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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 00:01

Éternelle question qui    préoccupe l’ensemble des  francs-maçons soucieux de rigueur historique et d’authenticité initiatique.

        Chacun doit faire la distinction entre ce qui est vérifiable au plan historique et ce qui découle de la légende des rites. Ces deux aspects ne sont pas opposés, mais complémentaires, car le mythe devient réalité agissante dans le for intérieur de l’initié sur le chemin.

 

(…)

        La légitimité s’analyse souvent en regard de son origine. Sont légitimes un Rite et son expression rituelique, s’il est démontré une dévolution successorale dans la chaîne de ses pratiquants qui remonte à des temps que l’on qualifie d’immémoriaux.

        À ce stade personne n’est en mesure de rapporter avec la certitude scientifique qui s’impose que son rite et le rituel qui l’accompagne soient pratiqués depuis toujours.

        L’explication repose sur l’oralité des rites anciens qui ne favorise pas l’appui de la preuve scientifique.


        L’hypothèse de la filiation directe avec les loges médiévales flatte notre sentiment d’enracinement multiséculaire et conforte l’obsession de régularité développée par les obédiences, qui s’identifient et se cristallisent dans l’opposition. On privilégie la différence, plutôt qu’une communauté de pensée. On retrouve des traces écrites de rituels opératifs une centaine environ notamment en Écosse. On les appelle les Anciens Devoirs. Ils constituent un système rituelique complet et qui aura cours dès avant 1390.

        D’essence Catholique puis au 16em siècle Anglican et entrera en concurrence pour des raisons religieuses avec le rituel du mot de maçon d’essence Calviniste dès 1637. On voit alors le rituel être très dépendant de la religion et du pouvoir, ce qui à cette époque est tout naturel, d’une part parce qu’il n’y a pas d’idéal terrestre sans religion et que la relation au pouvoir seigneurial s’inscrit dans une perspective féodale et de donneur d’ordre.

        Ces rituels mettent en gloire la Sainte Trinité pour finir par ne parler que de Dieu. Ils font allégeance au Roi qui leur octroie leurs chartes. Il s’agit là des deux éléments circonstanciels qui sont adaptables faces aux réalités de l’instant.

        Par delà les successions religieuses, on assistera à l’évolution permanente de ces rituels, ce qui nous laisse à penser qu’il n’existe pas un, mais différents modèles souchant la rituellie maçonnique.

        La recherche du plus ancien modèle connu ne garantit pas l’unicité de la souche. Seuls, les manuscrits tels le REGIUS de 1390 demeurent un signe d’organisation de la profession. Il s’agit de faire face aux problèmes de mains d’œuvre due aux épidémies de peste qui sévirent en Europe et qui feront perdre à l’Europe un quart de sa population. La guerre de Cent Ans (1337-1453) participe de cette pénurie. Le manuscrit le COOKE de 1410 nous donne une idée assez précise de la nature et de la structure des rites de l’époque. Pour certains rites spéculatifs on arrive à remonter au 17em et 18em siècle. Certains de nos illustres prédécesseurs n’hésitent pas à faire remonter les origines de l’ordre au temps des pyramides, à la construction du Temple de Jérusalem sous Salomon, acte fondateur s’il en est, voir à Adam où à la période antédiluvienne.

        Il faut retenir ces origines pour légendaires et mythiques, car elles participent en tant que telles à l’imagerie intemporelle liée à l’initiation.

        Sans rentrer dans une quelconque polémique sur les bien-fondés historiques qui sont ici contreproductifs, notons que le discours de Ramsay, nous relie entre autres à la chevalerie, et le Régius de 1390 s’appuie sur la tradition des bâtisseurs égyptiens et la transmission du savoir géométrique d’Euclide.

 

 

S’agissant des loges Ecossaises on retiendra que Jacques II d’ Écosse en 1441 nomma William Sinclair patron des loges opératives. Le 21 décembre 1583 Jacques IV d’Écosse nomma William Schaw aux fonctions de maître des travaux de la couronne et qu’il réorganisa les loges opératives en leur donnant des prescriptions qui ne seront pas sans effet sur l’élaboration des rituels et leur devoir de mémoire (en effet ces loges calvinistes ne voulaient plus pratiquer le rite des Anciens Devoirs jugé trop anglican. Le devoir de memoire l'élaboration d'un rite repossant sur le mot et la griffe, le Mason Word) . Ce point est historique dans le sens qu’il induit à terme un dépassement des loges comme unité d’origine d’un chantier, au profit d’organisations plus politiques, appelées corporation puis confréries.

