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5 octobre 2012 5 05 /10 /octobre /2012 22:13

Tableau-apprenti.JPGLes trois fenêtres

 

Ci-dessous un extrait d’un travail au 1° du REP sur les trois fenêtres.

 Entre les lignes nous devons reconnaitre les potentialités en devenir d’un travail qui va murir au fil du temps. En matière de symbolisme il est utile de rappeler qu’un rapport doit toujours être établi entre l’apparent et le caché, le caché étant toujours suggéré à celui qui à la vue intérieure. ER

 

(…) J'ai choisi ce thème, car peu évoqué, il a éveillé ma curiosité ; d'ailleurs je me souviens que nouvel apprenti siégeant pour la première fois sur la colonne du Nord, mon attention a été attirée par ces trois symboles disposés juste en face de moi sur la colonne du Midi. Pour réaliser mes travaux, je donnerai une définition du mot « fenêtre » et appréhenderai la notion de lumière qui en est indissociable et qui me parait incontournable pour comprendre ce chantier. Ensuite, j'essaierai de justifier leur présence en les envisageant comme vestiges des loges opératives pour évidemment finir par leur portée symbolique.

Mais qu'est-ce qu’une fenêtre ? Il s'agit tout simplement d'une ouverture dans un mur visant à laisser passer la lumière et l'air. Au rite écossais primitif, elles sont présentes à la fois sur le tableau de loge ainsi que sur le mur situé derrière la colonne du Midi ; à l'orient, au Midi et enfin à l'occident, en hauteur juste dessous la houppe dentelée. On les retrouve au REAA et au rite français notamment. Elles sont généralement représentées sous forme d'un carré long, parfois ornées d'un arc, mais toujours munies de grilles ou de barreaux.

Qui dit fenêtre dit lumière ! Mais quelle lumière ? Il y en a de plusieurs sortes.

Tout d'abord, il y a la lumière profane que je qualifierai de physique et terrestre, qui est définie comme un rayonnement électromagnétique émis par le soleil, visible, c'est-à-dire perceptible par l'œil humain. Cette lumière associée à d'autres éléments est indispensable à la vie sur terre, et permet à l'homme de voir le monde matériel qui l'entoure, de s'y mouvoir et de l'appréhender.

Évidemment, même si cette lumière est importante, car indispensable à la formation de toute vie sur terre, ce n'est pas celle qui m'intéresse ce soir. Celle qui m'intéresse est celle que tous les frères ici recherchent. Souvenons-nous de notre rituel : à la question de savoir ce qu'est venu chercher le frère en franc-maçonnerie il répond « J'ai désiré la lumière ».

Il s'agit de cette lumière perceptible non pas cette fois-ci grâce à la rétine de nos yeux, mais grâce à l'intelligence de notre cœur.

Pour comprendre cette lumière, je vais me référer aux premiers versets du prologue de St Jean dans la bible.

C'est à cette page que la bible, posée sur l'autel du vénérable est ouverte et où sont disposés l'équerre et le compas : « AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE VERBE ET LE VERBE ÉTAIT AUPRÈS DE DIEU ET LE VERBE ÉTAIT DIEU. PAR LUI TOUT A PARU ET SANS LUI RIEN N’EST PARU DE CE QUI EST PARU. EN LUI ÉTAIT LA VIE ET LA VIE ÉTAIT LA LUMIÈRE DES HOMMES ». Pour moi, la lumière est une vibration perceptible uniquement par celui qui sait se conditionner pour la recevoir : elle est la manifestation spirituelle du principe créateur, du G.A.D.L.U. D'ailleurs, VERBE, VERBUM en latin est la traduction du mot grec LOGOS signifiant LA PAROLE. Le verbe serait donc la parole du créateur. L'origine, le tout est le UN : il irradie de sa lumière le monde profane binaire, le DEUX. Le Franc Maçon, par son initiation spirituelle et son travail accompli en loge essaie de résoudre cette addition :

1+2=3. TROIS, le ternaire est la représentation du UN dans le monde manifesté.

Oui, tel est notre but à tous, retrouver le lien avec l'origine de cette lumière illuminatrice, se débarrasser du MOI et retrouver le SOI afin de réintégrer le TOUT en essayant le plus possible, grâce à nos travaux, d'atteindre un niveau de conscience éclairée ».

