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25 juin 2016 6 25 /06 /juin /2016 23:03

« La Crise du Monde Moderne » de René GUENON, notes de lectures

(Il s’agit ici de notes prises au cours de la lecture de "La Crise du Monde Moderne" de René Guénon. Ces notes peuvent aider à comprendre le sens général de l’œuvre mais n’ont pas pour but de résumer le livre ni de l’interpréter. Il s'agit d'en éclairer le sens, laissant à chacun ses impressions et commentaires.

La numérotation de pages correspond à l’édition parue chez Folio-essais 1994)

NOTES SUR L'AUTEUR

Né à Blois en novembre 1886.

1904 : Il s'installe à Paris pour préparer les concours aux grandes école (math. Spé.).

En parallèle, il s'intéresse aux mouvements occultistes.

1912 : Il se marie.

Il est reçu la même année en maçonnerie à la GLF puis, en islam, initié au soufisme et prend le nom d'Abdel Wahid Yahia « le serviteur de l'Unique ».

1916 : Diplôme d'études supérieures de philosophie consacré à Leibnitz et au calcul infinitésimal.

Fréquente Jacques Maritain et les milieux thomistes*.

* Thomiste ou adepte du thomisme qui est la doctrine de St Thomas d'Aquin :

Contrairement à l'idéalisme, le thomisme part de l'existence et non de l'essence.

La perception extérieure n'est pas considérée comme une construction de la conscience, mais comme l'appréhension d'une réalité atteignant Dieu non par son idée, mais à titre de cause de cette réalité.

(Dictionnaire de la Philosophie de Foulquié et Saint Jean)

Voue sa vie à la quête de la Connaissance ou Somme Métaphysique Traditionnelle.

Nombreuses publications consacrées à la Science cachée.

1925 écrit dans la revue « Le Voile d'Isis » qui devient « Études traditionnelles ».

1928 décès de sa femme. Il quitte Paris pour s'installer en terre d'islam.

1930 vit au Caire puis épouse en 1934 la fille d'un cheikh.

1951 (07 janv.) il décède.

L'oeuvre de René GUENON

Il a écrit 26 ouvrages et 350 articles réunis en 10 volumes.

Toute son œuvre critique la modernité, vise la restauration de la … civilisation traditionnelle :

« Une civilisation qui repose sur des principes au vrai sens du mot, où l'ordre intellectuel domine tous les autres... »

Il n'a de cesse de proclamer le déclin de l'Occident… depuis la Renaissance, l'oubli de la ...

Tradition (du latin traditio, action de transmettre, orale ou écrite de génération en génération)

– noyau originaire de toutes les métaphysiques, mythologies, religions de toutes les civilisations -

A la fin du cycle où nous nous trouvons (Age le plus sombre de l'Age de Fer, selon l'hindouisme), l'avenir passera par le relèvement de la Tradition nourri de l'art spirituel du sacerdoce et de la scolastique** thomiste de l’Église Catholique – organisation authentiquement traditionnelle - , de l'art royal de la maçonnerie – dépositaire de l'héritage médiéval - , de la rencontre des spiritualités d'Orient et d'Occident.

** Scolastique : Enseignement philosophico-religieux au Moyen-Age qui, à partir de St Thomas d'Aquin (1227-1274), emprunte les principes de la philosophie d'Aristote. (Dict. Philo. Cf. Ecole)

René Guenon demeure le grand inspirateur en France et à l'étranger, des penseurs de la Tradition.

NOTES de lecture:

AVANT-PROPOS

(p 16) Le terme de CRISE :

Crise : outre le sens donné habituellement, est aussi synonyme de jugement, discrimination.

(le terme vient du grec krisis, décision)

R.G. (René Guénon) entend toujours restituer aux mots la plénitude de leur sens, leur valeur originelle au travers de l'étymologie.

(p 18) Certains contemporains sentent confusément la fin imminente de quelque chose dont ils ne peuvent définir exactement la nature et la portée…

Cette fin n'est sans doute pas la « fin du monde », au sens total…, mais elle est tout au moins la fin d'un monde.

(p 18) Il semble que nous approchions réellement de la fin d'une époque ou d'un cycle historique qui peut être en correspondance avec un cycle cosmique, suivant ce qu'enseignent toutes les doctrines traditionnelles.

(p 20) Bien des indices permettent de dire que nous nous trouvons dans un « âge sombre » dont il s'agit de préparer la sortie, puisque bien des indices permettent d'entrevoir la fin imminente de cet « âge sombre ».

CHAPITRE PREMIER

L'AGE SOMBRE

(p 21) La doctrine hindoue enseigne que la durée d'un cycle humain, ou Manvantara, se divise en quatre âges qui marquent autant de phases d'un obscurcissement graduel de la spiritualité primordiale.

Ce sont ces mêmes périodes que les traditions de l'antiquité occidentale désignaient comme les âges d'or, d'argent, d'airain et de fer. Nous somme actuellement dans le 4ème âge, le Kali-Yuga ou « âge sombre », et, nous y serions depuis plus de 6000 ans.

Les vérités qui étaient autrefois accessibles à tous les hommes, sont devenues de plus en plus cachées et difficiles à atteindre. Si le trésor de la sagesse « non-humaine », antérieur à tous les âges, ne peut jamais se perdre, il s'enveloppe de voiles de plus en plus impénétrables…

(p 25) A l'intérieur de chaque grande période, ou dans chaque âge, on peut distinguer différentes phases secondaires. Ces subdivisions reproduisent sur une échelle plus réduite, la marche générale du cycle dans lequel elles s'intègrent….

R.G. mentionne enfin les dernières époques particulièrement critiques qu'a traversées l'humanité, période dite « historique », la seule accessible à l'histoire ordinaire ou « profane ». La dernière de ces époques critiques constitue ce qu'on nomme les temps modernes.

(p 25 - 26) La période « historique » remonte exactement au VI ème siècle av. J.C., comme s'il y avait dans le temps, une barrière qu'il n'est pas possible de franchir pour les chercheurs ordinaires.

A partir de cette date, on possède une chronologie bien établie, mais, pour ce qui est antérieur, on a en général seulement de vagues approximations, les dates proposées pour les mêmes événements varient souvent de plusieurs siècles, même pour des pays comme l'Egypte, et, même la Chine qui possède des annales datées (par des observations astronomiques) pour des époques bien plus éloignées… qui, néanmoins, restent qualifiées de « légendaires » par les modernes.

A vrai dire, l'antiquité « classique » n'est que toute relative, voire beaucoup plus proche des temps modernes que de la véritable antiquité, puisque elle ne remonte même pas à la moitié du Kali-Yuga, dont la durée, suivant la doctrine hindoue, n'est que la 10ème partie de celle du Manvantara.

(p 26 - 27) On peut donc juger de l'étendue des connaissances historiques des modernes qui considèrent ces périodes comme « légendaires ». Les modernes n'en tiennent pas compte… Aveu d'ignorance ? Incompréhension et dédain de la tradition ? Nous verrons que l'esprit spécifiquement moderne n'est rien d'autre que l'esprit antitraditionnel.

(p 27 - 30) Au VI ème siècle av. J.C., se produisirent des changements considérables chez presque tous les peuples.

En Chine, la doctrine primitivement constituée en un ensemble unique, fut divisée en deux parties distinctes :

- Le Taoïsme réservé à une élite et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d'ordre spéculatif.

- Le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et, ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales.

Les Perses ont eu une réadaptation du Mazdéisme, car cette époque fut celle du dernier Zoroastre*

* Zoroastre : Désigne non pas une personne, mais une fonction à la fois prophétique et législatrice. Cette fonction a pu avoir un caractère collectif comme celle de Vyâsa en Inde, de même en Egypte, ce qui fut attribué à Thot ou Hermès représente l'oeuvre de toute la caste sacerdotale.

Dans l'Inde, on vit naître le Bouddhisme qui devait aboutir dans certaines de ses branches à une révolte contre l'esprit traditionnel. En Inde, aucun monument ne remonte au-delà de cette époque, car les constructions antérieures étaient en bois et ont disparu (c'est pour la même raison qu'on ne retrouve aucun vestige des cités gauloises…). Un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d'existence du peuple chez qui il s'est produit.

Chez les Juifs, ce fut l'époque de la captivité de Babylone et, 70 ans furent suffisants pour leur faire perdre jusqu'à leur écriture, puisqu'ils durent ensuite reconstituer les Livres sacrés avec d'autres caractères.

