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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 19:36

 Deuxième partie de l'étude sur les gants blancs. Vu la longueur de l'article nous avons surligné les passages essentiels

II) Les gants blancs et l’expérience initiatique (E.°.R.°.)

Traditionnellement la main s’associe au travail de l’homo faber. Ce dernier imite Dieu dans sa création par le travail de la matière. Il y a dans les mains l’idée d’une conscience liée à la création du monde. La main est parfois utilisée pour détruire, agresser et tuer. Il faut rendre la main à son expression haute dans un meilleur spéculatif clos et couvert. Cette expression noble de la main implique le respect des règles morales qui trouvent un écho en soi. Ceci fait, l’agir dépendra de l’image que chacun a de soi, le soi étant par ailleurs en harmonie avec le tout. L’initiation en loges d’homo faber, héritières de l’art royal, forment la représentation « éclairée » de l’agir.

Les gants blancs font partie du dispositif rituelique de la loge. Dans la plupart des rites, il semble improbable que les travaux puissent être ouverts sans que les frères soient gantés de blanc.

Cette « mise en état » de la personne est comme une seconde nature tant au plan physique qu’au plan psychique et semble directement liée à l’expérience initiatique.

L’expérience initiatique repose sur l’épreuve purificatrice en vue de la perception harmonieuse du Tout.

On constate que les gants blancs sanctionnèrent un passage initiatique lié à la réception de la lumière, et à certains rites ils ne sont remis qu’a l’issue d’une période probatoire complémentaire (rite York).

Le gant est le vêtement de la main, et la main par son chiffre cinq nous renvoie à l’homme en harmonie avec l’univers (pentagramme et hexagramme). L’homme en harmonie avec le tout oblige à penser l’homme à l’image du tout. Nous avons ici le plus bel exemple d’effet miroir au plan initiatique avec le problème de la justesse de la représentation mentale dans l’aller-retour entre la voie extérieure et la voie intérieure. Ainsi nous aurons à prendre en compte l’idée que la représentation symbolique du franc-maçon passe par le filtre corps. Ce corps purifié est symboliquement une unité de mesure et un lieu de projection du Tout. Donc dans la voie initiatique artisanale c’est le corps qui transforme et agit sur un plan extérieur suivant une représentation schématique intériorisée. La relation de l’extérieur à l’intérieur trouve dans le symbole le moyen de s’exprimer. Les gants blancs seront donc l’extériorisation du travail « intérieur ». Ces gants semblent habiller la main extérieure comme la main intérieure illustrant le principe de seconde nature née de l’effet miroir.

Le Tout (le cercle) est Un (le point central), donc l’initié doit trouver son centre unitaire tenter de le mettre en harmonie ou en résonnance avec tous les centres. Ganté de lumière il s’appuiera dans cette tentative sur les piliers sagesse, force et harmonie.

Les gants blancs sont des symboles ritualisés particulièrement influents dans la représentation du soi et du tout. Cette représentation du grand schéma est aussi accentuée par l’épellation qui fait apparaître le sens de la lettre et du silence, par le signe d’ordre qui catégorise les strates superposées de la représentation, par les mots qui sont aussi agissants que le rythme du maillet et le positionnement de l’équerre et du compas, etc.

La méthode maçonnique et sa rituelie ne laissent rien au hasard. Chaque symbole ritualisé à obligatoirement un lien avec le principe. À défaut les rituels maçonniques ne seraient que mise en scène folklorique d’assemblées d’honnêtes bourgeois privilégiant l’entresoi et confondant la lumière avec la fée électricité !

L’obération des sens, que ce soit la vue par le bandeau, ou le toucher par les gants blancs, nous incite à ressentir autrement et à construire symboliquement notre temple de lumière par la voie intérieure. Si la lumière semble de prime abord extérieure, ses effets en franc-maçonnerie sont de nature intérieure. Les gants blancs semblent nous mettre dans la perception d’un ailleurs lumineux, où la forme extérieure comme les empreintes digitales sont oubliées au profit d’une projection plus « essentielle ».

