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21 mars 2014 5 21 /03 /mars /2014 22:22

«Mes Frères, Prenez place » dans le grand ensemble universel.

Du microcosme au macrocosme, les initiés ont toujours cherché le chemin qui est celui de l’élévation. L’échelle de Jacob représente l’archétype de ce désir d’élévation pour certain ou de réintégration pour d’autres et situe symboliquement son fondement sur Terre voir dans le subterrestre pour monter jusqu’au ciel. Cette image archétypale est reproduite sous différentes variantes dans tous les rites maçonniques. Elle est donc l’expression d’une voie commune à tous les initiés qui relie clairement « l’ici et maintenant » à un « ailleurs » que l’on veut bien qualifier symboliquement de céleste ou sur-céleste.

La place occupée par chacun dans une loge va faire apparaître cette échelle de progression. La place du maçon en loge dépend de son grade et de sa fonction. Elle peut varier dans le temps et dans l’espace et notamment en fonction du grade d’ouverture des travaux. Ainsi le maçon aura dans son parcours maçonnique et donc initiatique, cheminé à de nombreuses places et de nombreuses fonctions et charges. Il aura acquis dans son parcours une solide expérience et surtout des points de vue à chaque fois renouvelés. Ces points de vue sont des perspectives, à chaque fois différentes en fonction de la place occupée. Ce qui importe c’est que l’ensemble des points de vue se fondent sur une expérience de la périphérie, car le maçon aura usé ses fonds de culotte sur les bancs des deux colonnes comme sur les plateaux et postes d’officiers, aussi bien dans le Hékal qu’au Débhir. On dira de lui qu’il à fait le tour de la loge.

1/ Cette expérience est à la fois convergente et intégrative.

Convergente, car quel que soit la place occupée dans la loge celle-ci n’est jamais que périphérique et le regard de chacun « converge vers un centre » que l’on veut à la fois lumineux, spirituel et universel et intérieur.

Cette place est intégrante, car la place qu’occupe le maçon n’a de sens et d’efficience qu’en regard de la place occupée par les autres FF. Il n’y pas de loge sans un collectif de FF et par voie de conséquence, il n’y a pas de Temple mythique à rebâtir, ni de Temple intérieur à découvrir, sans l’autre, l’indispensable Frère qui renvoie à un autre soi-même.

La communauté des FF justifie ma place et fera naître cette convergence dans laquelle le « Je » s’agrège dans l’œuvre bâtie autour d’un centre géographique, géométrique, spirituel, mystique, et mythique. C’est ici le véritable sens du symbolisme des grenades au sommet de l’axe-colonne. La communauté initiatique s’agrège autour d’un centre lumineux ou d’un « foyer de lumière » qui à la fois élève et intériorise le regard, ceci est vrai depuis la nuit des temps, c’est ce qu’on appelle une constante traditionnelle.

2/ Double convergence

En vertu du constat précédent rapprochant l’individuel et le collectif, nous devons rechercher le lien existant entre l’individu et le groupe. C’est à cette condition que nous pourrions affirmer que lorsque je « prends place » en loge je suis un individu intégré au groupe et en regard du centre que je veux appréhender.

C’est donc le ressort de l’initiation individuelle dans un cadre collectif, dans l’hic et nunc qui doit être établi. Mais l’initiation elle-même va se dérouler autour de cette notion de place, de positionnement au sein de la loge toujours en regard du centre et de la lumière. C’est par ce constat de convergence qu’on justifiera l’expression « prenez place mes Frères ».

La convergence est découverte au centre « géographique et géométrique» de la loge qui est au sein du Hékal. Il se situe au centre du pavé mosaïque et du tableau de loge autour duquel nous circulons. Ce centre est le lieu du concret et de l’opération des outils et instruments. Mais il est dédoublé au Debhir.

Il s’agit alors d’un centre «doublement lumineux » qui se trouve à l’Orient et qui se manifeste sous l’aspect du rayonnement et du flamboiement. Ce centre n’est pas opérant à proprement parler, il est lumineux, or c’est la lumière qui permet l’opération et l’acte de bâtir. Ceci se traduit par une propagation axiale d’une lumière, dans le sens traditionnel Est/Ouest. Ce sens conditionnera un développement architectural du Temple où résiderai cette fameuse lumière. Ici le temple sera en trois parties proportionnées et/ou entourées de trois enceintes. Le but de cette architecture est d’héberger et protéger la lumière divine qui fait de ce centre un centre spirituel. La structure lumineuse tripartite du temple de Salomon sera le Debhir, le Hékal et l’Ulam.

Le centre matériel de convergence est indiqué par un lieu topographique autour duquel le maître de cérémonie va ordonner le chaos en mettant en ordre le Temple dans la partie Hékal, mais il le fera qu’en fonction d’un ordre venu de l’Orient et du VM, celui-là même qui intimera l’ordre à chacun de prendre place dans ce Mundus recrée !

