous des influences planétaires. Les médecins se mettent aussi de la partie et la pierre philosophale transmute les métaux, dirige les destinées, guérit les maladies et prolonge la vie. 

 Pour que rien n'y manquât, les alchimistes firent intervenir la magie blanche ou la magie noire dans  leurs opérations : Dieu ou le Diable. 

 Pour l'alchimiste cherchant la transmutation des métaux, la difficulté est de se procurer le mercure des philosophes, qu'on ne peut avoir que par révélation divine ; ils l'appellent : mercure double, lion vert, serpent, eau pontique, lait de vierge, etc. 

 Aussi ne l'ont-ils jamais trouvé, et cependant ils l'ont cherché partout :  

Dans les métaux : arsenic, étain, antimoine, mercure vulgaire, etc. 

 Arnauld de Villeneuve recommande de triturer trois parties de limaille de fer avec une partie de mercure et  d'y ajouter du vinaigre et du sel. 

 Trismosin conseille de sublimer du mercure avec de l'alun et du salpêtre, puis de distiller le mélange avec de  l'esprit de vin « en mangeant des tartines de beurre  très épaisses ».  

L'un et l'autre ne parvinrent qu'à fabriquer du sublimé corrosif et à calmer leur appétit. 

 Puis, sous prétexte que saint Luc avait dit que le sel était une bonne chose, on abandonna les métaux pour  les sels : le sel marin, le salpêtre et surtout le vitriol,  vitriolum, dont les propriétés étaient établies par la  phrase suivante : 

Visitando 

Interiora 

Terrae, 

Rectificandoque,

 

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            Invenies 

Occultum 

Lapidem, 

Ueram 

Médicinam.

 

 Plus tard on essaya des substances végétales : suc de chélidoine, primevère, rhubarbe, lunaria.  

Distillations de vers de fumier, de crapauds, de lézards, de serpents. Produits du corps humain : sang, salive, poils, semence, menstrues, matières fécales, organes génitaux.  

Terre vierge, vitraux rouges des anciennes églises et enfin l'esprit du monde, spiritus mundi, matière  qui se rencontrait dans l'air, l'eau de pluie, la neige,  et surtout dans la rosée du mois de mai. 

 Trois choses sont ainsi recherchées par les alchimistes : l'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus.  

L'Alcaest, Esprit universel (ail Geist), dissolvant de tous les corps, est l'idéal des menstrues. On le cherche dans le tartre, l'alcali (alcali est), la potasse, l'acide muriatique. 

 Kunckel ayant fait remarquer que s'il dissolvait toutes choses, il devait dissoudre le vase dans lequel on le renfermait, il n'en fallut pas plus pour discréditer l'Alcaest.  

La Palingénésie était l'art de faire renaître les plantes de leurs cendres. 

 L'Homunculus était un homme en miniature fabriqué par des procédés hermétiques. Il se formait dans l'urine des enfants. D'abord invisible, il fallait le nourrir avec du vin et de l'eau de rose.  

En dehors de toutes ces folies, certains se livrèrent à des recherches plus sérieuses, et nombre d'alchimistes ne furent ni des sots, ni des ignorants,

 

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 ni des hommes de mauvaise foi. Vu l'état de la science, on ne peut s'étonner que les décompositions chimiques aient été prises pour des transmutations.  

« Si vous projetez sur du cuivre de l'arsenic blanc  sublimé, dit saint Thomas d'Aquin, vous verrez le  cuivre blanchir ; si vous ajoutez alors moitié argent  pur, vous transformerez tout le cuivre en véritable  argent »  

Plus tard, par l'expérience, on reconnut que ce changement de couleur n'était pas une transmutation, mais une simple superposition.  

Comme on ignorait également que les sels liquides pouvaient contenir des métaux, les précipitations étaient prises aussi pour des transmutations.  

D'autre part, on avait des moyens imparfaits pour contrôler la présence de l'argent dans un alliage de ce métal avec l'or (cément royal, sulfure d'antimoine, eau forte). La chimie analytique n'existait pas, on ne faisait pas d'expériences de densité précises (1).  Mais à toutes ces recherches, la véritable science trouvait parfois son compte. Si les explications étaient erronées, les faits étaient réels.  

 A côté des prestidigitateurs pipant le creuset (2), il y avait les gens de bonne foi introduisant dans les expériences des éléments aurifères ignorés, tels que le chlorure d'or.  

(1) Voy. Berthelot : Les Origines de l'Alchimie.  

(2) Dans un remarquable mémoire lu à l'Académie des sciences  de Paris le 15 avril 1722, Geoffroy l'aîné dévoile les supercheries  les plus usitées :  

Creusets doublés, garnis dans le fond de chaux gommée, d'or et d'argent qui sous l'influence de la chaleur se désagrégeaient et séparaient leurs éléments ;  

Parcelles d'or ou d'argent introduites dans des charbons creux ;  

Baguettes de bois creusées contenant à leur extrémité le métal.

 précieux qu'on déposait dans le creuset en agitant le métal en  fusion ; 

 Petites quantités de métal précieux mêlé au métal vif qu'on travaillait ;  

L'or coloré par le mercure, mêlé aux métaux blancs ;  

Liquides comme le chlorure d'or et l'azotate d'argent contenant des métaux en dissolution ; 

 Métaux précieux dissimulés dans une gangue de métaux vils. 

 

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Malgré toutes leurs erreurs leurs insanités ou leurs  duperies, les alchimistes n'en ont pas moins préparé  ]a méthode expérimentale : l'observation et l'induction,  que Galilée, François Bacon et Descartes ont codifiées.  Il faut reconnaître que si les alchimistes n'avaient pas  amoncelé de nombreuses expériences, les créateurs  de la science moderne n'auraient pas pu avoir même  l'idée de chercher règles, formules et lois. 

 Si les alchimistes furent interdits au XIVème et au  commencement du XVème siècle par le pape Jean XXII à  Avignon, Charles V en France, Henri IV en Angleterre  et le conseil de Venise, du XVIèmee au XVIIIème siècle ils  étaient protégés dans l'Europe entière par les empereurs  Rodolphe II, Ferdinand III et Léopold Ier, par Frédéric Ier et Frédéric II de Prusse, par l'électeur Auguste  de Saxe, par Charles IX et Marie de Médicis en France,  par Edouard III, Henri VI et Elisabeth en Angleterre,  par Christian IV et Frédéric III en Danemark et Charles XII en Suède. 

 Si quelques-uns d'entre eux sont pendus de temps en temps par des princes allemands, c'est comme imposteurs, ou parce qu'ils ne veulent pas livrer les secrets  dont on les croit détenteurs.    

La liste des alchimistes contient, il faut le recon-

 

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  naître, des noms illustres et vénérés à côté de faux savants et de filous :  

S. Thomas, Arnauld de Villeneuve, Albert le Grand,  Alain de Lisle, Raymond Lulle, Paracelse, Nicolas  Flamel, Talbot, Van Helmont dont le fils convertit  Leibnitz à l'alchimie, Sweitzer (Helvetius) qui compta  Spinosa parmi ses adeptes,Te Cosmopolite, le Philalèthe, Lascaris, Botticher, Braun, Martin, Schmolz de  Dierbach, Delisle, Gaetano comte de Ruggiero, Saint-  Germain , Cagliostro, James Price qui en 1783, à Londres, acculé à une expérience de transmutation, s'empoisonna,  Guyton de Morveau qui, en 1786, confirmant l'assertion  d'un médecin de Cassel, annonça que l'argent fondu  avec l'arsenic se changeait en or. 

 Voyons maintenant les kabbalistes, qui sont tous quelque peu alchimistes :  

 

Parmi les meilleurs, les plus sincères, il faut nous  arrêter à Raymond Lulle(l), à cet homme singulier qui  fut canonisé par l'Eglise alors que ses adeptes étaient  déclarés hérétiques. Le maçon lulliste, ainsi que son  chef d'école dans son Grand Art, joue à la roulette avec  les facultés de l'entendement humain ; comme lui, en  faisant tourner trois roues concentriques, il pose des  problèmes et les résoud. Et cependant Raymond Lulle ne manqua parfois ni d'originalité, ni même de grandeur dans ses combinaisons naïves et bizarres, habilement appropriées aux habitudes ergoteuses de la  scolastique. Auxvnc siècle, le jésuite Kircher le préconisait encore et Leibnitz en fit l'éloge.  

Il est un autre écrivain auquel il est étonnant que  

(1) Né à Palma de Majorque en 1235, il fut martyrisé à Bougie  en 1315.

 

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 personne n'ait encore songé, c'est Thomas Morus (1486- 1535). Dans son fameux ouvrage : Utopia, sive de  optimo reipublicae statu (1518), on a voulu bien à tort ne  voir qu'un badinage, qui aurait servi seulement à créer  le mot utopie. Bien peu, il faut le reconnaître, ont entrepris de le lire, car après l'avoir étudié, on ne pourrait  plus donner au mot utopie le sens de rêve irréalisable.  En effet, de nos jours, ce rêve a été réalisé presque complètement. Pour le reste, on le trouve dans les programmes des partis politiques de l'extrême avant-garde socialiste et collectiviste. 

 Thomas Morus, dès le début, se pose en réformateur, voulant, sauf une exception que nous signalerons plus loin, supprimer la peine de mort et abolir la propriété  pour constituer le bonheur de l'humanité.  

Il expose son programme et le met en pratique dans l'île imaginaire d'Utopie, dans laquelle les habitants vivent sous une forme sociale nouvelle.  

Là, le premier souci du gouvernement est de fournir aux besoins matériels de la consommation publique et individuelle; tous les citoyens ont droit au gîte, à la nourriture et aux vêtements. On laisse à chacun le plus de temps possible pour s'affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit et développer ses facultés intellectuelles par l'étude des sciences et des lettres, qui constitue le vrai bonheur des Utopiens. 

 Tout vient du peuple, tout y remonte : les magistrats comme les prêtres sont élus au scrutin secret.  

L'organisation civile est républicaine.  

Les fonctions sont annuelles, excepté celle du chef  de la nation qui est nommé à vie. 

 Tout, sauf les femmes, appartient à tous ! Le mariage ne peut se contracter que lorsque les fiancés se sont vus  sans aucun voile; par contre, il peut être dissous par  

 

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simple consentement mutuel ; aussi l'adultère est-il  puni de mort.  

On tolère toutes les religions.  

Chacun est tenu de connaître l'agriculture et un autre métier, mais il n'est pas obligé de travailler plus de 6 heures par jour.  

On mange en commun dans des salles parfumées, au son de la musique. 

 Il est un point cependant en désaccord, tout au moins apparent, avec les programmes modernes : dans la  république d'Utopie, il y a des esclaves ! 

 Un grand nombre de f.-m. se sont aussi inspirés  de la philosophie de Philippe-Aurèle Bombast de  Hohenheim, connu sous le nom de Théophraste Paracelse (1493-1541), dont la doctrine était puisée à la  kabbale, à la philosophie hermétique et à l'alchimie,  Paracelse a la « prétention de connaître et d'exposer tout le système des forces mystérieuses qui agissent, soit dans la nature, soit dans l'homme, et qui échappent à la timidité de la philosophie et aux lenteurs de  la science ».  

