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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 09:56

Confusion of Tongues[1]Perfection et reconquête du langage initiatique

 

… ou le retour d’Hermès Trismégiste et de Pythagore.

 

Il ne s’agit pas ici de développer de savante notion sur l’art du langage.

 

 

 

Je tente simplement de faire apparaître un dimensionnement, en relation directe avec la tradition ésotérique occidentale. Toute doctrine traditionnelle dispose d’un double langage, l’un exotérique l’autre ésotérique. Le but est de transmettre sur deux registres.

Le langage ésotérique à son tour se subdivise en au moins deux langages. Le premier niveau reste symbolique, il est une pratique quotidienne du franc-maçon qui permet de lever le premier voile, et un dernier niveau par analogie, plus réservée encore, à caractère métaphysique, qui en toute hypothèse est plus large que l’interprétation intérieure d’une religion[1].

 

Entre ces deux extrêmes, des langages intermédiaires sont apparus, dissimulé derrière un aspect concret comme l’architecture, l’alchimie, la cabale, les séphiroth, et sous un angle différencié et populaire, les tarots, la numérologie, l’astrologie spirituelle, etc. Les aspects concrets ou différenciés ne sont que des développements inférieurs d’un sens qui touche aux états supérieurs de l’Être.

Pour atteindre ces états, on peut user de tous les langages ésotériques. Tous ont trait à la révélation intérieure pour les chrétiens, à l’illumination ou à l’intuition supra individuelle pour d’autres. Il s’agit toujours d’apercevoir une synthèse unitaire, une vision ontologique du tout.

 

Nous partons du postulat que le premier langage est sacré, car il est donné par Dieu pour le nommer, ainsi que tout ce qui est de nature sacrée (la manifestation née du Verbe). Il ne nommait rien de profane. Puis vient l’épisode de la tour de Babel qui cristallise la diversité et la confusion des langues[2]. De cette période, il ne reste plus que des langues sacrées, réminiscences de la parole divine perdue et des langues profanes qui caractérisent la contingence et la matérialité. De la période adamique nous avons le souvenir légendaire de la parole originelle et perdue, représentée en franc-maçonnerie par la légende d’Hiram.

 

Les sens qui sont donnés aux mots sont très largement dépassés par le sens hiéroglyphique ou idéographique. Il ne s’agit pas ici d’un cours d’Égyptologie encore que par certains aspects, les hiéroglyphes, furent des précurseurs dans l’association des images et des sons. Il s’agit plutôt d’une prise de conscience que chez l’initié, le langage de la connaissance est sans frontières étatiques ni limites civilisationnelles. C’est gravé dans la pierre ou la tablette d’argile que les « mots-images » étaient conservés. Le tailleur de pierre et le scribe avaient le même pouvoir : graver et transmettre l’image traditionnelle du mot qui devenait alors parole avec une représentation mentale[3].

Pratiquement tous les signes de base y compris les lettres et les chiffres sont des déclinaisons du point, de la droite et du cercle. (Les maçons opératifs témoignent de cette tradition géométrique en utilisant la règle et le compas).

Ces trois signes sont fondateurs du symbole figuré. On peut dire que les sens dérivés dépendent pour leurs origines de ces trois sens premiers. Ils ont, par cette origine, un lien direct avec le divin manifesté. C’est ainsi que le mot associé au signe a trouvé sa prononciation, s’est « chargé » de sens. En se reliant les uns aux autres, ils constituent un vocabulaire lié par des règles appelées grammaire.

 

Le langage est né de la valeur symbolique du signe.

  BOSCODON-SIGNES.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


(Hiéroglyphes pierre sphérique de Myrvalder, doc abbaye de Boscodon, cahier n° 4. Tout commence par un point, il est le départ de toute expression.)

 

 

Les anciens devoirs (Ms Cooke 1410 Lgn 255-306) font état que la Connaissance fût gravée sur deux colonnes l’une de marbre l’autre de brique. Le déluge pouvait survenir la connaissance serait sauvée[4]. C’est Hermès et Pythagore (Lgn 321-324) qui retrouvèrent chacun une colonne qu’ils purent déchiffrer. Ainsi depuis cette époque notre approche de la connaissance balance entre la Gnose et son mystère de la parole universelle et la géométrie et les secrets du grand architecte.

