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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 19:16

Principes d’action maçonnique

 

Pourquoi être franc-maçon en loge symbolique[1] ?

 

Chaque franc-maçon veut donner un sens à sa vie maçonnique.

 

Le sens est à entendre à tous points de vue, qu’il soit intellectuel, concret et pratique, qu’il corresponde à une manière d’être, de penser, de s’exprimer et le cas échéant d’agir en citoyen maçon.

 

Le sens dépend de l’identité rituelique dans laquelle il évolue, c’est donc une affaire de sensibilité et de choix. Les chemins sont différents, mais les outils et les moyens mis en œuvre sont identiques.

La franc-maçonnerie s’attache à transmettre et préserver des valeurs qui sont moteur de progrès spirituel et moral de l’humanité. Nous savons que ce vœu emprunte différentes voies pour se réaliser. Leurs différences, qui sont de véritables richesses, n’ont pas à être jugées, car elles sont l’expression souveraine de chacun de nous.

La branche la plus métaphysique, la plus spirituelle ou la plus religieuse, offre à la branche la plus humaniste, la plus sociale et matérialiste, la possibilité de se réaliser, et inversement. Chacune va puiser, discrètement sans doute, les éléments qui lui manquent pour achever ses travaux.

Le chantier est long et on a besoin de tous les ouvriers maçons qui veulent contribuer au Chef-d’œuvre.

Quelle est la pensée première qui justifie l’entrée en franc-maçonnerie ?

 

Le désir de comprendre, de percer un mystère et de participer à quelque chose de grand et noble comme une cathédrale pour l’humanité, qui repose sur une connaissance de soi et un agir individuel qui soit à finalité sociétale ou spirituelle.

En un mot il s’agit de lever le voile sur ce qu’on appelle les mystères de la Franc-maçonnerie.

 

La Question

 

C’est d’abord une réponse à une partie des questions existentielles qui reposent sur le « pourquoi suis-je sur terre » et le « comment l’homme est arrivé sur terre ». La présence de l’homme « animal pensant » sur terre pose de grandes questions.

S’agissant de l’origine de l’homme sur terre, la franc-maçonnerie moderne ne donne aucune réponse. Elle tâche de ne pas s’exposer, ni de se confronter à la religion. L’homme est un animal pensant qui en fonction de son bagage, de sa tribu et de sa religion, a pu trouver une réponse satisfaisante à cette angoisse. Globalement la réponse se situe dans les trois ordres. Elle est religieuse, raisonnante et sociale, raisonnante et scientifique.

Qu’importe finalement la réponse au comment, chacun est libre d’y répondre en fonction de ses convictions. Ceci explique les différences rituéliques et obédientielles en nos rangs, ce qui quelque part est aussi une grande richesse. Pourtant elle reprend, dans ses rangs, souvent à l’insu des obédiences, une ancienne tradition qui parle à son cœur, celle de l’Hermétisme et de la Gnose.

La science cachée n’a rien à voir avec l’obscurantisme justement dénoncé, elle conserve son attrait, y compris chez les plus sociaux d’entre nous.

Ce sont de grands schémas polymorphiques et péri-religieux qui supportent bien l’adaptation au pragmatisme du temps présent, sous le regard attentif de la Tradition.

 

La réponse

 

Dans la recherche de la pensée originelle qui définit la Tradition, on doit s’interroger sur les différences qui caractérisent l’homme face à l’animal. Cette question doit logiquement élever plus encore le coté spirituel du cherchant.

La première recherche et la seule qui compte vraiment concerne les origines de l’homme. La réponse est souvent donnée comme divine ou surnaturelle. Elle peut être aussi le fruit d’une lente sélection naturelle mêlant hasard et nécessité. Quoi qu'il en soit vous ne rencontrerez aucun franc-maçon dénier à un autre frère ses convictions sur le « comment ». Cette question est habilement rangée sous le vocable du Grand Architecte De l’Univers, appellation suffisamment vague pour offrir la plasticité nécessaire à chaque sensibilité.

 

Pour le franc-maçon, le comment se limite aux conséquences dûment constatées plutôt qu’aux causes divines. C’est ainsi qu’on obtient une forme d’unanimité dans le constat seulement.