Entre Dieu, la nature et l'homme, il y a des forces opératives qui produisent les phénomènes que nous percevons. Il s'agit pour l'homme de s'unir aux forces qui conviennent pour produire, soit des phénomènes physiques, soit des phénomènes intellectuels.  

Paracelse admet implicitement l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et les principes de la morale dont il est impie de vouloir faire la preuve.  

La création est divisée en macrocosme (l'univers) et en microcosme (l'homme) qui sont semblables ; au-

 

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dessus trône Dieu, centre et circonférence de tout. 

 Les germes de toutes choses possèdent en eux une force qui les rend capables d'agir et de se mouvoir, secondés par les influences d'agents extérieurs : lumière, chaleur, air, etc. Ces germes, il les appelle astres, aussi bien dans les parties de l'être humain que dans l'univers, où le vulgaire leur donne le même nom.  Les astres de l'univers sont en rapport avec les astres de l'homme et ont une influence sur les cerveaux de ces derniers, sans toutefois paralyser leur volonté. Au contraire, l'homme, par l'énergie, de son imagination, peut s'identifier les propriétés des astres. 

 C'est la puissance magique. 

 Paracelse développe la théorie des quatre éléments de la philosophie grecque: le feu, l'air, l'eau et la  terre, qu'il réduit ensuite à trois, attendu que le feu  est un agent donnant naissance aux astres avec sa  propre substance. 

 C'est, en résumé, la théorie d'Empédocle dont  l'alchimie s'était servie depuis longtemps en substi-  tuant aux éléments le sel, le soufre et le mercure ;

 

Le sel étant le fondement de la substance des corps ; 

Le soufre celui de leur croissance et de leur combustion ;  

Le mercure, leur liquidité et l'évaporation.

  

Mais il ne faut prendre ces corps que comme des symboles, avec leurs propriétés astrales et non avec leurs propriétés terrestres.  

Le feu est la source de la sagesse et de la sensibilité des pensées ; c'est à lui que l'homme doit le développement de son intelligence.  

Paracelse, malgré tout, est spiritualiste et il admet le principe de l'antériorité du principe spirituel sur le principe matériel ; il est même chrétien : « Il y

 

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a, dit-il, trinité et unité dans l'homme ainsi que dans  Dieu ; l'homme est un en personne, il est triple en  essence : il a le souffle de Dieu ou l'âme, l'esprit sidéré  et le corps. » 

 Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, ces questions sont encore agitées, discutées, appréciées et  préconisées par des f.-m. contemporains (1) dans  des formes analogues.  

Si Lulle est catholique jusqu'à souffrir le martyre ; si, avant de mourir pour avoir résisté à Henri VIII,  Thomas Morus, dans Utopia, est indifférent en matière  de religion ; si Paracelse est vaguement chrétien, avec  Socinus nous voyons apparaître le philosophe athée  dont le rôle a une importance capitale, attendu que  les f.-m. le reconnaissent comme leur grand ancêtre.  

Adriano Lemini, l'avant-dernier grand maître du Grand-Orient d'Italie, n'a t-il pas affirmé, il ya quelques années, que « le gouverneur suprême de l'art » d'un  bout du monde à l'autre était Lelio Sozzini, connu en  France sous le nom de Socinus. En effet, le lendemain de son élection, le 29 septembre 1893, dans une lettre encyclique, il déclare : « Nous lie pouvons pas oublier que - l'Italie a été le véritable berceau de la f.-m. et que Sozzini fut son véritable père ; c'est pour cela que  dans la direction des combats décisifs, par lesquels  nous allons assurer notre victoire, il faut rester jus-  qu'à la fin en Italie » (2). 

 Lelio Sozzini naquit à Sienne en 1525 et mourut à 

 (1) Oswald Wirth, la Médecine philosophale. 

 (2) Gowan. The X Rays. 

 

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 Zurich le 16 mai 1562 ; il était fils d'un habile jurisconsulte, Mariano Sozzini, dit le jeune. Dès 1545, Lelio,  fonda à Vicence une société qui avait pour objet la  destruction du christianisme, qu'il voulait remplacer  par le rationalisme pur. Cette société recruta des adhérents surtout parmi les partisans de l'hérésie arienne. En 1547 fut tenue, également à Vicence, une conférence à laquelle assistèrent des délégués venus  de tous les points de l'Europe : si tous les assistants  n'avaient pas les mêmes croyances, ils étaient tous unis  par leur haine commune du catholicisme et même du  christianisme, car Lelio s'attira la haine dés réformés  aussi bien que celle des catholiques. Sa doctrine repousse, en effet, les dogmes de la Trinité (1), delà consubstantialité du Verbe, delà divinité de Jésus, delà satisfaction et de l'expiation, qu'il attribue à l'influence de la philosophie païenne sur l'Eglise chrétienne. 

 Après sa mort, il trouva un continuateur zélé dans son neveu Fausto Sozzini (1539-1604). Comme son oncle, Fausto reniait la divinité de Jésus-Christ, la rédemption, le péché originel et la doctrine de la grâce. Son catéchisme, connu sous le nom de catéchisme de Racow, rejette également la résurrection universelle ; le bon seulement doit revivre, pendant que le méchant met fin à son existence.  

Il ne croyait donc ni au châtiment universel, ni à l'Enfer. 

 Sur sa tombe, à Luctavie, on grava ces deux vers : Tota licet Babulon destruxit lecla Luiherus,  Mnros, Calvinus ; sed fundamenta Socinus. 

 L'ambition, de Sozzini était de construire sur les 

(1)     Il reconnaissait seulement Dieu le père; le Fils était simplement un homme doué particulièrement ; dans le Saint-Esprit, il  ne voyait qu'une force de la divinité

 

.  

 

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ruines de l'Église un temple qui aurait renfermé l'exercice de toutes les croyances, depuis la libre pensée  sans dogmes jusqu'au culte de Lucifer. 

 Tous les précurseurs de la f.-m. n'avaient cependant pas des théories philosophiques aussi perverses que celle de Socinus. 

 Si, dans une certaine mesure, on peut considérer Paracelse comme le successeur de Lulle, Jacob Boehm  fut l'héritier de Paracelse. 

 Son influence fut considérable en Allemagne, qu'il imprégna pendant le XVIIIème siècle et une grande partie du XIXème. Le personnage est du reste intéressant. Né près de Gorlitz en 1575, il était fils de pauvres paysans ; pendant sa jeunesse il était d'une dévotion exaltée, sans instruction générale, il exerça le métier de cordonnier pendant toute sa vie. 

 Connu sous le nom de Philosophe Teutonique, c'était, au résumé, un mystique, un théosophe et un halluciné.  Il se voyait, par un effet de la grâce, au comble de toutes les grandeurs. Ce fut sous l'influence de la philosophie de Paracelse qu'il fut entraîné au mysticisme. Il croyait sincèrement avoir reçu de Dieu la mission de dévoiler les mystères inconnus avant lui. Il eut à diverses époques trois extases qu'il a racontées. Il se sentait ravi dans le centre de la nature invisible, ayant une vue  intérieure qui lui permettait de lire dans le coeur de  chaque créature. Il était convaincu qu'il tenait de  Dieu, par grâce spéciale, la science universelle . et absolue, et cette science, il la communiquait à ses lecteurs, sans ordre et sans preuves, dans un langage  emprunté à l'Apocalypse et à l'alchimie.   

 

 

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 Après avoir déblayé tout ce mysticisme de ses exagérations, on trouve dans Boehm.un.vaste système de métaphysique dont un panthéisme effréné fait le fond. 

 Dieu est le principe, la substance et la fin de toutes choses, et voici comment il explique le mystère delà Trinité : 

 1° Dieu considéré en lui-même ne peut être défini ; il n'est ni bon ni méchant ; n'a ni volonté, ni amour, ni haine. Son sein renferme le mal et le bien ; il est tout et rien. C'est Dieu le Père.  

2° Dieu, tel qu'il se manifeste et tel qu'on peut le comprendre, est la lumière dans les ténèbres ; il a une volonté : c'est Dieu le Fils.  

3° L'expansion de la lumière, l'expression de la sagesse par la volonté, l'exercice des facultés divines, c'est le Saint-Esprit.  

Boehm prend l'âme humaine pour exemple de sa théorie :

  

1° L'esprit par où tu penses, cela signifie Dieu le  Père.  

2° La lumière qui brille dans ton âme afin que tu puisses connaître ta puissance et te conduire, cela  signifie Dieu le Fils.  

3° La base affective qui est la puissance de la lumière, l'expansion de cette lumière par laquelle tu régis ton corps, c'est Dieu l'Esprit-Saint.

  

Il y a deux natures sorties de la même source : l'une éternelle, invisible, directement émanée de Dieu l'autre, la nature visible et créée, l'univers proprement dit. 

 L'homme contient en lui une image et un résumé de toutes choses ; il tient à Dieu par son âme, dont le principe se confond avec l'essence divine. Par l'essence de son corps, il tient à la nature éternelle, cause et siège de

 

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toutes les essences ; par son corps proprement dit, il  appartient à la nature visible. 

 Avec une semblable philosophie, toute morale est forcément un non-sens : le but de la vie est de ne s'attacher à rien dans ce monde, de dépouiller sa volonté, s'efforcer de ne pas être et de hâter par la prière contemplative l'instant où l'âme doit se réunir à Dieu. 

 Parmi les membres de la Stricte Observance templière d'Allemagne, nous trouverons de nombreux disciples de la philosophie de Boehm ; par Strasbourg et  Lyon elle eut aussi de nombreux adeptes en France.

 

Un autre écrivain, qu'on ne peut à proprement dire être un véritable philosophe, eut une influence également considérable sur la f. m.. C'est en effet sur ses indications que se formèrent des groupements de penseurs qui plus tard s'introduiront dans la f. m. et  se substitueront à l'organisation corporative. 

 JeanValentin Andréa (1), abbéd'Adelsberg, fut, sans  le vouloir,. le fondateur de l'ordre des Rose-Croix.  

En 1610, Andréa publiait une oeuvre toute d'imagination, ayant pour titre : Fama fratemitaiis, ou découverte de l'ordre honorable des Rose-Croix Dans cette  fiction, il racontait l'histoire fabuleuse d'un certain  Christian Rose-Croix qui aurait trouvé un secret, enfoui  depuis des siècles, pouvant faire le bonheur de l'huma-  nité. Pour assurer le succès de sa propagande, il aurait fondé un collège secret (loge) ayant pour but la bienfaisance, l'internationalisme, l'avancement de la vraie  

(1)   Né à Herremberg (Wurtemberg) le 17 août 1586, mort le  27 luin 1654.

 

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 morale et de la vraie religion. Les membres dé cette société devaient s'engager à la plus sévère discrétion. 

 Le livre eut un grand succès et, en Angleterre en particulier, on crut à l'existence réelle de l'ordre des Rose-Croix. , 

 Andréa donna des suites à son premier roman. En 1614, il publiait la Réformation universelle du monde  entier avec la Fama fraternitatis de l'ordre respectable  de la Rose-Croix ; en 1616 paraissait la Noce chimique  de Christian Rose-Croix ; en 1617, Rosa florescens,  contra Menapii calumnias, dans laquelle il fait l'apologie des Rose Croix, sous la signature de Florentinus  de Valentia.  