Nous sommes tous convaincus que la puissance évocatrice de l’image, du signe et du sens figuré, est directement liée aux archétypes antédiluviens de la pensée. Nous sommes pris entre deux sensibilités, gnostique et géométrique. En cela le langage initiatique du franc-maçon d’aujourd’hui est probablement le même que celui de ses ancêtres. Cette évidence nous interpelle au point de constituer la base même de la régularité maçonnique qui dépasse la forme pour atteindre le fond.

Sur la forme, le symbolum est une tesselle ou une tablette d’argile gravée, cassée en deux. Chacun des protagonistes se saisit de la demi-tablette et part pour un périple. Quelques années après ils se rencontrent à nouveau et se reconnaissent en réunifiant les deux parties, constituant un tout bien plus grand que la seule addition des fractions.

Sur le fond, c’est la perte de la  fraction sœur[5] qui crée l’errance ou l’exil[6]. Un frère est toujours à la recherche de son jumeau, cette fraction perdue par la chute. Caïn manque à Abel, Romulus manque à Remus. La franc-maçonnerie tente cette réunification dans une forme d’expression particulière, en épelant le mot sacré. C’est à deux que s’égrène le mot, lettre par lettre, comme un chapelet.

C’est dans l’altérité réparatrice que les deux Frères retrouvent une forme de langage, puis à trois ils trouveront les syllabes et une forme de mot substitué. Ce langage sacré n’est pas accessible à notre condition, on ne peut que l’effleurer en l’épelant à plusieurs. C’est le principe de l’invocation ou de la prière. Sa compréhension appartient à un état supérieur de l’être[7].

Pour finir nous pouvons affirmer que le mot et donc la parole sont symboles, pure production de la pensée en rapport constant au Verbe et à cette Parole qui était au commencement.

 

Je m’adresse aux seconds surveillants, pour leur indiquer que la vulgate sociale n’élève l’individu que dans ses devoirs envers autrui. Ceci est probablement une bonne chose. Mais le sens moral n’est en aucune façon une fin en soi, il n’est qu'une étape et la conséquence dérivée de la sagesse. Inutile d’être franc-maçon pour être bien conscient du sens et de la portée des lois bioéthiques et encore moins pour apprécier les avancées sociales d’une société en retour de fortune. Si la perfection de soi est le chemin naturel de l’initié ; il doit dépasser cette contingence tout en montrant l’exemple.

Cet effort appelle un travail quotidien pour y parvenir. Il ne faut pas céder à la facilité d’une expression vidée de son sens sacré.

 

Que faut-il faire ?

 

Il faut maîtriser le sens du langage de nos anciens, qui sous des travers abscons, dissimule une réelle profondeur de la connaissance traditionnelle.

Déchiffrer et comprendre, suppose un effort qui ouvre l’accès à la compréhension d’un langage supérieur. Cet authentique travail glorifie l’âme du cherchant, c’est ce qu’on appelle la gloire[8] au travail. Il faut redécouvrir Hermès et Pythagore.

Le rituel maçonnique régulièrement mené, par des officiers dévoués et compétents, ouvre à une communication avec ces éléments primordiaux. Ils offrent, au même titre que les mantras et le dhikr, par leur rythmique répétitive et la versification poétique qu’ils développent, un potentiel de réalisation spirituelle dans les états supérieurs. Il n’est donc pas incongru qu’un lien soit établi à partir du rituel maçonnique avec le langage intermédiaire à caractère mystique, même si ce ne doit pas être une priorité. C’est le langage des oiseaux pratiqués par les fidèles d’amour[9], appelé aussi langage angélique[10]. À toutes fins utiles il est bon de rappeler qu’on ne modifie pas les rituels maçonniques et notamment les prières et invocations qu’ils contiennent. Ces prières sont des échelles ascensionnelles pour l’âme du maçon, au-delà de toutes croyances.