        En Europe continentale on note des tentatives d’organisation des professions des tailleurs de pierre et maçons avec les statuts de Ratisbonne de 1459. D’esprit Chrétien faisant référence au Dieu le Père, du Fils et de Sainte-Marie, mère de Dieu, de ses bienheureux saints serviteurs les quatre Saints couronnés1. Ces statuts prétendent « rénover et clarifier les anciennes traditions » et s’être « constitués dans un esprit fraternel en un groupement » et s’être « engagés à observer fidèlement les règlements… pour nous-mêmes et pour nos successeurs ».

        On tente de fédérer moins les loges2 que les règles et usages du métier et son ordonnancement à trois niveaux : Organisation générale de la profession, règlement concernant les apprentis, règlement concernant les compagnons.

Ces tentatives seront suivies d’autres tels les Statuts de Strasbourg en 1563.

        Personne ne conteste la nature initiatique de la maçonnerie opérative continentale, basée sur les symboles et les rites de métier. La transmission traditionnelle du savoir-faire donnera pour la Franc-Maçonnerie spéculative le passage du savoir-faire au savoir-être3.

        C’est dans esprit que le compagnon opératif subit une sorte de baptême qui le fait quitter son ancien état, et lui fait découvrir un monde nouveau et une vision ésotérique, ce qui constitue l’essence même de l’initiation. Ce changement d’état est caractérisé par le changement de nom4  ayant une valeur initiatique. Pratiqué à l’âge adulte, à l’âge de raison, il n’est pas un simple rituel de passage5 , mais un véritable acte d’initiation qui met sur la voie l’individu désireux d’intégrer le métier et d’en franchir toutes les étapes relatives au métier, et à l’amélioration de soi. L’accomplissement professionnel va de pair avec le perfectionnement de soi ; mais on ne démontre pas la filiation directe entre les opératifs continentaux et la Franc-Maçonnerie spéculative.

        La filiation semble bien établie entre la Franc-Maçonnerie de transition anglo-écossaise du « mot de maçon » où sont initiés des non opératifs. On notera cependant que suivant les recheches de Patrick Negrier (hiram.be du 30/11/2014), Sir Robert Moray en 1641 en la loge d'Edinbourg et sir Elias Ashmole en 1646 furent recus sur la base d’un rituel de type ancien devoir le Sloane n°3848. Le père du pasteur Anderson pratiquait le rituel du mot de mason en la loge d'Aberdeen et le transmit à son fils qui lui-meme le transfera au Frères des quatre loges de londres qui devinrent la Grande Loge de Londres de 1717.

Il est donc probable qu’une transition s’est opérée de l’opératif vers le spéculatif par la médiation des maçons « acceptés ». Si la théorie de la transition semble acquise dans la vulgate maçonnique, depuis quelques années on assiste à une remise en cause de cette transition des maçons acceptés, au profit d’un phénomène de substitution dénommé théorie de l’emprunt, qui trouve justement ses fondements dans la dégradation opérative des rituels qui au final ne pouvaient être lu à des maçons opératifs, car peu de choses les concernaient directement.

        Progressivement on a laissé tomber les Saints représentatifs de la profession ainsi que les règles de comportement et de rémunération professionnelles. On peut expliquer cette situation par l’émergence des corporations qui se substituent aux loges sur ces questions, ou par l’apparition de maçons acceptés d’un genre nouveau, qui n’ont pas la connaissance du métier ni un intérêt particulier pour lui, mais qui empruntent leurs rituels expurgés, au point d’en conserver le sens initiatique et le lien historique.

        C’est pour ces maçons d’emprunt, l’occasion de découvrir une tradition et des usages ancestraux, au rang desquels se situe le secret, qui sont attractifs par leurs histoires et sécurisants par leurs pratiques secrètes. Voilà donc un modèle sociétal fort ancien, initiatique, prêt à l’emploi ! La théorie de l’emprunt s’oppose donc à celle de la transition et implique une maçonnerie spéculative qui remonterait au "Grand Loge N°1" de 1583. Ce rituel semble en effet faire peu de cas des impératifs opératifs.

        Demeure la question de la nature initiatique « réelle » ou « virtuelle » de ce transfert et du support rituelique qui l’accompagne. Ce qui a motivé le maçon spéculatif qu’il soit « de transition » ou « d’emprunt » ce sont les profondes racines et la force initiatique des « Anciens Devoirs ». Il suffisait de les amender à la lumière d’autres sources initiatiques, et de réordonnancer l’historique un peu trop incohérent quant à la chronologie. En d’autres termes, il s’agit de démontrer la continuité d’une chaîne initiatique souchée sur l’Art Royal et l’initiation de métier.