Le clergé catholique aussi bien que le clergé protestant s'émurent du succès de ces ouvrages, qui pouvaient entraîner les gens de bonne foi, firent avertir Andréa d'avoir à cesser ses publications et à les désavouer.  

Andréa se retira à Strasbourg où il fit imprimer en 1619 : Turris Babel, judiciorum de fraternitate Roseae Crucis chaos. Dans cet ouvrage Andréa proteste contre l'existence de la société des Rose-Croix, qui s'était réellement formée pour mettre sa fiction en pratique, déclare  qu'il n'avait écrit qu'une série de romans dans ses  oeuvres précédentes et qu'il avait choisi le nom de Rose-Croix en s'inspirant du cachet de sa famille : une croix de saint André avec une rose entre chaque  branche ; il se moquait des gens qui avaient cru à la réalité de son conte, qui avait assez duré, puisqu'il  était parvenu à mystifier ses lecteurs. 

 Andréa eut beau protester ; on ne voulut pas croire ses affirmations, et des sociétés inspirées de ses ouvrages se formèrent en Allemagne. Cependant les R.'.-C.'. ne

 

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devaient être ni très nombreux ni très connus, car  Descartes les chercha dans toute l'Allemagne sans  pouvoir les rencontrer. 

 La France aurait eu aussi sa société de R. C.  sous Louis XIII.  

On ne sait s'il faut prendre au sérieux les affiches que des R. C., ou des mystificateurs firent placarder, en 1622, dans les rues de Paris :  

« Nous, députés du collège principal des frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très Haut, vers lequel se tourne  le coeur des justes. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d'erreur et de mort. »  

Après leur échec, la même année, ils auraient fait placarder de nouvelles convocations : 

 « S'il prend envie à quelqu'un de nous voir, par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec  nous ; mais si la volonté le porte réellement et de fait  à s'inscrire sur le registre de notre confraternité, nous  qui jugeons des pensées, lui ferons voir la vérité de nos  promesses ; tellement que nous ne mettons point le  lieu de notre demeure, puisque les pensées, jointes à  la volonté réelle du lecteur, seront capables de nous  faire connaître à lui et lui à nous. » 

 En Angleterre, Robert Fludd (1) se posa en défenseur de l'ordre des Rose-Croix, en le regardant comme  

(1) Né à Milgate (Kent) en 1574, mort à Londres le 8 septembre  1637.

 

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 l'antique symbole de la croix teinte du sang de Jésus-Christ. En 1617, sous le pseudonyme de Robertus de  Fluctibus, il publie successivement à Leyde : Apologia  compendiaria, fralernitatem de Rosea Cruce, suspicionis et infamise maculis aspersam abluens et Tractatus apologeticus integritatem societatis de Rosea Cruce defendens contra Libanium et alios. Ces ouvrages eurent un  succès considérable ; des sociétés de Rose-Croix se formèrent à Londres, sous l'influence de Fludd, dont  elles adoptèrent les doctrines philosophiques. L'on peut même dire que ce furent aussi bien les théories de Fludd qui furent adoptées par les maçons philosophes,  lors de la réformation de 1717, que la méthode de  Bacon.

 

Fludd vaut du reste la peine qu'on étudie sa personne et ses écrits, fort peu connus en France. 

 D'abord militaire, il abandonna bientôt le métier des armes pour les sciences, les lettres, l'alchimie et la théosophie. Après avoir visité l'Allemagne, la France et l'Italie, il revint en Angleterre et se fit recevoir médecin. 

 Comme celle de Boehm, sa philosophie est inspirée de celle de Paracelse et de Cornélius Agrippa de Nettesheim ; c'est un mélange des chimères de l'alchimie,  des idées kabbalistiques et des traditions néo-platoniciennes et hébraïques recueillies dans les prétendus  écrits de Mercure Trismégiste, mêlées aux ambitions et  aux rêveries, des Rose-Croix. C'est le panthéisme le moins déguisé, presque le matérialisme, présenté sous le masque du mysticisme et avec le secours de l'interprétation allégorique avec laquelle il prétend donner le véritable sens de la révélation chrétienne. 

 Dieu est le principe, la fin et la somme de tout ce qui existe. Tous les êtres et l'univers lui-même

 

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sont sortis de son sein, formés de sa substance et retourneront en lui, quand le temps et le but de leur existence seront accomplis. A proprement parler, la création n'a jamais commencé. C'est l'Ensoph de la kabbale, l'unité ineffable de l'école d'Alexandrie, le Père inconnu du gnostici sixte. 

 L'être et le non-être, la lumière et les ténèbres,  l'activité et l'inertie, la contraction et l'expansion, le  bien et le mal, sont effacés et anéantis dans la plus  parfaite identité. La volonté et la nolonté par leurs actions simultanées et leur combinaison ont créé les éléments et les qualités dont l'univers se compose.  

On le voit, son panthéisme incline bien plus vers la matière que Arers l'esprit. 

 Comme les philosophes de l'antiquité, il adopte la théorie des quatre éléments, dont il explique la formation et la succession. L'air refroidi est devenu l'eau; celle-ci, condensée, est devenue la terre, et cette dernière, sous l'influence delà lumière, est devenue le feu. 

 C'est à la kabbale qu'il emprunte le mode de formation des êtres et ses quatre mondes étroitement unis et subordonnés l'un à l'autre : 

 

1° Le monde archétypique, où Dieu se révèle à lui-même et qu'il remplit de sa substance sous la forme la  plus élevée ; 

2° Le monde angélique, habité par les anges et les purs esprits, agents immédiats de sa volonté divine.  

3° Le monde stellaire formé par les étoiles, par les planètes et par tous les grands corps dont l'ensemble est nommé le ciel ;  

4° Le inonde sublunaire, c'est-à-dire la terre et les cr

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 20:13

Nous évoquons ici une   partie de la vie d’un Franc-Maçon que nous estimons     beaucoup et dont nous tenons une grande partie de notre légitimité et régularité maçonnique. Nous reviendrons dans un autre article sur la transmission de l’influence spirituelle, dont nous croyons comme René Guénon qu’elle se transmet d’initié à initié, et aussi par le truchement de l'essaimage et non pas par une simple organisation administrative.

 

        Robert Ambelain est né le 2 septembre 1907, à Paris. Homme de lettres et historien il fut très vite reconnu par la société littéraire et historique comme un chercheur de qualité non dénué de caractère. Membre sociétaire des Gens de lettres et de l’Association des écrivains de langue française « mer et outre-mer », de l’Académie nationale d’histoire, de l’Académie des sciences de Rome (section littéraire).

 

        Sa production est importante dans différents domaines qui par leurs connexités ramènent cet auteur vers les sphères initiatiques et occultistes de la grande tradition. Il signe sous son nom et divers pseudonymes 42 ouvrages et d’autant d’articles, publiés de 1936 à 1986. Sa carrière littéraire va de pair avec une carrière maçonnique remarquable. Au plan opératif, il fut reçu à la sortie de la guerre Compagnon ymagier du Tour de France (Union Compagnonnique des Devoirs Unis) sous le nom de «Parisien-la Liberté », (1945).

        Au plan spéculatif il fut reçu Apprenti le 26 mars 1939 à la loge « La Jérusalem des Vallées Égyptiennes », Rite de Memphis-Misraim. Avec le parrainage de C. Chevillon, Grand Maître.

        La période est risquée, nombre de francs maçons sont dénoncés et déportés dans les camps d’extermination. La question de la survie des loges et des rites est de première importance et seuls quelques hommes courageux œuvrent à la continuité de la transmission initiatique de sorte que la dévolution successorale ne soit jamais rompue.

 

        Il est reçu Compagnon et Maître le 24 juin 1941. Chargé par C. Savoire, R. Wibaux, R. Crampon et G. Lagrèze, hauts dignitaires du Rite de Memphis-Misraim, du Rite Écossais Ancien Accepté, du Rite Écossais Rectifié, de maintenir le Rite de Memphis-Misraim dans la clandestinité, constitue avec des membres de diverses obédiences ralliés à la Résistance maçonnique, la Loge Alexandrie d’Égypte, puis son chapitre.

        Le Temple est tenu à son domicile, 12, square du Limousin, Paris (13e), avec insignes et accessoires rituels. Dans ces circonstances exceptionnelles, il reçoit pour cela, au cours des années d’Occupation, les pouvoirs et patentes nécessaires. La lignée est assurée successivement par le G\M\Jean Bricaud ayant pour successeur  Constant Chevillon puis Charles Henri Dupont. De ces derniers, il reçu le pouvoir de constituer loges et chapitres pour le Rites Cerneau, Rite Ecossais Primitif, Rite de Memphis Misraïm.

 

        Il reçu tous les degrés du Rite Écossais Ancien Accepté, jusqu’au 33e inclus; du Rite Écossais Rectifié, y compris ceux de l’Ordre Intérieur (Chevalier de la Cité sainte, Profès), tous les degrés du Rite Ancien et Primitif de Memphis- Misraim, jusqu’au 95e inclus; tous les degrés du Rite suédois, jusqu’au chevalier du Temple. À ce titre on affirmait qu’il fut le plus titré de ses contemporains au plan maçonnique. Son goût et son aptitude à prendre des responsabilités se traduisent dans les Grandes Maîtrises qu’il assuma avec une aisance naturelle. Ainsi il devint successivement :

 

        - Grand Maître ad vitam pour la France et substitut grand maître mondial du Rite de Memphis-Misraim (1943- 1944).

        - Grand maître mondial dudit Rite en 1962.

        - Passé Grand Maître Mondial d’Honneur du Rite de Memphis-Misraim (1985) ;

        - Grand Maître d’Honneur du Grand Orient Mixte du Brésil;

        - Grand Maître d’Honneur de l’ancien Grand Orient du Chili;

        - Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés pour la France; où il fit dépôt d’un certain nombre de rites, tout en « extirpant » le Rite Ecossais Primitif à son départ.

        - Grand Maître pour la France du Rite Écossais Primitif (Early Grand Scottish Rite), Rite rare reveillé en 1985 qui continue d’être pratiqué sous l’égide de Désiré Arnéodo qu’il nomma Grand Maître Adjoint. Ce dernier tenant l’ensemble de ses grades, titres et patentes dans le cadre traditionnel de la dévolution successorale initiatique. C’est des États-Unis que nous revient le Rite Ecossais Primitif, patente étant donné le 30 septembre1919 de ré instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 ed Slatkine, Genève, 1981, 2eme édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971, qui lui-même en transmettra patente à Constant Chevillon en 1934 qui les transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. Enfin c’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveille effectivement ledit rite dès 1985 dans la Loge de réveil « Saint André d’Écosse » le 20 mars 1985 à Paris. En fin il crée la Grande Loge du rite.

  

        Le 20 décembre 1991 Désiré Arnéodo devient Vénérable de la « Lumière Ecossaise » (titre "ad vitam") conformément aux principes du REP et en vertu d’une patente d'exercice signée de Robert Ambelain.

        En 1993 nomination de Désiré Arnéodo au poste de Grand Maître régional pour le sud et l’Outre Mer. Remise en mains propres des patentes d'exercice, rituels et historiques le 20 décembre 1993.

        Après une période en Loge libre, nomination à la Grande maîtrise de la GLSREP en 2011.