Le rituel maçonnique doit remplir sa mission d’exaucement des âmes, et d’élévation de l’esprit. Il n’est pas seulement un ciment catégoriel et social.

 

Il est d’usage de reconnaître à la légendaire table d’émeraude, « tabula smaragdina » du VIe siècle, attribuée à Hermès Trismégiste, des vertus hiéroglyphiques et gnostiques incontestables.

 

Sous le voile d’un langage qualifié d’alchimique, Hermès le Grec et son homonyme romain Mercure, est assimilé à Thot l’Égyptien.

Le hiéroglyphe trouve à s’exprimer formellement en Égypte. Tôt est le dieu de l’écriture et du sens donné à celle-ci. La lecture n’est pas uniquement phonétique, elle est de nature sensuelle, car elle parle à un niveau supérieur de la conscience, un peu comme la poésie nous parle des profondeurs. L’écriture devient magie et d’ailleurs il ne serait pas étonnant que, pour déchiffrer les hiéroglyphes, il soit nécessaire d’être un peu magicien. Rappelons à ce sujet que le mage est celui qui interprète les signes et les images[11].

Il y a une forme de magie dans la lecture d’un texte, car celui qui lit interprète et joue le rôle que l’auteur a voulu donner au texte sacré. Du texte sacré on tire le langage sacré et non l’inverse. C’est donc notre travail que de donner du sens aux traces, aux signes, aux emblèmes et aux symboles.

La gloire au travail n’inaugure rien d’autre que notre capacité à lire les symboles.

 

La science de l’herméneutique consistant en l’interprétation des textes sacrés, ne peut donc être passé en profits et pertes par les 1ers et 2nd Surveillants. Elle met en perspective la quadrangulaire suivante :

 

-La part de nature agissante et sa correspondance surnaturelle, pénétrante pour l’initié.

 

-La dimension humaine et sa correspondance divine. Il   fallait bien être un Dieu pour se saisir d’une telle totalité.

C’est donc par suggestion que les mots et les textes agissent sur notre compréhension, il en est de même pour les allégories et les symboles. Le langage dans sa dimension sacrée inonde la totalité des arts. Le symbole n’est pas en reste, car il porte en lui la seule dimension véritablement universelle et intercivilisationnelle. Ce langage se retrouve dans tous les domaines de la poésie au romantisme, en passant par le surréalisme et l’idéalisme. Peu accessible il nécessite un redoublement d’effort et de concentration. Le langage par l’image ne révèle rien au premier abord. Il faut l’effort d’une scrutation et d’une évaluation volontaire pour en déchirer le voile. Ce dernier est fait pour appeler le juste effort à fournir et faire passer l’interprétation symbolique non par l’encéphale, mais par le cœur.

 

Le voile est l’apanage de la langue secrète et du sens caché. C’est la définition de l’ésotérisme.

Relire Jacob Bohème donne alors un dimensionnement et une saveur à ses écrits qui ne peuvent s’oublier. Lire la table d’émeraude en fonction de ses principes, inonde le cœur et comble l’esprit. À défaut de cet effort premier, rien n’est accessible en dehors du sens moral qui est l’expression d’une contingence sociale.

À partir de cette grille de lecture, il est possible de retrouver dans les textes sacrés, un tronc commun universel. L’universalité est associée à l’idéal maçonnique.

Nous retrouvons le sens premier dans l’universalité du langage des sages. Il se transfère de Dieu à Adam puis Moïse, de Zoroastre à Pythagore et Platon, depuis Hermès Trismégiste. Langage codé et sacré à la fois, dont la sapience se mérite. Il est universel et s’oppose à la confusion des langages de l’ère babylonienne.

Les alchimistes sont l’illustration de cet état hiéroglyphique. L’écriture secrète protège du regard profane le savoir primordial qui fut sauvegardé d’après les anciens devoirs par la gravure sur les colonnes antédiluviennes.