Les gants blancs nous font passer du stade formel pour aller vers l’essence.

L’étude des gants blancs sont un prétexte pour démontrer que le symbole agit tout autant ici, dans notre monde manifesté du petit schéma, mais aussi dans un ailleurs lumineux du grand schéma. C’est cette mise en superposition des effets et des correspondances, entre micro et macrocosme, que nous tenterons d’aborder dans 9 thèmes successifs :

 

1)   L’idée d’un corps pur

Plus qu’un simple isolant fluidique, le gant retient dans la main les conjonctions fluidiques de l’être ;  pour mieux les maîtriser, les recomposer et les filtrer. C’est le principe de la filtration-purification que nous retrouvons dans l’athanor du cabinet de réflexion et dans les voyages initiatiques de l’apprenti. Il s’agit plus d’une rectification au sens alchimique plutôt qu’une appréciation simplement morale.

Ainsi les gants blancs « filtrant » rendent ou témoignent de la pureté des mains pour nous-mêmes et nos frères. Ils symbolisent l’individuel dans le collectif et inversement. C’est autour de cette relation que va s’élaborer l’idée de purification.

Les mains pures sont l’image projetée des gants blancs. Voici les 4 conséquences de la mise en vêture des mains :

  •  Le corps métamorphosé est le signifié du vêtement cérémoniel ou traditionnel, ce qui veut dire que la main pure devient représentation du gant blanc. Le même raisonnement vaut pour le tablier d’agneau sacrifié ou pour la coiffe ou couronne sur la tête. (immanence-transcendance)
  • Dans une assemblée de maçon, la présence des gants blancs est aussi agissante pour la main que pour l’idée de ce qu’est le franc-maçon. Le phénomène est induit au niveau individuel et collectif et se traduira par l’égrégore et la circulation des bonnes ondes en loges. La chaîne d’union évoquera une fusion fraternelle sans gant par les mains purifiées et éprouvées.
  •  Le symbole est réellement agissant au niveau de la Psychée, qui interagit avec le corps, modifiant ses fluides, et renvoie l’âme vagabonde dans le vrai centre de l’être. C’est le principe de concentration. C’est alors un égocentrisme individuel et collectif qui ont un même centre en partage.
  • Le temple déjà purifié et illuminé devient l’image du temple intérieur. Le temple et le corps sont synonymes. Nous avons ici l’application pratique des lois de correspondances : mains visibles de l’agir extérieur/mains de lumières de l’agir intérieur ; temple maçonnique de l’œuvre collective / temple intérieur fait de pierres de lumière.

Les gants blancs protègent nos frères de nos influx profanes. Ainsi ce qui est en partage sont des idées filtrées par la lumière. Par les gants blancs, nous nous protégeons du mauvais geste, du mauvais mot, de la mauvaise tendance. On à donc au plan individuel un effet filtrant qui est dynamisé et redoublé par l’effet du cumul collectif. Nous verrons que pour transmettre il faut dynamiser un certain état collectif et individuel avec un objet clairement défini. Cet objet et de réunir au plan individuel et collectif les différentes composantes de l’Être autour d’un centre lumineux.

 

2)   Prégnance du corps sur l’être et la représentation erronée.

Quelles sont nos limites ?

Les gants blancs nous renvoient à l’imperfection des tendances du corps charnel. C’est donc la perfectibilité du corps qui doit mener à une représentation du Tout unitaire, but de l’initiation.

Si les voyages initiatiques sont des voyages de purification et de renouvellement, nous en déduisons que le corps est potentiellement désordonné voir impur. Ce serait notre incohérence, notre « déconcentration » ou notre impureté qui nous empêche d’avoir la vue et de recevoir la lumière. À ces trois désunions, la franc-maçonnerie répond qu’il faut rassembler ce qui est épars, concentre notre vue haute sur notre propre centre en concordance avec un centre commun, et purifie par les voyages.