        Cette loge a désormais essaimée en plusieurs LL\ filles dont les « Écossais de Saint Jean » à l’O\ de Hyères, formant ainsi la base de la Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 23:38

Rite Ecossais Primitif en France, aperçu historique

 

Le « Rite Ecossais Primitif » se veut l’un des plus ancien Rite maçonnique symbolique et traditionnel encore pratiqué de nos jours : il pourrait être considéré comme l'ancêtre de certains Rites. Il souche en lui, l’ensemble des germes qui vont prospérer à compter de la deuxième partie du XVIIIe siècle. L’initiative du réveil du Rite revient à Robert Ambelain, détenteur des patentes et des éléments transmis par ses glorieux aînés, qui malgré les années noires de la seconde guerre mondiale, a su remettre en forme et en ordre la quasi-totalité du Rite.

C’est un véritable travail de chartiste que l’intéressé a effectué, un travail de vérification et de recherches dont l’objectif avoué consistait à rendre au Rite Ecossais Primitifs ses ors et son sens primordial. Il a dû prudemment tenir compte des évolutions tectoniques de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ce parcours de vérification, d’une masse documentaire digne des plus grands encyclopédistes, fut mené dans l’après-guerre, jusqu’en 1985. Il s’agissait d’accorder ladite documentation, dont il était pour partie dépositaire via patentes et rituels, avec les sources historiques des premières implantations de LL\ maçonnique en France. Ces travaux de recherche s’effectuant sur un plan historique, avec une tradition essentiellement orale, mena l’intéressé vers un travail de recoupement et de synthèse, dont nous profitons aujourd’hui. L’écueil des excès de transformation des rites n’a affecté le REP qu’à la marge. Ainsi, les décors originaux du rite non francisés, lui ont été restitués en fonction de la tradition des loges régimentaires.

La légende d’Hiram dont l’apparition est postérieure à 1730 est expurgée, suivant les termes du S\G\M\« de son caractère contre initiatique et antichrétien ». Pour l’essentiel, il s’agissait de rétablir le sel et le mercure des rituels d’origine, tout en acceptant une partie du souffre des adaptations historiques, qui consiste en l’apparition du grade de M\ et de sa légende, soit l’élaboration d’un écossisme ramené a une simplicité aussi indispensable qu’originelle.

Contrairement à une idée répandue, à l’initiative de certains intellectuels soucieux de monopoliser et de contrôler les sources historiques, la Franc-Maçonnerie spéculative des origines, n'est pas née uniquement de la G\L\de Londres fondée en 1717 par le pasteur James Anderson. Bien que cet événement cristallise en lui certaines influences et sera le modèle futur de développement de la franc-maçonnerie continentale, la Franc-Maçonnerie française descend naturellement des premières LL\ installées par les immigrés de la Grande île et ceci dès le 26 mars 1688.

Cette date deviendra le point de départ d’une recherche historique démontrant l'existence de LL\militaires Stuartistes, composées d’officiers et de bas-officiers, au sein des régiments écossais et irlandais ayant fidèlement escorté le roi Charles II d'Angleterre dans son exil français. D’après Robert Ambelain « ce sont ces loges militaires qui introduiront en France la maçonnerie avec l’arrivée de Jacques II d’Angleterre en exil à Saint-Germain-en-Laye, et les régiments fidèles qui l’on suivi, composés d’Écossais et d’Irlandais, catholiques, protestants ou anglicans, mais liés par leur serment de fidélité au souverain ( Franc-Maçonnerie oubliée, p. 35). Cette incursion au royaume de France pris racine et se ramifia dans un mouvement plus large pour constituer les LL\ Stuartistes ou Jacobites. 1688, constitue la base de nos recherches sur le Rite Ecossais Primitif. À ce stade, il convient d’aborder l’étendue de la recherche autour du terme « Early Grand Scottish » dans des textes ou témoignages antérieurs. On trouve mention du « Rite Ecossais Primitif » dans un des plus anciens documents maçonniques existants. Nous reprenons les recherches de l’archiviste de la « Lumière Ecossaise » à l’Orient d' Ollioules, une des deux dernières LL\ régulières en lignage direct d'avec Robert Ambelain : « Ce document datant du 16e siècle (1590), est d'importance, car il est écrit de la main d'un « F\ Visit\» assistant à la réception d'un App\ lors d'une tenue de maçonnerie spéculative au « Early Scottish Rite » et qui relate sa visite. C'est l'un des tous premiers documents faisant état de l'existence d'une maçonnerie spéculative ».

C’est ici une contribution d’importance qui, sans constituer une preuve en soi, nous oblige à faire état des évolutions des rites en Écosse et en Angleterre. Jusqu’en 1630, les anciens devoirs qui dominent les rituels maçonniques opératifs sont de nature gothique et directement sous influence catholique.

Cette influence, ainsi que les dorures du gothique tendent à diminuer, notamment au profit de l’anglicanisme. L’arrivée des calvinistes va remettre en cause l’ancien style et l’ancienne tradition des cathédrales, au profit d’une démarche stylistique plus épurée, tout en maintenant un devoir de mémoire imposé par les Statuts de William Schaw de 1598 et 1599. Il y met au point, pour toute l'Écosse, une réglementation en langue écossaise, de la profession de maçon "opératif", distincte des guildes de métier ainsi qu’une réglementation fonctionnelle et hiérarchique des LL\ maçonniques à trois niveaux: Apprentis-entrés, Compagnons et Surveillant de la L\interit prenteiss, fallow of craft, warden »). Le terme de maître maçon (master massoun) y est également employé, mais il désigne un état d'artisan et non pas une fonction dans la L\.

William Schaw imposa aux LL\ opératives le « devoir de mémoire » et la présence d’un secrétaire.

C’est dans ce cadre que va s’élaborer le « Masson Word ». Ce nouveau rituel s’établit dans la région de Kilwinning en Écosse vers 1630. C’est la conjonction des deux séries de rituels, catholiques « Anciens devoirs » ou « gothiques » et Calvinistes du « Masson word », qui donnera naissance au « Early Grand Scottish ».

L'histoire apportera son lot d’inflexions, pour en arriver à une période dite de transition où l’on verra des tiers, non maçons, être « acceptés » dans ces confréries opératives, ou des loge des Anciens devoirs, amenant leurs connaissances, leurs finances et leurs relationnels. Trois points qui semblaient indispensables à la survie et la revitalisation de ces LL\ en perte de vitesse depuis l’arrêt des grands chantiers.

À la suite de Robert Ambelain, nous pouvons affirmer que ce rituel trouve son fondement légendaire et probablement historique dans ce centre Traditionnel de l'écossisme des origines, soit à Kilwinning en Écosse, et plus précisément sur le mont Heredom. À ce stade il est bon de rappeler que légendes et mythes ont toujours tissé la toile de fond des rites opératifs et spéculatifs et que le travail de l’historien doit s’en accommoder, au risque d’ignorer la plasticité initiatique de la Franc-Maçonnerie de tradition.

Le REP se prévaut d’avoir la même tradition originelle que l'ordre fondé par Robert Bruce le 24 juin 1314 pour célébrer la victoire écossaise de Bannockburn avec l’appui de templiers réfugiés. La dénomination de l’Ordre de Saint André du Chardon sera relevée par Charles II en 1658 à Londres dans le but de décorer le général Monck et ses partisans vainqueurs. Elle constituera un ensemble d’hommes aguerris, conquis à la cause Stuartiste et aboutira à une duplication maçonnique de l’ordre sous le titre de M\ Écossais, Chevalier de Saint André du Chardon. Ce grade, aujourd’hui pratiqué au REP est « bicéphale », en ce sens qu’il s’attache au grade de maître écossais qui autrefois avait barre sur les LL\car il alimentait la charge de M\de L\, et qui au surplus constituait le développement naturel du grade de Maître, vers un exaucement chevaleresque sur lequel nous reviendrons.

Ce seront de très fidèles maçons qui animeront les LL\françaises durant l’exil et apporterons aux grades supérieurs de l’écossisme une double lecture du grade. La première sera liée à la bible et à la connaissance symbolique de Esdras I et II, avec toute la charge mythique de l’exil et du retour, mais aussi et de manière plus prosaïque, le retour conquérant vers la Grande île et la reconquête du trône. Il y a donc une pensée symbolique de haute volée, et sa duplication politique de circonstance.

Une prudence sémantique s’impose cependant lorsqu’il s’agit de rechercher l’origine d’une expression qui, par sa nature même, peut être considérée comme générique. Peut-on en effet soutenir durablement que la préexistence d’un rite ne tienne qu’à sa provenance et sa dénomination ? Certainement pas.

Aussi au risque de blesser certains dans leurs vérités acquises depuis 1991, il me semble utile de comparer les rituels pour admettre une filiation « Early Grand Scottish ».

Il sera enfin possible de déterminer, avec la variable imposée par le temps et les adaptations aussi nombreuses que circonstancielles, à quelle souche peut être raccordé tel ou tel rite pratiqué. Quoiqu’il en soi, on retrouve mention de ce rite dans « Rituels et Degrés du Early Grand Scottish Rite » publié en 1890 par Mattew Mc Blain.

Ce dernier, malgré les réserves que l’on peut faire sur son parcours, y précise que ce rite est le plus ancien des anciens rites : « The primitive Early Grand Scottich Rite is the oldest practised by the Grand Council ».

Ceux-ci se comprennent comme le système qui précède et inspirera les rites dits « écossais » comme le RER le Rite Zinnendorf, le Rite Suédois, la Stricte Observance Templière, d’une part, et d’autre part, le REAA.

Il est important de préciser que le terme de Rite dit « Écossais Primitif » recouvre une multitude de rites anciens qui d’un même souchage ont produit des variantes aussi nombreuses que les villes ou ils furent pratiqués. C’est ainsi que certains hauts dignitaires de la maçonnerie du XVVIIIème siècle détenaient jusqu'à 1500 rites (Voir à ce sujet les apports des Chefdebien aux Chapitres et Orients auxquels ils participèrent, corpus de rites recueillis ultérieurement par le Grand Orient.)

 

La destinée Stuartiste et mouvement Jacobite

 

Le Rite Ecossais Primitif a dès son implantation en France, parti lié avec la famille royale Stuart, dans une longue lignée de cousinage. Il est nécessaire de rappeler les liens particuliers qui existent depuis la guerre de Cent Ans entre la France et l’Écosse, marquée par le mariage de Louis XI et de Marguerite d’Écosse fille de Jacques Ier en 1436. Louis XIII devient beau frère de Charles Ier. Louis XIV sera cousin germain de Charles II et de Jacques II, Louis XV cousin de Jacques III, Louis XVI de Charles III, et Louis XVIII celui de Charles X.

Robert Ambelain dans ses différents courriers et communications verbales, nous a décrit de manière suffisamment précise l’arrivée du rite transporté dans les bagages des officiers et bas officiers des régiments irlandais et écossais.

 

Cette arrivée sur notre sol s’explique par les problèmes politiques et religieux qui sévissent chez nos voisins anglais, écossais et irlandais. La révolution est en marche de l’autre côté de la Manche. La fraction catholique Stuartiste menée par Charles II d’Angleterre est en difficulté face à la maison de Hanovre. Il obtient l’asile pour lui-même et quelques régiments constitutifs de sa garde, embryon de corps expéditionnaire en vue d’une reconquête ultérieure.