Pour Rome, ce fut le commencement de la période « historique », succédant à l'époque « légendaire » des rois…

Les peuples celtiques virent aussi d'importants changements….

Pour la Grèce, ce fut le départ de la civilisation dite « classique », seule reconnue comme « historique » par les modernes. Il y a quelques raisons de penser (découvertes archéologiques,…) que la civilisation hellénique qui a précédé fut beaucoup plus intéressante intellectuellement.

Mais il a eu (contrairement au passage de l'Europe du Moyen Age à l'Europe moderne) au moins une réadaptation partielle effectuée dans l'ordre traditionnel, principalement dans le domaine des « mystères ». Il faut y rattacher le Pythagorisme, qui fut une nouvelle forme d'Orphisme avec des liens avec le culte delphique de Apollon hyperboréen, ce qui permet d'envisager une filiation régulière avec l'une des plus anciennes traditions de l'humanité.

(p 31) On prétend que Pythagore employa le premier le mot « philosophie ».

Étymologiquement, il ne signifie rien d'autre que « amour de la sagesse », soit, tout d'abord, une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, puis, par extension naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition, doit conduire à la sagesse.

Ce n'est donc qu'un stade préliminaire, donc inférieur à la sagesse (Cf. aussi dans la doctrine taoïste l'état de l' « homme doué » et celui de l' « homme transcendant »).

Une déviation s'est produite, et, on a pris le degré transitoire pour le but même, substituant la « philosophie » à la sagesse.

Ainsi prit naissance la philosophie « profane », prétendue sagesse, purement humaine, donc simplement d'ordre rationnel. Cette « philosophie... » a pris la place de la sagesse traditionnelle, supra-rationnelle et « non-humaine ».

Néanmoins, à travers toute l'antiquité, l'enseignement des philosophes avait souvent un côté « exotérique » et un côté « ésotérique » (nous verrons les définitions plus loin), ce dernier permettant un rattachement à un point de vue supérieur.

Pour que la philosphie « profane » soit définitivement constituée, il a fallu que l' « exotérisme » seul demeure, en allant jusqu'à la négation de l' « ésotérisme », ce qu'ont fait les modernes en donnant une importance excessive à la pensée rationnelle, pour arriver jusqu'au « rationalisme ».

(p 33) L'Occident a connu une autre époque critique qui a été un redressement…

On fait parfois un parallèle entre la décadence du monde actuel et la décadence antique où la philosophie « profane » (scepticisme, « moralismes » stoïcien et épicurisme,…), les superstitions, etc... remplacent l'esprit traditionnel.

La civilisation gréco-latine prenait fin, et après la période troublée des invasions barbares, un ordre normal fut restauré par le Christianisme, pour quelques siècles, au moyen-âge.

(p 33 - 34) Le vrai moyen-âge, pour nous, s'étend du règne de Charlemagne (742 à 814) au début du XIV ème siècle, date où commence une nouvelle décadence qui ira jusqu'à nous.

Ainsi, il faut faire remonter l'époque moderne près de deux siècles plus tôt qu'on ne le fait d'ordinaire. La Renaissance (XV ème et XVI ème siècle) et la Réforme n'ont été possibles que par la décadence préalable ; loin d'être un redressement, elles consommèrent la rupture définitive avec l'esprit traditionnel, l'une dans le domaine des sciences et des arts, l'autre dans le domaine religieux !

(p 36) Désormais, il n'y a plus que la philosophie et la science « profanes », négation de la véritable intellectualité et limitation de la connaissance à l'ordre le plus inférieur, c'est à dire :

- étude empirique et analytique de faits qui ne se rattachent à aucun principe,

- dispersion dans une multitude indéfinie de détails,

- accumulation d'hypothèses sans fondement qui se détruisent incessamment les unes les autres,

- vues fragmentaires qui ne conduisent à rien, sauf à des applications pratiques, seule supériorité effective de la civilisation moderne.

Cette supériorité, en se développant, a étouffé toute autre préoccupation et a donné à la civilisation moderne le caractère purement matériel qui en fait une monstruosité.

(p 36 – 37) R.G. note comme « extraordinaire » la vitesse à laquelle la civilisation du moyen âge tomba dans l'oubli, au point que les hommes du XVII ème siècle n'en avaient plus aucune notion !

R.G. s'interroge sur les facteurs de ce changement si radical et sur une « volonté directrice » de « nature... assez énigmatique ».

Pourquoi, à un moment donné, présenter comme nouvelles des choses qui étaient connues depuis longtemps ? Par exemple, la prétendue invention de l'imprimerie que les Chinois connaissaient antérieurement à l'ère chrétienne, ou encore la découverte « officielle » de l'Amérique, avec laquelle des communications suivies avaient existé durant tout le moyen âge.

La légende qui fit du moyen âge une époque de « ténèbres », d'ignorance et de barbarie ne s'est pas accréditée d'elle-même. La falsification de l'histoire à laquelle les modernes se sont livrés n'a pas été faite sans idée préconçue...

(p 37 - 38) Un mot fut mis en honneur à la Renaissance : « L'Humanisme ».

Il s'agissait de tout réduire à des proportions humaines, de faire abstraction de tout principe d'ordre supérieur…. Se détourner du ciel… pour conquérir la terre.

En voulant tout ramener à la mesure de l'homme, pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre peu à peu au niveau de ce qu'il y a en celui-ci de plus inférieur.

Les doctrines traditionnelles indiquent que nous serions entrés dans la phase finale du Kali-Yuga, dans cet état de dissolution dont il n'est possible de sortir que par un cataclysme* , car ce n'est plus un redressement qui semble nécessaire, mais une rénovation totale.

* Cataclysme : Du grec kataklusmos, inondation... on pense bien sûr au Déluge.

(p 39) Le désordre et la confusion règnent dans tous les domaines.

On peut constater partout cette déchéance profonde que l'Evangile appelle « l'abomination de la désolation ».

Mais, la fin de l'ancien monde sera aussi le commencement d'un monde nouveau…

(p 40) Cependant, ce qui est anormal et désordonné à un certain point de vue, ne serait que la conséquence d'une loi se rapportant à un point de vue supérieur ou plus étendu…

(p 41) L'ultime phase du cycle serait l' « exploitation » de tout ce qui a été négligé au cours des phases précédentes. On constate en effet que, finalement, la civilisation moderne ne vit que de ce dont les civilisations antérieures n'ont pas voulu.

(p 42) La civilisation moderne, comme toute chose, a forcément sa raison d'être… Si elle est vraiment celle qui termine un cycle, on peut dire qu'elle est ce qu'elle doit être, qu'elle vient en son temps et en son lieu, … Selon la parole évangélique : « Il faut qu'il y ait du scandale ; mais malheur à celui par qui le scandale arrive ! »

CHAPITRE II

L'OPPOSITION DE L'ORIENT ET DE L'OCCIDENT

(p 43 - 44) Les civilisations que R.G. appelle normales ou traditionnelles, ne présentent entr'elles que des divergences superficielles et extérieures.

La civilisation occidentale devenue antitraditionnelle est en revanche en opposition fondamentale avec celle de l'Orient.

(p 45) Quand on s'en tient aux grandes lignes, l'Orient est resté traditionnel essentiellement par la civilisation chinoise, le Moyen Orient par la civilisation hindoue, le Proche Orient par la civilisation islamique.

(p 46) Aujourd'hui R.G. entend parler d' « esprit moderne » quand nous parlons d' « esprit occidental ». L'autre esprit s'étant maintenu en orient reste appelé par R.G. l' « esprit oriental ».

(p 47 - 48) A des époques communément dites « préhistoriques », la tradition primordiale est venue des régions hyperboréennes qui a été suivie de plusieurs courants.

Un de ces courants alla incontestablement de l'Occident vers l'Orient et a laissé des vestiges qui sont encore discernables. Dans l'état actuel des choses, le véritable esprit traditionnel et tout ce qu'il implique, n'a plus de représentants authentiques qu'en Orient… Car malheureusement, le « traditionalisme » occidental n'est pas la même chose que l' « esprit traditionnel ».

(p 49) Voyons le courant traditionnel venu des régions occidentales.