        Ce n’est donc pas sur la base des temps immémoriaux que la légitimité de la plupart des rites et de leur rituel sera rapportée. Au cours de cette étude, nous comprenons que les rituels des anciens opératifs subissent sans cesse des modifications des adaptations, voire des altérations. Il est d’usage de considérer que l’organisation la plus ancienne transmette sa tradition à la plus récente.

        Si on suppose que les compagnons opératifs se sont organisés en loge bien avant les spéculatifs, il peut arriver que la plus récente transmette son rituel à la plus ancienne. On remarquera par exemple que des trois organisations compagnonniques françaises6 , seule l’Union compagnonnique des compagnons du Tour de France des Devoirs unis fondé en 1889 pratique un rituel qui se rapproche fortement d’un rite spéculatif. Du Rite Ecossais Ancien et Accepté en l’occurrence, et on se posera la question légitime de savoir si ce rituel n’est pas venu entre les mains de ces compagnons opératifs par le biais de la Franc-Maçonnerie spéculative. Compte tenu de l’histoire et de l’origine du REAA, qui par sa richesse composite et syncrétique ne semble pas descendre directement d’un rite opératif.       

        Loin de se borner à la recherche des évolutions des rituels, il faut au moins en rechercher la valeur initiatique. C’est à ce titre que doit être établi le critère le plus probant, le plus irréfragable que constitue celui de la transmission de la tradition primordiale.

        La tradition primordiale constitue le tronc commun à toutes les sociétés initiatiques. Il s’agit de vérités exprimées sous formes symboliques et mythiques et transportées par ces sociétés initiatiques à travers les âges jusqu'à nous, jusqu’a en faire des archétypes de la pensée humaine. La Franc-Maçonnerie à cet égard a été le réceptacle, le dépositaire de la tradition rosicrucienne, des fidèles d’amour, des hermétistes et alchimistes, des bâtisseurs francs-maçons du moyen âge et de la chevalerie. Ces influences ont été déterminantes au 16em et 17em siècle.

 

Elle permet l’expression de toutes ses potentialités initiatiques qui sont différents chemins pour atteindre le même sommet.

        L’initiation maçonnique donne l’accès aux petits mystères avec les grades d’apprenti et de compagnon et aux grands mystères avec celui de maître.

        Elle réussit par ses rituels à transmettre les trois initiations reposant respectivement sur le faire, l’agir et le savoir. Soit la classe artisanale consistant dans le travail de la matière (Maçonnerie opérative) qui correspond plus généralement au besoin de bien être de la société, la classe chevaleresque, dans son rôle de protection et de sauvegarde qui se traduit aussi au plan pratique par l’attaque et la défense, la classe sacerdotale dans son rôle de direction tant spirituelle que séculière détenant le pouvoir et le savoir.

        La légitimité d’un rituel repose plus sur les conditions de son élaboration et de sa transmission ou de son réveil éventuel. Cette légitimité met toujours en œuvre une chaîne ininterrompue d’initiés provenant de voies différentes, mais tendant vers le même but qui a trouvé dans la Franc-Maçonnerie spéculative un moyen de s’exprimer et de transmettre plus qu’un savoir, une méthode pour accéder à la connaissance.

(…)

\

Er\Rom\

1 Cette question des quatre saints couronnés est traitée plus loin au titre des anciens devoirs.

 

2 Notons que les loges concernées par les statuts de Ratisbonne étaient celles de Ratisbonne, de Spire, de Strasbourg.

 

3 L’art royal consiste en la perfection de l’acte qui abouti à la perfection de l’être.

 

4  Le changement de nom est significatif du changement d’état, valable pour un Roi qui prend un nouveau nom, pour un Pape, pour un moine, pour un baptisé. C’est une des critiques et des motifs de condamnation du clergé envers le Compagnonnage, en plus du serment sur l’Évangile de ne rien révéler du rituel initiatique « ni à père, ni à mère, femme ni enfants, ni à confesseur ». Les premières condamnations datent du 18 juin 1326, au concile d’Avignon en 1326.

 

5 Le rituel de passage se fait essentiellement à la puberté et en groupe, la conscience de la plénitude de l’acte est donc moins forte, car dictée par un système social reposant sur le mimétisme et ne faisant pas cas de la notion d’adhésion consciente.

 

6 Les deux autres sont la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment fondé en 1952, et l’Association ouvrière des compagnons du Tour de France ou du Devoir.

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