Cette idée de recomposition purifiée et de concentration ne peut être prise uniquement au plan moral. Nos anciens nous renvoient aux origines de la chute de l’homme dans la matière comprise dans un sens métaphysique. Sans tomber dans la caricature, et pour mieux comprendre, il faut revenir au système ternaire de l’apprenti :

Soyons simples. Dans les grades symboliques, suivant l’interprétation de la Bible (parfois représentée par la règle à certains rites), l’Être serait triunitaire et donc composé du corps contenant l’âme et l’esprit.

esprit-ame-corps-1-.gif

« Être » franc-maçon c’est vivre l’initiation dans par son corps « animé » par l’âme. Corps que nous tentons de le purifier dans les épreuves que nous subissons. Purifier l’homme charnel, c’est purifier aussi l'âme-psyché et donc le siège de celle-ci qui est le cœur. C’est ici que se joue l’intention :

Nos intentions sont-elles pures ? = Notre coeur est-il pur ?

Si la réponse est positive, nous aurons respectivement un corps pur et une âme purifiée. C’est sur cette base préalable que nous sommes aptes à recevoir la lumière. L’impétrant est interrogé sur ses intentions dans la phase préalable à l’initiation. Si on peut juger de son corps, on ne peut qu’évaluer son âme par ses intentions, et le fait d’être libre et de bonnes moeurs met en relation directe le corps et l’âme. Il peut alors être reçu dans la lumière. Cette réception est « illuminatrice » de notre perception visuelle et se traduit par une représentation mentale claire dont les contours sont définis au-delà des apparences. C'est ce que j’appelle le don de double vue du franc-maçon ou l’interprétation ésotérique dépasse l’apparence dispersée et tend vers l’unité.

Voilà ce que soulève comme question le port des gants blancs, mais aussi sous un autre angle le tablier en peau.

Il est certain que l’initiation passe par la représentation sous l’empire de la lumière. La question qui se posera est de savoir si la représentation de la totalité est corporelle (microcosmique ?) ou partiellement détachée du corps (macrocosmique ?) ou essence pure, hors contingence (Centre des centres ?).

 

3)   Les gants blancs pour la double vue.

L’agir en gants blancs spéculatifs c’est voir et œuvrer au-delà, dans la perfection. La perfection du maçon est d’abord géométrique.

Cette deuxième vue porte sur cette unité toujours présente dans l’initiation. Cette vision de l’unité est associée à l’éveil ou la réalisation de soi qu’on qualifie d’état de conscience supérieure. Le franc-maçon depuis les anciens devoirs (1390 et 1410) inspirés par l’échelle scolastique du trivium et du quadrivium, y accède par la géométrie.

Cette vision de l’unité en loge est relayée par la conjonction de nombreux symboles souvent associés par paires reliées par un axe Chacun les connaît bien, ce sont les paires axiales : pavé mosaïque et voûte étoilée pour le Zénith-Nadir, équerre et compas pour le Nord-Sud « entrelacé », niveau et perpendiculaire pour l’Est -Ouest. Il y a ainsi un seul axe pour deux « points de vue ». Ceci nous conduira à deux interprétations : celle qui se veut exotérique ou du livre ouvert et l’autre plus réservée dite « ésotérique » ou du livre fermé. La paire axiale est l’expression du passage du binaire au ternaire. C’est donc le ternaire expression de l’esprit qui fait retour à l’unité.

Cette vision unitaire privilégiée et sacrée est cependant contingentée dans la voie artisanale par la science géométrique et des nombres qui doit aboutir à la « connaissance » de l’axe concerné par le degré. Ainsi le Tout se « géométrise » ou plutôt est « géocentré » par le point de conjonction des trois axes lumineux formant une croix tridimensionnelle :

-         l’axe Ouest-Est de l’apprenti, formant une ligne, plus

-         l’axe Nord-Sud du compagnon formant le plan plus  

-         l’axe Zénith-Nadir du maître formant le volume ou le Tout.

Ainsi nous avons trois «  prises en conscience » des trois axes d’une géométrie qui se veut sacrée et qui ne peut être mise en conscience que par les gants de l’esprit.

La conscience des trois axes et de la double interprétation nous aide à la représentation du tout.

4)   L’examen des gants et l’éveil par le détachement et l’absence de tâches.