Il y eut un malentendu au XVIIe siècle entre les alchimistes qui rompirent la globalité de leur vision universelle pour la scinder en deux langages. D’un côté les praticiens analytiques qui versèrent dans l’alchimie des souffleurs opératifs, ancêtres des chimistes et de l’autre les théosophes de la synthèse, dans la lignée des roses croix et qui conservèrent le sens spirituel en l’intégrant dans le champ de l’initiatique maçonnique.

L’Or des uns n’était pas l’Or des autres. La tradition des bâtisseurs était largement préparée à cette fusion. La démarche spéculative favorise le questionnement au-delà de l’apparence et du credo. Elle s’appuie sur le symbolisme et les mythes.

Ainsi la boucle se referme. La grande tradition se conserve dans le cénacle des initiés. On comprend à quel point le langage maçonnique ne peut faire l’économie d’un dimensionnement profondément symbolique en relation avec des états supérieurs. Le franc-maçon est le dernier porteur de la flamme initiatique dans le monde occidental. Face à la perspective quadrangulaire[12] de l’esprit hermétique on complètera avantageusement ce dévoilement par l’étude de la Gnose c'est-à-dire, par la prise de conscience graduelle d’une connaissance à vision globale. C’est l’élaboration d’un système interdisciplinaire qui va connaître au travers des siècles des évolutions remarquables.

Loin d’être un épiphénomène face à la révélation ecclésiale, le gnostique forme un syncrétisme fondé sur le symbole dont nous avons encore une expression en loge avec le pavé mosaïque.

Le travail de synthèse du maçon s’oppose assurément à la vision manichéenne. Pour autant la voie de la sagesse est celle du juste milieu, de la conciliation et de l’embrassement du tout.

Le vieux fond animiste se marie à la quadrangulaire. Le divin habite l’âme qui est emprisonnée dans un corps de contraintes et de tentations. La matière est un lieu d’exil pour notre fraction divine. Les sens sont induits en erreur par des apparences trompeuses. Notre pire ennemi est nous même. C’est ce que nous enseigne l’épisode du miroir à certains rites, l’épreuve de nos sens lors des voyages et le silence rituel de l’apprenti. C’est l’épreuve des sens (terre, eau, air, feu, oblitération de la vue puis de la parole) qui doit nous apprendre à nous libérer de cette matière corporelle.

Le syncrétisme gnostique recoupe la philosophie grecque, l’apport égyptien et juif. Cette convergence mixte l’alchimie, la cabale et la magie astrale. Les cultes à mystères et la tradition orientale fusionnent.

L’incertitude d’une perfection lointaine entache le système gnostique d’une vaine espérance. La tentative de synthèse ne fut pas complète. Le monde aristotélicien et ptolémaïque organise notre vision occidentale en une partition micro et macrocosmique. Ainsi le monde sublunaire et changeant est soumis à la contingence de l’éphémère alors que le ciel éthérique protège la permanence d’un macrocosme. Nous sommes loin d’une vision unitaire. Le système va se développer sous la forme d’une pyramide à degré d’une plus grande cohésion. L’unité est tout en haut et se développe en se dégradant dans la création.

Cette chute poursuit une forme d’harmonie des sphères chère à Pythagore. Cette harmonie vient lisser la dichotomie du bien et du mal, du haut et du bas. On développe alors un monde des idées immuables face aux réalisations temporaires et terrestres. Il y a sept échelons à cette pyramide qui correspondent aux sept planètes connues du monde Ptoléméen. Le chiffre 7 est bien connu du maître.

À chacune correspond un métal. Nous allons du cercle extérieur saturnien représenté par le vil plomb, état grossier dont on se libère par une mort et une renaissance. C’est la putréfaction de la matière qui fait germer la graine dans le cabinet de réflexion, c’est la mort et la putréfaction du corps du maître qui libèrent et font renaître l’étincelle divine dans le corps du nouveau maître. Les cercles à traverser sont ceux notamment, de Jupiter associé au zinc, de mars et du fer, de mercure et du vif argent, de la lune et de l’argent et enfin du soleil et de l’or. La progression vers le centre est une démarche de perfection et c’est aussi ce que nous sommes venus chercher en franc-maçonnerie. Nous pensons que l’homme est perfectible.