Les récits anciens évoquent l'Atlantide et sa disparition dans un des derniers grands cataclysmes. Des restes de sa tradition auraient été très probablement transportés dans diverses régions et se seraient mélés à d'autres traditions, principalement à d'autres courants de la grande tradition hyperboréenne. Un des produits de cette fusion pourrait fort bien être les doctrines des Celtes.

(p 51 - 52) Les éléments celtiques subsistants ont été pour la plupart, au moyen âge, assimilés par le christianisme (par exemple la légende du « Saint Graal »…). C'est pourquoi, en Occident, les restes de l'esprit traditionnel survivent dans le Catholicisme….

Rappelons ici que l'idéal catholique, au sens premier du terme se réfère au tout, à l'universel (du grec kata, selon et olos le tout, l'entier).

Si le christianisme à notre époque n'est plus guère compris dans son sens profond, R.G. répond qu'il a du moins gardé, dans sa forme même, tout ce qui est nécessaire pour fournir la base à une restauration de l'esprit traditionnel.

(p 53) En Occident, afin de revenir vers la tradition, seule une élite (Élite = ce qu'il y a de meilleur, ici intellectuellement) pourrait faire un travail d'adaptation sur les traditions orientales qu'elle peut assurément assimiler. Si une élite occidentale arrive à se former, la vraie connaissance des doctrines orientale lui sera indispensable pour remplir sa fonction.

(p 55 - 56) Dans la société occidentale et dans la confusion qui la caractérise, le mot « tradition » est appliqué à toutes sortes de choses, comme de simples coutumes, parfois même récentes. On retrouve aussi cet abus pour le terme de « religion »… et il n'est même pas sûr que les « traditionalistes » occidentaux sachent, même imparfaitement, ce qu'est la tradition au vrai sens du mot.

En aucun cas, le nom de tradition ne peut être donné à tout ce qui est d'ordre purement humain, à l'exemple de la « philosophie traditionnelle »… Une philosophie n'a aucun droit à ce titre parce qu'elle se tient tout entière dans l'ordre rationnel, même si elle ne nie pas ce qui la dépasse. La philosophie n'est qu'une construction édifiée par des individus humains, sans révélation ou inspiration d'aucune sorte, en un mot, elle est essentiellement « profane ».

Si on veut restaurer la tradition perdue, la revivifier, le contact avec l'esprit traditionnel vivant est nécessaire… il n'existe plus qu'en Orient.

(p 58) La connaissance des principes est la connaissance par excellence, la connaissance métaphysique au vrai sens du mot… La métaphysique* est la connaissance des causes premières et des premiers principes. Elle est donc dégagée des contingences individuelles qui, au contraire interviennent dès qu'on en vient aux applications. Il s'agit bien de partir de ce qu'il y a de plus élevé, c'est à dire des principes, pour descendre graduellement aux divers ordres d'applications**, en observant rigoureusement la dépendance hiérarchique qui existe entre eux… Ceci ne peut être réalisé que par une élite intellectuelle.

* Métaphysique ( Cf. Dict. de la Langue Philosophique de Foulquié et Saint Jean)

- Vient du grec « ta meta ta phusika… » sous entendu biblia, livres, soit les livres venant après les livres de physique. C'est le titre donné, d'après la place qu'ils occupaient dans la collection des œuvres d'Aristote (collection due à Andronicos de Rhodes au 1er siècle av. J.C.), aux quatorze livres constituant l'ouvrage que nous appelons Métaphysique. Ce mot a remplacé le terme aristotélicien de « philosophie première ».

- Devenu préfixe, « meta » a pris le sens de « au-delà » ou « au-dessus »

- Marque l'opposition à empirique, expérimental, positif : qui dépasse le domaine de l'expérience (des phénomènes), qui se situe au-delà. L'intuition ou expérience métaphysique atteint, au-delà du phénomène, le noumène, la chose en soi.

** Note du rédacteur : Cf. Par exemple le Deuteronome de l'Ancien Testament ?

(p 60) L'opposition de l'Orient et de l'Occident réside aussi dans le fait que le véritable Orient ne songe ni à attaquer ni à dominer qui que ce soit. Le véritable Orient ne demande rien de plus que son indépendance et sa tranquillité. Quant à l'Occident, il a en réalité besoin d'être défendu, mais, uniquement contre lui-même.

CHAPITRE III

CONNAISSANCE* ET ACTION

* Connaissance (Diction. de la Philosophoe de Foulquié et Saint Jean)

Le fait de connaître, d'être d'une certaine manière autre chose que ce qu'on est ; c'est devenir autre chose que soi

(J. Maritain).

Connaître, c'est exister en même temps. Ainsi, tout ce qui naît, esprit ou corps, co-naît selon son mode.

(p 63) R.G. évoque l'opposition entre l'esprit oriental et l'esprit occidental.

Cette opposition apparaît comme celle de la contemplation* et de l'action.

* Contemplation (Diction. de la Langue Philosophique de Foulquié et Saint Jean)

Dérive du latin cum, avec, et de templum, le temple.

Dans le domaine de la spiritualité, méditation dans laquelle l'âme est unie à Dieu par une vue de l'intelligence et une adhésion de la volonté toutes simples, avec exclusion de toute pensée discursive ou de toute multiplicité de représentations ou d'affections.

(p 64 - 65) Si la contemplation ou l'action peuvent dominer l'une sur l'autre… ce n'est que dans une apparente opposition, car elles se complètent en constituant la double activité intérieure et extérieure de l'Homme (individuel ou collectif).

(p 66 - 67) La contemplation est une attitude plus développée chez les Orientaux…

R.G. part du fait que la puissance spirituelle n'est pas basée sur le nombre, dont la loi est celle de la matière ; il affirme qu'en Occident, une élite intellectuelle constituée et reconnue, même restreinte, suffirait pour que tout rentre dans l'ordre.

(p 68 – 69) Sans imposer des conceptions étrangères, l'Orient pourrait aider l'Occident à retrouver sa propre tradition.

Pour les doctrines orientales, comme pour les anciennes doctrines occidentales, la contemplation est supérieure à l'action, … Car le principe de l'action se trouve lui-même dans la contemplation, synonyme de connaissance.

(p 70 – 71) Contrairement à l'agitation et au changement qui caractérisent le monde moderne dans son « action », R.G. est pour un changement intelligible, seulement si on part du principe dont il procède… Ce principe étant lui-même immuable (Cf… Aristote et le « moteur immuable »).

Pour ne pas se perdre dans l'action ou le changement qui enferment l'homme et le diluent dans une agitation stérile, un principe supérieur est nécessaire, une connaissance principielle ou métaphysique, immuable, car elle est essentiellement identification avec son objet…

(p 71 – 72) L'homme s'enfonce dans la multiplicité et la division de la matière au lieu de s'élever vers une spiritualité, vers des principes universels, vers l'unité, … vers Dieu. Au point que le mouvement et le changement sont recherchés pour eux-mêmes, … sans but en vue !

Dans l'ordre scientifique, c'est la recherche pour la recherche, plus que pour des résultats … qui demeurent partiels et fragmentaires.

(p 73) Le monde qui est en pur devenir, semble en exacte correspondance avec l'état d'esprit des hommes dont la réalité est ce même devenir… d'où la négation de l'immuable dont font partie les principes universels.

(p 75) Ne rien admettre d'autre que le « devenir » est une conception « naturaliste » qui nie le domaine métaphysique, c'est à dire, au-delà de la nature.

(p 76 – 77) R.G. fait remarquer que l'accès à la métaphysique qu'il appelle « intuition intellectuelle » est supra-rationnel. L' « intuition intellectuelle » est différente de l'intuition des philosophes contemporains, d'ordre sensible, ou infra-rationnel.

L'antiquité et le moyen âge ne vivaient pas dans dans le rationalisme jusqu'à Descartes où apparaît l' « individualisme », négation de toute faculté d'ordre supra-individuel.

Nier l'intuition intellectuelle est l'obstacle à la tradition ou à la rencontre avec les authentiques représentants des civilisations orientales.

CHAPITRE IV

SCIENCE SACREE ET SCIENCE PROFANE

(p 79) Nous venons de dire que, dans les civilisations « traditionnelles », l'intuition intellectuelle est au principe de tout, c'est à dire, que la pure doctrine métaphysique constitue l'essentiel auquel tout se rattache… institutions sociales, sciences…

(p 80) Les sciences traditionnelles sont incompatibles avec les sciences modernes.