 Pour parvenir à la troisième prise par la conscience de l’axe Zénith-Nadir il faudra procéder à l’examen des gants. Les gants du compagnon sont-ils « tachés » du sang d’Hiram ? Symboliquement la tache de sang est la fatalité morbide du corps. Nous aurons ainsi un « détachement »(et absence de tâches) de l’emprise corporelle au profit de l’envol ou de la libération de l’esprit.

Nous serons jugés par nos intentions qui traduisent notre âme pure et « détachée » d’impuretés qui l’alourdissent et par nos actes lumineux qui traduisent notre corps pur et sans tâche. Donc aucun des trois compartiments de l’Être ne doit être impur et sans conscience.

Par son esprit,  l'être humain a la conscience illuminée d’un centre, par son âme il a la conscience du centre en lui-même, enfin par son corps et ses sens, il a la conscience de la contingence de son environnement sur sa chair.

Cette illumination des gants blancs devient spirituelle lorsque l’homme de chair est purifié et que l’homme psychique a retrouvé son centre en lui (V.I.T.R.I.O.L). La reconquête des états inférieurs de l’Être doit conduire progressivement à une dissolution du sentiment d'individualité séparée, et donc une communion avec toute chose. C’est cette forme d’éveil que consacrent les gants blancs. Sans aborder le domaine religieux, la double vue n’est qu’un aspect de l’illumination qui se caractérise par la notion d'éveil spirituel.

Nous connaissons avec le cabinet de réflexion, le mythe symbolique de la caverne de Platon qui se traduit au minimum par la « vision directe du réel » caractérisée par un sentiment d'éternité et de perfection intrinsèque de toute chose. Les gants blancs favorisent la vision non séparée du sujet et de l’objet.

Malheureusement cette vision globale est souvent erronée et les gants blancs vont permettre de nous en prémunir. L’esprit siège symboliquement dans le crâne, cavité de conjonction des sens filtrés par le corps. Nous verrons que cette filtration inadéquate et profane va fausser l’image du monde.

 

5)   Illumination et dégénérescence du corps

Nous sommes initiatiquement nés en mourant !

Les gants blancs couvrent le corps périssable faible et déclinant et vont l’espace d’une tenue, tenter de le mettre notre corps en gloire par le travail. La mise en gloire par le travail du corps est un état de médiation entre le terrestre et le céleste à l'instar du Christ "en gloire" ou en mandorle au fronton des cathédrales. Le travail du corps peut être fait jusqu'au sacrifice utile d'Hiram, ou pour le rachat des âmes par le Christ. La gloire par le travail signifie simplement la régénération du corps au contact de l'Œuvre accomplie: L'Œuvre « réalisée » et tout autant intérieure qu'extérieure. L’initié dans la voie artisanale se « réalise » par l’œuvre intérieure.

La pureté de la représentation symbolique est réellement mise en cause par l’aptitude de nos sens et de nos cellules nerveuses d’en transférer dans notre crâne l’image vraie. L’image faussée sera mal interprétée et donc l’esprit ne sera pas au diapason du corps et de l’âme.

Malheureusement, habitant notre corps, nous dépendons de nos limites physiques pour tenter la représentation du Tout. Il faut donc se résoudre à porter un bandeau pour voir à l’intérieur de soi,  des verres correcteurs pour voir clair, comme il faut porter des gants blancs pour agir purement et un tablier d’agneau pour travailler à la transcendance (l’agneau divin ou l’agneau pascal).  

En général le corps et ici particulièrement les mains, sont le lieu intermédiaire et permanent de l'expérience initiatique. Ils nous relatent une la perception du monde relatif en fonction de la capacité limitée de nos sens. Ainsi la pensée ne peut s’exprimer que relativement au corps est les 5 sens. Nous pouvons affirmer que la pensée comme la perception sont contingentées et filtrées et souvent déformées par la prégnance de nos sens et du corps. Il y a donc un problème de lien entre l’emprise du corps, la lecture et la compréhension des informations transmises par les sens.