Cette arrivée des régiments fit l’objet d’un morceau d’architecture lue par Robert Ambelain, en L\féminine de Memphis Misraïm R\L\Le Delta au zénith de Neuilly sur Seine, le mardi 8 octobre 1991.

Il est précisé dans ces travaux, le rôle de protecteur de la famille Stuart sur l’Ordre maçonnique au travers de ses différents rois : Charles 1er, Charles II, Jacques II, Charles III. Protecteurs de la Franc-Maçonnerie, ces rois favorisent la diffusion des cet ordre initiatique parmi d’autres à l’époque, donnant ainsi ses lettres de noblesse à cette maçonnerie écossaise qualifiée plus tard de Jacobite.

On relève dans ce sens Charles Ier favorisant la publication des textes mystiques tels que ceux de Jacob Böhme. Charles II en 1672 promulgue l’édit de la liberté de conscience. Jacques II emboîtera le pas de ses aînés.

 

Au plan international le Royaume de France voit d’un bon œil tout ce qui est de nature à lutter contre les puissances maritimes protestantes. Ces régiments repartent à la conquête de leur île d’origine. Le Roi Charles II sera enfin couronné en 1661.

Son frère cadet prend la succession de Charles II décédé en 1685. Jacques II est le troisième fils du roi Charles Ier, décapité lors de la révolution de 1649, et de la reine, née Henriette de France, fille d'Henri IV de France. Il est aussi le cousin germain du roi de France Louis XIV, et l'une de ses sœurs, Henriette d'Angleterre, épouse Philippe de France, duc d'Orléans, frère dudit Louis XIV. Preuve de la confiance et du soutien de son frère aîné, le 27 janvier 1644, il est fait duc d'York, titre traditionnellement conféré au second fils survivant des souverains anglais. Les liens de parenté vont prévaloir dans tous les aspects y compris dans la liberté et l’usage qui va précéder l’implantation des premières loges en France, du moins dans les trois premières décennies.

Louis XIV apporta son soutien à Jacques lors de son exil. Il l'avait déjà fait duc de Normandie peu après la restauration de Charles II.

L’évènement majeur qui va causer sa perte est sa conversion au catholicisme de manière secrète.

Le témoignage de son ouverture d’esprit est essentiellement marqué après son avènement, par les faveurs accordées aux Églises minoritaires (dont l'Église catholique), et par l'accueil d'un nonce apostolique à Londres.

Face au risque de dynastie catholique, la naissance d'un héritier mâle en 1688 inquiète la grande majorité de ses sujets. La noblesse tente un rapprochement avec sa fille Marie et son époux Guillaume d'Orange, chef des armées hollandaises dans le but de renverser le roi. Ceux-ci débarquent en 1688, à Torbay, entraînant la fuite de Jacques II sans combat le 11 décembre 1688, il finit par déposer le pouvoir le mois suivant. Il trouve refuge auprès de son cousin germain, Louis XIV comme nombre de ses partisans (d’où l’appellation Jacobites). Pour aider sont cousin le catholique Jacques II d'Angleterre, à retrouver son trône, Louis XIV lui propose une flotte et des hommes mis sous l'autorité de Tourville.

L'embarquement est prévu en Cotentin avec vingt mille hommes et soixante-dix vaisseaux pour débarquer près de l'île de Portland. L'opération tourne à l'échec au cours de la bataille de la Hougue. Il réside au Château de Quinéville durant ces événements et assiste au désastre depuis le clocher du village. Ces évènements sont connus sous le nom de « Glorieuse Révolution ». Pour contrer la Ligue d'Augsbourg (Angleterre, Provinces-Unies, Autriche, États d'Allemagne, Espagne), Louis XIV tente de replacer Jacques II sur le trône et ainsi de déplacer la guerre en Angleterre. Jacques II subi une succession de défaites suite au débarquement en Irlande, au siège d’Athlone, à la bataille d'Aughrim et au siège de Limerick. Ces défaites lui ôte tout espoir de retrouver son trône.

Jacques II meurt le 16 septembre 1701 au château de Saint-Germain-en-Laye sans avoir pu reconquérir le trône. Son corps est inhumé en l’église paroissiale.

On remarquera que de nombreuses familles exilées ont fait souche sur le continent et à Saint Germain notamment, on y trouve trace de leur implantation au cimetière de la ville.

Les exilés Stuartistes auraient contribué à fonder plusieurs loges maçonniques en Europe, à la suite des LL\ militaires irlandaises et écossaises. Ce rapide survol événementiel met en avant trois points fondamentaux :

- Les Stuarts ont toujours été un soutien indéfectible à la Franc-Maçonnerie ;

- Les liens d’amitié et la filiation entre la France et l’Écosse sortent renforcés par ces évènements et vont contribuer au bon accueil des exilés avec leurs usages maçonniques ;

- La reconquête du pouvoir est une constante politique qui va hanter les relations internationales, relayée par l’activité conspiratrice des LL\dites Jacobites.

En trois ans de règne seulement, Jacques II a fait preuve d’un sens de l’État mêlé à ses convictions personnelles. À l’égal de ses devanciers, on prétend qu’il fut G\M\ de la Franc-Maçonnerie. Il est certain que son empathie était totale. Il appuie par ses actes une forme de liberté de conscience.

La déclaration dite d’indulgence de 1687 et l’édit de Tolérance de 1693 ont joué un rôle majeur dans l'histoire politique anglaise avant d'être rejetés massivement lors de la Glorieuse Révolution de 1688, au cours de laquelle les intellectuels whigs décident d'appeler à l'aide les Néerlandais et les réfugiés huguenots français des Provinces-Unies pour se débarrasser du dernier représentant de la dynastie catholique Stuart. Cette politique transfrontalière est fondée sur l’ostracisme religieux qui régnait sur la Grande île qui fût la base de son rejet, les considérations de politique internationale vont rejoindre cette opposition entre catholiques et protestants.

Cousin et ami proche de Louis XVI, Jacques II trouve asile en France, avec une importante colonie de soldats Jacobites (le nom vient du sien), installés à Nantes, d’où ils préparent les tentatives de reconquête de 1692, 1707, 1711 et 1746.

Ses fidèles amis de la dynastie marchande des Irlandais de Nantes, menée par Anthony Walsh, père et fils, prirent le relais et jouèrent un rôle central dans l'expansion coloniale du XVIIIe siècle aux Antilles.

Au plan sociologique, on notera l’afflux vertigineux pour l’époque de quarante mille réfugiés sur le territoire du royaume de France ; composés pour l’essentiel de militaires et pour 40% d’aristocrates, qui feront souche apportant outre l’esprit Jacobite, les usages rituelique des LL\dites écossaises et irlandaises. Ce fait induit naturellement une diversité des rituels appliqués en royaume de France en fonction de la provenance des maçons. Il faut comprendre que le rite écossais primitif d’Edinburgh ne pouvait être identique à celui qui avait cours à Dublin ou à Londres.

Saint-Germain-en-Laye en 1688 devient le centre de la résistance Jacobite en exil. Les réfugiés sont hébergés au château.

 

Loges écossaises et jacobitisme

 

Nous abordons ici un versant plus prosaïque du développement des LL\écossaises dans le royaume de France. Le « jacobitisme » historique était un mouvement politique, fondé entre 1688 et 1807, composé d’individus qui soutenaient la dynastie détrônée des Stuarts. Ils considéraient comme usurpateurs tous les Rois et Reines britanniques ayant régné pendant cette période. Ce mouvement, plus qu’une tendance politique correspond à un état d’esprit très proche de l’esprit français de l’époque, recherchant un point d’appui anti Hanovrien.

Le « jacobitisme » moderne est un petit mouvement composé de ceux qui considèrent toujours comme illégitimes les rois et les reines régnants sur les pays de l'Empire britannique et du Commonwealth depuis 1688 jusqu'à aujourd'hui. Les Jacobites modernes considèrent de fait que la reine Elisabeth II (née en 1926, reine depuis 1952) n'est que "la princesse Philippe de Schleswig-Holstein-Sonderbourg-Glücksbourg".

Jacques II et VII fut contraint d’abandonner le pouvoir à cause de l'invasion de l'Angleterre par les troupes hollandaises de son neveu et gendre Guillaume III, prince d'Orange. Guillaume a été invité à renverser son oncle par certains hommes politiques appelés les Whigs.

En 1689, Guillaume et sa femme la princesse Marie sont conjointement proclamés « Roi et Reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Écosse ».

Guillaume III et Marie II par le truchement des parlements d’Angleterre et d’Écosse s'arrogent le droit d'exclure du trône le Roi Jacques II et son fils Jacques, le prince de Galles. Le parlement d’Irlande n'a jamais été consulté (depuis 1494, le parlement anglais avait le droit de faire des lois pour l'Irlande sans consulter le parlement irlandais). La Reine Marie II meurt en 1694; le Roi Guillaume III continue de régner seul jusqu'à sa propre mort en 1702.

En 1701 le parlement anglais déclare qu'aucun catholique (ou personne avec un conjoint catholique) ne pourra hériter des trônes britannique et irlandais. Les parlements écossais et irlandais refusent de promulguer la même loi d'interdiction. Le roi Guillaume succède sur les trois trônes, et sa belle-sœur Anne est couronnée Reine Anne Ire de Grande-Bretagne. Pendant son règne le parlement écossais est aboli, le parlement anglais absorbant les députés et les pairs écossais.

Ce parlement a changé son propre nom et le parlement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne a définitivement remplacé les parlements d'Angleterre et d'Écosse. Ainsi les lois anglaises sur la succession sont devenues des lois britanniques. Le successeur de la Reine Anne est la personne protestante la plus proche du trône. Il s'agit de Georges Ier, Électeur de Hanovre (1660-1727) un descendant d'une sœur du roi Charles Ier. Georges Ier n’était que 56e en ligne de succession, mais il prime tous les autres, (55 avant lui) qui étaient des catholiques. Il a réussi, selon la nouvelle loi sur la « Succession protestante ». Les Jacobites n'ont jamais reconnu ce deuxième coup d'État non plus. De 1688 jusqu’à la mort de la Reine Anne, les partisans de ces "coups d’État" ont été appelés les Orangistes (d'après Guillaume d’Orange).

Par la suite, avec l'accession au trône de George Ier en 1714, ces mêmes partisans ont été qualifiés d'Hanovriens.

C'est pour défendre les droits du roi Jacques II et VII et – après sa mort en 1701 - de son fils Jacques François Stuart (proclamé «Jacques III et VIII») que de nombreux Britanniques et Irlandais, devenus les Jacobites, se sont révoltés à plusieurs reprises entre 1689 et 1746. En Irlande, le roi Jacques II et VII fut battu par Guillaume III en personne à la bataille de la Boyne le 12 juillet 1690 et à la bataille d'Aughrim. De nos jours la bataille de la Boyne est célébrée par un jour férié et de grands défilés par les protestants "Orangistes" en Irlande du Nord. L'insurrection continua jusqu'en 1692 quand les derniers Jacobites irlandais furent contraints de fuir le port de Limerick au sud-ouest de l'île et d’aller vivre en exil en France. Ils sont connus dans l'histoire irlandaise comme les « oies sauvages ». L'Écosse, où les Jacobites furent pourtant moins nombreux qu'en Irlande, a fait l'objet de cinq tentatives de reconquête Jacobites en 54 ans, toutes lancées à partir de la France, avortées lors de la bataille de la Hougue en 1692, puis plus menaçantes en 1708, 1715, 1719 et surtout 1746.