Symboliquement c’est une affaire de terre et de ciel, de matière et d’esprit. Il s’agit de faire ressortir l’esprit emprisonné dans une gangue de matière, belle allusion à l’homme prisonnier de son animalité. Voilà donc une réponse universelle qui du moins pour les occidentaux à l’avantage d’être adaptable.

C’est donc sur cette base qu’un constat est dressé : l’homme lutte en permanence contre son animalité. Ce fond d’animalité se caractérise par les mauvaises tendances qui sont notamment : la cupidité, les bas instincts, l’injustice, le fanatisme et l’ambition.

Le recul de l’humain face à l’animal suggère la perfectibilité de l’homme et le développement de ses qualités dont l’éthique est la meilleure expression.

 

 

La conscience pour soi

 

L’homme est traditionnellement considéré comme un médiateur entre la terre et le ciel.

Il ne s’agit pas pour le franc-maçon de déterminer l’origine de son arrivée sur terre, mais plutôt de savoir comment il peut y vivre en améliorant lui-même et ses semblables. Le franc-maçon reconnaît de fait une transcendance particulière dans son être et son agir.

Sortir du chaos qui l’entoure et pour lequel il porte une responsabilité certaine, tel est l’enjeu. Plus qu’un enjeu, il s’agit pour le maçon d’un projet.

Conscience, esprit, raison sont les soubassements de l’éthique. Son agir est immédiatement lié à son esprit qu’il doit travailler. Sa matière représentée par son animalité reste autonome dans son évolution. L’esprit se travaille comme la flamme d’une bougie lutte pour luire dans les ténèbres. C’est un travail permanent que de cultiver son champ et arracher la mauvaise herbe. C’est donc l’esprit qui peut donner du sens au fait d’être au monde.

Il faut donc mettre de l’ordre en soi avant de proposer quoique ce soit à la société.

L’esprit est en chacun d’entre nous, il est donc sous notre gouverne, sans qu’il soit nécessaire de s’en remettre à une puissance extérieure. Cette autonomie de la volonté n’explique pas comment l’esprit est venu à l’homme. Sur ce point chacun se réfère à ses convictions. C’est ici que repose la grande supériorité de la franc-maçonnerie :

Face au chaos avéré, qui n’est que la conséquence d’une perte d’esprit et de raison chez l’Homme, il s’agit de retravailler assidûment et constamment son esprit. Ainsi la tendance animale de l’homme sera reléguée au second plan.

C’est tout un programme qui demande une progressivité dans sa mise en œuvre qu’on appelle l’initiation graduelle. C’est ce qu’on appelle aussi la méthode maçonnique

 

La croyance en quelque chose de grand

 

Il existe trois grands courants qui mettent en œuvre un schéma directeur et une mise en œuvre adaptée à une sensibilité type :

- Le courant déiste repose sur un grand principe créateur indéterminé et inconnaissable. Il n’y a ni Dieu nommé, ni prières. L’homme se dépasse par la transcendance.

- Le courant laïque fortement impliqué dans la cité, situe sa réponse du comment dans l’unique raison humaine, chacun est libre de créer des liens dans le domaine de l’esprit pour son devenir après la mort. Ce qui compte c’est le progrès de l’humanité.

- Le courant théiste qui reconnaît la croyance en une intervention divine et qui recoupe le projet des trois grandes religions monothéistes. Le salut est recherché en faisant le bien, ceci constitue l’accomplissement personnel. C’est la base de la morale chrétienne et des anciens devoirs.

 

Je suis convaincu que la grande majorité des maçons se considèrent des trois courants, leur sagesse étant fondée sur l’esprit de synthèse.

Voilà la grandeur du franc-maçon du XXIe siècle, être soi dans un esprit de synthèse.

 

Résoudre le pourquoi par une croyance quelle qu’elle soit, ne remet pas en cause l’état des lieux et la culture de l’esprit face au chaos. Le schéma commun à tous les maçons reste intact. Il faut agir avec le discernement et la conscience d’un tout. C’est le devoir qui nous appelle ici bas, on ne peut pas rester les bras croisés. L’initiation est une sensibilisation de l’esprit face à la matière, de l’humain face à la bête et de la connaissance de soi.