Donc le travail de l’initié symbolisé par la remise à jour des sens dans les voyages et par les gants blancs consistera à rompre avec cette filtration des perceptions par un corps déclinant avec le temps. Il est urgent d’aboutir à une assimilation directe de la lumière et par une reconnaissance des limites du corps pour mieux le dépasser. Ce sera l’objet du passage à la maîtrise, premier des hauts grades.

 Celui qui arrive au bout du chemin initiatique (sommet de l’échelle)  vit hors de son corps, il n’aurait plus besoin de gants.  

La pensée et le songe ainsi que la représentation mentale s’exprime par des mots en nombre limité qui passent par le filtre corporel de la langue et des cordes vocales (cable tow). Ainsi on ne peut libérer la pensée de son enveloppe corporelle malade de sa future mort, sauf dans le cas de l’interprétation anagogique du symbole. Ici la pensée, traduction de l’esprit, s’échappe de l’emprise du corps pour se rapprocher du spirituel ou du divin suivant la sensibilité de chacun.  

En fonction de nos arguments précédents, les gants blancs semblent nous donner le « toucher » essentiel et lumineux. L’anagogie est la bonne serrure des grands symboles initiatiques. La clef reste le symbole tri directionnel.

Anagogie du blanc

Il faudra dans l’expérience initiatique déchiffrer les symboles au plus haut en dehors des limites de l’homme profane. Ce sens anagogique conduit au divin et ne peut donc être analysé que par un exégète déjà initié. Hiérarchiquement, dans les quatre sens de l'Écriture, l’anagogie vient en dernier, après les sens littéral (fonction de la racine ou du sens primitif), tropologique (figuré ou moral) et symbolique. « L’interprétation anagogique » est celle qui tente de dépasser le sens littéral ou immédiat du texte et de remonter à une cause première ou principe premier. Ici on vise l'essence des choses ou les réalités ultimes. Platon appelait cela les Idées. On est assez proche des archétypes.

Nous pouvons appliquer cette lecture aux gants blancs.

. Au corps déclinant et limité dans ses expressions, le rituel maçonnique revalorise la lettre et les mots, le signe et le geste, le rythme, la posture et la vêture.

Faillite du sens

Si nous évoquons la lecture comme phénomène de transcription de l’écrit, ou du symbole compris au filtre de la pensée, nous ne pouvons nier le filtre de la vue et du nerf visuel, de l’acuité, de l’audition et de leurs mécanismes chimiques et physiologiques, etc.  Le cerveau au final se représente une image recomposée par les sens et projetée en différentes zones du cerveau. L’image qui en découle est une recomposition après décomposition par les sens. Si on obère certains sens, on favorise l’expression d’une image non dépendante de mon imperfection corporelle. Elle sera associée à un sens rendu à sa cause ou principe premier. Connaître le principe, c’est le propre de la Connaissance. Voilà l’utilité des gants qui développent un autre sens que le toucher.

 La représentation anagogique va donc se détacher de la matérialité.

Ainsi derrière le voile du symbole, nous réévaluons sans cesse l’expression humaine et nos actes dans la signification lumineuse et principielle ; c’est pour cette raison que nos gants sont blancs.

 

6)   Les gants correctifs

Je pense que la démarche initiatique offre des verres correcteurs à notre représentation mentale et à la traduction verbale de celle-ci. Peut-on comprendre et prononcer la parole divine ?

On doit remonter à la cause première dans le jardin d’Éden et avant la chute pour être dans la parole. Si nous donnons au mot sacré des épellations ou des mots substitués, ce n’est pas pour rien. On ne veut pas donner de perles aux pourceaux !

La connaissance implique la sortie du corps, soit une pensée extracorporelle, comme le maçon « libère » l’esprit de la matière.

À défaut d’avoir cette vision totale, nous devons laborieusement progresser sur l’échelle initiatique qui nous apprend les correctifs de la vision humaine. Ces correctifs nous rapprocheront de la vision totale.