Les lois de la correspondance donnent une identité structurelle entre le corps de l’homme et le monde dans lequel il s’insère, appelé microcosme. L’homme peut être un corps agissant. Il manipule le corps, l’âme et l’esprit. La région astrale contenait l’âme du monde, l’intellect et les idées dans leur permanence occupaient les régions supérieures et agissaient dans les régions inférieures où règnent la matière, la contingence et l’éphémère marquées par le sablier et le crâne dans le cabinet de réflexion. C’est alors qu’on émet l’hypothèse qu’il était possible d’agir ici-bas par l’intermédiaire d’une région médiane entre l’esprit et la matière. L’homme se rapproche du démiurge. Cette région médiane dans la tripartition chrétienne est occupée par l’âme.

Apparais autour de l’homme, un corps astral, invisible qui devient la zone de contact entre le haut et le bas. Les moyens d’action sont la magie les talismans. L’homme communique avec son corps astral ce qui fait de lui un médiateur entre le microcosme et le macrocosme. Paracelse confirmera la tripartition agissante : la dominance de l’astre intérieur sur l’imagination, la force solaire agissante sur le monde dit réel et enfin la force lunaire agissante sur l’apparence trompeuse. C’est aussi la prophétie et la prémonition qui se structurent sur cette tripartition et qui justifient la cabale.

Ainsi la vision de l’échelle de Jacob s’explique d’une manière gnostique et structurée.

L’influence des astres extérieurs est présente à l’Orient de toutes les loges maçonniques. On se contente souvent d’explications fonctionnelles du soleil de la lune et de l’étoile flamboyante et on oublie commodément que la franc-maçonnerie fut le réceptacle de la grande tradition gnostique, hermétique et alchimique. On a longtemps glosé, avec raison sur l’influence Rose-Croix...

Le Corpus Hermeticum traduit en 1463 par Marcille Ficin est le traité gnostico-néoplatonicien qui témoigne de la pensée et de la sagesse antique des premiers siècles du Christianisme. On le pensait rédigé par Hermès Trismégiste, « Hermès les trois fois grandes ». Son style ressemblant à celui du Nouveau Testament semblait témoigner de cette sagesse antique, héritage des chrétiens des premiers siècles. Une science antique, la Cabale, y était développée mise en évidence par pic de la Mirandole.

Cette dernière se voulait la science secrète des Hébreux. La période de la renaissance favorise un renouvellement de la structure scolastique qui reposait sur une hiérarchisation Ptoléméenne du monde.

La vision devient alors plus directe moins hiérarchisée, plus énergétique. Son accessibilité sera concrétisée par le protestantisme, qui outrepasse la hiérarchie ecclésiale pour relier directement le croyant à Dieu ; l’étincelle divine est alors en chacun de nous.

L’alchimie se développa sur ce fond et sur ces textes. Elle suit le mouvement gnostique dans le refuge des chrétiens orthodoxes d’Orient et d’Alexandrie pour nous revenir traduit par les Arabes en Espagne et en Provence. S’élabore alors un langage imagé fondé sur l’empirisme. Les maximes et les allégories sont les véhicules de cette connaissance. L’Art Royal est la conjonction des trois influences, en plus du travail de la matière et des formes qui est son fondement opératif. Entre terre et ciel, l’Art royal s’est développé alimenté par quatre fleuves, ce qui explique sa complexité et sa richesse.

La tradition chrétienne alexandrine est le fondement, la base de départ de cette architecture. Son développement pratique, sa formulation et son imagerie sont le résultat de son passage aux mains des savants philosophes arabes, et enfin la toile de fond philosophique repose sur la philosophie de la nature des Grecs.

Ce sont deux soleils qui éclairent notre chemin correspondant à l’or philosophique et l’or matériel. Par la bipolarité le monde avance. Le soleil et la lune, le mercure et le soufre, mal et femelle, bien et mal, l’amour et la haine, etc.