La science principielle fait l'objet d'adaptations au domaine contingent. La doctrine métaphysique qui en est le principe a seulement une expression modifiée (traduction).

(p 81) Une science n'est pas seulement définie par son objet, mais aussi par le point de vue sous lequel l'objet est envisagé. Cette définition permet de percevoir des différences considérables entre sciences traditionnelles et sciences modernes.

(p 82) Par exemple, le terme de « physique » signifie « science de la nature » (Cf. étymologie), ou science qui concerne les lois les plus générales du « devenir » (« nature » et « devenir » sont synonymes). Les modernes ont employé le mot « physique » pour désigner exclusivement une science particulière parmi les autres, qui, toutes sont également des sciences de la nature.

(p 83) L'analyse rationnelle a poussé à la « spécialisation » en créant des sciences, conception qui rend impossible une unification, un rattachement à un principe supérieur.

(p 84 - 85) Dans la conception traditionnelle, les sciences sont rattachées aux principes comme autant d'applications particulières. La conception moderne rend les sciences indépendantes en niant tout ce qui les dépasse (positivisme, agnosticisme). La séparation des sciences de tout principe supérieur entraîne une dispersion dans le détail, faussement considérée comme un approfondissement.

(p 86) Du fait du rattachement à aucun principe, la science moderne manque de profondeur et de solidité ; elle ne part d'aucune certitude absolue, mais seulement d’hypothèses probables ou d'approximations.

(p 87) Les sciences traditionnelles se présentent comme des conséquences indubitables des vérités connues intuitivement, donc infailliblement dans l'ordre métaphysique.

(p 88) Toute l'activité humaine moderne est absorbée par l' « expérimentalisme »*, ce qui est « illégitime » car sans attachement à un principe supérieur et des valeurs spéculatives.

Ce qui est illégitime, c'est que ces choses absorbent toute l'activité humaine, ainsi que nous le constatons.

*« expérimentalisme » : Pour R.G. c'est le développement abusif des sciences expérimentales, sciences du monde sensible et de la matière, sciences des applications pratiques immédiates, au point de négliger les connaissances d'ordre supérieur.

(p 89) Les sciences modernes représentent en fait des « résidus » de sciences anciennes aujourd'hui incomprises à l'exemple de...

- l'Astrologie et de l'Astronomie.

(p 90) Autrefois, et depuis les Grecs, ces deux mots désignaient une science unique. Aujourd'hui, on ne sait plus ce que pouvait être l'Astrologie ancienne, parce que le côté le plus matériel, soit l'Astronomie, s'est développé.

- l'Alchimie et la Chimie

(p 91) L'alchimie est essentiellement une science cosmologique applicable à l'ordre humain suivant l'analogie du macrocosme et du microcosme… dans l'idée d'une transposition dans le domaine spirituel… ses enseignements avaient une valeur symbolique et une signification supérieure… une des sciences traditionnelles les plus complète. La chimie n'est qu'une « déviation » au sens rigoureux du terme, de l'alchimie.

(p 92) La Psychologie, aujourd'hui, est l'étude des phénomènes mentaux comme tels, produit naturel de l'empirisme anglo-saxon et de l'esprit du XVIIIe siècle… un produit si négligeable dont les anciens n'auraient jamais pensé faire une science. Dans la tradition, tout ce qu'il peut y avoir de valable dans la « psychologie » a été transformé et assimilé dans des points de vue supérieurs.

Les mathématiques modernes n'ont que le côté « exotérique » de la mathématique pythagoricienne… L'idée ancienne des nombres, sa valeur proprement intellectuelle, a totalement disparu du monde moderne.

(p 93 - 96) Une science traditionnelle est un prolongement de la doctrine, essentiellement constituée par la métaphysique.

Il y a un double intérêt d'une science traditionnelle :

- Elle reflète la connaissance principielle dans un domaine contingent, comme une application de la doctrine.

- Elle conduit à une connaissance plus haute, vers la connaissance principielle.

Les sciences traditionnelles sont bien rattachées aux principes métaphysiques, elles sont incorporées à la « science sacrée ».

La « philosophie profane », par exemple dans l'antiquité grecque, aurait eu comme point de départ, soit la connaissance des principes, soit au contraire la connaissance du monde sensible. Cette question ne se pose pas pour la « science sacrée » qui ne peut partir que des principes universels, avec le rôle de l'intuition intellectuelle, indépendante de toute faculté d'ordre sensible ou rationnel.

(p 97) Le principe de connaissance des ordres supérieurs par analogie ou correspondance avec les ordres inférieurs… confère à toute science un sens anagogique* ou sacré.

* anagogique, du grec ana = vers le haut et de agogué = action de conduire.

(p 98) Les « arts traditionnels », comme les « sciences traditionnelles », sont également inconnus des occidentaux modernes. L'art des constructeurs du moyen-âge est un exemple remarquable de ces « arts traditionnels » dont la pratique exigeait la connaissance réelle des sciences correspondantes.

En fait, dans le domaine des sciences, il n'est pas de « domaine profane » qui s'opposerait au « domaine sacré », car le « domaine profane » n'est que le point de vue de l'ignorance…

Une des sciences les plus sacrées, la cosmogonie, trouve sa place dans tous les Livres inspirés, y compris la Bible hébraïque. La cosmogonie est devenue, pour les modernes, l'objet des hypothèses les plus purement « profanes »… ainsi, le domaine de la science est bien le même dans les deux cas, mais le point de vue est totalement différent.

(p 99) La « science profane** » est un savoir ignorant de toute fin supérieure à lui-même, …

… enfermée dans un domaine relatif et borné où elle se proclame indépendante, coupée de la connaissance suprême.

** profane, du latin profanum, qui est devant (pro) le « fanum » (lieu sacré, temple), et non à l'intérieur. Dans le cas de la « science profane », il s'agit d'une connaissance qui reste extérieure au « Temple » de la connaissance traditionnelle.

La science moderne procède d'une limitation de la connaissance, assimilant l'intelligence pure ou « intuition intellectuelle » à la raison.

(p 100) La racine de la déviation de la science humaine est l' « individualisme », c'est à dire la négation de tout principe supérieur à l'individualité… réduction de la civilisation dans tous domaines, aux seuls éléments purement humains.

CHAPITRE V

L'INDIVIDUALISME

(p 101) Définition : Ce que nous entendons par « individualisme », c'est…

- La négation de tout principe supérieur à l'individualité, et, par suite, ...

- La réduction de la civilisation dans tous les domaines aux seuls éléments purement humains.

(p 102) Seul le monde moderne a constitué une civilisation édifiée sans principe, sur quelque chose de purement négatif, où l'individualisme est à l'opposé de toute spiritualité ou intellectualité vraie.

(p 103) Les philosophes abordent une « pseudo-métaphysiques » qui est du domaine physique (la nature). Ils posent des problèmes bien plus que de les résoudre, besoin désordonné de recherche pour elle-même. Chez les artistes comme les philosophes, le désir d'originalité, de renommée obère le désir de vérité vraie.

Note du rédacteur : On ne peut s'empêcher de penser à des « philosophes » comme …

- Sartre (L' « existentialisme athée »), …

- Bernard Henri Lévy et ses interventions calamiteuses dans le domaine politique (Voir récemment en Lybie…) et à

- Tous les donneurs de leçons que nous subissons au travers des média.

(p 104) Dans une civilisation traditionnelle, un homme ne saurait être propriétaire d'une idée, car une idée ne peut être « nouvelle », elle n'est pas un produit de l'esprit humain, elle existe en dehors de nous. Nous avons seulement à la connaître.

R.G. prend l'exemple des « pragmatistes » modernes qui nomment « vérité » ce qui est l'utilité pratique.

(p 105) L'individualisme a réduit l'intelligence en mettant la raison au dessus de tout.

Même la raison dans son aspect spéculatif a été rabaissée au profit du côté pratique.

L'individualisme mène au « naturalisme », puisque tout ce qui est au-delà de la nature est considéré hors d'atteinte de l'individu (comme tel). Il n'y a plus que de la « pseudo-métaphysique » possible.