Mais à quoi donc peuvent bien servir ces trois fenêtres en loge ? Quelle est leur utilité ? On peut se demander si elles ne sont pas simplement un vestige symbolique de la maçonnerie opérative à l'époque où seules des fenêtres pouvaient suffisamment permettre d'éclairer l'intérieur de la loge où se réunissaient les opératifs, ouvriers bâtisseurs de cathédrales et qui se trouvaient sur le chantier même de construction. C'est souvent l'explication qui est donnée dans les ouvrages maçonniques. Ainsi, dans ce cas, la lumière diffusée serait celle que j'ai qualifiée précédemment de terrestre. Les grilles ou barreaux présents aux fenêtres permettaient sûrement de protéger la loge de l'intrusion de tiers étrangers à la corporation afin de garder secret l'enseignement sur l'art de bâtir qui était dispensé dans ces loges. Dans notre loge, ces fenêtres grillagées auraient la même vocation symbolique, protéger nos travaux de l'intrusion de tout ce qui n'est pas sacré, de ce qui est profane, et aussi peut-être de nous protéger contre toute idéologie malveillante à notre égard comme cela a déjà malheureusement été le cas dans l'histoire. Mais une fenêtre est une ouverture ; peut-être aussi qu'elles permettent d'irradier de nos travaux le monde profane ? Ainsi par leur travail, les Francs-Maçons ont et continuent d'influer sur leur époque et sont à l'origine d'avancées spirituelles, sociétales et parfois sociales.

Il est clair pour moi que ces explications, même si elles sont certainement fondées, n'expliquent pas à elles seules la portée symbolique des trois fenêtres. Comme tous les symboles présents en loge, il convient de pousser beaucoup plus loin la réflexion pour en tirer toute l'essence. Tout d'abord leur nombre doit nous interpeller : TROIS. C'est le chiffre de l'unité dans le monde manifesté. Elles sont sûrement donc des ouvertures sur le principe créateur, un lieu de passage, de communion vers le sacré ; d'ailleurs, de par sa taille et les grilles qui l'ornent, la fenêtre ne peut rien laisser passer d'humain, donc de profane. Elles sont présentes sur le tableau de loge. Or ce dernier contient tous les outils symboliques nécessaires à la création de la vie, non pas cette fois ci organique, mais bien spirituelle. Dans le temple, le franc-maçon peut éventuellement se passer de lumière naturelle, mais pas de lumière spirituelle dont il a besoin pour devenir conscient et communier avec le tout. C'est dans la transmission en loge de cette lumière destinée à guider notre éveil spirituel que les fenêtres jouent en partie leur plus grand rôle symbolique. Nous tous mes frères, sommes à l'image, comme cela est décrit dans la bible, de l'homme ayant chuté et qui par son travail cherche à sortir du plan horizontal pour s'élever sur le plan vertical et communier avec le tout ; c'est à mon avis pourquoi en partie les fenêtres sont orientées vers le haut. Ces trois fenêtres génèrent un double flux : un flux descendant du principe vers l'initié et un flux montant de l'initié vers le principe. Dans son éveil spirituel, le maçon passe par trois états de lumière. Initié, il se met en capacité de la percevoir par le silence notamment, mais également en état de transformation par l'activation de tous ses sens, de communion avec les quatre éléments et les outils symboliques : il travaille sur lui-même comme l'opératif dégrossit la pierre brute et ne doit pas être prisonnier de ses certitudes. Ensuite, vient le moment où il devient conscient qu'il capte la lumière originelle qui le guide vers l'éveil spirituel jusqu'au moment où lui-même rayonne : il est poli et prend la forme de la pierre cubique prête à s'intégrer dans l'édifice bâti par l'effort collectif de lui-même et de ses frères en loge. Enfin, être conscient, il doit rester vigilant et ne pas se laisser éblouir afin de ne pas régresser. Peut-être les trois fenêtres reflètent-elles aussi ces trois états de lumière et, à travers les grilles et barreaux qu'elles contiennent, filtrent la lumière afin que le maçon ne se perde pas ; ces grilles et barreaux sans doute façonnent la lumière, lui donnent un sens particulier, à l'image des vitraux dans les églises.