En même temps que le maître de cérémonie « œuvre dans le Hékal, le VM « œuvre » au Debhir en entretenant et protégeant la lumière double dans son rayonnement et dans son flamboiement. N’oublions pas que ce Mundus est fondé au sens propre par une structure concentrique, et au sens figuré par une organisation ascensionnelle vers la lumière.

Concrètement le centre du Hékal sera une croix tridimensionnelle qui est constituée par les trois axes de la Loge, et pour le Debhir nous aurons la « présence » qui se manifestera par le triangle ou l’hexagramme au REP et sera transmise via le maillet et l’épée flamboyante du VM.

La place que j’occupe dans la loge doit me permettre d’assister et participer à l’étalonnage ritualisé de ce centre lumineux du Debhir dans sa relation descendante au centre du Hékal matériel.

3/ Non-temps et non-lieu

Ainsi en loge on célèbre dans un même lieu et un même temps sacré le centre et la lumière. Ce temps et ce lieu sont dits sacrés, car à couvert des regards et du temps profane. Cela veut dire qu’en loge nous serions hors du temps chronologique et hors de l’espace d’une géométrie profane. Nous serions dans un espace relevant de la géométrie sacrée.

Nous pouvons donc affirmer que notre place en loge est prise dans un ailleurs. Cet ailleurs est hors du temps profane et hors des lieux profanes. Nous dirons que notre place en regard de notre quotidien se situe dans un « non-temps » et dans un « non-lieu » invisible aux yeux profanes. C’est à cette condition que nous pouvons « intégrer » le miroir spéculatif que nous offre la franc-maçonnerie. La transformation du regard passe par cette prise de conscience : Je suis dans l’ici et maintenant, mais je suis aussi dans un ailleurs littéralement sacré qui me relie à l’ontologie, c'est-à-dire au l’alliance de « l’en haut » et « l’en bas ». Cette place privilégiée me permet d’agir au plan social et humain pour une plus grande humanisation de l’homme en vertu d’une prise de conscience d’un tout auquel je participe et par la place que j’occupe. C’est donc l’accès au sacré qui nous met hors de l’espace et hors du temps profane. Le déroulement scénographique du rituel en loge doit donc s’inscrire dans un imaginaire fait d’ombres et de lumière ou ma place est réservée dès lors qu’il y a eu dessillement du regard. Il va falloir porter son regard au-delà d’une certaine frontière. C’est tout le sens du don de double vue propre à la spéculation et au jeu du miroir.

4/ De la Convergence au Passage

À l’évidence ce qui est décrit ici n’est pas toujours expliqué en loge, car l’idée même d’une célébration de l’universel implique trop d’explications partisanes et relatives à la croyance ou à la non-croyance. Ceci nous rappelle les épisodes déchirants au seins de loge lorsque le points dit de « concorde » disparait. C’est justement à ce moment précis de l’incompréhension que l’expression « prenez place » prend force et vigueur. Prenez place ne veut pas dire défendez un point de vue partisan bec et ongles au risque d’organiser une bataille d’ego au-dessus du pavé mosaïque. Ce n’est pas la bonne démarche. Il faut en revenir à l’image d’un centre commun aux trois axes de la loge qui pour le franc maçon sera l’œuvre de synthèse et de rassemblement de ce qui est épars. En effet les axes Est-Ouest, Nord- Sud, Zénith-Nadir, sont pour chacun dédoublés en deux directions opposées. L’axe est donc double dans sa direction, mais le croisement de deux axes « stabilise » les quatre directions dans une construction commune qui est la croix. Nous avons ici l’illustration de ce que représente l’angle droit de l’équerre du VM soit le point commun ou de convergence de deux mesures dans deux directions différentes : c’est donc le rôle du VM que de réunir dans un même point de convergence et dans un même lieu symbolique des FM qui occupe des places différentes ! C’est aussi son rôle que de faire équilibrer les colonnes.

De cette croix symbolique formant un plan horizontal dont l’équerre est une fraction opérante, nous poursuivrons notre démonstration par le principe de l’élévation propre aux bâtisseurs. Pour l’élévation (ou l’exaltation) nous utiliserons l’axe Zénith-Nadir qui est une représentation au même titre que l’échelle de Jacob. Nous avons encore deux directions opposées, la descente et la montée qui vont trouver un point de « concordance » dans le plan quelles traversent. Ce plan est notre Mundus, celui de notre tableau de loge et donc de notre grade. C’est aussi le plan de la manifestation (graduelle) au sens métaphysique du terme, c'est-à-dire le niveau, la strate ou le monde dans lequel le logos et la parole agissent et ordonnent.

La superposition des plans, comme des tableaux de loge justifieront l’analogie comme l’anagogie.