(p 106 - 107) Certains philosophes reconnaissent l'impossibilité de bâtir une métaphysique, d'où des dérives comme le « relativisme », l' « évolutionisme », l' « intuitionisme » bergsonien…

Quand existait une connaissance supérieure, la philosophie respectait ce qu'elle ignorait et ne pouvait le nier. Une fois disparue, la négation de fait de cette connaissance fut érigée en théorie d'où procède la philosophie moderne. Cependant, la philosophie reste intéressante car elle exprime les tendances du moment, plutôt qu'elle ne les crée. Elle dirige ces tendances dans une certaine mesure.

(p 108) Un mouvement tel que le cartésianisme est toujours une résultante plutôt qu'un point de départ. Il faut rechercher les racines de la rupture avec la tradition en remontant jusqu'au XIVème siècle, en passant par la Renaissance et la Réforme.

(p 109) Les sciences traditionnelles du moyen-âge étaient réservées à une élite, constituant un « ésotérisme* » au sens strict. La partie extérieure commune à tous était une tradition spécifiquement religieuse, le catholicisme.

* Esotérique , du grec esoterikos, qui est à l'intérieur, par opposition à exoterikos, qui est à l'extérieur… L'ésotérisme, par définition, se situe à l' « intérieur » d'un cercle d'initiés, ici, une élite.

(p 110 -113) La révolte contre la tradition s'est appelée le Protestantisme.

Rejetant toute autorité spirituelle légitime pour une interpréter la tradition religieuse, le Protestantisme substitua le « libre examen » ou interprétation libre… laissée aux ignorants. Cette interprétation fondée sur la raison humaine, a été la porte ouverte à toutes les divergences : « moralisme », « sectes », « religiosités », « expérience religieuse », appel au « subconscient », spiritisme,…

Le Protestantisme ne reconnaît d'autre autorité que celle des Livres sacrés, mais avec l'esprit de négation qui l'anime, il a grandement contribué à la destruction de cette autorité…

(p 114) … car l'autorité des Livres sacrés soumise au « libre examen », s'oppose à une conservation de la doctrine. Cette conservation suppose un enseignement traditionnel pour maintenir une interprétation orthodoxe, celle de l'enseignement du Catholicisme.

Dans le catholicisme seul, persiste ce qui subsiste d'esprit traditionnel. Mais il s'agit d'une conservation à l'état latent. Il faudra être capable de retrouver le sens de la tradition.

(p 115 -116) Dans l'Occident, hors du monde religieux, il existe beaucoup de signes et symboles issus d'anciennes doctrines traditionnelles. Un contact avec l'esprit traditionnel vivant est nécessaire pour les comprendre. En cela, l'Occident aura besoin de l'Orient pour restaurer la compréhension perdue.

(p 117 - 118) Aujourd'hui, la plupart des catholiques ont minimisé l'influence de la religion sur l'existence. S'ils comprenaient la religion, pourraient-ils lui faire une place aussi médiocre dans leurs préoccupations ? La doctrine est oubliée ou réduite à presque rien, ce qui se rapproche de la conception protestante.

En l'absence d'enseignement orthodoxe, le paradoxe consiste à discuter de la doctrine sur un terrain « profane ». Alors on s'égare, on parle de morale…

(p 119) L' individualisme introduit partout la discussion, et, en ne dépassant pas l'ordre rationnel, en ne faisant appel à aucun principe supérieur, en soutenant indéfiniment le « pour et le contre », ne parvient à aucune solution, car il est des choses qui par leur nature même, ne peuvent pas se discuter.

(p 120 - 121) L'attitude « apologétique* » (discuter « le pour et le contre », …), terme dérivé d' « apologie » ou plaidoyer d'un avocat, est extrêmement faible, car défensive (Cf. aussi le terme anglais apologize = excuser). L' « apologétique » est incontestablement un recul de l'esprit religieux. L' « apologétique » elle même dégénère en discussions toutes « profanes » où la religion est placée au même plan que les théories (pseudo)scientifiques.

* Apologétique (Petit Larousse) En théologie, ce qui a pour objet de montrer la crédibilité du dogme.

(p 121 - 122) Pour parler au nom d'une doctrine, il faut être qualifié et, il ne s'agit pas de « discuter » ou de « polémiquer », mais seulement de l'exposer à ceux qui peuvent la comprendre, faire apparaître l'erreur là où elle se trouve, en projetant la lumière de la vraie connaissance. Ainsi, il n'y a pas de lutte à engager où on compromet la doctrine, mais seulement le fait de porter un jugement infailliblement inspiré par les principes. Il s'agit d'être le « moteur immobile » qui dirige le mouvement sans y être entraîné…

… la connaissance éclaire l'action sans y participer…

… le spirituel guide le temporel sans s'y mêler.

Tel est l'ordre hiérarchique universel.

Tandis que dans le monde moderne, c'est l'inférieur qui juge le supérieur, l'ignorance qui impose des bornes à la sagesse, l'erreur qui prend le pas sur la vérité, l'humain qui se substitue au divin, la Terre qui l'emporte sur le Ciel.

CHAPITRE VI

LE CHAOS* SOCIAL

* Chaos : vient du même mot grec, gouffre, abîme, ténèbres et… chaos.

Abîme venant lui-même du grec abussos, sans fond (fr. abysse)

(p 123 – 124) Ainsi, dans le monde occidental, nous avons vu que personne ne se trouve plus à la place qui lui convient.

L'accession à des fonctions au sein de la société n'est plus soumise à des règles « légitimes »… car le seul facteur qui devrait compter, ce sont les différences de nature qui existent entre les hommes. La caus du désordre est la négation de ces différences, entraînant la négation de toute hiérarchie sociale (ce qui aurait causé la suppression des « castes »).

(p 125) Cette négation a été érigée en pseudo-principe sous le nom d'égalité.

Or l'égalité ne peut exister, comme si deux êtres distincts pouvaient être en même temps semblables sous tous rapports. Imposer une uniformité est une idée chimérique à l'exemple de l'enseignement identique distribué à tous . Dans cet enseignement, il s'agit plus d'apprendre que de comprendre… la mémoire est substituée à l'intelligence… On aboutit encore à la « dispersion ».

(p 126 - 127) Les « dogmes laïques » ont été formulés comme, « égalité », « progrès »,… Ils ont été formulés à partir du XVIIIème siècle. Ce sont de vraies « suggestions** » qui ont produit leur effet dans un milieu déjà préparé. Elles sont entretenues par ceux qui ont quelque intérêt à maintenir le désordre. Dans un temps où on veut tout soumettre à la discussion, ce sont les seules choses qu'on ne se permet jamais de discuter….

** Suggère (Dictionnaire de la Langue Philosophique de Foulquié et St Jean)

Du latin suggerere, porter ou amener sous, soit « sub », en dessous, c'est à dire avec une nuance de furtivité.

Présenter une idée… de façon que celui qui l'adopte ne se sente pas influencé.

A l'origine de tout cela, il faut une action consciente, une direction venant d'hommes qui savent parfaitement les idées qu'ils lancent. Il s 'agit de « pseud-idées » destinées à provoquer principalement des réactions sentimentales, moyen le plus efficace pour agir sur les masses.

Note du rédacteur : On pense ici à l'ouvrage de Wilhelm Reich « La psychologie de masse du fascisme ».

(p 128) Dans les procédés de suggestion, le phénomène du « verbalisme », où la sonorité des mots suffit à créer l'illusion de la pensée, est utilisé par les orateurs comme un procédé (de suggestion) comparable à ceux des hypnotiseurs…

Note du rédacteur :

Pour s'en « convaincre », il suffit d'écouter un enregistrement d'un discours en public de Hitler...

(p 130) Sur les dogmes laïques on a élaboré la démocratie…

L'argument le plus décisif contre la « démocratie » se résume ainsi :

Le supérieur ne peut émaner de l'inférieur… traduire par...

Le peuple ne peut conférer un pouvoir qu'il ne possède pas lui-même…

Le pouvoir ne peut être légitimé que par la sanction de quelque chose de supérieur à l'ordre social, c'est à dire, d'une autorité spirituelle.

A l'origine du désordre et de la confusion, se trouve le renversement de toute hiérarchie, le pouvoir temporel voulant se rendre indépendant de l'autorité spirituelle… à l'exemple de la royauté française depuis le XIVème siècle,... ce qui a mené à la Révolution.

La démocratie est définie comme le gouvernement du peuple par lui-même,… ce qui est impossible (Cf Aristote). Ainsi, par l'illusion du « suffrage universel », c'est l'opinion de la majorité qui est supposée faire la loi.