Ces correctifs que nous donnent les grades maçonniques vont nous permettre de rétablir une représentation extracorporelle, c'est-à-dire non définie le filtre et la présence encombrante du corps. C’est pour cette raison qu’au rite Écossais Primitif le relèvement du maître au troisième degré est celui du « maître intérieur » lui aussi ganté de blanc ; on sous-entend que le corps physique n’a pas à être relevé et doit être laissé à sa recomposition élémentaire ainsi détachée de l’esprit. C’est donc l’éveil complet de l’esprit sur les trois axes qui est mis en scène. Le relèvement du maître intérieur par les cinq points est une sortie par le haut et dans l’axe.

Les gants blancs sont des correctifs agissants et efficaces. Ils participent à la vision d’un grand schéma métaphysique qui outrepasse les problèmes de vision profane partielle. Le grand schéma est la vision totale !

7)   Les gants blancs de l’initié sur le chemin lumineux entre caverne et montagne.

Nous devons illustrer la correction de la vision ou de l’état profane par l’usage des symboles ritualisés.

C’est dans le but de comprendre la relation entre le corps et la pensée que le franc-maçon fait l’apprentissage d’un signifiant non corporel. Ainsi le franc-maçon apprend à épeler. Nous sommes dans le vibratoire qui est produit par le corps, mais qui s’en libère.

Il faut libérer la pensée et donc l’esprit du corps qui le retient. L’écueil de la vision totale, c’est le corps qui emprisonne la pensée et limite l’expression plénière de l’esprit.

Le langage implique d'abord une activité intentionnelle, qui passe par le corps en propre.

« La pensée n'est rien d'"intérieur" ou d’extracorporelle, elle reste sous l’emprise du corps. Les gants blancs nous protègent de l’emprise du corporel de l’empreinte digitale et donnent à la pensée la dimension de l’esprit.

 

 Pour se libérer de l’emprise du corps dans le but de se réaliser, il faut soit annuler ses effets ou le détruire :

 

1er) Par exemple la destruction sera la conséquence de l’incapacité à prononcer un mot de passe (2ème degré). Pour prononcer un mot de passe initiatique il faut non pas le lire avec le filtre du corps impur, mais il faut être le mot lui-même. Schibboleth est l’exemple parfait : la non-appartenance à la tribu entraîne un défaut de prononciation à cause du corps, de la langue ou des cordes vocales. Ici ne pas « être » le mot entraîne la mort, ou le refus du passage.

 

2em) Pour le nom ineffable il en est de même il faut appartenir à la tribu des lévites et être le grand prêtre avec une initiation préalable pour le prononcé, ce grand prêtre s’est « réalisé » en tant que grand initié et s’est libéré de la contingence corporelle, il doit être le mot lui-même.

 

3em) L’oralité initiatique est extracorporelle. En devenant le mot ritualisé, nous entrons dans un autre registre qui amalgame la vibration et la mise en scène ritualisée. L’illustration peut être faite par la mise en croix du Christ ou de Saint-André. Ils sont devenus la parole qu’ils ont prononcée, ce qui se traduit par la délivrance ou la libération de l’esprit par le point central de la croix.

 

L’idée de la filtration des fluides par les gants vaut aussi pour les vibrations (son, chaîne d’union), les sons (coups de maillet, acclamation), les images (bandeau ou voilette). Cette filtration s’associe automatiquement à la transmission de la lumière : ainsi le transpercement (épée ou compas sur le cœur dénudé) constitue la base de la transmission initiatique qui ne doit pas être parasitée. La transmission est opérante à l’image des gants, sous la condition qu’elle se fasse entre celui qui sait prononcer le mot rituellement et celui qui sait écouter. Ce qui est prononcé et ce qui est entendu ne sont pas du monde profane. Grâce aux gants, celui qui transmet est un corps pur qui a déjà incarné dans son for intérieur (le centre de lui-même) le mot le geste ou le signe.

Les gants lumineux sont là pour nous rappeler notre relation intérieure au centre lumineux. Ils nous rappellent aussi la condition de métamorphose par la purification préalable à tout acte de transmission ou à tout acte opérant dans le champ de la lumière. Cette condition d’adéquation de l’intérieur et de l’extérieur se retrouve dans la recherche du centre en soi et de son adéquation au centre des centres.