On peut aussi penser que les trois fenêtres sont  symboliquement un sas de communion également avec nos frères passés à l'orient éternel. C'est en ce sens à mon avis que les trois fenêtres se trouvent en hauteur juste sous la houppe dentelée. Pour travailler en loge, il faut être initié et recevoir l'influence spirituelle de ceux qui nous ont précédés, peut-être par les trois fenêtres, et leur renvoyer le fruit de notre travail à la fin de la tenue par le biais de la chaîne d'union.

Quoi qu'il en soit, pour se réaliser, l'éveil du maçon doit se faire dans un endroit sacré, la loge. La loge, lieu de tous les possibles où se crée et se joue en permanence le miracle de la vie et où se manifestent tous les cycles de la création, pour recevoir et capter la lumière originelle. Celle-ci doit être positionnée idéalement dans l'espace : les trois fenêtres sans doute ordonnent-elles l'orientation du temple comme une « boussole spirituelle » en figurant les quatre points cardinaux. Problème, il y'a trois fenêtres et quatre points cardinaux. La quatrième fenêtre, celle qui se trouverait sur la colonne du Nord serait invisible et aurait la même vocation que la rosace présente au Nord dans les cathédrales gothiques et qui dispense la lumière noire qui est une lumière de l'incréé, de l'indéfini et qui ne peut être représentée.

Comme les trois fenêtres ordonnent l'orientation du temple, elles en ordonnent aussi le temps sacré, mais cette fois-ci comme une « horloge » sacrée, qui à travers la notion de cycle, organise le temps en loge, temps dans lequel nous tous, mes frères, parachevons notre œuvre soit de MIDI à MINUIT.

La lumière nait à l'image du soleil à l'orient : c'est un peu le printemps du monde, l'endroit où le soleil s'est levé la première fois. La lumière diffusée par la fenêtre de l'orient préfigure l'aube de la vie et de notre travail. Ensuite, la fenêtre du Midi sonne le départ de nos travaux. C'est l'heure sacrée où la lumière est la plus forte, le zénith solaire, l'apogée de la création. Tout corps baigné par cette lumière ne rejette pratiquement pas d'ombre ; le maçon est à ce moment précis au maximum de ses possibilités, sa clairvoyance est totale et il devient conscient. Enfin, par la fenêtre de l'occident, la lumière perçue est déclinante et préfigure le repos après l'œuvre accomplie, la douce torpeur qui met en attente du cycle suivant. Le Nord, lui, est dans le froid et les ténèbres, le monde indéfini où la graine de la création n'a pas encore germé, c'est le soleil de minuit.

Les grilles et les barreaux présents aux fenêtres, outre le fait de filtrer la lumière en provenance du tout pour la rendre intelligible au cœur de l'initié et éviter qu'il ne soit ébloui, permettent aussi de faire percevoir au maçon ce qui est de ce qui n'est pas. Pour voir la lumière, il faut qu'elle soit contrastée par la pénombre. Ces deux états de lumière apparemment contraires sont complémentaires et forment un TOUT. Ainsi, le pavé mosaïque serait la lumière filtrée par les trois fenêtres et leurs grilles ou barreau : les parties pleines rejettent une ombre, soit les cases noires, et les parties vides la pleine lumière, soit les cases blanches.

Pour terminer ce travail, je dirai que la portée symbolique des trois fenêtres est à la hauteur, sinon plus, de la curiosité qu'elles avaient éveillée en moi. Bien évidemment, je n'ai dû percevoir qu'une infime partie de leur valeur symbolique et il est évident que j'obtiendrai des réponses au fur et à mesure de mes travaux et de l'accomplissement de mon parcours initiatique, mais aussi du vôtre. Je commence même à me poser certaines questions que je n'aurai pas eu le temps d'aborder et qui pourront servir de bases à de futures réflexions. Je me pose notamment la question de savoir si la colonne où siège l'apprenti, la colonne du Nord, est vraiment dans l'obscurité : peut-être l'apprenti reçoit-il en pleine face la lumière diffusée par les trois fenêtres disposées en face de lui, mais sans cependant en percevoir le sens ? Je me demande encore en quoi la lumière perçue au travers des trois fenêtres est différente de celle émise par le vénérable qui descend ensuite sur les trois colonnettes pour enfin terminer sur l'autel des frères premier et second surveillants et transmise sur les colonnes.

(…)

 

DAV :. DUB :.

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