(p 132 - 133) Sachant que l'opinion peut toujours être modifiée, par exemple par la suggestion, créant jusqu'à des courants (d'opinion) allant dans un sens déterminé. Ainsi, les vrais artisans de ces courants ne sont pas toujours les dirigeants apparents.

Remarque du rédacteur :

On pense ici à la « Young Génération » dont sont issues certaines personnalités politiques et autres, personnalités « dociles », qui sont propulsées sur le devant de la scène, acquis à des intérêts purement « exotériques ».

Aussi, l'incompétence des politiques les plus en vue semble n'avoir qu'une importance relative… Les politiques incompétents apparaissent comme l'émanation de la majorité, toujours elle-même constituée par les incompétents.

(p 133) L'avis de la majorité est l'expression de l'incompétence qui vient du manque d'intelligence ou de l'ignorance de cette majorité. De plus, en psychologie collective, il faut savoir que la résultante des réactions mentales d'une foule n'est pas au niveau d'une moyenne, mais à celui des éléments les plus inférieurs.

(p 133 -134) Les philosophes de la théorie démocratique font valoir le « consentement universel » comme « critérium de la vérité »… consentement qui ne peut se réduire qu'à celui du plus grand nombre … et en milieu très limité dans l'espace et le temps.

Côté politique, ce sont les impulsions émotives qui sont un obstacle à la compréhension, ce dont les hommes politiques tirent parti.

(p 134 - 135) Les gouvernements tirent leur justification de la « loi du plus grand nombre », celle de la matière et de la force brutale, celle de la masse entraînée par son poids qui écrase tout sur son passage. Le monde moderne proclame ainsi la suprématie de la multiplicité, suprématie qui n'existe que dans le monde matériel. Dans le monde spirituel, dans l'ordre universel, c'est au contraire l'unité qui est au sommet hiérarchique, car elle est le principe dont sort toute multiplicité.

La multiplicité, identifiée à la matière, exerce cette force descendante et compressive qui limite de plus en plus étroitement l'être.

(p 136) En dehors de son principe, la multiplicité ne peut plus être ramenée à l'unité. Dans l'ordre social, la collectivité est conçue comme une somme arithmétique des individus… la loi du plus grand nombre est fondatrice de la « démocratie ».

(p 137) S'il existe des conflits sociaux, ce n'est point entre la collectivité et l'individu (puisque la collectivité est la somme des individus, donc ne peut être opposée à ceux-ci). Ces conflits, ne sont pas entre l'individualisme et quelque chose d'autre, mais entre des variété multiples d'individualismes… On revient vers la division et le chaos.

(p 137 - 138) L'idée démocratique s'oppose à l' « aristocratie » dans son sens étymologique, le pouvoir de l'élite,… sachant qu'une élite véritable ne peut être qu'intellectuelle. L'existence et le rôle de cette élite intellectuelle sont incompatibles avec la conception « égalitaire » de la démocratie. C'est pourquoi la démocratie s'instaure là où l'intellectualité n'existe plus.

(p 138 – 139) Dans la réalité, l'égalité étant impossible, la démocratie invente de fausses élites. Ce type d' « élite » est fondé sur la distinction sociale par la fortune, supériorité quantitative, seul critère conciliable avec la « démocratie », car celle-ci procède du même point de vue.

(p 139) Dans le domaine social, comme dans tous les autres, la restauration de l'intellectualité, et, forcément d'une élite, est nécessaire pour sortir le monde du chaos.

(p 140 - 141) L'élite véritable n'aurait pas à intervenir directement dans tel ou tel domaine relatif, social ou autre, ni à se mêler à l'action extérieure. L'élite dirigerait tout par une influence insaisissable au vulgaire, mais profonde car moins apparente.

Nous avons parlé de la puissance des suggestions qui ne supposent aucune intellectualité véritable. On peut soupçonner ce que serait la puissance d'une influence intensifiée par la concentration dans l'unité principielle. Cette influence s'identifierait à la force de la vérité.

CHAPITRE VII

UNE CIVILISATION MATERIELLE

(p 143) Les Orientaux ont pleinement raison lorsqu'ils reprochent à la civilisation occidentale moderne de n'être qu'une civilisation toute matérielle.

(p 144 - 145) - Définition du « matérialisme » -

- Ce mot ne date que du XVIIIème siècle. Il fut inventé par le philosophe Berkeley pour désigner toute théorie qui admet l'existence réelle de la matière.

- Un peu plus tard, ce mot prend un sens plus restreint, celui qu'il a gardé depuis lors :

Il caractérise une conception suivant laquelle il n'existe rien d'autre que la matière et ce qui en procède. Cet état d'esprit consiste à donner plus ou moins consciemment la prépondérance aux choses de l'ordre matériel et aux préoccupations qui s'y rapportent, que ces préoccupations gardent encore une certaine apparence spéculative ou qu'elles soient purement pratiques.

(p 145) Toute la science « profane » de ces derniers siècles est enfermée dans le monde sensible, et, les méthodes « scientifiques » ne sont applicables qu'à ce seul domaine. Ces méthodes nient toute science qui ne se rapporte pas à des choses matérielles.

(p 146 - 147) Le plus redoutable dans ce déni, est l'indifférence, car, pour contester ou nier quelque chose, il faut encore y penser… C'est le résultat d'une science exclusivement matérielle, présentée comme seule science possible.

Certains se font quelque idée d'un autre monde et se le représentent sur le modèle terrestre, avec ses conditions d'existence, y compris l'espace et le temps. Ainsi, l'intervention de la seule imagination montre l'incapacité de l'Occident à s'élever au-dessus du sensible. Certains philosophes, tel Kant, vont jusqu'à déclarer « inconcevable » ou « impensable » tout ce qui n'est pas susceptible de représentation. Ainsi, le « spiritualisme » ou « idéalisme », n'est souvent qu'un matérialisme transposé.

(p 148 - 149) Le spiritualisme n'est pas la spiritualité… la philosophie oscille entre matérialisme et spiritualisme sans pouvoir les dépasser… sans pouvoir se placer à un point de vue supérieur.

Les modernes ne conçoivent pas d'autre science que celle des choses qui se mesurent, ce qui est une propriété inhérente à la matière ; penser que cette propriété s'étend à tout ce qui existe, revient à matérialiser toute chose.

(p 149 – 150) « Réalité » est un terme aujourd'hui réservé à la seule réalité sensible.

Ainsi, tout ce qui ne tombe pas sous les sens est « irréel », c'est à dire illusoire ou même inexistant. A l'exemple de la réduction des prétendues convictions religieuses de bien des gens qui minimisent la religion, jusqu'au dernier dogme qui est le « verbalisme » (Cf. plus haut).

(p 151) Certains croient à la valeur spéculative de la science moderne, mais les préoccupations sont pratiques et la philosophie est le « pragmatisme », dernier degré d'abaissement… c'est aussi la philosophie du « bon sens » qui ne dépasse pas l'horizon terrestre.

Pour le « bon sens », il n'y a surtout pas de connaissance qui ne vienne autrement que des sens.

(p 152 - 153) Dans tout cela, il ne reste pas de place à l'intelligence, sinon celle qui consent à s'asservir, devenant « un outil à faire des outils » (Bergson), « pragmatisme » sous toutes ses formes avec une indifférence totale à l'égard de la vérité.

Les modernes ont borné les ambitions intellectuelles modernes et sont devenus de véritables « outils » (ou machines) eux mêmes. Bien différents des artisans d'autrefois, les spécialistes ne sont plus que les serviteurs des machines au service de la production matérielle. Industrie, commerce, finances, semblent seuls compter dans l'existence des peuples.

(p 154) Nos contemporains sont persuadés que les circonstances économiques sont à peu près les seuls facteurs des événements historiques ; ils s'imaginent même qu'il en a toujours été ainsi. On a même inventé le « matérialisme historique », théorie qui veut tout expliquer par là. Peut-on voir ici encore l'effet d'une de ces suggestions dont nous avons déjà parlé ?

Pour mener la masse sociale, il suffit de disposer de moyens purement matériels, le dernier degré d'abaissement…. tout en faisant croire à cette masse qu'elle agit spontanément et se gouverne elle-même. Le fait qu'elle puisse le croire indique un haut degré d'inintelligence !