Se connaître soi-même pour agir juste dans son idéal de grandeur, voilà la direction.

 

 

Le Schéma et les voies mises en œuvre

 

Pour les compagnons traceurs que nous sommes, le grand dessin c’est d’abord de conjuguer une ébauche personnelle et un plan collectif.

Le grand dessin conditionne la mise à disposition des moyens.

Quel est le schéma ?

Il s’agit du progrès spirituel et moral de l’humanité, en faisant remonter la responsabilité individuelle.

Pour faire progresser le niveau humain en chacun de nous, en gardant la main sur la société qu’il a créée et dont il est seul responsable, il faut prendre en compte l’autre comme composante de base de la société et non soi-même. C’est le principe de l’altruisme et de la fraternité.

La condition préalable à cette mise en œuvre est que pour atteindre ce grand dessin, encore faut-il atteindre un degré d’évolution spirituelle suffisant.

La réalisation personnelle est donc un point de passage obligé.

 

Les deux niveaux d’élévation

 

Dans une première version, cette réalisation peut suffire et constituer en soi le projet, car le rayonnement du maçon sur la voie de la réalisation spirituelle est tel, dans une société donnée, qu’il envahit et infuse la société par toutes les zones de contact qui s’offrent à lui. Ainsi,la réalisation personnelle devient un accomplissement spirituel avec d’éventuels développements religieux et infuse toute la société.

L’inconvénient de cette approche est qu’elle risque de s’arrêter en chemin, dans une réalisation personnelle égocentrée, avec un rayonnement faible, confidentiel, mais de qualité.

La deuxième version du projet franchit le cap de la réalisation spirituelle de l’individu agissant par infusion pour atteindre l’action par perfusion. Il s’agit dans ce cas d’agir concrètement dans une action ouverte et tendue au plan sociétal.

Le travers de cet interventionnisme sociétal est d’oublier la dimension spirituelle de l’initiation et de ravaler les loges à des sociétés caritatives ou politiques.

Les obédiences et les rites sont les expressions de ces deux tendances : construire l’individu et, ou, construire la société par infusion ou par perfusion.

 

L’homme est donc au centre du progrès de l’humanité et de la fraternité universelle. L’homme est en danger face à l’animal qui est en lui. L’humanité régresse en certains points du globe et parfois même au pied de notre immeuble.

Les ténébreuses périodes de notre histoire peuvent ressurgir au gré d’un bulletin de vote !

 

Retrouver le chemin de l’esprit et donc de la spiritualité à base humaine ou divine est un moyen efficace pour faire progresser l’homme face à son animalité. Cette option ne remet pas en cause l’acquis de la spiritualité divine, mais disons qu’elle est pragmatique, à effet immédiat sans attendre un quelconque salut.

Transmettre des valeurs nées de l’esprit, ce qu’on appelle une morale, face à une déliquescence, doit être notre préoccupation. Cette morale est d’essence chrétienne, car fondée sur l’amour du prochain.

On le voit parfaitement dans les affaires, les mœurs, la bioéthique, il existe une déontologie, les lois ne se font pas sans foi ni éthique.

Pour y parvenir, il faut désirer l’élévation dans l’acte même. Ainsi l’initié par son élévation spirituelle se reconnaît à ses actes élevés.

L’être et l’agir se suivent et l’individuel se diffuse dans le collectif.

 

En réalité, il n’y a pas de véritable réalisation spirituelle égocentrée, elle finit toujours par rayonner et se diffuser, c’est le principe du flamboiement de l’étoile. On peut affirmer qu’il n’y pas de société harmonieuse sans désir d’harmonie chez l’homme. Hors l’harmonie conjuguée à la sagesse et à la force est l’expression même de l’esprit maçonnique.

 

C’est ainsi que les francs-maçons font évoluer sur plusieurs générations une société, sans avoir la prétention de se l’approprier ou de la diriger.

 

L’exemple

 

La transcendance appliquée au temporel (« ici et maintenant ») sans faire nécessairement l’abstraction d’un au-delà, implique un commencement et une finalité à l’action de chacun.

