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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 01:23

(...)     Sûr de mes connaissances universitaires de ma capacité à raisonner, de mon expérience de chef d’entreprise, j’envisageais la Connaissance comme une accumulation de savoir organisée sous l’angle ésotérique. Je suis resté longtemps dubitatif face à la terminologie employée dans les rituels qui consiste à « Donner » et « Recevoir » la Lumière.

 

        Je pouvais comprendre le concept lui-même et en être l’écho comme la lune reflète la lumière du soleil, mais je n’arrivais pas à intégrer et faire jaillir cette lumière irradiante qui caractérise l’initié sur le chemin de sa vérité. Je n’étais certain que d’une chose, le rituel d’admission m’avait définitivement débarrassé d’une éventuelle volonté chancelante et d’une curiosité critique. J’étais convaincu de la nécessité de persévérer, j’avais le sentiment que quelque chose d’important et d’indéfinissable allait se produire. Dans les faits nous avons reçu la Lumière de manière plus ou moins consciente.

 

        C’est ici le point principal sur lequel achoppent toutes les fonctions rationnelles et raisonnantes, sans compter sur le fait que, venant du monde profane, il est naturel de baigner dans une ambiance de préjugés qui orientent nos raisonnements.

 

        Pour tenter de mettre un peu d’ordre dans des notions finalement abstraites, il faut tout d’abord préciser que la Lumière procède du Verbe, la Lumière en est l’expression. Le Verbe représente la volonté divine, et la Lumière à pour effet d’ordonner le Tohu Bahu de l’origine des temps. Le Verbe volonté divine, dégage la Lumière des ténèbres. La Lumière en temps que concept, est donc bien l’expression de la volonté divine qui abouti à la différenciation d’avec les ténèbres. La Lumière est liée à l’épisode de la Genèse et reste courroie de transmission entre le Verbe créateur et l’Homme en quête spirituelle appelé aussi « homme de désir ».

 

        On dit de la Franc-Maçonnerie qu’elle est un « art initiatique » qui remonte à la nuit des temps et qui consiste en une connaissance ultime de la matière et de son action opérante et harmonieuse. C’est ce qu’on appelle « L’Art Royal ». Cette « science » ou plutôt cet « Art » n’est pas assujetti au raisonnement des sciences, aux méthodes de la psychologie du subconscient, ou à l’approche artistique. L’Art Royal, comme toutes les filières initiatiques, est complètement autonome et distinct des autres axes du savoir.

 

        Sans être opposé aux autres, il se distingue par son approche globale et enveloppante, tant et si bien que sans renier les méthodologies en pratique par ailleurs, l’Art Royal a développé en droite ligne des Mystères d’Eleusis un langage qui traduit la plasticité des symboles, où les mots utilisés dépassent la signification première qui est la leur, pour s’orienter sur leurs puissances évocatrices.

        C’est une autre voie où le potentiel de l’esprit humain trouve à s’exercer et à s’accomplir au-delà de toutes les formes et apparences, sans les renier. Il s’agit bien ici de franchir une bonne fois pour toutes la barrière de cette fameuse écorce qui dissimule le noyau.

 

Lumière et Vérité

 

        Les symboles et les mythes sont l’alphabet de ce nouveau langage qui rompt la barrière du signifiant et du signifié. Ils sont le noyau de ce langage ésotérique réservé aux initiés qui ont passé l’épreuve des quatre éléments. Ceux-ci seulement sont nés au monde des symboles, et c’est en vertu de cette renaissance au sortir de la caverne qu’ils ressortent vainqueurs des limites d’une pensée raisonnante. Avoir franchi ce cap des quatre épreuves élémentaires, nous permet seulement d’avoir accès à cette lumière illuminatrice venant de l’Orient, en ayant fait préalablement le vide en nous, les épreuves subies étant purificatrices. Rappelons nous enfin que c’est « ni nu ni vêtu » et débarrassé de nos « métaux » que nous sommes rentrés en loge.