(p 155) L'Occident vit dans l'illusion d'une entente avec les peuples sur le terrain des échanges commerciaux. C'est l'effet contraire qui se produit, et, si l'orient se résigne à entrer en concurrence économique avec l'Occident, c'est pour se protéger, s'armer.

(p 156 - 157) Les guerres n'ont jamais fait autant de ravages, et, outre les armes toujours plus destructrices, ce sont les « nations armées » qui s'affrontent. Circonstance aggravante, il n'y a plus l'arbitrage d'une autorité spirituelle qui, par sa nature, est au dessus de tout conflit politique.

(p 158 – 159) Considérant encore le développement matériel, un parallèle entre avantages et inconvénients serait probablement négatif. Sans considérer des inventions à but léthal, on constate que le progrès matériel est une cause de catastrophes dans l'ambiance terrestre. C'est peut-être par là que le monde moderne se détruira lui-même, s'il ne s'arrête pas dans cette voie.

R.G. pose la question des prétendus « bienfaits » d'un progrès tout matériel, pour le « bien-être » . Ce bien-être, même atteint, ne vaut pas la peine qu'on lui consacre tant d'efforts. Tous les hommes n'ont pas les mêmes goûts ou besoins, et, certains voudraient échapper à l'agitation moderne, mais ne le peuvent plus.

(p 160 - 161) Singulière époque que celle où tant d'hommes se laissent persuader qu'on fait le bonheur d'un peuple en l'asservissant, en lui enlevant ce qu'il a de plus précieux, c'est à dire sa propre civilisation, en l'obligeant à adopter des mœurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l'astreignant aux travaux les plus pénibles pour lui faire acquérir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilité !

il est inadmissible que celui qui ne s'agite pas et qui ne produit pas matériellement ne peut être qu'un « paresseux » ; sans même parler à cet égard des appréciations portées couramment sur les peuples orientaux, il n'y a qu'à voir comment sont jugés les ordres contemplatifs, et cela jusque dans des milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n'y a plus aucune place pour l'intelligence ni pour tout ce qui est purement intérieur, car ce sont là des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se pèsent ; il n'y a de la place que pour l'action extérieur sous toutes ses formes, y compris les plus dépourvues de de toute signification.

Cependant, ceux qui mettent leur idéal dans le « bien-être » matériel, sont-ils plus heureux qu'autrefois ?

(162 - 163) Alors que la civilisation moderne crée plus de besoins qu'elle ne peut en satisfaire, et des luttes où les plus « forts » ont seuls le droit d'exister,… où les plus démunis se révoltent car ils sont confronté aux inégalités, contrairement aux théories égalitaires qu'on leur a « suggérées »…

Il est dit dans l'Evangile :

« Celui qui frappe avec l'épée périra par l'épée »…

... celui qui déchaîne les forces brutales de la matière périra écrasé par ces mêmes forces, dont il n'est plus maître… forces de la nature ou forces des masses humaines… ce sont toujours les lois de la matière qui entrent en jeu et qui brisent inexorablement celui qui a cru pouvoir les dominer sans s'élever lui-même au dessus de la matière.

Et l'Evangile dit encore :

« Toute maison divisée contre elle-même s'écroulera » …

... cette parole aussi s'applique exactement au monde moderne, avec sa civilisation matérielle, qui ne peut, par nature même, que susciter partout la lutte et la division.

(p 164 - 165) Sans changement radical, on peut prédire une fin tragique à ce monde…

Certains éléments constituent une atténuation du matérialisme. Ils ne sont pas philosophiques comme le « spiritualisme », etc. Dans le monde occidental, c'est dans l'ordre religieux qu'on trouve des restes de spiritualité véritable ; ces restes sont à l'état latent… Il faut néanmoins admirer la vitalité d'une tradition religieuse qui persite en dépit des siècles d'effort pour anéantir cette tradition. R.G . voit dans cette résistance l'implication d'une puissance non « humaine ». Il est vrai qu'aucune conciliation entre esprit religieux et esprit moderne n'est possible, ce dernier ne voulant que la destruction de ce qui reflète une réalité supérieure à l'humanité.

(p 166 - 167) On dit que l'Occident moderne est chrétien, mais c'est une erreur, l'esprit moderne est antichrétien car, plus généralement, il est antitradition. Mais une rupture, même radicale, avec le passé, n'est jamais complète. R.G. affirme que tout ce qu'il y a de valable dans le monde moderne est venu du Christianisme, ce dernier ayant apporté avec lui tout l'héritage des traditions antérieures.

Cependant, R.G. pose la question : Où sont, même dans le catholicisme, les hommes qui connaissent le sens profond de la doctrine qu'ils professent extérieurement ? On peut espérer que que l'Occident redeviendra chrétien… (avec l'aide de tels hommes ?). Ce jour là, le monde moderne aura vécu.

CHAPITRE VIII

L'ENVAHISSEMENT OCCIDENTAL

(p 169 - 170) R.G. ne cache pas la gravité du fait que le désordre semble gagner l'Orient. Jusqu'ici, les effets étaient limités au domaine politique et économique. Mais des Orientaux dévoyés par l'enseignement des universités européennes et américaines deviennent une cause d'agitation et de trouble dans leur propre pays. Ces modernistes s'agitent, se montrent et l'Occident s'imagine que ces individualités bruyantes sont les représentants de l'Orient, tandis que…

… l'esprit traditionnel se replie en quelque sorte sur lui-même, les centres où il se conserve intégralement deviennent de plus en plus fermés et difficilement accessibles ; cette généralisation du désordre corresponds bien à ce qui doit se produire dans la phase finale du Kali-Yuga.

(p 171) Des Orientaux « modernistes » ont institué en Orient des nationalismes divers, nécessairement opposés à l'esprit traditionnel… mais, pour combattre la domination occidentale… Ils répandent ainsi des conflits. Il se peut que ces « modernistes » utilisés transitoirement, soient ensuite éliminés comme les Occidentaux…

La civilisation moderne périra par les conflits sociaux entre les nations, ou encore par un cataclysme lié aux « progrès » de la science. Le monde occidental est en danger par ce qui sort de lui-même.

(p 172) L'Occident entraînera-t-il dans sa chute l'humanité toute entière ?

L'esprit traditionnel ne peut mourir, car, par essence, il est supérieur à la mort, et, ce sera alors véritablement « la fin d'un monde ».

Nous avons le signe précurseur du moment où, suivant la tradition hindoue, la doctrine sacrée doit être enfermée toute entière dans une conque, pour en sortir intacte à l'aube d'un monde nouveau.

(p 173 - 174) L'envahissement occidental, c'est l'envahissement du matérialisme sous toutes ses formes, et ce ne peut être que cela ; tous les déguisements plus ou moins hypocrites, tous les prétextes « moralistes » toutes les déclamations « humanitaires », toutes les habiletés d'une propagande …, ne peuvent rien contre cette vérité, qui ne saurait être contestée que par des naïfs ou par ceux qui ont un intérêt quelconque à cette œuvre vraiment « satanique »*, au sens le plus rigoureux du mot.

* Satan, en hébreu, c'est l' « adversaire », c'est-à-dire celui qui renverse toutes les choses

et les prend en quelque sorte à rebours ; c'est l'esprit de négation et de subversion, qui s'identifie à la tendance descendante ou « infériorisante », tendance « infernale » au sens étymologique (du latin infernus, d'en bas, d'une région inférieure), celle même que suivent les êtres dans ce processus de matérialisation suivant lequel s'effectue le développement de la civilisation moderne.

(p 174 - 175) Une défense de l'Occident a été publiée récemment par M. Henri Massis.

M. Massis fait partie de ceux qui voudraient réagir contre le désordre moderne, tout en étant dans la contradiction… R.G. demande s'il est bien habile de la part de M. Massis d'attaquer la tradition chez les autres quand on voudrait la restaurer dans son propre pays…

(p 176 - 177) M. Massis s'en prend à ce qu'il appelle des « propagandistes orientaux », expression qui renferme en elle-même une contradiction, puisque l'esprit de propagande est chose tout occidentale.

Il y aurait deux groupes, dont le premier est constitué de purs Occidentaux (Allemands, Russes), plus dangereux que de simples philosophes, en raison de leurs prétentions à un « ésotérisme » qu'ils ne possèdent pas, mais qu'ils simulent…

Dans le second groupe, nous trouvons quelques-uns de ces Orientaux occidentalisés… qui présentent aux Occidentaux leur Orient modernisé, accommodé aux théories qui leur ont été enseignées en Europe ou en Amérique… ces Orientaux occidentalisés, sont effectivement des agents, mais de la …« propagande… occidentale » qui s'attaque directement à l'intelligence. C'est pour l'Orient qu'ils sont un danger.