Le commencement est la traduction littéraire du terme « initiation », la finalité répond au « pourquoi être un homme sur Terre ». L’exemplarité est de mise pour soi et dans le regard des autres. La conquête individuelle de l’espace spirituel devient sociétale. C’est donc par l’exemplarité que nous pouvons faire progresser ce grand H que nous retrouvons dans certains hauts grades. Ce grand H naît de la part grandissante de spiritualité chez le maçon. C’est la progression de l’esprit sur la matière.

 

Ce passage sur terre se doit d’être utile et producteur de sens. Le franc-maçon ne se réfugie pas dans l’inaction aussi passive que coupable. Le devoir l’appelle. Ce devoir n’est pas religieux, mais il peut le compléter efficacement, d’autant qu’il doit ne jamais se relâcher au risque d’une chute dans les ténèbres. C’est ainsi que le progrès s’installe au plan spirituel et moral puis matériel et sociétal. C’est donc de la condition humaine dont il s’agit, en dépendance et en responsabilité de son environnement. La notion de progrès de l’état humain doit intégrer l’environnement de l’homme avant l’homme lui-même.

 

L’étincelle

 

La spiritualité maçonnique n’est pas à confondre avec la spiritualité religieuse, même si elle la complète avantageusement.

Elle se situe au service de l’homme dans un progrès réel et puise dans les moyens qu’il est apte à découvrir en lui, sans intervention divine. Dieu n’est donc pas appelé à la rescousse pour étalonner les problèmes, on ne peut se contenter de s’en remettre à lui, nous devons prendre nos responsabilités. C’est ici que se situe la transcendance maçonnique. Trouver l’esprit qui est en nous n’est pas une mince affaire. C’est toutefois le but de l’adage socratique « connais-toi toi-même » qui permet d’ouvrir le chemin de l’esprit. Le déclenchement du processus est personnel et personne ne connaît vraiment la recette pour le généraliser. Seule la méthode maçonnique universelle garantie à l’individu la mise sur la voie, déjà empruntée par les anciens, à lui de faire le reste du parcours.

L’étincelle repose non pas sur la logique ou le raisonnement, mais sur le ressenti strictement individuel. Pour y parvenir, le maçon participe à la construction de son propre projet et apprend à se découvrir. Il apprend à construire ses questions après un long silence et à élaborer ses réponses de manière ordonnée. Il apprend l’art de vivre du maçon qui induit un comportement d’ouverture et d’écoute.

Apprenant chemin faisant qui il est, il apprend à penser par lui-même et éveille une conscience personnelle dans ses choix. C’est la prise de conscience, moment tant attendu, car point de départ du cheminement spirituel. Il est, il pense par lui-même et il choisit le chemin.

Il n’est plus un mouton. Sa pensée est libre, il est responsable, il suit un chemin de lumière.

 

La connaissance

 

Comprendre soi et le monde c’est se mettre sur la voie de la connaissance et non pas du savoir.

On est dans le domaine de la suggestion plus que de l’enseignement. L’intuitif a une place prépondérante sans oublier la raison. Quelque part la démarche fondée sur l’imagerie symbolique et mythique permet à l’impétrant de rentrer dans un for intérieur qui lui était inconnu. C’est une progression par analogie qui donne une perspective à plusieurs sorties.

La multitude de portes ainsi crée, remet en cause la certitude du moment et offre une remise à plat du sujet à traiter que l’on croyait achevé. Le principal sujet de l’initiation est une rencontre avec soi même. C’est à chaque fois le changement de point de vue, d’angle d’attaque du sujet considéré qui donne du relief à d’autres développements. L’ouvrage n’est jamais achevé même sur des sujets cent fois rebattus. C’est l’échange en milieu collectif qui crée ce phénomène. Le doute et la rupture des certitudes permettent de réengager le sujet traité sous un jour nouveau et l’échange fournit de nouveaux éléments pour un nouveau point de vue.

 

La ritualisation

 

La technique pour aboutir à cet enrichissement repose sur une rigueur ritualisée.