Donc le point d’intersection des trois axes de la loge se révèle à nos yeux dans le tableau du grade posé sur le plan du pavé mosaïque. C’est ici littéralement « la révélation du centre ontologique » d’un monde donné, et notre travail spéculatif consiste à le visionner au-delà des apparences comme un lieu ou une porte d’accès à l’immatériel.

La « révélation » au sens maçonnique serait alors le lieu de concorde des six directions, soit le lieu de rencontre des trois axes. Ici se résolvent tous les antagonismes, soit tous les points de vue. Dans ce point de concorde, il n’y a plus d’opposition et donc il n’y a plus de point de vue. Ici nous pouvons émettre l’hypothèse que la place de chaque maçon qui donnait un point de vue dans la loge s’est transformée en conjonction de tous les points de vue en un centre rayonnant. Ce centre faisant converger tous les regards révèle l’unité. C’est en ce sens que nous parlons de révélation, car ce qui apparaît dépasse le point de vue d’un observateur. Ici l’observateur se confond lui-même avec ce centre lumineux qui est une porte d'accès surplombant toutes les causes et conséquences. Tout les points de vues y convergent en se confondant, réduisant littéralement à zéro les antagonismes. Cette porte est la voie royale qui relie l’analogie symbolique et de l’anagogie sacrale.

5/ La porte du temple intérieur

La franc-maçonnerie à pour habitude de matérialiser cette porte des convergences et conjonctions derrière le VM à l’Orient. Cette porte donnerait accès à un extrême Orient que d’aucuns ont qualifié d’Orient éternel. D’autres rites matérialisent cette porte comme une sorte de Naos au centre du Hékal. Voilà deux points de convergence qui n’en forment qu’un seul.

Ces points de convergence sont les centres de soi, de la loge et du temple. On résout cette superposition coïncidente dans l’expression construire son Temple Intérieur ! On accède a la vision de cette superposition par la con-templation (voir notre quadriptyque sur le thème « Loge ou Temple maçonnique » sur ce blog.) Ce qui est révélé découle de l’unité du centre intégré en soi. Du coup lorsque j’entends « mes FF prenez place » j’entends que je participe avec mes FF de cette superposition-convergence qui est, au premier degré(…), une révélation englobant tous les « points de vue ». Ici il n’y a plus de perspective à un point de vue car nous sommes le point initial et la perspective totale.

Bien entendu, tout ceci relève de l’intériorité et la représentation mentale induite par les symboles et les images archétypales. C’est ici, dans cette intériorité que se rejoue l’ouverture des travaux : l’espace de la représentation mentale est véritablement le « non-lieu » et le « non-temps » universel. C’est un espace non borné, à la fois invisible matériellement mais visible par représentation mentale, probablement intermédiaire entre ce qui est en haut et ce qui est en bas ; il s’agirait d’un non lieu sommital où convergent tous les chemins initiatiques.

C’est probablement dans cet ailleurs qu’ont été "tracés" les plans du Temple et pourquoi pas « dictées » les Tables de la Loi, c’est en tous les cas un non-lieu accessible à l'initié sur le chemin, où vivent de manières impérissables les images archétypales chères aux prophètes (voir la vision d'Ézéchiel). Il n’y a plus de prophète, il ne reste que des "cherchants" qui spéculent. Cependant c'est bien la main de l'homme qui mettra en œuvre les plans du Temple ou la lettre des Tables de la Loi. L’homme pourrait-il retrouver le chemin de l’image ?

Cette plateforme, ce non lieu située dans un ailleurs, dans la nuée, sert de point d’appui supérieur à l’échelle de Jacob. C’est ainsi que nous pouvons gravir les échelons et les redescendre en leur donnant un nom.

Nous en arrivons à considérer que la place du maçon dans le grand dispositif de la loge est à la fois sur la périphérie et au cœur de la loge, et que si chacun à sa place participe à la recréation ritualisée du monde au plan symbolique, il en est à la fois maçon et architecte, signifiant et signifié, objet et sujet. En prenant place à l’ouverture des travaux, chacun est le centre de la loge en étant le centre d’un autre lui-même.

« Mes frères prenez place » dans l’ouverture des travaux, se traduit aussi par une participation au le grand ordonnancement de l’univers. Nous devons alors plaider, témoigner, bâtir et rayonner, en sorte que l’homme trouve en lui la grandeur de ses origines et le rôle qui est le sien ici-bas. Par ma place au sein de la loge je participe à la célébration du centre et de la lumière qui sera à la fois centripète et centrifuge. La Lumière que je viens chercher au cœur de la loge sera en moi-même. Je devrais la répandre à l’extérieure de la loge et la faire fructifier en mon for intérieur.

C’est ainsi que germent les graines, en prenant leur place dans un devenir lumineux.

E.°.R.°.

Mes Frères prenez place. (2ème Partie) par E.°.R.°.
Mes Frères prenez place. (2ème Partie) par E.°.R.°.

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Published by écossaisdesaintjean - dans MORCEAUX D'ARCHITECTURE

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