(p 177 – 178) Pour ce qui est des vrais Orientaux, M. Massis n'en mentionne pas un seul,… l'impossibilité où il se trouvait de citer le nom d'un Oriental qui ne fût pas occidentalisé eût dû lui donner à réfléchir et lui faire comprendre que les « propagandistes orientaux » sont parfaitement inexistants…. Son esprit est troublé par la peur que fait naître en lui le pressentiment d'une ruine plus ou moins prochaine de la civilisation occidentale…

(p 179) Il ne sait pas exactement quels sont les adversaires qu'il devrait combattre, et, d'autre part, son « traditionalisme » le laisse ignorant de tout ce qui est l'essence même de la tradition, qu'il confond visiblement avec une sorte de « conservatisme » politico-religieux de l'ordre le plus extérieur.

M. Massis est troublé par la peur…. ces soi-disant « propagandistes orientaux » seraient animés d'une haine farouche à l'égard de l'Occident, et, c'est pour nuire à celui-ci qu'ils s'efforceraient de lui communiquer leurs propres doctrines, c'est-à-dire de lui faire don de ce qu'ils ont eux-mêmes de plus précieux, de ce qui constitue en quelque sorte la substance même de leur esprit ! Devant tout ce qu'il y a de contradictoire dans une telle hypothèse, on ne peut s'empêcher d'éprouver une véritable stupéfaction.

(p 180) On pourrait plutôt s'attendre à ce que les Orientaux interdisent l'accès à leur doctrine aux Occidentaux. La vérité est que,….

… les représentants authentiques des doctrines traditionnelles n'éprouvent de haine pour personne, et leur réserve n'a qu'une seule cause : c'est qu'ils jugent parfaitement inutile d'exposer certaines vérités à ceux qui sont incapables de les comprendre ; mais ils n'ont jamais refusé d'en faire part à ceux, quelle que soit leur origine, qui possèdent les « qualifications » requises ; est-ce leur faute si, parmi ces derniers, il y a fort peu d'occidentaux ?

(p 181 - 182) … quand la résistance à une invasion étrangère est le fait d'un peuple occidental, elle s'appelle « patriotisme » et est digne de tous les éloges ; quand elle est le fait d'un peuple oriental, elle s'appelle « fanatisme » ou « xénophobie » et ne mérite plus que la haine ou le mépris. D'ailleurs, n'est-ce pas au nom du « Droit », de la « Liberté », de la « Justice » et de la « Civilisation » que les Européens prétendent imposer partout leur domination, et interdire à tout homme de vivre et de penser autrement qu'eux-mêmes ne vivent et ne pensent ?

...sauf des exceptions d'autant plus honorables qu'elles sont plus rares, il n'y a plus guère en Occident que deux sortes de gens, assez peu intéressantes l'une et l'autre :

… les naïfs qui se laissent prendre à ces grands mots et qui croient à leur « mission civilisatrice », inconscients qu'ils sont de la barbarie matérialiste dans laquelle ils sont plongés, et,

… les habiles qui exploitent cet état d'esprit pour la satisfaction de leurs instincts de violence et de cupidité…

Les Orientaux ne menacent personne et ne songent guère à envahir l'Occident d'une façon ou d'une autre ; ils ont, pour le moment, bien assez à faire de se défendre contre l'oppression européenne, qui risque de les atteindre jusque dans leur esprit ; et il est pour le moins curieux de voir les agresseurs se poser en victimes.

(p 182) Comme les modernes, M. Massis est dans l'ignorance des principes et nie tout ce qui dépasse un certain horizon ; il est inapte à comprendre des civilisations différentes, et se trouve dans cette superstition du « classicisme » gréco-latin… Mais il représente de façon intéressante l'insatisfaction de l'état présent chez quelques-uns de nos contemporains.

(p 183 - 184) C'est maintenant le moment de tirer des conclusions, mais, ce qui doit être dit le sera à mesure que les circonstances l'exigeront… Pour ceux qui la recherchent, … il n'est en effet pas question de recevoir une connaissance avec plus d'enthousiasme que de véritable discernement !

CHAPITRE IX

QUELQUES CONCLUSIONS

(p 186 - 187) Nous avons voulu seulement fournir un point de départ approprié, un appui suffisant pour s'élever au dessus de la vaine multitude des opinions individuelles.

Mais, quelle est la portée pratique de cette étude ?…. Car nous ne sommes pas restés dans la doctrine métaphysique où toute application n'est que contingente et accidentelle. Les applications sont les conséquences des principes, le développement normal d'une doctrine qui, étant une et universelle, doit embrasser tous les ordres de réalité. Les applications sont pour certains un moyen préparatoire pour s'élever à une connaissance supérieure (« science sacrée »…). Considérées pour elles-mêmes, les applications devraient rester rattachées aux principes… pour éviter la dégénérescence qui a produit la « science profane ».

(p 187 - 188) Si tous les hommes apprenaient ce qu'est vraiment le monde moderne, celui-ci cesserait aussitôt d'exister, et, ce changement se produirait sans catastrophe…. Ne serait-ce pas une conséquence pratique incalculable ? ! cette compréhension n'est pas possible pour tous, mais une élite peu nombreuse et fortement constituée, suffit.

Si une élite se formait, elle pourrait préparer le passage d'un monde à un autre, dans des conditions plus favorables, et, réduire les troubles qui ne manqueraient pas de se produire.

(p 189) Contrairement à l'Orient, l'élite n'existe plus en Occident. Si elle ne se reconstitue pas, la civilisation périra.

(p 191 - 193) Par définition, une élite occidentale ne devrait être constituée que par une initiative occidentale, comme un réveil à sa propre tradition. C'est peu probable car il n'existe plus en Occident de point de conservation de l'esprit traditionnel. Ce travail de restauration peut plutôt se faire à l'aide d'une connaissance des doctrines orientales.

Comme support de cette restauration, il suffirait de restituer à la doctrine catholique son sens profond… L’Église Catholique semblant la seule organisation existante à caractère traditionnel, …

… Ce serait la réalisation du Catholicisme au vrai sens du mot, qui, étymologiquement, exprime l'idée d' « universalité »… L'existence d'une organisation qui porte un tel nom est l'indication d'une base possible pour une restauration de l'esprit traditionnel…. D'autant plus que, au moyen âge, elle a déjà servi de support à cet esprit dans le monde occidental. Il ne s'agirait donc, en somme, que d'une reconstitution de ce qui a existé avant la déviation moderne, avec les adaptations nécessaires aux conditions d'une autre époque…

(p 194) On pourrait envisager non pas un accord diplomatique, mais un accord sur les principes, à condition que les représentants de l'Occident redeviennent vraiment conscients de ces principes comme le sont toujours ceux de l'Orient.

(p 195 - 196) … il y a dès maintenant, dans le monde occidental, des indices certains d'un mouvement qui demeure encore imprécis, mais qui peut et doit même normalement aboutir à la reconstruction d'une élite intellectuelle, …

… l'église aurait tout intérêt, quant à son rôle futur, à devancer en quelque sorte un tel mouvement, plutôt que de le laisser s'accomplir sans elle… elle qui aurait les plus grands avantages à retirer d'une attitude… qui aurait… pour résultat de la débarasser de toute infiltration de l'esprit moderne…

(p 199) Nous ne sommes plus très loin de cette prédiction évangélique… :

« il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes, qui feront de grands prodiges et des choses étonnantes, jusqu'à séduire, s'il était possible, les Elus eux-mêmes ».

(p 200 - 201) Ceux qui arriveront à vaincre tous ces obstacles, …

… et à triompher de l'hostilité d'un milieu opposé à toute spiritualité, seront sans doute peu nombreux ; … mais, ce n'est pas le nombre qui importe, car nous sommes ici dans un domaine dont les lois sont tout autres que celles de la matière… rien ne saurait prévaloir finalement contre la puissance de la vérité ; leur devise doit être celle qu'avait adoptée autrefois certaines organisations initiatiques de l'Occident : Vincit omnia Veritas.

Notes de lecture d'un « Écossais de l'Hermione » (Juin 2016) Th.°. C.°.

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