Enfin pour clore la démonstration de l’effet filtrant et correcteur nous retiendrons qu’au REP le gant est maintenu dans le port de l’épée flamboyante par le maître de loge. Celle-ci déjà chargée par le pommeau (soleil ou lune suivant le genre de l’initiation) n’est pas perturbée par l’influx du Maître de Loge, conservant ainsi toute son efficacité. Le médiateur-intercesseur respecte l’origine du flux sans y imposer sa marque (au sens de sa signature).

Dans un autre cas, c’est l’inverse qui est requis : le gant est absent au moment du serment d’obligation, car la main purifiée par les voyages initiatiques est ici posée au contact du centre des centres. Ici il n’est point besoin de filtrer une source pure, qui est la bible le compas et l’équerre, et qui rayonne au-delà des 5 sens. On enlève à nouveau les gants pour la chaîne d’union. Ici c’est la conjugaison des marques (signature géométrique et donc spirituelle des opératifs) qui fait l’œuvre en regard du centre. Il y a un travail commun qui est ce temple de l’homme bâti autour du centre. Cette chaîne d’union vibre moins par l’influx spécifique et personnel du voisin de droite, mais par le point de conjonction des regards qui est le cœur de la croix tridimensionnelle formée par le plan du pavé mosaïque et l’aplomb de l’axis Mundi. Ce point rayonne dans l’esprit de chacun et génère une vibration parfaite.

 

 

8)   Les mains pures pour « opérer » l’Œuvre de l’esprit

 

Le franc-maçon réalise en mettant son acte à la hauteur maximale de ses possibilités. Il y met littéralement toute son âme. Il sort de son corps toutes ses ressources. Cette hauteur maximale qui outrepasse le corps, c’est ce qu’on appelle un chef d’Œuvre. Le chef d’Œuvre dans la matière relate la dimension divine.

Le Gant blanc est un vêtement pour la régénération du corps préalable à la réalisation de l’homme dans toutes ses composantes, jusqu'à la libération de l’esprit dans l’Oeuvre.

Pour le temps qui nous est accordé, nous devons concourir par nos gants à l’édification de l’Œuvre.

La main est l’outil premier de l’esprit qui réalise dans la matière. Cet aspect relationnel entre matière et esprit passe obligatoirement par la main qui « opère » la rectification-purification. On rectifie-purifie la forme par la taille qui retranche et sculpte, par l’assemblage des pierres.

La matérialisation de la pensée est une voie initiatique complète qui se traduit par la trans-formation de la matière. La transformation (au-delà de la forme) doit aboutir à la métamorphose, c'est-à-dire à une forme qui surpasse la matière grâce à l’esprit qui y réside. Les gants attestent de la métamorphose des mains qui vont travailler la forme. Cette dernière est ainsi lumineuse ou sublimée en esprit. Nous retrouvons très partiellement ce phénomène dans l’œuvre d’art.

Le propre de la voie artisanale est de transformer la matière brute en perfection de forme qui relate la perfection de l’esprit. La forme devient l’image manifestée de l’esprit. En ce sens on comprendra que l’artisan initié mette toute son âme dans la réalisation de soi et dans la pierre taillée.

 La projection de l’âme passe par le canal des mains gantées qui se prolonge par des outils. L’effet de projection de l’âme dans le corps abouti à une symbiose entre l’artisan et la pièce transformée. Cette symbiose obéie à des règles d’harmonie, des lignes de force, et une sagesse dans l’exécution. (Force, sagesse et beauté)

C’est un acte où l’âme se projette dans la matière et fait le chemin de l’esprit. C’est au final ce que nous appelons communément une œuvre de l’esprit. L’œuvre est ici constituée de trois aspects indissociables qui dans la voie artisanale ont tous les trois transité d’une manière ou d’une autre par les mains.

 

Ces trois composantes sont le corps, l’âme et l’esprit, soit les tâches sur les gants de la boue adamique, les gouttes de sang et sueur de la pierre cubique, les larmes de l’âme veuve de l’esprit envolé. Si nous voulons des gants sans tâche, il nous faut maintenir les trois composantes unies autour du même centre.