        Cependant aucune connaissance nouvelle ne s’est révélée par ce choc rétinien. Simplement, l’apprenti a découvert une porte qui s’est entrouverte, et assurément tôt ou tard, il voudra pousser complètement celle-ci. En réalité il s’agit de réveiller chez l’apprenti des potentialités en sommeil, qui par absence d’entendement n’ont jamais été mises en oeuvre. Ce qui se passe lors de cette nouvelle naissance, c’est une nouvelle manière de respirer : l’inspire se nourri d' effluves aux parfums inconnus, et l’expire nous éloigne de la contingence obscure. Notre cœur bat différemment suspendu au rythme d’un rituel immuable. Au dessus de cette porte imaginaire figure la maxime Socratique « Connais-toi toi-même » dont on trouve la puissance d’évocation dans le cabinet de réflexion et dans les voyages de probations. Surmonter ces épreuves au plan symbolique, c’est apprendre à réfléchir sur soi, à s’explorer, en éclairant des strates obscures et insoupçonnées de soi, sans pour autant verser dans l’impasse de la psychologie des profondeurs.

 

        La connaissance de soi devient l’axe fondamental, le chemin de toute initiation.  C’est une intériorisation glorieuse et lumineuse qui permet à l’homme de découvrir le monde au-delà du sens subi, mais comme acteur lumineux de celui-ci, propre à y trouver sa place. Le regard de l’initié outrepasse le monde phénoménal et ne s’y abandonne pas.

        Il convient pour démarrer cette recherche de se plier aux exigences du rituel qui oblige notamment au silence, au respect du serment et à une attitude physique contrainte. C’est ainsi que l’on commence à se dominer, à taire ses passions, à maîtriser son ego et ses boursouflures, à apprendre les symboles. Ceci implique que le maçon est par nature tolérant, car à l’écoute, il vit l’altérité comme un facteur de progrès et sait voir au-delà de toute contingence. De la même façon, il outrepasse le sens des mots en outrepassant la nature du silence qu’on lui impose. C’est la totalité de ce nouvel équilibre qui nous met sur le chemin de lumière. Devenir soi même implique donc de devenir l’autre et le monde. Au-delà de notre nature profonde, c’est cette conscience totale que la Lumière éclaire.

 

        C’est en outrepassant les mots que la Lumière se rapproche de la Vérité. Lumière et Vérité sont éclairantes toutes deux d’un chemin et d’un cheminement difficile vers un sommet incertain ; c’est alors que Lumière et Vérité s’unissent en un seul et même terme, celui que l’on rencontre une fois arrivé au sommet, l’ultime expression d’un tout lumineux : le Logos.


Le sens caché et les " mots semences" :

 

        Sur le plan de la rationalité pure, il est certain que la cérémonie d’initiation ne peut être comprise que comme une succession d’actes positifs marquant un cheminement vers une lumière parfaitement visible et éblouissante. En aucun cas le rituel pris dans une simple lecture ne révèle de secret si particulier. D’ailleurs la simple publication d’un rituel n’a jamais rien révélé de nos secrets. Ce secret n’apparaît que dans le cadre d’une lecture rituelique et entre initiés.

 

        Il mérite d’être protégé depuis des siècles par toutes les sociétés initiatiques qui l’ont transmis jusqu’a nous. C’est ce que nous faisons en mettant le temple à couvert.

       

        Ainsi il convient d’apprendre à lire le symbole et à entendre le récit du Mythe. L’intérêt du rite repose sur son effet répétitif et rythmé. Les mots les paroles, les coups de maillet les pas, les gestes sont sans cesse remâchés et digérés, nourrissant l’apprenti d’une force mentale, l’aidant à franchir cette frontière qui sépare l’exotérisme de l’ésotérisme. Il faut se méfier des mots et de leurs interprétations, le rituel leur donne un sens initiatique personnel et adogmatique.