La réunion des maçons ne se fait pas n’importe comment. On abandonne ses métaux sur les parvis pour entrer dans un ordonnancement maîtrisé, dans un temple image recréée d’un monde où les cycles de la nature sont présents. Suit ce qu’on appelle l’ouverture des travaux basés sur un rituel toujours identique, qui permet au maçon de lâcher prise avec le monde profane et d’entrer dans ce for intérieur qu’il partage avec d’autres, soit un espace-temps particulier et sacré.

Enfin il y la méthodologie de la prise de parole, avec le Vénérable pour trait d’union, rigoureuse, égale et limitée pour tous, où l’écoute domine l’expression. Debout à l’ordre c'est-à-dire avec la maîtrise de ses pulsions et passions, chacun s’exprime avec la certitude d’être entendu.

 

Vient la fin des travaux où chacun s'est enrichi du miroir offert par l’autre.

La progression par degré et par grade permet de refaire sans arrêt le même chemin de l’esprit en découvrant à chaque fois de nouvelles pépites.

 

C’est une progression par cercles concentriques qui au fur et à mesure du temps, s’élargissent sans fin. L’étendue de leur diamètre signifie l’état d’avancement dans l’étude du champ des possibles pour chacun. Cette donnée est personnelle, mais elle se ressent lors des prises de parole, où l’on voit très bien la progression graduelle se faire chez chaque maçon, en fonction de la qualité et la profondeur de ses réflexions. Sur ce point il n’y a pas de mise en concurrence d’un maçon envers un autre. Une émulation se crée naturellement en voyant les autres progresser dans leurs analyses et réflexions.

 

Cette méthode ritualisée permet de penser autrement et de rompre avec les lieux communs. L’horizon est plus large en maçonnerie qu’au café du commerce.

 

Le phénomène est possible si on a converti son regard, ce qui est le propre de la cérémonie d’initiation. Cette cérémonie particulière marque comme une borne sur notre parcours, un avant et un après. Tout ceci est symbolique et physique.

 

C’est le corps et ses cinq sens qui informent le cerveau qu’un événement hors du commun se produit, c’est la conscience qui se saisit de l’instant pour mieux le goûter et c’est enfin l’homme qui découvre d’autres horizons. Tout est fait pour éveiller notre esprit.

À l’issue de cette cérémonie où lui a été présentée la lumière, commence un long et difficile chemin vers cette lumière.

La vie du maçon est aussi à l’extérieur du temple et son comportement sera maçonnique, c'est-à-dire empreint de cette quête et de cette recherche d’écoute et de perfection de l’homme. Son comportement se veut exemplaire pour mieux infuser la société, sans prosélytisme aucun. Enfin pour mieux franchir les crispations et les positions définitives qui sclérosent et abêtissent les individus et la société, le maçon privilégiera la pensée ternaire à la pensée duale et manichéenne. L’homme est naturellement binaire, le maçon est ternaire. Ainsi fait, il ouvrira devant lui des portes inattendues qui feront le succès de sa démarche d’ouverture à l’autre. La conciliation des contraires est une attitude payante, car dynamique et elle offre toujours plus de perspectives qu’une simple alternative. L’opposition naît de la différence, mais la différence nous enrichit et nous renforce sans nier l’autre.

 

Les principes de l’art royal devront être appliqués. Cimenter et unir les pierres entre elles c’est le but premier du rite et du rituel. Respecter les règles de construction qui nous sont transmises depuis la nuit des temps et dont le rituel est le servant et la mémoire. C’est ce qu’on appelle les règles de l’art. L’exigence passe par le souci du travail bien fait et du bel ouvrage, pour mieux se construire soi même. Tailler puis polir sa pierre prend alors toute sa signification.

Avoir la conscience du tout c’est aussi placer sa pierre dans l’édifice. Celle-ci est aussi indispensable que les autres. L’œuvre individuelle consistant en la construction de soi, participe directement à l’œuvre collective. La construction de la cité peut se faire sans prosélytisme.

 

 

Construire l’exemplarité

 

Nous avons vu que le schéma directeur et les moyens à mettre en œuvre consistent en une solution globale pour répondre à l’attente générale du maçon, qui souhaite progresser dans le monde de l’esprit.