Ici nous comprenons le rôle symbolique et pratique des gants blancs des francs-maçons spéculatifs.

Ils ne sont là que pour souligner et protéger le rôle si particulier de la main sublimée dans le chef d’œuvre. La fraction du corps représenté par la main est chez un initié de la voie artisanale, une expression parfaite de la réunion des trois parties de l’Être. La main pure est donc bien plus qu’une fraction du corps, elle « réalise » l’Homme autour de son centre, elle donne accès à la transcendance du centre.

 

L’initiation sans réalisation de soi est une totale impossibilité. L’homme corporel doit progresser vers l’homme psychique puis vers l’homme spirituel. Il doit voir au-delà de la matière, et plus loin que sa psyché pour rejoindre le point de toutes les vues et de tous les rayons. Le point de toutes les vues, qui recoupe tout les angles et toutes les dimensions s’appellent le Principe. Depuis que nous avons reçu la Lumière, nous savons que celle-ci est blanche. C’est pour ce rappel que nos gants sont blancs, car le franc-maçon doit agir dans l’ici et maintenant sous l’égide de la lumière et non des ténèbres.

Les gants sont blancs par l’assimilation de la lumière principielle. Ils traduisent en retour la pureté de nos intentions.

 

 

9)   L’œuvre de la main pure est unité des genres (le secret de la deuxième paire)

 

Nous avons évoqué de mains pures et de cœur pur de l'homme originel, mais il nous faut aborder la non-différenciation des genres qui caractérise l'unité première. De cette période adamique chère aux fondateurs de la franc-maçonnerie spéculative, il nous reste le souvenir lumineux du paradis perdu. L'homme sur la voie de l'initiation tente de retrouver cette éternité d'avant la chute qui entraîna la différenciation et le nombre par la différence des genres masculins et féminins.

C'est ici le secret de la deuxième paire de gants.

Pour illustrer définitivement ce caractère opérant des gants blancs dans l’unité principielle lumineuse, il convient d’aborder la conjonction des genres propre la franc-maçonnerie.

L’androgyne et le Rebis convergent les genres en un seul corps il n’est plus besoin de pagne fait de feuille de figuier, ancêtre du tablier, pour dissimuler leur différence.

La deuxième paire de gants souligne une dualité réconciliée et apaisée dans le cœur illuminé de l’homme. Le maçon a donc un double qui lui est indispensable pour accueillir la lumière. Ce double est une aide qui va animer (par l’âme) le corps de l’homme. Cette aide se relie à lui par un fil conducteur. Ils sont associés dans la marche vers la lumière : au centre du labyrinthe sont réunis d’un bout à l’autre d’un fil, Thésée et Ariane. Cet aspect n’est vu que par quelques rites primitifs en franc-maçonnerie et reste peu commenté dans sa vraie dimension par les grands auteurs.

Cette paire qui nous est remise, célèbre notre moitié féminine et bien plus. En effet notre réalisation initiatique passe par la connaissance « illuminée » de notre propre intériorité, cette caverne matricielle qui nous a fait renaître à nous même. Notre âme est féminine, elle n’attend que la lumière de l’esprit en son sein. La Dame est l’âme que nous honorons du don de la deuxième paire. Nous l’appelons aussi Notre-Dame, notre reine sans laquelle le roi ne serait pas couronné d’épines. La couronne de lumière du roi auréole celui qui a fait le lien entre le bas et le haut, voire le Très-Haut (mise en gloire).

 

 

Les gants blancs sont à remettre à notre corps agissant comme à notre âme accueillante. Alors ainsi vêtus, l’âme et le corps peuvent accueillir l’esprit et bâtir dans la lumière. Revêtir les gants blancs permettra de recevoir la lumière et nous ouvre l’accès à ce qui est au-delà de la manifestation. Les gants de lumière opéreront le dépassement de la contingence, la "délivrance" de l’ivraie des contradictions et des fausses harmonies.E.°.R.°.

 

 

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