Tout ceci se retrouve dans le même creuset, la même coupe. C’est de la synthèse et l’union que naît le grand œuvre, la dissolution permet la fixation et le solde autorise le coagulum. C’est ce que revit lors de son initiation le futur apprenti dans les épreuves et voyages ou il rencontre séparément les 4 éléments d’Empédocle, sorte de proto-matière assimilé au Chaos initial.

En les recomposant, les manipulant, il les assimile et en redécouvre les sens. Au grade de compagnon, c’est le cinquième élément qui apparaît, la fameuse quintessence d’Aristote.

La mystique gnostico-hermétique est arrivée en franc-maçonnerie il y a trois siècles. Les apports, les dépôts sont si nombreux qu’ils constituent ce trésor initiatique sans équivalent dans le monde profane. C’est aussi cette profusion de nouveaux langages qui crée le malentendu. Difficile d’accès pour tous ceux qui s’empressent de franchir les grades et les degrés, ces derniers tentent de marginaliser cette lecture ésotérique et initiatique des textes, symboles et hiéroglyphes. Ils ont peu d’intérêt pour les discussions symboliques ou hermétiques. Ils sont voyageurs clandestins d’un monde qu’ils ne peuvent comprendre. Cette différence d'approche explique la distorsion et finalement le cloisonnement justifié entre les filières pauvres et celles mieux dotées en instructions.

Les hauts grades ont donc intérêt à diversifier la provenance de leurs membres. Ce qui compte notamment, c’est leur capacité à lire les images, signes et symboles. C’est la seule façon d’éviter l’appauvrissement par nivellement des ressources. C’est cette différence qui créera l’émulation nécessaire au maintien d’un haut niveau de transmission.

 

N’oublions pas que le langage initiatique est traditionnellement réservé à une élite et qu’il se transmet. L’exigence se satisfait de la différence, celle-ci entretenant l’émulation identitaire gardienne des traditions. Les carences dans la maîtrise du langage initiatique dégénère la transmission en une forme de nivellement qui ferme l’accès ésotérique des textes sacrés.

 

Eri\Rom\

 

 



[1]              L’ésotérisme chrétien est plus ample dans ses interprétations que la duplication réservée et secrète d’une croyance religieuse.

[2]              La première chute découlait de l’Adam chassé du jardin d’Éden, cette première génération disparait par le truchement du Déluge. La tour de Babel est la deuxième chute de l’homme face à ses prétentions de démiurge, cette génération est la nôtre.

[3]              En héraldiste autre science traditionnelle. Il en est de même pour le Hérault d’armes qui blasonnait les chevaliers entrants dans la lisse.

[4]              Seuls les initiés pourraient lire et interpréter les symboles cachés dans la gravure de la pierre, grâce à la tradition transmise par Noé et sa descendance.

[5]              La perte du Frère vaut pour la perte d’une partie de son intégrité adamique. C’est encore la chute d’Adam, le père premier qui se perpétue dans la fratrie.

[6]              L’exil est un thème de certains grades supérieurs. Il est mis en valeur relativement au signe et à la parole.

[7]              Il est troublant de constater que Pythagore et Hermès, deux grands initiés, ne pouvaient déchiffrer que leur colonne respective, autre aspect d’une gémellité, donnant deux aspects de la voie initiatique. C’est aussi au pied des deux colonnes que s’épèlent dans la franche maçonnerie française, les mots d’apprenti et de compagnon. 

[8]              La mise en « Gloire » est une notion symbolique qui repose sur un espace de médiation entre l’univers manifesté et le point originel dont il n’est qu’une duplication. Ainsi le Christ en Gloire est représenté au tympan de nombreuses églises construites de manière traditionnelle.

[9]              Rappelons que les lacs d’amour de la corde à nœuds sont un héritage de cette organisation, qui avait Dante parmi ses membres.

[10]             Les élus Cohen dans la mouvance de Martinez de Pasqually influencèrent la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle.

[11]             C’est d’ailleurs ce sens qui doit être rapporté aux rois mages de la tradition chrétienne.

[12]             Nature et surnaturel ; humain et divin.

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