 

               

C'est en Écosse, berceau de la dynastie des Stuarts, que Jacques François Stuart ("Jacques VIII" pour les Jacobites écossais et "Jacques III" pour les Jacobites hors d'Écosse, "le Vieux Prétendant" pour les Whigs) tenta de débarquer en 1708, lança une insurrection en 1715, et encore une fois tenta de débarquer en 1719.

C'est aussi en Écosse et en son nom que son fils Charles Édouard Stuart, lança la toute dernière insurrection en 1745, battit les Anglais en Écosse à la bataille de Prestonpans le 21 septembre 1745, et pénétra jusqu'à 250 kilomètres en Angleterre où il gagna la ville de Derby (à 192 kilomètres de Londres) avant qu'il ne soit obligé par ses conseillers militaires de se retirer.

Il subit une défaite écrasante devant le prince Guillaume Auguste, Duc de Cumberland (1721-1765), fils du roi Georges II, (1683-1760, régnant depuis 1727) à la bataille de Culloden, le 16 avril 1746. La répression sur les rescapés de la bataille, et les civils vivant aux alentours fut féroce. La cause Jacobite était ruinée en Écosse. Près d'un millier de prisonniers furent réduits en esclavage et déportés aux États-Unis où ils travailleront dans des plantations.

On perçoit dès lors une farouche détermination dans cette reconquête et on comprend mieux l’intérêt à développer en France les LL\maçonniques qui servaient de lieux d’échange et de regroupement.

 

Souchage militaire et francisation

 

C’est donc l’épopée Stuartiste qui permit l’implantation des premières LL\en France. Ces LL\ essaimèrent suffisamment pour se regrouper et constituer en 1725 l'Ancienne et Très Honorable Société des francs-maçons dans le Royaume de France. C’est ici la première tentative de structuration. La Franc-Maçonnerie de cette époque est essentiellement Écossaise et Jacobite.

Le caractère militaire va marquer le pas face à l’intérêt ou la curiosité de très nombreux sujets du roi Louis XV se feront initier en des LL\ Écossaises ou Irlandaises civiles. Viendra le temps, en 1735, où le nom sera changé, ce sera alors l'Ancienne et Très Respectable Société des Francs‑Maçons du Royaume de France, groupant des LL\ exclusivement françaises, parce que composées de maçons français, faisant évoluer l’honorable en respectable.

Enfin, en 1755, ces LL\ se grouperont en une G\L\de France, laquelle onze ans plus tard, par suite d'un schisme suscité par des tendances politiques dans le vent de l'époque, verra se constituer le G\ O\de France que nous connaissons. Cette G\L\ de France disparaîtra en 1769, laissant donc la place au G\O\ de France, L'actuelle G\L\ de France a été constituée en 1897, d'une G\L\Symbolique Ecossaise réinsérant d'anciennes LL\ayant fait dissidence antérieurement.

Parallèlement à ces évènements politiques, les régiments tenaient leurs LL\ dites régimentaires en leurs différents lieux d’affectation. Le rituel tel qu’il était donné à cette époque différait de celui que nous connaissons aujourd’hui. Outre la référence au roi, le principe de base de la plupart des rituels était encore sous l’ancienne influence des anciens devoirs opératifs, mais depuis cinquante ans, les rituels dit « gothiques » et catholiques par leurs origines, se trouvent influencés voir modifiés par les rituels d’origine calviniste, souchés près la loge Kilwinning en Écosse connue sous l’appellation du « mot de maçon ».

Ce mot de maçon (Masson Word) est en réalité un mot de reconnaissance entre maçons du même grade. Les introductions concernent bien évidemment le serment sur la bible qui ne pouvait exister dans les anciens devoirs catholiques, la lecture du rituel sur le mode de la triple voix, l’instruction rythmée sur le mode question-réponse et enfin bien plus tard l’apparition d’un troisième grade celui de maître avec un rituel adéquat. Il est donc illusoire de vouloir faire coïncider les rituels d’origine militaire de l’époque avec ceux que nous pratiquons actuellement.

Tout juste arriverions-nous à établir une filiation distincte de la souche anglaise.

Ces rituels ont donc subi des adaptations plus ou moins judicieuses, mais le REP a su conserver une fraîcheur, refusant un syncrétisme généralisé ou une direction trop marquée dans un sens doctrinaire.

Le paysage qu’il offre à l’historien des rites maçonniques, à l’avantage d’une grande limpidité qui vient de son exercice militaire d’origine et d’une importation, aussi massive que subite, du rite pratiqué outre-Manche. Pour la clarté de notre exposé, nous ne prétendons pas à l’unicité monolithique du Early Grand Scottish. Nous reconnaissons à celui-ci une plasticité propre à son histoire et à son transport continental qui à défaut de moyen de contrôle d’éventuelles Grandes Loges, a pu cheminer sur différents terrains en pratiquant des adaptations nécessaires.

Les LL\ militaires ont fait souche aux endroits ou elles se sont installées et notamment à Saint-Germain-en-Laye. C’est ainsi qu’en 16 mars 1688 est enregistrée par le G\ O\ de France selon son état de 1778 la L\ militaire des gardes irlandaises « Parfaite Égalité »,

ex L\dite de « Dorrington » du nom de son colonel depuis 1651. Notons au passage que cette loge prendra encore le nom de « Walsh » par la suite. Pour finalement en 1752 prendre le nom de « Parfaite égalité » reconnue pour son antériorité.

Gustave Bord remarque que la sécularisation des LL\après la disparition des effectifs militaires s’explique notamment du fait que de nombreuses familles et non des moindres qui suivaient les rois en exil, firent souche, sans doute plus par nécessité que par goût, qu’elles continuèrent à pratiquer les rites initiatiques tout en ouvrant à la vie civile leur recrutement.

Dans une note, Robert Ambelain rappel que André Michel Ramsay, chevalier baronnet d’Écosse, Stuartiste convaincu, fut enterré à Saint-Germain-en-Laye et que sur son acte de décès figurent les signatures de la fine fleur de la noblesse Stuartiste en exil et établie au Royaume de France. Son apport fut immense et révèle la jonction existant entre la franc-maçonnerie et la chevalerie, mariant la truelle et l’épée. Il est à lui seul le témoin de l’existence d’une Franc-Maçonnerie spéculative avec une tradition préexistante à la création de la G\L\de Londres en 1717.

Ce souchage français des LL\ militaires porta ses fruits, mais il ne fut pas le seul. Quoi qu'il en soit, le Early Grand Scottish est souvent traduit par « Rite Ecossais Jacobite », ce qui atteste s’il en était besoin de ses origines.

Malgré l’exil et le décès de Jacques II Stuart, l’esprit Jacobite ne s’éteint pas. Il est entretenu par les rivalités qui se font constamment jour dans le but de reprendre le pouvoir, et par le troisième personnage qui prétend à la couronne d’Angleterre d’Écosse et d’Irlande, il s’agit de Charles III Stuart.

Il faut comprendre que les LL\maçonniques étaient par le secret rituelique qui les animait un prodigieux instrument de manipulation et de lutte d’influence. C’était tout autant un lieu de dialogue et de complot. Elles réunissaient des gens qui étaient déjà convaincus par le sentiment d’appartenance, il suffisait d’orienter le groupe pour l’acquérir à la cause. Ainsi des partisans ont pu se liguer ou se rencontrer dans un dialogue qu’on imagine fraternel.

L’épopée Stuartiste marque pour l’avenir la méfiance du pouvoir en place face à des LL\qui nuitamment se réunissent sous le sceau du secret. Les LL\ Jacobites ont en quelque sorte par les luttes d’influence des conjurés dont elles furent le creuset, inaugurés la fonction politique et donc sociétale d’une L\, en mettant le caractère initiatique entre parenthèses. D’une évolution à l’autre, l’histoire des rites maçonniques est riche de sens pour qui veut l’entendre, l’exemple le plus approprié dans notre cas fut la rectification de 1778 : Le Rite Ecossais Rectifié, fondé à Lyon lors d'un Convent organisé par J.B. Willermoz, ne fut que le remaniement associé à l’influence du Martinézisme sur les Rites Ecossais Primitifs pratiqué par ces anciennes LL\militaires dès 1688 à Saint‑Germain‑en‑Laye. Sans vouloir blesser quiconque nous pouvons avancer que le REP eut deux surgeons le SOT et le RER.

Il faut dire que le Rite primitif avait déjà été adapté par la mouvance de la Stricte Observance Templiere et qu’il avait déjà sa pratique assurée avec des adaptations diverses dans les autres LL\écossaises. L’apport principal du convent fut de densifier l’apport des élus Cohen sur les bases Ecossaises, sans oublier la fondation Templiere de la stricte observance. Cet exercice de style était rendu nécessaire, la trop grande diversité dans l’application d’un rituel dont on avait oublié les origines cent dix ans plus tard, créa un besoin de rationalité que l’ancien système L\ Mère, L\Fille n’arrivait plus à juguler.

Ainsi Robert Ambelain faisant ici œuvre d’historien ira jusqu’a affirmer (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p.148) : « Il est absolument certain qu’il n’y avait pas en 1771, dix LL\ tenant régulièrement leurs pouvoirs (et leur filiation surtout) de la G\L\ d’Angleterre, et il n’y avait, de Rite Ecossais, au sens propre du mot, qu’en France et en Allemagne, où il avait été introduit et adapté par le Baron de Hund. Ce rite Ecossais n’était rien d’autre que celui que nous connaissons sous le nom de Early Grand Scottish Rite, c'est-à-dire une adaptation du rituel verbal des maçons opératifs aux aspirations des maçons acceptés. » On notera que nombres de maçons « acceptés » furent de culture « rose croix » ou alchimistes, ou hébraïsants et marquèrent de leurs influences le rite.

Leurs rituels furent apportés en 1751 à Marseille par le Stuartiste Georges de Wallnon, qui y fonda le 27 août, avec des pouvoirs venus d'Edinburgh, celle qui devait devenir la Mère L\Ecossaise de Marseille sous le nom de Saint‑Jean d'Écosse. Le REP est donc bien le rite de base dans sa forme générique, découlant des rites en cours dans les loges militaires du XVIIe siècle et s’adaptant à la vie civile, par le truchement de FF\ implantés dans la société civile et restants acquis à la cause Stuartiste jusqu’en 1750. C’est une des raisons pour laquelle la devise du Rite est « Primigenius more majorem » qui veut affirmer l’ancienneté et l’antériorité historico-mythique de ce rite à tous les autres. (Notons qu'il est souvent revendiqué par les rites d'être les plus anciens, moins pour des raisons historiques difficiles à démontrer que par une volonté de soucher l'origine de l'initiation dans une antériorité "mythique"!)