Cette voie spirituelle serait une vaine appellation, s’il n’était fait aucun écho à cette volonté.

L’écho se situe dans l’acte du quotidien d’un maçon de base.

On attend un retour de cet engagement personnel.

Le retour dépend de l’attitude remarquable et exemplaire du maçon. L’attitude se projette à deux niveaux, l’intérieur et l’extérieur.

À l’intérieur c’est l’éthique de chacun qui sert de baromètre à l’attitude exemplaire.

À l’extérieur c’est la morale qui régit les règles de vie sociale qui va reconnaître l’exemplarité de l’acte ou de l’attitude.

La pierre que nous taillons se décrit sous ces deux angles de vue qui font sa beauté. La pierre pour elle-même à sa beauté propre, mais son utilité se trouve dans l’œuvre d’ensemble. La relation entre le relatif et le général nous ramène à l’échange indispensable entre l’éthique et la morale.

Finalement nos comportements sont dictés par les lois qui sont la production de la morale, élaborée elle-même dans les limites d’un ressenti personnel appelé éthique.

La proposition ici énoncée peut aussi être inversée dans le sens du personnel au collectif.

 

Avant la loi, la morale et l’étique, il me semble que les notions collectives et individuelles soient parfaitement intégrées dans toute société initiatique. Être initié implique de se connaître soi-même, pour en réalité, être socialement admis par les autres. L’Ego rencontre l’Alter Ego. La vérité tant recherchée est en soi et doit être validée par le collectif. Ce double rapport à soi et aux autres est producteur du comportement bon ou mauvais.

Le bien et le mal et l’effort de synthèse sont les bases mêmes de l’enseignement maçonnique à travers les mythes. C’est le cheminement maçonnique qui garanti la transmission des éléments ontologiques, eschatologiques et du vivre ensemble.

Les mythes connus du franc-maçon sont donc des réceptacles immémoriaux de sagesse et de vertu. Dans un cadre cosmogonique, ils mettent en scène la vertu et donnent à choisir par acteurs interposés entre le bien et le mal. L’explication symbolique évite de tomber dans un manichéisme outrancier.

La méthode pour garantir la transmission s’appuie sur les rites. Les rites sont la mise en pratique de l’enseignement des mythes et valorisent la dimension symbolique. C’est à travers le symbole ritualisé que le mythe s’exprime dans une société initiatique. Ainsi on peut expliquer la production de l’inconscient collectif, soubassement de l’éthique et du sens.

 C’est cette particularité qui fait du franc-maçon un homme de la grande tradition et du grand avenir. Cette tradition est porteuse de sens pour déterminer l’action du maçon.

À la question : quel sens à donner à notre engagement dans la franc-maçonnerie, je répondrais qui faut suivre la tradition, et le cadre général de la rituélie.

Le comportement exemplaire du maçon dans la société implique la responsabilité de celui-ci dans ses choix. Constamment il tend vers l’universel en évitant la vérité d’un temps et d’une circonstance.

 

Cette recherche de l’universel le ramène à une notion religieuse au-delà de la mort et à une notion temporelle et sociale pour le temps qui lui reste à vivre. Sur ces deux cycles, il doit avoir cette conscience vertueuse, c'est-à-dire avoir l’habitude du bien !

Le « ici et maintenant » et « l’au-delà » doivent entrer en résonance.

 

La notion de choix est la base de l’engagement maçonnique. Être dans une vérité vertueuse et solidaire, plutôt que dans une forme d’opportunité prédatrice est un axe valable.

 

Le choix personnel, lié à sa propre éthique, liée le cas échéant à « l’au-delà » de la vie, doit rejoindre l’intérêt de la communauté fondé sur la morale et la loi confrontées à une réalité triviale.

 

D'après les travaux des loges sur les thèmes : « Utilité sociale du franc-maçon », et « Le franc-maçon et l'animal », ainsi que les travaux de Jean François Pluviaud :  « Discours de la méthode maçonnique » éditions Véga

 

Eri\Rom\



[1]              Il faut différencer les trois premiers degrés des grades supérieurs qui suivant les obédiences et les rites, ont des objectifs différents, par leurs fondations et leurs natures, que ceux que nous exposons ici.

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