 

        En effet, les mythes et les symboles se protègent de la profanation. Leur sens caché n’est accessible qu’a l’initié. Recevoir la lumière c’est être capable de les interpréter avec une intelligence venant du cœur. Les paroles prononcées dans un rituel sont des "mots- semence", prononcés par l’initié pour l’initié. Une fois prononcés ils deviennent paroles, or, la transmission initiatique se fait par la parole ritualisée, c’est alors qu’ils germent dans le cœur du maçon, au gré de sa lumière intérieure. C’est ici que commence ce qu’on appelle l’éveil maçonnique.

 

        Pour résumer, le mot semence devient parole initiatique par la lumière du rituel. Cette parole va reposer dans le cœur de l’apprenti silencieux et réceptif. Cette parole devenue graine germera plus tard lorsque la lumière intérieure de l’apprenti sera suffisante. La lumière intérieure de l’apprenti n’est autre que cette parcelle divine qui est endormie en nous, et que nous tentons de réveiller.

 

        Ce n’est qu’après les voyages, que l’apprenti a « Reçu » cette lumière. Il est désormais plongé dans le silence, car il ne peut prendre la parole. Ce silence n’est pas comparable au silence profane. Assis sur la colonne du Nord il médite sur sa parole perdue. Un calme profond s’installe en lui, contrastant avec le désarroi existentiel qui était le sien.

Il s’abstrait de son tumulte intérieur.

 

        Celui qui se tait reçoit les mots semence avec plus de réceptivité. C’est ici que la Lumière est associée à la parole rituelique. Elle y réside. Elle se situe au-delà de l’agitation des formes et du bruit. Le Silence est d’or et rejoint la Lumière dans une expression unitaire.

 

        La lumière au sens philosophique et métaphysique n’a rien de commun avec la lumière physique que chacun connaît bien, ni même avec le feu élément du processus initiatique. On peut donner une définition à la lumière physique : « énergie venant d’un corps agissant sur la rétine de manière à rendre les choses visibles ». Peut être pouvons nous, malgré tout, nous rallier à l’idée commune, que la lumière soit en général à l’opposé de l’obscurité, ou de la ténèbre, comme on peu le lire dans l’évangile selon Saint Jean. L’opposition ne parait pas justifiée, car il faut considérer les ténèbres bibliques comme un Univers d’indifférenciation, du non advenu, où l’existence et la manifestation ont pris leurs sources.

 

        C’est une fois de plus le verbe qui initie, sous l’angle de la Lumière l’ordonnancement de la « materia prima » et du visible.

        Cette acceptation du terme et de la fonction induit fort naturellement qu’en aucun cas nous ne nous situons dans une demi-mesure. Nous sommes bien dans l’univers des contrastes menés à leurs paroxysmes. La signification de cet état, au plan symbolique, est que si la lumière s’oppose et procède de la ténèbre, elle fait ici figure d’opposée complémentaire. Il s’agit tout autant d’une lutte et d’une association. Ici personne n’espère que les ténèbres continuent à régner, on a presque des frissons d’angoisse à cette idée. Le manichéisme, participant des sciences gnostiques, à fait florès en s’appuyant sur les notions de bien et de mal pour distinguer la lumière des ténèbres. Or ce n’est pas notre propos ici d’établir une telle distinction qui repose sur une apologie du mal sur terre. Pour autant on considérera la complémentarité agissante à l’égal des cases blanches et noires du pavé mosaïque.

 

        On remarquera que cette apparente opposition fait naître à nos yeux ce qu’on appelle la manifestation qui est le monde des formes. Pas de formes sans ombre et lumière. La Lumière demande beaucoup d’effort pour briller dans les ténèbres. C’est une lutte permanente, que reprend à son compte l’initié sur la voie. Il s’agit pour commencer de vaincre ses passions et creuser des tombeaux pour les vices.


(...) suite

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Published by ecossaisdesaintjean - dans MORCEAUX D'ARCHITECTURE

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