 

Les Loges Jacobites en France

 

Le mouvement Jacobite a permis le développement de la Franc-Maçonnerie tout en donnant à cette dernière un rôle politique qui ne devait pas être le sien. En période plus calme, ce phénomène s’apaise pour laisser la place au vrai travail du maçon. Un rite une fois élaboré et implanté géographiquement peut soit végéter, soit s’éteindre, soit se développer. Nous pensons que Saint-Germain-en-Laye ne fut pas la seule implantation en France. Quand on parle de rite Ecossais Primitif il ne faut pas uniquement se focaliser sur les LL\militaires qui furent des précurseurs, mais aussi sur les civils qui en même temps créèrent des LL\ avec les rituels dont ils disposaient en partant d’Angleterre et d’Écosse et qui étaient aussi différents et variés du fait de leurs origines géographiques, donc l’appellation REP serait un terme générique faisant allusion plus à son ancienneté, n’excluant pas sa diversité ni l’ajout d’influences « modernes ».

La diaspora va grandissante et s’installe partout où il est bon de commercer et partout ou existe déjà une implantation Jacobite, et ceci jusqu'à Rome.

Il est intéressant de noter que l’apport catholique n’est plus le seul, les événements sont tels que les exilés sont tout autant anglicans, protestants et presbytériens. Ainsi lesdites LL\oublieront rapidement les motivations politiques de leurs aînés, pour en vivre uniquement le souvenir, la légende et le mythe. De l’exil et de l’éternel retour ils feront ce que toute société initiatique s’attache à créer : une source intarissable, fécondant le processus initiatique.

Dans cet afflux régulier de réfugiés, quelques-uns ouvrent des LL\dûment patentées. D’autres constituent des LL\ qui pour le coup sont purement spéculatives et sans filiations directes. On retiendra à titre d’exemple l’intervention de trois personnages fondateurs de LL\Jacobites : Charles Radcliffe, le Marquis de Calvières et Georges de Wallnon.

On citera le premier et finalement le plus remarquable, Charles Radcliffe, lord Derwentwater en 1726 qui allume les feux de la L\Jacobite « Saint Thomas 1er ». Homme remarquable, ayant participé aux tentatives de reconquêtes Jacobites, fait prisonnier puis évadé. Il fut initié par Ramsay et il ouvre l’une des premières LL\ civiles. Il fut nommé premier grand Maître de l’Ordre à la Saint-Jean d’hiver 1736. Il transmet son maillet au Duc d’Antin en 1738, et pris part à l’expédition manquée de 1744. À nouveau prisonnier, détenu à la tour de Londres il fut décapité le 9 décembre 1746. Son parcours est l’illustration du caractère Jacobite de la Franc-Maçonnerie française de cette époque.

- 1736 : initiation du Marquis de Calvières dans les milieux Jacobites d'Avignon dans la L\ dite de « Saint Jean ».

- 1737 : séjour de Calvières à Paris, contacts avec les milieux Jacobites

- 1737 : en août, Calvières est muni pour trois mois des pouvoirs du duc d'Aumont pour la fondation de la loge Saint‑Jean à Avignon (cf. P. Chevalier: Les ducs sous l'Acacia) en septembre Calvières continue de répandre la Franc‑Maçonnerie en Avignon.

‑ 1738 : cette année là, Calvières appartiendra à la célèbre loge Bussi‑Aumont et y sera nommé Dépositaire de l'Ordre, évidemment ordre Jacobite (cf. le manuscrit n' 891 de la Bibliothèque de Carpentras, page 68 à 70). Il s'agit évidemment de la Maçonnerie Jacobite puisqu'à cette époque il n'y en avait peu d'autres en France. À tel point qu'en septembre 1735 le Comte de Saint‑Florentin, secrétaire d'État était reçu franc-maçon.

‑ 1749 Des visites nombreuses de francs-maçons Jacobites vont se succéder à Avignon, la plupart, venant de Marseille. Oeuvraient à Marseille les LL\ Saint Jean de Jérusalem, Saint Jean des Élus de la Vérité, etc. En tout une bonne trentaine de loges, peut‑être simplement composées de dix à douze membres étant donné les problèmes de locaux.

Notons entre-temps l’allumage des feux de La R\L\ de Saint Jean de Toulouse par Jean de Barnwall de Tremlestown, Irlandais et Stuartistes, et l’installation de la « G\L\Ecossaise de Rouen » en 1746.

Dans cet apport successif et varié des loges dites Jacobites, il y en a une qui semble la plus à même de représenter le REP c’est celle de Marseille. Née 27 août 1751 par la volonté du Jacobite écossais Georges de Wallnon, qui est muni de pouvoirs datés d'Édimbourg le 17 juin 1751, constitue à Marseille la L\ Saint‑Jean d'Écosse. Le 17 mai de 1762 Georges de Wallnon transmet ses pouvoirs de V\et M\de L\à Alexandre Routier, et la L\prend alors le nom de « Mère‑L\de Marseille », titre qui lui restera longtemps. L\puissante, tant par elle‑même que par celles qu'elle créa en France et au‑delà des mers, car elle eut en sa volontaire sobriété une très grande influence sur le milieu profane par la présence de Maçons de qualité. Sa volonté d’essaimage, son caractère mercantile, accéléra son rayonnement au point de concurrencer le G\O\dont le dirigisme et le régime dit Français étaient mal compris.

Le développement se fit aussi bien dans les colonies qu’en Provence. On allume les feux des LL\filles à Draguignan, Salon, Arles, Tarascon, Saint Pierre de la Martinique, Saint-Domingue, Smyrne et Constantinople. On observera dès 1751, date de sa fondation, que les "décors" maçonniques y ont été francisés, le rouge de l'écossisme et le vert de l'irlandisme ont cédé la place au bleu de France. La résurgence actuelle de 1985 est revenue au rouge par respect pour la tradition écossaise confirmée par les Constitutions de 1720, qui la régissent. Le rituel tel qu’il fut pratiqué dans le temps se chargea des influences que la maçonnerie dans son ensemble a bien voulu accepter.

‑ 1794 à Marseille, dans le début de l'année, Barras et Fréron envoyèrent à l'échafaud cinq membres de la loge Saint‑Jean‑d'Ecosse, alors en sommeil.

‑ 1801 Saint‑Jean‑d'Ecosse reprend ses travaux. En 1811 elle comprend 400 membres, et ses LL\filles de Provence, du Levant, des Isles et même d'Italie témoignent de son rayonnement (cf. Les Rouyat : Archives de la Franc‑Maçonnerie). Mais à cette date le souvenir de ses véritables origines Stuartistes est à peu près oublié, elle réunit commerçants banquiers et négociants. Robert Ambelain donne quelques précisions sur les rituels de la Mère L\Ecossaise de Marseille, dans une note (La Franc-Maçonnerie Oubliée, p. 79):

« En réalité nous possédons de ce rituel que la version manuscrite de 1812, comprenant également quatre grades supérieurs. Mais il est à peu près certain que les rituels du premier et du deuxième degré (App\ et Comp\) sont Jacobites, ayant été communiqués à l’origine par le maçon écossais Georges de Wallnon, leur simplicité en témoigne. Par contre, le rituel du troisième degré (M\) vient de la G\L\de Londres, car la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye ne connaissait que le M\de L\, et ignorait le rite de la mort d’Hiram. » Plus loin, (p. 133), il rappelle qu’il tient ses pouvoirs de transmission en matière initiatique et en matière de rituel, de son rattachement aux anciens devoirs es qualité Compagnon du tour de France des devoirs unis à l’Union compagnonnique ou il fut reçu « compagnon ymagier » et à la maçonnerie Stuartiste de Saint-Germain-en-Laye dont il possédait l’attestation, et le manuscrit rituel de l’époque. Cependant loin de feindre d’ignorer ces influences dont nous pouvons aujourd’hui nous féliciter, le Rite Ecossais Primitif a été protégé et expurgé de tout ce qui pouvait représenter une contre initiation potentielle.

C’est ainsi que fidèle à cette purification, le rituel du troisième grade n’entraîne pas le Comp\ en deçà des limites inférieures de l’être, l’expurgeant de détails qui n’apparaissent pas dans les rituels d’origine. Ainsi le Comp\ n’a pas à connaître la putréfaction pour lui-même en étant étendu sous un drap mortuaire taché de sang. C’est une situation trop risquée, sur un plan contre initiatique, pour être entreprise dans nos LL\. Les évolutions historiques furent si importantes que le REP fut additionné, refondu dans des généalogies aussi diverses que le Rite Ecossais Rectifié dont il est incontestablement le précurseur et le Rite Ecossais Philosophique notamment. Il en découle que les traces du rite se retrouvent conservées et à l’abri aux Etats-Unis, terre d’immigration par excellence et écrin de conservation des rites tels qu’ils sont au moment où ils arrivent. C’est donc des Etats-Unis par le Suprême Conseil des Rites confédérés qui émanait lui-même du Grand Conseil des Rites Unis que nous revient le REP, patente étant donnée le 30 septembre 1919 de ré-instaurer le REP en France à Jean Bricaud. Cette patente est citée par Albert Lantoine dans son ouvrage « La Franc-Maçonnerie chez elle » p. 298 éd. Slatkine, Genève,1981, 2ème édition et par Albert Cools dans « Histoire du rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm en France » publié en 1971.

Ladite patente sera transmise par Bricaud à Constant Chevillon en 1934 qui la transmettra à son tour à Charles Henri Dupont en 1944 avant d’être arrêté par la milice. Durant cet épisode les archives et les patentes furent confisquées par la milice. C’est Robert Ambelain qui succéda en patente à Charles Henri Dupont et réveilla effectivement ledit rite dès 1985 dans la L\de réveil « Saint André d’Écosse », le 20 mars 1985 à Paris. Enfin il crée la G\L\travaillant au rite. Le 20 décembre 1991, Désiré Arnéodo devient V\M\ de la « Lumière Ecossaise » en vertu d’une patente signée de Robert Ambelain. En 1993, nomination de Désiré Arnéodo au poste de G\M\ régional pour le sud et l’outremer. Remise en mains propres des patentes, rituels et notes historiques le 20 décembre 1993. Sa nomination en qualité de G M de la GLS en 1994 précède sa démission d’une structure devenue sans effectifs.

Par les essaimages successifs de la Loge mère toujours détentrice de la pratique ininterrompue et conforme du rite depuis 1991, il fut décidé de recréer une Grande Loge Symbolique travaillant au Rite Ecossais Primitif en 2011 en conformité avec les principes de la loi 1901 et garantissant le liberté de conscience.

 

Grades pratiqués aujourd’hui et leurs équivalences

Le « Rite Ecossais Primitif » comptait à l'origine 7 grades, puis il en a connu 47 dans la profusion des hauts grades des 18e et 19e siècle, RA Gilbert cite dans Ars Quatuor Coronatum en 1986, que AE Waite dans son journal fait mention de sa réception au 44e degré du Early Grand Scottish. Constatons simplement qu’en 1751 la Mère L\de Marseille comprenait 7 grades. Soit les deux premiers App\ et Comp\, typiquement primitifs et qui ont toujours cour en nos tenues, celui de M\ d’importation récente, et enfin s’agissant des grades dits supérieurs, au 4e un grade dit de vengeance : M\ élu des neufs, au 5e : M\ parfait Ecossais d’Écosse réunis en chapitre et travaillant sur la parole sacrée et sa prononciation, un 6e : Chevalier de l’épée, surnommé chevalier de l’Orient ou de l’aigle, se réunissant aux deux Equinoxes, mars et septembre. Grade chevaleresque traitant de l’exil et du retour, avec Cyrus et Zorobabel. Enfin le 7e : Emané d’Heredon, grade donné en Chapitre R+C et de Saint André, au milieu du temple dévasté il s’agit de retrouver la parole perdue dans l’attitude du bon pasteur. D’une manière générale on constate que les grades de vengeance sont peu compatibles avec l’ésotérisme chrétien. Seuls les grades d’exils et de Saint André ou R+C sont de mise dans les développements du REP. C’est dans un souci de cohérence que Robert Ambelain a voulu restituer au rite son caractère épuré et traditionnel avec les 7 grades d'origine, dont un grade fonctionnel fort important quant à l’ancienne tradition des M\de L\. s deux premiers grades sont historiquement ceux du Rite Ecossais Primitif :

I. App\, II. Comp\, III. M\(anciennement «Compagnon Confirmé»), apparu plus tard vers 1730.

Grades dits supérieurs et fonctionnels :

Chambre écossaise : IV. M\Installé

(ou encore M\de Saint-Jean ou M\de L\)

il constitue un grade fonctionnel pour exercer le Vénéralat. Il ne peut être accordé sans être déjà M\ écossais.

 

V. M\ Écossais et Chevalier de Saint-André (équi. 18e) grade avec un versant Ecossais(14èm) et un versant Chevalier qui trouve ses origines légendaires dans la création par Robert Bruce de l’Ordre de Saint André du Chardon en date du 24 juin 1314, ce rituel n’est pas sans rappeler le retour des Stuarts sur le trône après l’exil, de plus on remarque que cet ordre fut réactivé en 1687 par Jacques II en plein effort de stabilisation au pouvoir.

 

Ordre intérieur :

 

À compter de 1991 pas de commentaire particulier si ce n’est que ces deux grades sont similaires à ceux du RER dans une forme simplifiée cependant.

 

VI. Écuyer Novice du Temple (équi. 30e)

VII. Chevalier du Temple (équi. 33e)

Robert Ambelain s'est efforcé de redonner toute sa profondeur au « Rite Ecossais Primitif » en revenant à la Tradition d'origine qui donne au REP son style propre et si particulier de Franc-Maçonnerie chevaleresque, dans une simplicité restaurée.

Notons que Robert Ambelain après avoir apporté ce Rite en dépôts au suprême conseil des rites confédérés (Franc-Maçonnerie oubliée, p.62), en a repris la maîtrise totale, possédant seul la faculté de transmettre par lui-même, et assisté d’une G\L\ qu’il constitua. La G\L\, organe non initiatique, car purement administratif, devenue sans objet par défaut de LL\ adhérentes, les seules qui continuèrent l’exercice ininterrompu du rite sont en droit de transmettre ce dernier suivant l’ancien système L\ Mère à L\Fille puis, lorsque le nombre de LL\ est suffisant, il fut envisagé la reconstitution d’une G\L\légitime, en droite ligne de la transmission. Est-il besoin de rappeler 2 principes de base en matière initiatique : c’est l’Homme qui transmet l’influence spirituelle et donc l’initiation, une « organisation » n’y est p apte que par le biais de celui qui a reçu la transmission. Il s'agit donc d'un passage de témoin supposant une pratique effective. Cette transmission pour être régulière dans sa forme doit respecter scrupuleusement un rituel adapté.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 23:16

Copie de LEDSJ[1]Le 20 Juin 2009, nous avons procédé à la fondation et à l’allumage des feux de la  R\L\Les Ecossais de Saint-Jean à l’Orient de Hyères les Palmiers.

 

        Sa particularité outre le fait  qu’elle inaugure un nouveau temple dans la cité, réside dans sa fondation en temps que loge fille de la R\L\La Lumière Ecossaise à l’Orient d’Ollioules. »

 

        Ce particularisme est en fait une tradition qui remonte aux origines de la maçonnerie spéculative, et qui permettait la multiplication des loges sur un territoire, alors même que les Obédiences, organisations associatives de nature administratives, n’avaient pas encore occupé et structuré le paysage maçonnique.

        Habituellement c’est l’obédience qui crée à l’aide de quelques frères dispersés, une loge de plus, en la reconnaissant. Ici c’est une Mère Loge qui crée une Loge fille par le détachement d’une partie de ses effectifs en surnombre. Une loge régulière ne peut donc qu’engendrer une loge régulière avec ses propres effectifs.

        Les effectifs de la R\L\La Lumière Ecossaise allaient en augmentant et la décision d’essaimer fut annoncée à la Saint-Jean d’été 2004 soit 7 ans après le passage à l’Orient Eternel du Sérénissime Grand Maître Robert Ambelain. La règle que nous avait imposé le Sérénissime Grand Maître Robert Ambelain étant de ne pas dépasser un effectif de 24 FF\sur les colonnes afin de préserver une harmonie et un travail de tous les FF\, régulier et significatif.

        De plus comme il aimait à le préciser, ce chiffre est symbolique et correspond à la règle de 24 pouces qui est dessinée sur le tableau de loge des App\

        Ce système ancien à en outre l’avantage d’éviter de créer des clans par le surnombre ou par l’ambition. Celui qui veut assumer la lourde charge de Vénérable Maître, après avoir fait ses preuves et passé les grades adéquats, doit prendre en charge la logistique et l’organisation d’une installation dans un secteur géographique différent. Il ne peut donc s’agir d’un passe-temps ou d’une frivolité propre à satisfaire un orgueil superficiel et profane d’un esprit léger. La responsabilité du nouveau V\M\est d’autant plus grande qu’il est l’héritier de toute la légitimité et de l’histoire de la Loge Mère dont il procède. C’est ici que nous abordons la légitimité et la régularité de nos loges. Il convient pourtant de rappeler les bases de la maçonnerie qui sont parfois oubliées par certains :

« Trois la gouvernent, Cinq la composent, Sept la rendent Juste et Parfaite »

 
       
Ainsi comme le précise Oswald Wirth dans son « Livre du Maître » :

« L'indépendance des Loges et la souveraineté des Maîtres s'affirment dès la fondation de l'atelier. Celui-ci se constitue de par la volonté des Maîtres qui se sont unis en vue de la création d'un nouveau foyer de vie maçonnique.

Ces Maîtres exercent en cela un droit imprescriptible de la Maîtrise et ce sont eux qui légitiment la Loge qu'ils fondent, sans qu'ils aient d'autorisation à solliciter de personne. »

        Que la Loge ainsi créée décide ou non par la suite de s'affilier à une Obédience constitue un évènement tout à fait secondaire. Il s’agira pour elle de conserver la totalité de sa souveraineté ou d’en déléguer une partie à l’organisation.

        Aucun texte n’oblige une Loge Maçonnique à être "souchée" sur une association Loi 1901, même si cette situation peut paraître souhaitable au niveau de la gestion du groupe et des problèmes d’assurance. Une Loge maçonnique ne doit pas devenir une association profane. Une Loge maçonnique est et doit rester un groupe de recherches initiatiques, travaillant à " couvert" sur des sujets symboliques et traditionnels.

        La L\Fille réputée « juste et parfaite », étant une loge par essence dépendante de la L\Mère il convient d’en apprécier la régularité.

        Nous rappelons à cet effet que cette L\Mère fut fondée en 1982 d’abord sous forme de triangle, régulièrement formé et dûment contrôlé par la G\L\T\S\O\ devenue la G\L\T\S\en vertu d’un mandat consenti par le Sérénissime Grand Maître Roger Santelli.

        En 1983, la L\devient « juste et parfaite » suivant les critères requis par l’Ordre et sous l’intitulé « L’Arche d’Alliance », elle travaille au RER. On constatera sans effort particulier que la filiation des origines de la L \Mère est bien régulière.

        Nombre d’entre nous à cette époque avaient déjà un intérêt, pour ne pas dire une admiration, pour les travaux de Robert Ambelain (auteur de 42 ouvrages, sur l’ésotérisme en général et la Franc-Maçonnerie en particulier, et par ailleurs ancien G\M\M\du Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm). Ceci explique que la L\dans son ensemble le 10 octobre 1983 rejoigne les rangs de  la G\L\M\M\sous le nom de « Maat ». Une patente est délivrée à cet effet par le S\G\M\ Robert Anfonso 95e par mandement du S\ G\M\ Gérard Kloppel.

        Puis à la demande de Robert Ambelain nous le rejoignons à nouveau en 1991 pour participer à la création de la Grande Loge du Rite Ecossais Primitif.         Le 20 décembre 1991 la L\dans la totalité de ses effectifs est intégrée suivant patente signée de Robert Ambelain, sous le vocable « La Lumière Écossaise ».

        Avec Dés\Arn\en tant que G\M\ pour le Sud de la France, nous participâmes au développement de l’Ordre par l’allumage des feux de plusieurs Loges dont la R\L\ "Les Ecossais Fidèles"  à l’Orient de Toulouse. La vie maçonnique étant parfois le reflet de la vie profane et Robert Ambelain n’ayant plus tout à fait la maîtrise de la Grande Loge qu’il avait créée, celle-ci tomba en désuétude, les loges adhérentes quittant ses rangs.

        Le V\M\Dés\Arn\resta fidèle jusqu’au bout et conserva son titre de G\M\pour le Sud de la France du Rite mais aussi de la Grande Loge puis fût le dernier GM nommé suivant patente dûment signée par Robert Ambelain.

        La dichotomie de la patente distinguant l’organisation administrative « G\L\ » d’un coté, et rite initiatique de l’autre fait que l’organisation étant tombée par absence de membre, Dés\Arn\ resta à notre connaissance le dernier Grand Maître en loges symboliques du Rite Ecossais Primitif. Il reste à ce jour actif en temps que V\M\de la R\L\La Lumière Ecossaise, et surtout non radié par Robert Ambelain.

        La G\L\ désormais sans objet, « La Lumière Écossaise » resterait ainsi la seule loge qui pratique sans interruption le Rite Ecossais Primitif dans les formes prescrites par Robert Ambelain sans ajout ni déformation et avec la bienveillance de ce dernier.

        Robert Ambelain passe à l’Orient éternel le 27 Mai 1997 en ayant laissé quelques mois avant, à Dés\Arn\et aux FF\de la L\ quelques témoignages de son affection. Il est à noter qu’il confia à un FF proche de lui la Grande Conservation du Rite.

        Cette authenticité des origines et cette filiation directe et non rompue avec Robert Ambelain constituent un véritable trésor qui ne saurait se comparer à l’éventuelle recréation à l’aide de membres radiés, d’un ersatz ronflant d’une G\ L\où l’influence spirituelle de l’ancien G\M\ est de toute façon absente.

 

        Pour être régulier, il faut l’être jusqu’au bout. Nous avons ainsi le privilège de la continuité, de la filiation directe et non interrompue de Robert Ambelain qui nous a toujours épaulé, et nous sommes certains que la Loge Mère et la Loge Fille sont le réceptacle légitime et naturel, l’athanor de l’influence spirituelle de Robert Ambelain et de ses prédécesseurs, dans l’exercice rigoureux du Rite Ecossais Primitif.

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